samedi 27 septembre 2008

Questions d'architecture

Ce qui rend l'architecture passionnante, ce sont les questions qu'elle pose. Construire un bâtiment destiné à durer plusieurs décennies impose – ou devrait imposer – d'épuiser toutes les questions possibles avant que le projet ne devienne réalité. Autant le virtuel autorise toutes les fantaisies, autant le réel oblige à réfléchir.


Référence : http://mapage.noos.fr/jmac/Herold32BIG.jpg

Les architectes Jakob + Macfarlane, avec lesquels je reconnais avoir été très sévère dans un précédent article, viennent de livrer des immeubles d'habitation dans le XIXè arrondissement de Paris. Les teintes et matériaux employés, les balcons spacieux, les ouvertures généreuses, le dessin à la fois original et modeste, tout semble réussi et la beauté est au rendez-vous. Le maître d'ouvrage, la RIVP, montre une fois encore qu'il sait promouvoir une architecture novatrice.

Cependant, nous n'avons affaire ni à des maquettes, ni à des décors. Ce sont exactement 100 nouveaux appartements, qui plus est à loyers modérés (PLA et PLI) qui vont accueillir autant de familles. Pour que la réussite soit complète la beauté extérieure doit aussi se retrouver à l'intérieur. À première vue, c'est le cas : sur les photos officielles, les fenêtres apparaissent larges et hautes, procurant la lumière qui manque tant aux réalisations étouffées par la peur des déperditions d'énergie ; les balcons peuvent être à moitié occultés par des rideaux extérieurs translucides (en éthylène tetrafluoroéthylène ou ETFE), astuce intelligente pour préserver l'intimité sans perdre toute la lumière ; nombre d'appartements sont conçus en songeant aux handicapés, initiative généreuse et utile ; enfin, les espaces communs sont soignés.

Cependant, si l'on regarde de plus près les plans des appartements, toujours reproduits en minuscule dans les revues d'architecture, comme si c'était secondaire (!), on reste parfois perplexe. Exemples.

Observons ce deux pièces. La cuisine est placée à droite d'un large vestibule, quasiment aveugle, qui consomme de l'espace semble-t-il en pure perte. Peut-être y installera-t-on une table pour les repas ? À moins de manger dans le séjour, mais il faudra alors traverser tout l'appartement de part en part pour transporter les plats de la cuisine au séjour. Les toilettes sont incluses dans la salle de bains, peut-être pour l'accessibilité des handicapés (confer les cercles symbolisant le volume du fauteuil), ce qui, en utilisation habituelle, n'est pas agréable. Une telle conception est-elle délibérée ou simple résultante d'une forme extérieure préconçue dans laquelle il "faut bien caser" les appartements ?



Ce trois-pièces bénéficie d'une grande façade, le long de laquelle il est possible de circuler, ce qui est certainement agréable (voir les portes coulissantes). Mais, une fois encore, l'agencement des pièces est peu commode. Quand on sort de la chambre (en bas du plan) le matin, il est préférable de ne pas marcher au radar, car l'itinéraire pour rejoindre la salle de bains est un véritable labyrinthe (4 portes à franchir). La cuisine est spacieuse et proche du séjour. On regrette juste qu'elle ne soit pas éclairée. Elle aurait avantageusement pris la place de la chambre précitée… mais alors le bâtiment, trop profond, n'aurait pas permis de lui offrir de fenêtre. Encore une façon de privilégier le contenant au détriment du contenu.


Référence : http://mapage.noos.fr/jmac/Herold34BIG.jpg

Les rideaux extérieurs en ETFE donnent aux bâtiments cette teinte douce, légèrement floue, délimitent des espaces intermédiaires – jardins d'hiver par exemple – et rendent possible l'utilisation des balcons, ce qui n'est pas toujours évident en ville. Fort bien. Mais seront-ils "durables" ou bien finiront-ils à moitié déchirés, volant au vent, salis et chiffonnés ? Quant aux rebords destinés à accueillir de très écologiques "mousses", on peut se demander s'ils ne feront pas sales et minables dans quelques années.

Certes, il est difficile d'innover tout en étant cohérent et prévoyant. Mais n'est-ce pas la fonction même des architectes ?

C'est pourquoi j'apprécie Rudy Ricciotti, qui sait poser les bonnes questions, en particulier sur ce HQE qu'il abhorre (et je ne suis pas loin de partager son avis). On se délectera à visionner cette vidéo, toujours sur le site du Pavillon de l'Arsenal.

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