jeudi 4 septembre 2008

Merci Benoit Duteurtre

Benoît Duteurtre a publié dans Libération de ce matin une tribune sur les perspectives de privatisation de la Poste qui fait plaisir à lire, tout comme ses romans d'ailleurs. C'est toujours rassérénant de lire sous une plume talentueuse des idées que l'on partage sans pouvoir nécessairement les formuler avec autant de clarté et de pertinence.


Presque à chaque fois que je lis un de ses livres, j'y trouve des thèmes qui me touchent, auxquels je suis sensible, que ce soit sur les Services Publics, l'urbanisme, les politiques municipales, le tri des déchets, voire… les fumeurs. C'est ainsi que je me suis délecté à la lecture de Chemins de fer, de La Petite fille et la cigarette, de La Cité heureuse ou encore du Grand embouteillage – découvert par hasard sur les rayonnages d'un café parisien et commandé ensuite sur PriceMinister (car épuisé).


Le trio de tête de mes livres préférés de Benoît Duteurtre, les plus polémiques d'ailleurs, ce qui n'enlève rien à la qualité de ses œuvres plus littéraires comme Les pieds dans l'eau, que je viens de commencer ces jours-ci.

Nostalgie ?
Le seul reproche que je lui ferais – il en faut bien ! – serait de ne pas assez distinguer dans ses argumentaires ce qui relève d'une certaine nostalgie, et pourrait le faire passer pour conservateur, alors qu'à mon avis il épingle avec justesse les travers de notre époque qui nous empêchent, au contraire, de progresser et d'avancer – au premier chef la "fausse" modernité.

Quelques phrases extraites de sa tribune de Libération méritent que l'on s'y arrête. Je partage son exaspération face à la logique dans laquelle nous nous sommes engagés en matière de Services publics :
La machine idéologique infatigable voudrait nous persuader que tout marchait "moins bien" sous le contrôle de l'État. L'idée que l'État était un mauvais gestionnaire est une imposture […] l'unique obsession des Pouvoirs publics reste de tout abandonner dans la jungle mondialisée.

Je partage d'autant plus ce constat que je sors d'une expérience harassante de panne de connexion ADSL (que j'évoquerai sur ce blog) un chemin de croix qui aura duré près de deux semaines, à tenter de me faire comprendre de l'assistance téléphonique. À côté, son roman Assistance clientèle pourrait ressembler à une promenade de santé (j'exagère, mais il y a de ça).

J'ai posé ma question à une aimable jeune fille au fort accent qui, probablement, travaillait en Afrique du Nord, sans protection sociale, pour un salaire très inférieur à celui d'une ex-fonctionnaire française désormais au RMI…

Aussi ne puis-je qu'être d'accord avec cette autre citation :

Je préfèrerais le personnel efficace et gratuit du téléphone public aux standards inaccessibles de France-Télécom privatisée


Je signalerais en conclusion le titre d'un recueil d'articles publiés par Duteurtre qui éclairent son approche et ses idées : Ma Belle époque, édité chez Bartillat en 2007.

1 commentaire:

  1. Je viens de découvrir récemment l'oeuvre de Duteurtre par le biais de "Chemins de fer". La défense du service public y est faite avec talent, humour et sensibilité. Le soutien à la Poste participe du même mouvement et de la même exigence. La vraie modernité est dans le respect et le développement des bonnes traditions de notre passé et pas dans une course effrénée au profit. La crise du capitalisme spéculatif nous rappelle d'ailleurs fort à propos les limites de l'exercice.
    Quant à Duteurtre, je sens que je vais passer un bon moment avec lui, "Drôle de temps" et "La petite fille et la cigarette" sont déjà sur ma table de nuit et j'ai commandé "A propos des vaches".

    J.A.G.
    Belgique

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