vendredi 23 mai 2008

Union Sacrée : enfin !

Une question fondamentale
Tandis que l'actualité n'évoque que des sujets secondaires – les retraites, la réforme de la Constitution – voici que revient au premier plan une question fondamentale, les plaques minéralogiques automobiles, déjà évoquées dans ces colonnes.



Dans Le Monde daté du 23 mai, le journaliste indépendant Vincent Huet lâche un cri d'angoisse : "Qu'ils nous laissent nos plaques !" Haro sur les technocrates qui lui enlèvent ses "bonnes vieilles plaques" !


M. Huet ne comprend pas la raison d'être du nouveau système, destiné à entrer en vigueur début 2009. Pour un journaliste, il est mal informé : le numéro du département disparaîtra des futures plaques car celles-ci seront attribuées une fois pour toutes à un véhicule, susceptible donc de changer de département à l'occasion d'un déménagement de son propriétaire ou d'une vente. Loin d'être "technocratique", cette nouveauté facilitera tant la gestion des cartes grises que le quotidien des français, tout en permettant le repérage des véhicules volés. Ce sera donc désormais le véhicule qui sera immatriculé, et non plus le propriétaire.

Union sacrée
Quelques pages en arrière, ce sont des députés qui forment une "union sacrée pour sauver le numéro de département" que l'on voit poser dans la cour d'honneur de l'Assemblée nationale. Le collectif "Jamais sans mon département" rassemble d'ores et déjà plus de 120 parlementaires. La Résistance s'organise, voilà qui est édifiant : savoir que nos représentants savent surmonter leurs divergences politiques pour s'unir sur des questions essentielles est rassurant quant à la santé de la République.

Hystérie identitaire
Que se cache-t-il derrière tout cela ? Rien d'autre que l'hystérie identitaire dont souffre notre société. Vincent Huet se désole : "Sont-ils insensibles au point de ne pas comprendre que […] la vision d'une Clio blanche immatriculée 75 ne procure pas exactement le même effet que la vision d'une Clio blanche immatriculée 74 ?" Que doit-on en déduire ? Que les parisiens-75 sont des crétins ou que les péquenots-74 sont des idiots ? Et que dire de sa manière de déplorer « le tourbillon sans âme d'un monde anonyme » ?

Assumons nos identités sur les bagnoles !
Voici pourquoi une autre réforme des plaques minéralogiques s'impose. Ne soyons point frileux, refusons l'anonymat, affirmons nos identités sans vergogne. Voici la façon idéale de composer les nouvelles plaques :
  • Deux chiffres pour le département pour commencer bien entendu,
  • Une lettre pour l'orientation sexuelle des propriétaires du véhicules (HT pour hétérosexuel, PD pour homosexuels),
  • Une lettre pour la race (B pour Blanc, N pour Noir, J pour Jaune…),
  • Un numéro de série tiré au hasard, à quatre chiffres, seule concession à "l'aléa mathématico-administratif" justement dénoncé par notre journaliste,
  • Sans oublier, sur fond bleu, la lettre du pays (quand même !), complétée par un petit logo pour la religion (croix pour les catholiques, croissant pour les musulmans, étoile jaune pour les juifs, etc.), les "non-croyants" laissant cette case vide, à leurs risques et périls (l'apostat étant désormais passible d'une contravention).
Un bon croquis valant mieux que de longues explications, voici un exemple de plaque nouveau style :



On reconnaît au premier coup d'œil un parisien Noir homosexuel de confession juive. Quelle variété d'injures pourra-t-on désormais utiliser pour engueuler le conducteur, sans se limiter au seul département !

Ainsi, enfin, nous saurons vraiment « à qui l'on a affaire » en voyant une voiture passer, et la « Clio blanche » aura sa véritable valeur identitaire, dûment labellisée ! Sans oublier que les "scans" de plaques minéralogiques à l'entrée de futures "zones communautaristes" seront facilités, ce qui évitera des contrôles policiers. Vincent Huet et nos chers parlementaires seront satisfaits, leurs revendications auront été entendues… et nous entrerons dans "le meilleur des mondes" de plain pied.

Disclaimer : une fois encore, ce blog est marqué par une colère déclenchant un second degré humoristique qu'il convient de prendre avec la bonne humeur requise. À bons entendeurs… salut !

Addendum
Quelques réactions d'internautes sur le site du Monde, qui me ravissent. J'ai bien sûr choisi les morceaux choisis qui m'arrangent. Mais n'est-ce pas le privilège du blogueur ?

Scrogneugneu a ainsi écrit :
Article stupéfiant de bêtise et de passéisme. Libre à chacun de s'identifier s'il le souhaite, comme certains le font en portant un T-Shirt "fier d'être de chez moi" tandis que d'autres préfèrent un accoutrement plus neutre. Et d'aucuns oublient que le projet comporte l'immatriculation à vie du véhicule, donc un allègement des procédures administratives. Le Monde peut s'abstenir de nous infliger ce type d'article digne de la presse de métro, sans quoi je ne vois pas de raison de m'abonner.

Tandis que Sylvestre001 n'y va pas de main morte :
Si vous aimez tant les numéros, faites vous tatouer votre 13 ou 69 sur le front, ou ailleurs, c’est à la mode. Dans ce pays pour faire la réforme la plus insignifiante il faut envoyer les chars et l’aviation.

Et que Segeste rejoint mon point de vue :
Ayant vécu l'agressivité des conducteurs du département ou je me suis installé en 2001 en raison d'une plaque 75 je vote des deux mains pour la disparition de cet archaïsme qui génère des passions chez les plus stupides d'entre nous. Je ne suis guère surpris de retrouver les députés les plus poujadiste dressés contre cette modification administrative...

Enfin, Sottises joue au Loto départemental avec virtuosité :
Je suis immatriculé dans le 76. Mais né dans le 44. Mon frère est né dans le 76 et réside dans le 38. Sa compagne est du 32. Leur fille ainée, née dans le 33, réside dans le 84. La cadette, née dans le 33, habite le 56. Son copain est né dans le 44 mais circule avec la voiture de son père qui habite le 93. Vivement la fin de ces stupides plaques qui ne servent qu'à injurier un 75, 69, et autre étranger au département. A moins recrér des douanes , passages de l'octroi et autres fadaises.

Nous lui laisserons le mot – pardon, le numéro – de la fin !

C'est avec plaisir que j'ajoute ci-dessous une réaction d'un internaute, signant des initiales TC :

Bonjour,
Même si l'article de votre blog sur les plaques d'immatriculation m'a fait sourire, je crois que vous avez mal compris la tribune publiée par le Monde, qui selon moi ne relève ni de l'hystérie identitaire, ni du calcul rationnel, encore moins du besoin d'injurier ou de classifier les populations, mais plutôt d'une sorte de romantisme qui, apparemment, vous échappe.
J'exagère, mais pas tant que ça...
TC

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