samedi 28 juin 2008

Ballons d'essai

La technique n'est pas nouvelle, mais elle est efficace.
  1. On lance un ballon d'essai provocateur et révoltant, comme la récente proposition du directeur général de l'assurance-maladie de réduire le remboursement des médicaments prescrits dans le cadre des Affections de Longue Durée (ALD), une proposition d'une cruauté inouïe, particulièrement révoltante, surtout venant d'un des plus hauts responsable des assurances sociales.
  2. Dans un second temps, on cède, on retire la mesure, et l'on présente la décision comme une sorte de soudaine générosité – totalement virtuelle puisqu'elle ne concerne en réalité que… le vide.
Ce fut le cas des réductions tarifaires pour les familles nombreuses, des licences des taxis, de la hausse de la redevance audiovisuelle, de la suppression totale des 35 heures, et j'en oublie certainement.
Une méthode très subtile et perverse de présenter des réformes !

Engranger les déficits
Sur la Sécurité Sociale, la bonne vieille attitude consistant à laisser filer les déficits perdure depuis bientôt six ans. Année après année, les dépenses restent supérieures aux recettes, sans qu'aucune mesure responsable ne soit prise. Plus on tarde et plus il sera aisé de "tailler dans le vif", au mépris de tout contrat social clair. Quant à l'expression "engranger les déficits", c'est un lapus révélateur : comment peut-on en effet "engranger" ce qui est négatif ? Avez-vous vu des paysans remplir leurs granges de déficits ? On accroît au contraire la dette sociale, fragilisant l'édifice. C'est donc bien plus de sape dont il s'agit…

Enfants gâtés
Il faudrait au contraire mettre sur la table une bonne fois pour toutes la question : oui ou non souhaitons-nous conserver une protection sociale générale et généreuse, ou bien basculons-nous dans un système américain, sur le mode "malheur aux faibles" ?
Il y a de l'enfant gâté dans chaque français. Il ne cesse de râler d'avoir à payer des cotisations, mais pousse des cris d'orfraies dès qu'on propose de "dérembourser" ou d'augmenter les recettes. Nous le payerons d'une perte de la plus importante conquête sociale de toute notre histoire récente.

Ordres de grandeur
En gros, les dépenses de l'assurance-maladie représentent environ 130 milliards d'euros. Le déficit s'élève à 8 milliards, soit 6%. Un rapide calcul relativise l'ordre de grandeur : sur la base d'environ 35 millions de foyers fiscaux, dont presque 20 millions sont imposables, ce déficit équivaut à 33 euros par mois pour les seuls foyers imposables. À peu près le prix d'un abonnement à Internet ou de téléphone portable. Encore est-il fait ici l'impasse sur la CSG des mouvements financiers et les cotisations des entreprises ! Le rendement de la CSG est en effet de 10 milliards d'euros par point, pour un taux moyen d'environ 7%.

Nous préférons attaquer collectivement les plus malades pour leur faire "rendre gorge" d'un malus ou d'une franchise. Tout est dit dans ce simple constat.

C'est sur ce genre de question qu'il faudrait un référendum !

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