mardi 30 septembre 2008

Douglas Kennedy… et la Sécu

Le romancier américain Douglas Kennedy sait tenir ses lecteurs en haleine. Difficile de reposer ses livres une fois qu'on les a commencés ! Vivant désormais à Londres, l'écrivain est aussi un familier de Paris – où il a un pied-à-terre nous précise son site à la charte graphique élégante. Pour une fois, la vision qu'il a de la capitale française va au-delà des clichés anglo-saxons. Dans La femme du Vè (entendez : arrondissement), il raconte l'histoire d'un professeur américain contraint à l'exil suite à une terrible et injuste affaire. Il compte utiliser son petit pécule pour tenter de retrouver l'équilibre, partageant son temps entre l'écriture de son premier roman et la fréquentation des cinémas du Quartier latin. Mais rien ne se déroulera comme prévu, surtout quand il rencontre cette mystérieuse femme. Douglas Kennedy est roué et son sens de l'intrigue est exceptionnel, même si la chute finale pourrait ressembler à une gigantesque pirouette, mais je ne vous en dit pas plus.

Les désarrois de Ned Allen
De quoi avoir envie de lire un autre de ses romans, par exemple Les désarrois de Ned Allen. Ce commercial de choc croit en sa bonne étoile, qui va soudainement pâlir et l'entraîner dans une chute vertigineuse. À nouveau, Douglas Kennedy capte l'attention du lecteur avec talent. Mais ce qui est intéressant dans ce livre est aussi l'observation détaillée des mœurs professionnelles américaines, dont nous serions bien avisés de tirer tous les enseignements.

Quel rapport avec la Sécu ?
Et c'est ici qu'entre en jeu la Sécurité Sociale version États-Unis. Ces quelques extraits sont édifiants.

Voici par exemple ce que l'on indique à Ned Allen lors de son licenciement :
Votre indemnité de départ sera d'un demi-mois de salaire par année d'ancienneté. Vous bénéficierez de votre assurance-maladie jusqu'à la fin du trimestre en cours. Passé ce délai, vous aurez la possibilité d'obtenir une couverture sociale […] à condition de verser vous-même une cotisation mensuelle. (page 190)

Un peu plus loin, il apprend que, durant sa période de chômage, il devra trouver lui-même les moyens de cotiser à l'assurance-maladie:

Et l'histoire de l'assurance-maladie alors ? L'autre faux-derche qui me déclarait la veille que j'allais "bénéficier" de dix-huit mois de couverture avait simplement oublié de préciser que je devrais casquer pour. Et 326,90 dollars par mois, excusez du peu ! [le roman a été écrit en 1998, cette somme devrait donc équivaloir à plus de 400 € d'aujourd'hui.] (page 212)

Ned Allen en est réduit à accepter un boulot de télévendeur de logiciels. Les conditions sont draconiennes :

Je serais payé 5 dollars de l'heure, quarante heures par semaine, pas d'heures sups, pas de couverture sociale. Mais je toucherais dix pour cent pour chaque kit placé [329 $ pièce]. Le rendement minimal était de quinze unités à la semaine. Si je ne l'atteignais pas, j'étais viré.

Quant à sa collègue de travail Debbie, voici le genre de difficulté à laquelle elle se trouve confrontée :

Le premier janvier, ce serait aussi la date du premier anniversaire de son entrée à CompuWorld et aussi la date où conformément au règlement intérieur de la société, Debbie serait autorisée à faire bénéficier de son assurance-maladie un membre de sa famille autre qu'enfants ou époux, en plus de ces derniers. Je savais qu'elle comptait chaque jour la séparant du moment où sa mère, sans ressources ni Sécurité Sociale et dont la santé avait décliné au cours de la dernière année, pourrait enfin être placée sous l'aile protectrice de Getz-Braun. (page 32).


Des exemples à méditer
Des exemples à méditer ! Est-ce ce modèle-là que nous souhaitons adopter ? Observons aussi ces faillites de grands établissements financiers, au terme desquelles les fonds de retraite sont réduits à néant. Non seulement les employés sont licenciés, mais ils perdent de surcroît leurs cotisations de retraite. Génial, ce système !

Et que faisons-nous ? Nous laissons filer les déficits de notre protection sociale afin d'avoir les arguments pour la détricoter le moment venu. Le budget social de la Nation a été présenté avec un déficit de 9 milliards d'euros tout récemment. Autant dire que nous dépasserons allègrement la barre des 10 milliards en 2009. Est-ce bien responsable ?

dimanche 28 septembre 2008

Le mont Blanc du Tacul

Le mont Blanc du Tacul culmine à 4248 mètres d'altitude. Situé sur la route du Toit de l'Europe, il fait partie de ses "satellites", avec le mont Maudit. Aussi cette montagne voit-elle passer un grand nombre d'alpinistes en toutes saisons, en route pour le mont Blanc ou plus simplement désireux de gagner ce beau sommet. En outre, la voie normale est parcourue à la descente par les alpinistes revenant des nombreux itinéraires aboutissant au Tacul : couloir et pilier Gervasutti, aiguilles du Diable pour ne citer que les plus célèbres.



Le 24 août dernier, au lendemain de la réalisation du cliché ci-dessus, une avalanche de séracs a balayé le versant et causé la disparition de plusieurs membres des cordées engagées dans la face glaciaire de la montagne. De quoi donner au Tacul le nom de son voisin, le pourtant débonnaire Mont Maudit. Cependant, comme tous les beaux et grands sommets, le mont Blanc du Tacul peut aussi incarner de merveilleux souvenirs.

D'autres informations sur l'avalanche du 24 août : ici.

Anniversaires
Parmi les myriades d'objets-souvenirs entassés au fond des placards, voici que l'on retrouve parfois une véritable "pépite". La photo ci-contre reproduit cette petite boîte dans laquelle mon père avait conservé précieusement un minuscule caillou ramassé au sommet du mont Blanc du Tacul le 12 septembre 1962. Ce jour-là, il gravissait son tout premier Quatre-Mille, de surcroît le jour de son anniversaire – il venait d'avoir 33 ans. Qui plus est, il se tenait au sommet en compagnie de Fernand, le guide, et de son beau-père André qui venait de souffler ses 61 bougies quelques jours plus tôt, le 3 septembre. Neuf ans plus tard, ce même André réitèrera une ascension-anniversaire, montant au Tacul pour ses soixante-dix ans, conduit par le même Fernand.

Pour ma part, une quantité notable de souvenirs sont attachés à ce mont Blanc du Tacul.



Premier(s) Quatre-Mille
Le Tacul fut aussi mon premier Quatre-Mille, le 5 août 1976, j'étais alors âgé de 18 ans. Suivant mon guide Gilbert en "cordée volante" avec son épouse, je garde en tête des images de grandes pentes de neige dure, de long effort et d'un café au lait sommital qui me valut quelques étourdissement de retour à la gare du téléphérique de l'aiguille du Midi. Je repasserai sur la pente glaciaire de la voie normale trois ans plus tard, de retour du mont Blanc, atteint via la face nord de l'aiguille de Bionnassay, une longue, très longue course, qualifiée par Gilbert-le-guide de "sacrée bambée" (29 juillet 1979). Nouvelle ascension de la voie normale en compagnie de mon copain Dominique et de Fernand, celui-là même qui y conduisit mes père et grand-père, le 3 août 1984. Troisième voie normale avec Gilbert et ma compagne Sabine le 19 juillet 1986. Ce jour-là, les conditions étaient parfaites, au point qu'un alpiniste y monta en suivant… son chien, dépourvu de laisse et de crampons et pourtant à son aise. Enfin, l'arrivée au sommet la plus émouvante fut sans conteste le 18 août 1991, en sortant du pilier Gervasutti, toujours sous la houlette de Gilbert, qui gravissait le pilier pour la première fois.

Sans passer au sommet proprement dit, j'ai aussi parcouru la voie normale en descendant du Triangle du Tacul (voies Contamine-Mazeaud et Contamine-Grisolle), du couloir Jäger, un 3 janvier, ou encore de l'arête Küffner au mont Maudit. Au total, je serai donc passé une douzaine de fois dans cette face glaciaire, devenue plus dangereuse au fil des années en raison de l'apparition de séracs de plus en plus nombreux.



Ci-dessus : la chaîne du Mont-Blanc vue depuis le Vieux-Servoz. Si vous cliquez sur l'image afin de zoomer, vous pourrez distinguer le sommet du mont Blanc, tout petit relief déjà éclairé sur le flanc gauche du dôme du Goûter (à peu près au centre de la photo).

Hasards et coïncidences
Tout cela pour rendre hommage à ce majestueux mont Blanc du Tacul, qui connut certes des drames mais aussi des milliers de bonheurs. Au chapitre des coïncidences étonnantes, je me souviens, sans pouvoir dater l'évenément avec précision, qu'un matin le téléphérique de l'aiguille du Midi ne put assurer la première benne à l'heure habituelle (6 heures) en raison de problèmes techniques. Les cordées en partance pour le Tacul durent patienter deux heures avant de pouvoir monter à l'Aiguille. Une chance ! Une avalanche semblable à celle du 24 août dernier devait balayer toute la face à peu près à l'heure où, normalement, elles auraient dû être engagées dans l'ascension…

Toponymie
D'où vient la dénomination curieuse de cet "autre" mont Blanc ? L'ouvrage Les noms de lieux de la région du Mont-Blanc, de Roland Boyer (1979) évoque plusieurs hypothèses : la racine germanique "tak" pourrait évoquer une surface glaciaire relativement plane – l'impression que l'on a depuis la Vallée. Toujours en germanique, "zacke" signifie "pointe" ou "dent", autre étymologie possible. On peut rapprocher "Tacul" de "Taconnaz", nom d'un village situé dans la vallée de Chamonix à peu près sous le Tacul. Rien là-dedans ne permet toutefois de comprendre pourquoi la syllabe "cul" est venue s'ajouter à la dénomination de la montagne ! Les arcanes de l'étymologie demeurent aussi impénétrables que les Voies du Seigneur ;-)

Cet article est aussi un hommage à ma mère, disparue il y a exactement un an, et qui aimait la montagne tout comme ses père, mari et enfants… Et que les guides talentueux qui nous ont si souvent conduits sur ces sommets soient aussi chaleureusement remerciés.

samedi 27 septembre 2008

Questions d'architecture

Ce qui rend l'architecture passionnante, ce sont les questions qu'elle pose. Construire un bâtiment destiné à durer plusieurs décennies impose – ou devrait imposer – d'épuiser toutes les questions possibles avant que le projet ne devienne réalité. Autant le virtuel autorise toutes les fantaisies, autant le réel oblige à réfléchir.


Référence : http://mapage.noos.fr/jmac/Herold32BIG.jpg

Les architectes Jakob + Macfarlane, avec lesquels je reconnais avoir été très sévère dans un précédent article, viennent de livrer des immeubles d'habitation dans le XIXè arrondissement de Paris. Les teintes et matériaux employés, les balcons spacieux, les ouvertures généreuses, le dessin à la fois original et modeste, tout semble réussi et la beauté est au rendez-vous. Le maître d'ouvrage, la RIVP, montre une fois encore qu'il sait promouvoir une architecture novatrice.

Cependant, nous n'avons affaire ni à des maquettes, ni à des décors. Ce sont exactement 100 nouveaux appartements, qui plus est à loyers modérés (PLA et PLI) qui vont accueillir autant de familles. Pour que la réussite soit complète la beauté extérieure doit aussi se retrouver à l'intérieur. À première vue, c'est le cas : sur les photos officielles, les fenêtres apparaissent larges et hautes, procurant la lumière qui manque tant aux réalisations étouffées par la peur des déperditions d'énergie ; les balcons peuvent être à moitié occultés par des rideaux extérieurs translucides (en éthylène tetrafluoroéthylène ou ETFE), astuce intelligente pour préserver l'intimité sans perdre toute la lumière ; nombre d'appartements sont conçus en songeant aux handicapés, initiative généreuse et utile ; enfin, les espaces communs sont soignés.

Cependant, si l'on regarde de plus près les plans des appartements, toujours reproduits en minuscule dans les revues d'architecture, comme si c'était secondaire (!), on reste parfois perplexe. Exemples.

Observons ce deux pièces. La cuisine est placée à droite d'un large vestibule, quasiment aveugle, qui consomme de l'espace semble-t-il en pure perte. Peut-être y installera-t-on une table pour les repas ? À moins de manger dans le séjour, mais il faudra alors traverser tout l'appartement de part en part pour transporter les plats de la cuisine au séjour. Les toilettes sont incluses dans la salle de bains, peut-être pour l'accessibilité des handicapés (confer les cercles symbolisant le volume du fauteuil), ce qui, en utilisation habituelle, n'est pas agréable. Une telle conception est-elle délibérée ou simple résultante d'une forme extérieure préconçue dans laquelle il "faut bien caser" les appartements ?



Ce trois-pièces bénéficie d'une grande façade, le long de laquelle il est possible de circuler, ce qui est certainement agréable (voir les portes coulissantes). Mais, une fois encore, l'agencement des pièces est peu commode. Quand on sort de la chambre (en bas du plan) le matin, il est préférable de ne pas marcher au radar, car l'itinéraire pour rejoindre la salle de bains est un véritable labyrinthe (4 portes à franchir). La cuisine est spacieuse et proche du séjour. On regrette juste qu'elle ne soit pas éclairée. Elle aurait avantageusement pris la place de la chambre précitée… mais alors le bâtiment, trop profond, n'aurait pas permis de lui offrir de fenêtre. Encore une façon de privilégier le contenant au détriment du contenu.


Référence : http://mapage.noos.fr/jmac/Herold34BIG.jpg

Les rideaux extérieurs en ETFE donnent aux bâtiments cette teinte douce, légèrement floue, délimitent des espaces intermédiaires – jardins d'hiver par exemple – et rendent possible l'utilisation des balcons, ce qui n'est pas toujours évident en ville. Fort bien. Mais seront-ils "durables" ou bien finiront-ils à moitié déchirés, volant au vent, salis et chiffonnés ? Quant aux rebords destinés à accueillir de très écologiques "mousses", on peut se demander s'ils ne feront pas sales et minables dans quelques années.

Certes, il est difficile d'innover tout en étant cohérent et prévoyant. Mais n'est-ce pas la fonction même des architectes ?

C'est pourquoi j'apprécie Rudy Ricciotti, qui sait poser les bonnes questions, en particulier sur ce HQE qu'il abhorre (et je ne suis pas loin de partager son avis). On se délectera à visionner cette vidéo, toujours sur le site du Pavillon de l'Arsenal.

mercredi 24 septembre 2008

Un petit mot bien trouvé

Un petit mot à propos d'un mot tout simple, bien trouvé, qui permet de fournir un équivalent à l'anglais To Upload.

Pour To Download, on connaît bien sûr « télécharger ». Mais en sens inverse ? On emploie parfois, à défaut de mieux, « uploader ». Pas très élégant !

C'est dans le logiciel gratuit de FTP Cyberduck que j'ai découvert une commande intitulée « téléverser ». Pas mal, ce néologisme ! Ainsi, si l'on télécharge depuis un serveur, il est assez logique que l'on téléverse vers un serveur. Certes, ces mots français ne reprennent pas les symboles en bas / en haut affectés respectivement au client et au serveur, une image assez parlante. Mais au moins sont-ils clairs.

vendredi 19 septembre 2008

Pour un bonus-malus « humaniste »

Nous avons la chance de bénéficier d'une protection sociale "généralisée". Mais, justement parce qu'elle est généralisée, elle a l'effet pervers de pénaliser les entreprises qui emploient beaucoup de main d'œuvre. D'où un encouragement indirect à se débarrasser des être humains partout dans l'économie.

Quand on observe le "paysage fiscal", on constate qu'une multitude d'incitations passent par le canal des impôts (et des charges) : investissement dans le logement, dans les départements ultramarins, économies d'énergie et, récemment, bonus-malus "verts". Curieusement, l'incitation à embaucher des êtres humains se limite aux aides à domicile et autres emplois familiaux. Quant aux exonérations de charges sociales, elles ne semblent pas produire les effets escomptés.

À croire que l'être humain est devenu secondaire dans nos sociétés, ce qui expliquerait d'ailleurs que nous nous satisfassions (sans le dire) d'un chômage élevé. L'écologie a, elle aussi, un effet secondaire, qui est de considérer l'être humain avant tout comme un pollueur, et donc de contribuer à le mettre à l'index. Après tout, moins les humains seront nombreux et plus pauvres ils seront, moins ils consommeront et plus la Terre se portera bien !

Alors, pourquoi n'existerait-il pas, aussi, des bonus-malus humanistes, récompensant les entreprises de main d'œuvre et pénalisant les entreprises qui suppriment des emplois ? Certes, il ne faudrait pas décourager le "progrès technique", mais est-ce un progrès que de connaître de plus en plus de chômage ?

L'accroissement de la productivité agricole avait permis de "libérer des bras" pour l'industrie. Le progrès technique avait ensuite rendu possible le développement des services, le secteur tertiaire enflant au détriment du secondaire. Aujourd'hui, il n'existe pas de secteur "quaternaire" pour accueillir les hommes rejetés du tertiaire – qui tombent dans la "trappe à chômage et pauvreté". Au point qu'il conviendrait de s'interroger sur l'intérêt réel de la suppression systématique d'emplois dans les services (son coût global).

Ces questions ne sont-elles pas, au même titre que les questions d'environnement, cruciales pour l'avenir de notre société ? À observer les débats qui dominent l'actualité, on ne dirait pas ! Serait-il trop tard pour remettre l'homme au centre de l'économie ?

mercredi 17 septembre 2008

Baisses de TVA et prix réel payé

Quelle est l'influence d'une baisse de taux de TVA ? On en a beaucoup parlé à propos de la TVA sur la restauration. Deux autres exemples récents, très discrets, montrent que l'application d'un taux réduit ne profite pas nécessairement au consommateur.

Les abonnements Internet Orange
Abonné à Internet chez Orange (on en a déjà parlé à deux reprises, ici et ), je règle chaque mois un montant TTC de 46,86 €. En tant qu'indépendant, je récupère la TVA et ne paye donc in fine que le Hors Taxes, soit 39,18 €. Jusque là, tout va bien.



La facture de mai 2008, étrangement, indiquait non plus 46,86 mais 46,85 €. Bizarre ! En y regardant de plus près, je me suis aperçu que ce (très généreux) centime de réduction provenait de l'application d'un taux de TVA réduit (5,5%) sur une partie de l'abonnement.



Le Hors Taxes, autrefois de 39,18, passait à 41 €, la baisse de TVA n'étant pas répercutée sur le tarif. Qui se met dans la poche la différence ? Orange bien entendu. Comme toujours, il s'agit de "petits montants", et il est facile au fournisseur d'accès de traiter ses clients de "radins". Grosso modo, ce sont tout de même 21,84 € sur un an qui seront désormais facturés en sus, soit une hausse supérieure à 4,5%.

Comme quoi une baisse de taux de TVA ne profite pas nécessairement au client ! Encore merci à Orange pour son honnêteté. Voilà des gens très fair-play, ne trouvez-vous pas ?

Un forum s'est fait l'écho de cette question : www.commentcamarche.net/forum/affich-5945222-abonnement-telephonique-orange

Fac similé de la facture d'avril :


Fac similé de la facture de mai :


Autre exemple : la TVA dans les TGV
Si vous prenez régulièrement le TGV et passez au bar, vous aurez peut-être constaté que l'on vous demande si vous souhaitez "consommer sur place" ou "emporter". La notion n'est guère précise : ainsi que je l'indiquai un jour au barman, je me vois difficilement descendre en marche d'un TGV roulant à près de 300 km/h pour "emporter" mon café.

Il s'agit en réalité d'une astuce fiscale consistant à appliquer la TVA à taux plein si l'on reste "sur place" (sous-entendu dans la voiture-bar) et le taux réduit si l'on "emporte" les consommations dans un autre wagon, soit une interprétation doûteuse de la vente à emporter (imaginez la même chose dans un restaurant où l'on changerait de salle pour bénéficier du taux à 5,5%).

Au-delà du véritable gag que constitue ce bricolage d'un fiscaliste fûté, le bénéfice ne va évidemment pas dans la poche du consommateur, puisque le prix des boissons et nourritures vendus aux bars des TGV ne change pas suivant qu'on les consomme sur place ou qu'on les emporte : Rail restauration garde la différence dans sa poche, comme le montre ce petit calcul tout bête :

Un casse-croûte à 10 euros TTC se décompose, selon le cas, en :
  • 9,48 euros pour le vendeur et 0,52 euros de TVA dans le cas de la vente à emporter.
  • 8,36 euros pour le vendeur et 1,64 euros de TVA dans le cas de la vente sur place.
Conclusion : si vous êtes un bon citoyen, restez sur place, afin que, à prix égal, l'État récupère trois fois plus de TVA.

samedi 13 septembre 2008

Dubois et moi

Et si le "multimédia" consistait aussi à enchaîner un film et le livre qui l'a inspiré ? C'est de cette façon que j'ai découvert l'écrivain Jean-Paul Dubois.

Dans son film Kennedy et moi****, Sam Karmann a réussi une adaptation fidèle, drôle et touchante du roman de Dubois. J'avais eu beaucoup de plaisir à retrouver les personnages dans le livre, qui met en scène un écrivain dépressif en panne d'inspiration – un rôle parfait pour Jean-Pierre Bacri ! Son psychanalyste parvenait à réveiller sa curiosité avec une montre ayant, paraît-il, appartenu à Kennedy, celle-là même qu'il portait le jour de son assassinat…
Karmann jouait dans son film le rôle d'un médecin, amant d'Anna, l'épouse de l'écrivain, interprétée avec son talent habituel par Nicole Garcia.

Vieilles autos, tondeuses à gazon et phobie du dentiste
J'entrai ainsi dans l'univers de Jean-Paul Dubois, peuplé de personnages doutant d'eux-mêmes, passionnés de vieilles autos, de tondeuses à gazon, de bains de mer et de piscines, bricoleurs du dimanche ajoutant régulièrement de nouvelles pièces à leurs maisons, dont les épouses ou compagnes se prénomment presque toujours Anna, n'ayant peur que d'une chose, du dentiste, dilettantes le plus souvent, observant le monde et la politique d'un regard désabusé et sceptique. L'humour, cette "politesse du désespoir" est toujours présent, même dans ses romans les plus sombres, au point que, parfois, je trouve des parentés entre son style et celui de René Belletto, voire avec Houellebecq, mais sans la logorrhée victimaire, nihiliste, pseudo-intellectuelle et cynique de l'auteur de Extension du domaine de la lutte.

Tous les matins je me lève**

On retrouve dans Tous les matins je me lève le personnage de l'écrivain, habitant au bord de la mer, acheteur compulsif de voitures de collection, dont Anna, l'épouse, supporte patiemment les retards et errances. Une sorte de Kennedy et moi N°2, à l'intrigue simplifiée, habité du même humour désabusé. L'auteur y donne quelques unes des clefs de son inspiration : le titre du livre est la phrase qui a été à l'origine du roman ; Dubois s'imposerait d'écrire huit pages par jour quoi qu'il arrive – un quota que le personnage du roman a du mal à respecter, au grand dam de son éditeur!


Vous plaisantez, monsieur Tanner ?**

Un réalisateur de documentaires animaliers hérite d'un oncle une maison qu'il décide de rénover, faisant appel à tous les corps de métier et mettant la main à la pâte.

Le récit d'un enfer traversé d'un humour féroce et omniprésent. Un roman léger, très drôle, rythmé par les "Vous plaisantez, monsieur Tanner !" lancés par les artisans incapables de respecter les devis, les délais et les prestations prévues…





Une année sous silence*

Fini de rire avec ce roman très sombre.
Le personnage, Paul – presque tous les personnages de Dubois se prénomment Paul – s'enfonce dans la dépression à la suite du suicide de sa femme. Plus ancien (1992), ce livre est aussi moins distancié, et l'humour ne s'y hasarde que pour mieux accentuer les descriptions noires des protagonistes de ce drame implacable…

Ce n'est pas mon livre préféré de Jean-Paul Dubois, même si l'observation de la dérive psychologique de ce Paul Miller, méticuleuse et pertinente, est marquée d'un indéniable talent.


Une vie française****

Cette vie française est sans nul doute l'œuvre la plus aboutie de Jean-Paul Dubois, longue fresque commençant dans les années cinquante et se terminant à la date de sortie du livre, en 2004. Rédigé à la première personne, comme d'ailleurs tous les romans évoqués ici, il raconte l'histoire de Paul Blick, né en 1950 comme l'auteur, avec en toile de fond les événements politiques : les chapitres reprennent en effet les mandats des 5 premiers présidents de la République. De ce point de vue, on pourrait comparer le livre à celui de Benoît Duteurtre, Les pieds dans l'eau, sorti récemment.

Une vie française est aussi une synthèse de tous ses romans, fouillée, riche en émotions et en humour – écrite dans cette langue à la fois simple et sophistiquée (on apprend beaucoup de mots nouveaux à sa lecture). La vie de Paul Blick suit toutes les mutations, révolutions et désillusions de la société française sur cinquante années. La chronique de la famille du personnage principal permet de traiter toutes sortes de traumatismes, conflits, bonheurs aussi, avec finesse et profondeur.

On retrouve avec amusement ses réminiscences : Anna, l'épouse de Paul, femme d'affaires, les relations pères-fils sur trois générations, la fascination pour les jardins (et les tondeuses à gazon !) et les arbres (Blick publie un livre sur les arbres qui devient un best-seller), l'automobile (le père tient un garage Simca et offre à son fils sa première voiture, une Volkwagen 1200), le dentiste (auquel il "pique" sa maîtresse et assistante) et la mer bien sûr. Quant aux hommes politiques, ils en prennent pour leur grade : De Gaulle est comparé à un gardien de square hautain, Pompidou à un médiocre affairiste, Giscard d'Estaing à un bourgeois méprisant, Mitterrand à un lettré roué et Chirac à un rustaud magouilleur…

Mais la qualité première du roman se trouve dans la relation détaillée et très émouvante des tourments des âmes et des corps, en moins sinistre que dans Une année sous silence, malgré des épisodes psychologiquement éprouvants.

Le livre s'arrête donc en 2004, au milieu du mandat de Jacques Chirac. Il faudra attendre la parution de son dernier roman, ce mois-ci, pour savoir ce qu'il pense de notre nouveau président !

Les accomodements raisonnables***

En un sens, ce roman pourrait être la suite du précédent si le drame de novembre 1999 n'avait pas eu lieu et si le photographe était scénariste de téléfilms. À ces deux détails près, voici un autre Paul, Stern de son nom, qui se trouve à la croisée de deux vies, deux pays, deux femmes, deux "Anna". Son père vient d'hériter de son frère et l'on sent que l'argent va le pervertir… tout comme le nouveau président de la République. Car le roman se déroule à nouveau sur fond d'élections présidentielles. Voici quelques perles décrivant l'élection, ses candidats et l'élu.

L'élection présidentielle et le nouveau président
Les candidats se nomment Miga (la miette en Espagnol), la Sainte, Benito et Dumbo. On trouvera sans difficultés l'identité de ces quatre prétendants à la fonction suprême.
Je déteste la Sainte et j'abhorre Miga Bosca. Elle, c'est tout sauf une socialiste et l'autre, il est marteau. Attends, on le voit tout de suite que ce type a un grain. (page 45)
[à propos de la soirée au Fouquet's] Cette soirée de gougnafiers et de gandins, cette piteuse nouba fondatrice de la République de gaudriole que nous allions vivre. […] Ce gars est élu avec 53% des voix et deux heures après il commence la tournée des bistrots. […] Ce type-là va nous en faire voir. C'est un vrai baltringue. Il finira comme Deschanel. En pyjama sur une voie ferrée. (page 78)
[les goûts du président] Ce président dont chacun aujourd'hui s'accordait à reconnaître qu'à l'égal de mon père il aimait l'éclat de l'or, les marques des fabriques, les flottes impériales, les avions personnels et les femmes des autres. (page 174)
[les infirmières bulgares et le divorce] Je t'ai dit que ce gars avait perdu les pédales. Quand tu imagines ce qu'un type qui est à la tête d'une puissance atomique est capable de faire pour récupérer une gonzesse, ça fout la trouille. (page 187)

Fermez le ban !
**** Les astérisques sont des "cotes" subjectives mesurant le plaisir que j'ai eu à lire chaque roman.

vendredi 12 septembre 2008

Gratuité ?

Deux modèles de gratuité
À bien observer l’organisation des services dont nous bénéficions, on remarque deux modèles d’apparente « gratuité ». Le premier est fondé sur la notion de service public, le second sur la publicité.
Schématiquement, en effet, soit nous décidons collectivement de partager tout ou partie du coût de services à vocation universelle en les mettant en commun via un système de prélèvements obligatoires, soit nous acceptons collectivement que la publicité à laquelle nous sommes soumis finance le service rendu.
Ce qui est amusant, c’est que le premier modèle est décrié car nous renâclons à « payer », alors que le second nous paraît indolore et que nous l’acceptons sans beaucoup de résistances.

L'exemple emblématique de la télévision
La télévision fut, et reste, le plus grand exemple de « gratuité ». Certes, le système est encore mixte, puisqu’une redevance complète le financement par la publicité, et qu’il le sera encore plus après la réforme du financement de l’audiovisuel public par de nouvelles taxes.

Sur les autres… ça marche
Observons néanmoins le paradoxe fascinant de la publicité. Chacun pense que la publicité a peu d’influence sur lui : « sur les autres, ça marche peut-être… sur moi, très peu, voire pas du tout ! » Cette illusion nous incite à offrir notre « temps de cerveau disponible » et à accroître sans fin nos besoins de consommateurs, ce qui nous coûte très cher en achats inutiles ou redondants. Il suffit d’observer le phénomène des marques auprès des enfants ou encore l'obésité infantile rapportée aux publicités pour les bonbons et boissons sucrées.

Pourtant, si la publicité n’avait qu’un impact limité, les annonceurs payeraient-ils si cher pour insérer leurs publicités dans les médias ? Quoi qu’il en soit, nous trouvons cela beaucoup plus moral que de payer des impôts pour financer des services communs. Implicitement, nous estimons que Nonce Paolini est plus digne de confiance pour répartir les cotisations qu'un homme politique comme le Premier ministre. Paradoxal, non ?

La gratuité sur Internet
Sur Internet, avec Google, le modèle s’est généralisé. La publicité finance l’ensemble des services « gratuits » du moteur de recherche et de ses produits dérivés. Un jour, peut-être, nous bénéficierons de connexions gratuites financées par la publicité. Souvenez-vous de cette tentative grotesque d’un opérateur de téléphonie mobile proposant des communications gratuites (ou presque) à condition qu’elles soient interrompues par… des publicités !

Réticences ?
Si l’on creuse un peu, on s’aperçoit que des réticences existent. La voiture, par exemple, ce symbole de l’individualisme, résiste. En effet, nous pourrions accepter de revêtir nos bagnoles de pub pour bénéficier de loyers versés par les annonceurs. De rares exemples peuvent être trouvés, mais le procédé demeure marginal. Passer du statut de cible à celui d’annonceur n’est pas aussi aisé qu’on pourrait le penser.

Illusion de liberté
Le succès du modèle de la publicité repose sur l’illusion de liberté qu’il suppose : certes, nous sommes submergés de pub ; oui, mais nous restons « libres » de ne pas céder à ses sirènes. En est-on certains ? La force de la publicité est de nous laisser croire que nous sommes libres car il est difficile d’identifier précisément son influence au moment de l’achat, celle-ci étant presque inconsciente. Pas mal ! Tandis que les impôts sont vécus comme une punition (dixit Alain Lambert), la publicité est vécue comme une récompense. À droite, on considére volontiers que les impôts entraveraient la liberté, mais pas la publicité, ce qui implique également que le mode de prélèvement de la publicité serait, aussi, plus juste que le prélèvement fiscal.

À nous de faire la part des choses.

jeudi 11 septembre 2008

Google et les décimales

On a beau s'appeler Google et être (quasiment) le "maître du monde", on reste néanmoins sujet aux bugs, ce qui est, somme toute, rassurant. Exemple. Dans les actualités Google est paru aujourd'hui cet insert sur la Banque Postale :



…dont voici un agrandissement :


Le PNB de la Banque Postale serait donc proche de 2400 milliards d'euros. Mazette ! PNB signifie Produit Net Bancaire (et non Produit National Brut) dans le jargon professionnel des banques. Comment apprécier lesdits 2400 milliards ? En les comparant au… PIB de la France (Produit Intérieur Brut, concept assez proche du PNB d'ailleurs). Le PIB de la France en 2007, soit la somme de toutes les productions de tous les agents économiques du pays, avait représenté, comme nous l'apprend Wikipédia, un peu moins de 1900 milliards d'euros.



Qui aurait cru que la Banque Postale – notre "Poste" – produisait plus que l'ensemble de tous les agents économiques du pays ? C'est le président de son directoire, M. Werner, qui doit être heureux !



Réponse : Google ! Leur algorithme de traduction des séparateurs décimaux a quelques problèmes. Et, chez eux, pas d'erratum : c'était de 2 milliards et quelque dont il s'agissait, ce qui est déjà pas mal, et non de 2400 milliards ! Voir l'article de La Tribune référencé par le moteur de recherche glouton ( à condition qu'il soit encore en ligne).

Ces bugs me réjouissent toujours. Ils prouvent (1) que rien ne remplace le regard acéré de l'être humain et (2) que personne n'est parfait…

samedi 6 septembre 2008

L'enfer des hotlines Orange(s)

Dans les années soixante-dix, un thème revenait comme un leitmotiv : « l’incommunicabilité entre les êtres humains ». Trente ans plus tard, nous voici installés dans une « société de communication » grâce aux téléphones et à Internet. Quoique…

Si, comme leur dénomination anglo-saxonne le laisse entendre, les « hot » lines sont… chaudes, elles ressemblent plus aux flammes d'un enfer orange qu’au paradis de la communication !



Ci-dessus : Bruce Willis appelle l'assistance technique. Lui, il ne passera qu'une seule journée en enfer…

Je viens d’en faire l’expérience, une erreur de diagnostic de ladite hotline m’ayant interdit l’accès ADSL à Internet durant deux (2) semaines.

L’univers kafkaïen du 3901
Les téléopérateurs et téléopératrices du 3901 suivent des procédures tellement balisées qu’il leur est impossible d’en sortir. C’est ainsi que j’ai procédé une demi-douzaine de fois aux mêmes tests, naïvement confiant, aboutissant tous à la même erreur de diagnostic. Pourtant, consultant en informatique de profession, habitué à parler d'informatique par téléphone, je me suis toujours attaché à expliquer avec la plus grande clarté les difficultés et manipulations effectuées, faisant en sorte d'être aussi pédagogue que possible envers mes interlocuteurs et interlocutrices. Mes connaissances techniques n'étant pas universelles, il m'était toutefois difficile d'expertiser par moi-même une ligne et un modem ADSL.

Un mur angoissant
L’impression de se heurter à un « mur » d’incompréhension finit par devenir réellement angoissante. Surtout quand, indiquant que j’utilise un Macintosh, on me raccroche au nez après avoir tenté de « me passer un autre technicien », ou que la communication est automatiquement coupée sans préavis au bout de 30 minutes, et qu’il y a 20 minutes d’attente au moment de rappeler, ou encore que l’on me promet de me rappeler « dans 15 minutes » et que, huit heures plus tard, il ne s’est toujours rien passé, ou enfin que l’on s’acharne à me faire faire des tests réservés à une LiveBox alors que j’emploie un modem dont j’ai indiqué soigneusement les références, m’entendant dire : « écoutez votre assistante technique, monsieur, et tapez admin / admin, Alphonse, Didier, Marie, Isabelle, Noémie »
Mon malheureux modem ne connaissant aucune de ces personnes n’en pouvait mais.

Sur tous les tons et dans tous les modes
Devenant une sorte d’acteur professionnel, j’essayais tous les tons, tour à tour calme, en colère, précis, menaçant ou implorant la pitié d’Orange et de ses Dieux.

Il aura fallu deux semaines pour que l’on consente à changer de méthode. Le diagnostic fut enfin réussi par la visite d’un technicien, infirmant ceux qui avaient été menés par téléphone, tous erronés. Comme quoi rien ne remplace une réelle communication humaine, toute simple, de visu et sur place.

Pendant deux semaines, j’ai séjourné dans l’enfer de la sous-traitance et de l’incommunicabilité. Ma principale erreur a été de faire confiance à un service pour lequel je paye une surtaxe mensuelle de 10 euros. J’aurais dû me débrouiller par moi-même. Mais peut-on tout savoir, et, surtout, supposer a priori que les indications d’une assistance « professionnelle » sont fausses ?

Faire des économies
Les causes de cette histoire absurde sont connues : pour "faire des économies", Orange et France-Télécom emploient des téléopérateurs peu formés et parlant un français approximatif, qui doivent d'ailleurs vivre des moments très pénibles chaque jour, en butte à la colère des appelants. Tout cela est injuste, inutile et inefficace. L'exclusion de l'être humain, ou son remplacement par des semi-robots travaillant "à l'aveuglette", ne peut conduire au Paradis ! Les flammes oranges de l'enfer continueront de rôtir les clients de l'opérateur pendant longtemps…

Annexe : pour mémoire, chronologie des démarches
  • 30 juillet 2008 - Le jour de mon départ en vacances, ma connexion Internet ADSL cesse soudain de fonctionner entre la consultation de deux pages Web. Abonné « professionnel » (10 € mensuels de supplément), je bénéficie d’une « hot-line » spéciale accessible par le 3901, que j’appelle sur-le-champ. Une batterie de tests me sont dictés, que j’accomplis scrupuleusement. Diagnostic : votre installation (ligne et modem) fonctionnent, mais une intervention sera nécessaire côté France-Télécom, pour laquelle on me rappellera. Les rendez-vous ne pouvant être pris plus d’une semaine à l’avance, on me conseille de rappeler quelques jours avant mon retour, ce que je fais le 13 août.
  • 13 août 2008 - Le 3901 m’informe d’un « changement de procédures ». Les prises de rendez-vous sont désormais impossibles, remplacées par une « plage de 48 heures » sans autre précision. Rappelez à votre retour.
  • 16 août 2008 - De retour, j’appelle. Les tests sont répétés : mon modem ADSL Thomson Speedtouch 609 fonctionne, France-Télécom doit « lancer une expertise-réseau au central téléphonique ». Elle interviendra mardi 19 entre 14 et 15 heures.
  • 19 août 2008 - Aucun appel à l’heure dite. 20 minutes d’attente au 3901 lorsque j’appelle en fin de journée. On me précise que l’intervention n’aura pas lieu avant le 21 août.
  • 20 août 2008 - Alors que je suis en déplacement, un message téléphonique m’apprend qu’un test de synchronisation a été effectué au central.
  • 21 août 2008 - Toujours pas de connexion. Rappel du 3901 dès 9 heures. Répétition des tests, même diagnostic. Une nouvelle intervention au central est annoncée « dans les 48 heures ».
  • 22 août 2008 - Message sur mon portable à 11 h 40 : « les tests de ligne sont bons ». Ma connexion est toujours interrompue. Je passe alors deux heures en ligne avec le 3901, passant par plusieurs interlocuteurs auxquels je dois répéter l’historique de l’affaire. Coupure automatique de la communication au bout de 30 minutes, rappels promis et non effectués. Répétition des tests du modem, positifs. Enfin, je récupère un « numéro de dossier ». Une autre intervention au central est prévue pour dans 5 jours, le 27 août seulement. Malgré mon insistance, impossible d’obtenir un délai plus court.
  • 27 août 2008 - Une nouvelle intervention au central a lieu à midi. On m’appelle pour un « reset de modem ». Alors que je précise que la liaison ne fonctionne toujours pas, mon interlocuteur dit : « je vous rappelle dans 15 minutes » et raccroche. Le soir, je n’avais toujours pas reçu d’appel.
  • 28 août 2008 - J’appelle le 3901, argumente, explique pour la énième fois que la panne complique considérablement mon activité professionnelle. Mon interlocutrice semble supposer que les « sous-traitants » qui sont intervenus au central ne sont peut-être pas assez compétents, mais qu’ils travaillent en ce moment même sur ma ligne. Sur mon insistance, elle décide de « transférer mon dossier à une cellule d’expertise ». Je suggère, pour la troisième ou quatrième fois peut-être, que l'on vérifie aussi mon installation sur place, sans se limiter au central.
    Cela fait douze jours que je ne peux me connecter
    via l’ADSL, relève mes mails en bas débit et ne peut procéder à une mise à jour de site Web pour un client.
  • 29 août 2008 - Vers 9h30, on sonne à ma porte, sans que j'aie été prévenu. Par chance, je suis là et suffisamment réactif. Miracle : un technicien de France-Télécom a finalement été mobilisé. En quelques minutes, il constate que mon modem ADSL ne fonctionne plus, contrairement à ce que semblait indiquer les tests répétés 5 fois. Il branche une LiveBox pour vérifier son diagnostic, qui est juste. Il me reste à aller chercher une LiveBox à l’agence commerciale et ma connexion sera rétablie dans l’après-midi, après deux semaines d’interruptions. Le déplacement du technicien me sera facturé 100 euros.
  • 3 septembre 2008 - Un courriel du service client m'annonce un "geste commercial" suite à ma demande à l'agence France-Télécom du 29 août. Un rabais de 40 euros me sera consenti en octobre. Intérieurement, je rapproche cette somme du "temps de consultant" perdu durant deux semaines et ne puis m'empêcher de la trouver dérisoire…
  • jeudi 4 septembre 2008

    Merci Benoit Duteurtre

    Benoît Duteurtre a publié dans Libération de ce matin une tribune sur les perspectives de privatisation de la Poste qui fait plaisir à lire, tout comme ses romans d'ailleurs. C'est toujours rassérénant de lire sous une plume talentueuse des idées que l'on partage sans pouvoir nécessairement les formuler avec autant de clarté et de pertinence.


    Presque à chaque fois que je lis un de ses livres, j'y trouve des thèmes qui me touchent, auxquels je suis sensible, que ce soit sur les Services Publics, l'urbanisme, les politiques municipales, le tri des déchets, voire… les fumeurs. C'est ainsi que je me suis délecté à la lecture de Chemins de fer, de La Petite fille et la cigarette, de La Cité heureuse ou encore du Grand embouteillage – découvert par hasard sur les rayonnages d'un café parisien et commandé ensuite sur PriceMinister (car épuisé).


    Le trio de tête de mes livres préférés de Benoît Duteurtre, les plus polémiques d'ailleurs, ce qui n'enlève rien à la qualité de ses œuvres plus littéraires comme Les pieds dans l'eau, que je viens de commencer ces jours-ci.

    Nostalgie ?
    Le seul reproche que je lui ferais – il en faut bien ! – serait de ne pas assez distinguer dans ses argumentaires ce qui relève d'une certaine nostalgie, et pourrait le faire passer pour conservateur, alors qu'à mon avis il épingle avec justesse les travers de notre époque qui nous empêchent, au contraire, de progresser et d'avancer – au premier chef la "fausse" modernité.

    Quelques phrases extraites de sa tribune de Libération méritent que l'on s'y arrête. Je partage son exaspération face à la logique dans laquelle nous nous sommes engagés en matière de Services publics :
    La machine idéologique infatigable voudrait nous persuader que tout marchait "moins bien" sous le contrôle de l'État. L'idée que l'État était un mauvais gestionnaire est une imposture […] l'unique obsession des Pouvoirs publics reste de tout abandonner dans la jungle mondialisée.

    Je partage d'autant plus ce constat que je sors d'une expérience harassante de panne de connexion ADSL (que j'évoquerai sur ce blog) un chemin de croix qui aura duré près de deux semaines, à tenter de me faire comprendre de l'assistance téléphonique. À côté, son roman Assistance clientèle pourrait ressembler à une promenade de santé (j'exagère, mais il y a de ça).

    J'ai posé ma question à une aimable jeune fille au fort accent qui, probablement, travaillait en Afrique du Nord, sans protection sociale, pour un salaire très inférieur à celui d'une ex-fonctionnaire française désormais au RMI…

    Aussi ne puis-je qu'être d'accord avec cette autre citation :

    Je préfèrerais le personnel efficace et gratuit du téléphone public aux standards inaccessibles de France-Télécom privatisée


    Je signalerais en conclusion le titre d'un recueil d'articles publiés par Duteurtre qui éclairent son approche et ses idées : Ma Belle époque, édité chez Bartillat en 2007.

    mercredi 3 septembre 2008

    Argentière Grand Roc (épisode 2)

    Les recherches sur le Web occasionnent des surprises. Selon le jour, l'heure, l'humeur et l'intuition de l'internaute, il arrive à ses fins ou pas. C'est ainsi que j'avais pu retrouver le nom de l'architecte de l'ensemble immobilier Grand Roc à partir d'une requête dans Google.

    C'est un bouquiniste de Grenoble, Ski-Vintage, qui avait mis en ligne le sommaire détaillé d'un numéro de la revue "Ski Français" datant de décembre 1970, dans lequel était annoncé un article sur Grand Roc et une interview de son architecte Claude Balick, nommément désigné.
    Ci-contre : la couverture de la revue, avec le sourire "Gibbs" de Patrick Russel, très prisé à l'époque (le sourire ; Patrick Russel aussi, probablement).

    Je me suis empressé de commander la revue et l'ai reçue très rapidement (les "fanas" de ski, comme on disait en 1970, pourront visiter la boutique de Ski Vintage avec intérêt).
    Afin de partager ces informations inédites sur le Web et compléter l'article précédent, vous trouverez à cette adresse le PDF reprenant la présentation de l'ensemble immobilier et l'interview de son concepteur.

    Morceaux choisis
    Avec le recul, il est intéressant de relever ces quelques informations, remarques et propos.

    En premier lieu, aucune photo de l'extérieur des immeubles n'est reproduite. S'il est louable de se soucier de l'intérieur, et donc des habitants, on peut imaginer que les façades auraient pu indisposer les lecteurs de Ski Français
    Grand-Roc-Mont-Blanc est un petit collectif conçu comme une somme de chalets indépendants imbriqués les uns dans les autres.

    À l'époque, c'est vrai, on construisait en masse… de là à dire que Grand Roc était un "petit collectif", il y a un grand pas à franchir, car les trois bâtiments de la résidence comptent tout de même plus de 300 logements (bâtiment A à R+3, bâtiment B à R+4 et bâtiment C à R+5 comptant chacun en moyenne 25 logements par étage, sans compter les ajouts sous combles, postérieurs à la livraison). Quant à l'image des "chalets imbriqués" elle est à la fois exacte pour mettre en évidence l'originalité des duplex et inexacte car on est loin du modèle du chalet tel qu'on le conçoit habituellement !

    Ce n’est qu’une des nombreuses astuces utilisées pour concilier des impératifs aussi contradictoires que confort et gain de place, liberté et collectivité.

    Les termes employés sont plaisants et témoignent de leur époque : qui disait logements "collectifs" pensait "collectivisme" et donc… absence de liberté. Il est amusant de voir l'inconscient "politique" surgir ainsi au détour d'une phrase qui montre, une fois encore, l'attachement à l'habitat individuel, toujours vif de nos jours.

    Mais pourquoi l'architecte a-t-il choisi le "collectif" ?

    À Argentière en particulier, il est évident que c’est en immeubles qu’il fallait construire, étant donné l’enneigement considérable de cette région : plus d’un mètre de neige par nuit de tempête et surtout milieu urbain du terrain qui se trouve juste en face des téléphériques des Grands-Montets.

    Les arguments sont peu convaincants : comment faisaient les habitants d'Argentière avant l'apparition des logements collectifs ? Ils savaient se protéger de la neige. Et l'aveu de la connotation "urbaine" des installations du téléphérique montre la relative lucidité de l'architecte ! D'autres arguments auraient pu être employés.

    L'organisation de la vie dans la résidence se voulait sophistiquée et intégrée :

    J’ai donc tenté de me rapprocher le plus possible de la notion de vie en hôtel qui libère totalement des sujétions de la vie de tous les jours.
    C’est ainsi que dans chaque appartement de Grand Roc (que j’ai traités comme des chalets en duplex) l’on peut se faire servir, faire faire son ménage, ou faire garder ses enfants. J’ai même installé une chaîne de télévision intérieure qui permet d’être toujours informé de ce qui se passe sur les pistes.

    Il ne reste aujourd'hui que des traces minimes de ce parti : le centre commercial peine à survivre, la piscine est vide depuis nombre d'années, les services communs sont limités au strict minimum et la WiFi a remplacé la télévision intérieure – amusante initiative d'ailleurs.

    Autour de ces duplex toute une vie est organisée pour éviter l’isolement de la montagne.
    C’est ainsi qu’un centre commercial, un club, un restaurant et une piscine permettent, sans se déplacer jusqu’à Chamonix, de faire ses courses à couvert, de sortir le soir ou de recevoir des amis dans un lieu agréablement aménagé.

    Ah, l'isolement de la montagne ! Le skieur, très urbain, pourrait effectivement se sentir quelque peu dépourvu une fois les téléphériques fermés et le mètre de neige tombé dans la nuit. Aussi un environnement aussi proche que possible de sa ville natale est-il reconstitué : centre commercial, restaurant, piscine…

    Un enthousiasme modéré
    Lorsque la journaliste lui demande s'il va continuer à construire des résidences en montagne, on sent comme un léger traumatisme :

    Tant que ces deux opérations ne sont pas terminées, je suis assez réticent pour accepter d’autres projets de ce type. En effet, le climat qui rend les périodes de construction particulièrement courtes, les difficultés d’accès pour les marchandises exigent une organisation de direction et de surveillance particulièrement poussée qui ne peut se multiplier à l’infini sauf si "on se trouve installé dans la région".

    On mesure les difficultés qu'a dû rencontrer l'architecte durant le chantier et, qui sait, la défiance qu'il a peut-être rencontrée pour ne pas être "installé dans la région".

    Humain ou inhumain ?
    Enfin, lorsqu'on lui demande ce qu'il pense des "stations actuelles", peut-être "trop urbaines et un peu inhumaines", il répond :

    Je trouve qu’il y a beaucoup plus de recherche en montagne qu’ailleurs et que le résultat est beaucoup plus humain que certaines opérations périphériques des grandes villes.

    Et il n'a pas tort, mais tout est relatif, quand on sait, aujourd'hui, ce que sont devenues les "opérations périphériques"… Rendons justice à Claude Balick : Grand Roc parvient à rester humain malgré sa densité. Il en va tout autrement dans nombre d'ensembles immobiliers de la même époque, aux budgets souvent trop serrés pour que l'humain y trouve sa place.