mardi 3 juin 2008

Petits hommes verts

Quel livre réjouissant ! Christopher Buckley, dans "Les petits hommes verts" réussit une satire hilarante du monde de la télévision et des théories du complot sur les extraterrestres. Deux cibles, il est vrai, qui s'y prêtent ô combien !

Les petits hommes verts, de Christopher Buckley, publié précédemment sous le titre L'étrange enlèvement de Mr Banion. Points Seuil n°P1949, 384 pages, mai 2008. ISBN 978-27578-0939-6. Traduction depuis l'Anglais (États-Unis) par Jean-Yves Sarda.

Son idée, certainement pas inédite d'ailleurs, consiste à renverser les hypothèses habituelles. Les théories les plus répandues professent en effet que des extraterrestres se seraient crashés en 1947 à Roswell, et que les États-Unis tenteraient de cacher l'événement au monde. Dans son roman, Buckley imagine l'inverse : une mystérieuse officine secrète, genre CIA en mieux, aurait entrepris dès 1947 de bâtir de toutes pièces les "indices" relatifs aux extraterrestres : lumières clignotantes, soucoupes volantes, rapts d'américains, mutilations de bovins et même "ronds dans les récoltes", tout aurait été organisé par ladite officine. Et dans quel but ? Faire peur aux Russes en leur faisant croire que leur adversaire de la Guerre Froide détenait une "technologie extraterrestre" et assurer le vote régulier de crédits à la NASA et à ses avatars militaires. Une théorie qui en vaut une autre !

Sur ce canevas, l'auteur brode une divertissante comédie dans laquelle un présentateur-vedette de la télévision est enlevé par de petits hommes verts alors qu'il se relaxait en effectuant un parcours de golf. Pour tout vous dire, j'ai ri tout haut à de nombreuses reprises durant cette lecture. Cerise sur le gâteau, la forme est à l'égal du fond : excellente traduction par Jean-Yves Sarda, qui parvient à restituer nombre de calembours et ne dédaigne pas de nous éclairer sur leur sens par d'utiles N.d.T. (Notes du traducteur). Quant à la typographie, elle joue adroitement des guillemets et des italiques pour mettre en évidence les expressions, astuces et références de façon limpide, ajoutant au plaisir de la lecture.

Quelques échantillons savoureux

Un témoignage d'une victime d'enlèvement, une "raptée" :
Miss Delmar [une actrice] voulait qu'il soit clairement entendu qu'elle avait été kidnappée par le type d'extraterrestre le plus policé et aristocratique, aux yeux en amandes, et non par des homuncules hirsutes, tout sauf chic. En outre, elle n'avait pas été enlevée dans cette existence mais lors d'une vie antérieure – à Paris, en l'occurrence, à la fin du XVIIIè siècle. Elle avait été la maîtresse du compte Bombard de Lombard, fournisseur de poudre à canon et de tabac à priser à la cour du roi Louis XVI.

À propos des crop circles :
S'il y a une vie intelligente par là-bas, à quoi ça rime de venir tracer des graffiti dans des champs de blé du Nebraska ? Ils n'ont rien de mieux à faire ?

Sur les retombées techniques de Roswell :
Le vaisseau extraterrestre, récupéré par les américains à Roswell, avait quasiment permis toutes les avancées de l'ingénierie moderne, de la puce électronique au Tupperware.

Les efforts des Russes pour tenter de s'approprier les technologies extraterrestres ont cependant moins de résultats :
Ils trimèrent comme des fous tous les jours que Dieu faisait, pour ne produire au final qu'une amélioration du liquide de refroidissement frigorifique et une suspension plus souple pour les limousines Zil.

Les mutilations de bovins sont, quant à elles, intelligemment décryptées :
Le Dr Howe avait une théorie pour expliquer l'accroissement des mutilations : ces organes bovins étaient une friandise prisée des extraterrestres – l'équivalent des sushis pour nous, pour ainsi dire. Banion fit la grimace, sachant que dorénavant il ne commanderait plus de tekka maki.

Bon appétit… heu, pardon, bonne lecture !

1 commentaire:

  1. et comme vous j'ai lu ce livre. J'ai ri à plusieurs reprises.
    Délirant et quand même assez lucide sur le côté "panurge" des americains.

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