dimanche 28 septembre 2008

Le mont Blanc du Tacul

Le mont Blanc du Tacul culmine à 4248 mètres d'altitude. Situé sur la route du Toit de l'Europe, il fait partie de ses "satellites", avec le mont Maudit. Aussi cette montagne voit-elle passer un grand nombre d'alpinistes en toutes saisons, en route pour le mont Blanc ou plus simplement désireux de gagner ce beau sommet. En outre, la voie normale est parcourue à la descente par les alpinistes revenant des nombreux itinéraires aboutissant au Tacul : couloir et pilier Gervasutti, aiguilles du Diable pour ne citer que les plus célèbres.



Le 24 août dernier, au lendemain de la réalisation du cliché ci-dessus, une avalanche de séracs a balayé le versant et causé la disparition de plusieurs membres des cordées engagées dans la face glaciaire de la montagne. De quoi donner au Tacul le nom de son voisin, le pourtant débonnaire Mont Maudit. Cependant, comme tous les beaux et grands sommets, le mont Blanc du Tacul peut aussi incarner de merveilleux souvenirs.

D'autres informations sur l'avalanche du 24 août : ici.

Anniversaires
Parmi les myriades d'objets-souvenirs entassés au fond des placards, voici que l'on retrouve parfois une véritable "pépite". La photo ci-contre reproduit cette petite boîte dans laquelle mon père avait conservé précieusement un minuscule caillou ramassé au sommet du mont Blanc du Tacul le 12 septembre 1962. Ce jour-là, il gravissait son tout premier Quatre-Mille, de surcroît le jour de son anniversaire – il venait d'avoir 33 ans. Qui plus est, il se tenait au sommet en compagnie de Fernand, le guide, et de son beau-père André qui venait de souffler ses 61 bougies quelques jours plus tôt, le 3 septembre. Neuf ans plus tard, ce même André réitèrera une ascension-anniversaire, montant au Tacul pour ses soixante-dix ans, conduit par le même Fernand.

Pour ma part, une quantité notable de souvenirs sont attachés à ce mont Blanc du Tacul.



Premier(s) Quatre-Mille
Le Tacul fut aussi mon premier Quatre-Mille, le 5 août 1976, j'étais alors âgé de 18 ans. Suivant mon guide Gilbert en "cordée volante" avec son épouse, je garde en tête des images de grandes pentes de neige dure, de long effort et d'un café au lait sommital qui me valut quelques étourdissement de retour à la gare du téléphérique de l'aiguille du Midi. Je repasserai sur la pente glaciaire de la voie normale trois ans plus tard, de retour du mont Blanc, atteint via la face nord de l'aiguille de Bionnassay, une longue, très longue course, qualifiée par Gilbert-le-guide de "sacrée bambée" (29 juillet 1979). Nouvelle ascension de la voie normale en compagnie de mon copain Dominique et de Fernand, celui-là même qui y conduisit mes père et grand-père, le 3 août 1984. Troisième voie normale avec Gilbert et ma compagne Sabine le 19 juillet 1986. Ce jour-là, les conditions étaient parfaites, au point qu'un alpiniste y monta en suivant… son chien, dépourvu de laisse et de crampons et pourtant à son aise. Enfin, l'arrivée au sommet la plus émouvante fut sans conteste le 18 août 1991, en sortant du pilier Gervasutti, toujours sous la houlette de Gilbert, qui gravissait le pilier pour la première fois.

Sans passer au sommet proprement dit, j'ai aussi parcouru la voie normale en descendant du Triangle du Tacul (voies Contamine-Mazeaud et Contamine-Grisolle), du couloir Jäger, un 3 janvier, ou encore de l'arête Küffner au mont Maudit. Au total, je serai donc passé une douzaine de fois dans cette face glaciaire, devenue plus dangereuse au fil des années en raison de l'apparition de séracs de plus en plus nombreux.



Ci-dessus : la chaîne du Mont-Blanc vue depuis le Vieux-Servoz. Si vous cliquez sur l'image afin de zoomer, vous pourrez distinguer le sommet du mont Blanc, tout petit relief déjà éclairé sur le flanc gauche du dôme du Goûter (à peu près au centre de la photo).

Hasards et coïncidences
Tout cela pour rendre hommage à ce majestueux mont Blanc du Tacul, qui connut certes des drames mais aussi des milliers de bonheurs. Au chapitre des coïncidences étonnantes, je me souviens, sans pouvoir dater l'évenément avec précision, qu'un matin le téléphérique de l'aiguille du Midi ne put assurer la première benne à l'heure habituelle (6 heures) en raison de problèmes techniques. Les cordées en partance pour le Tacul durent patienter deux heures avant de pouvoir monter à l'Aiguille. Une chance ! Une avalanche semblable à celle du 24 août dernier devait balayer toute la face à peu près à l'heure où, normalement, elles auraient dû être engagées dans l'ascension…

Toponymie
D'où vient la dénomination curieuse de cet "autre" mont Blanc ? L'ouvrage Les noms de lieux de la région du Mont-Blanc, de Roland Boyer (1979) évoque plusieurs hypothèses : la racine germanique "tak" pourrait évoquer une surface glaciaire relativement plane – l'impression que l'on a depuis la Vallée. Toujours en germanique, "zacke" signifie "pointe" ou "dent", autre étymologie possible. On peut rapprocher "Tacul" de "Taconnaz", nom d'un village situé dans la vallée de Chamonix à peu près sous le Tacul. Rien là-dedans ne permet toutefois de comprendre pourquoi la syllabe "cul" est venue s'ajouter à la dénomination de la montagne ! Les arcanes de l'étymologie demeurent aussi impénétrables que les Voies du Seigneur ;-)

Cet article est aussi un hommage à ma mère, disparue il y a exactement un an, et qui aimait la montagne tout comme ses père, mari et enfants… Et que les guides talentueux qui nous ont si souvent conduits sur ces sommets soient aussi chaleureusement remerciés.

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