vendredi 30 mai 2008

Les 30 mai

30 mai. Une date historique !
  • Le 30 mai 1958, en effet, le général de Gaulle était sur le point de prendre le pouvoir alors que la IVème République agonisait.
  • Le 30 mai 1968, le même général de Gaulle renonçait à organiser un référendum tant la France était "agitée" par les Évènements de Mai. Il partait "réfléchir" à Colombey…
  • Le 30 mai 2008, où en sommes-nous ? Toujours à suivre les élucubrations de notre Président, dans une Vème République qui, si elle n'est pas moribonde, est sérieusement malade de l'hyper-présidentialisme, né 50 ans plus tôt.
On se prend à rêver que M. Sarkozy ne prenne un peu le large pour "réfléchir", ce qui l'aiderait sûrement à mieux diriger la France (1). Mais où pourrait-il aller ? À Neuilly ? On peut douter que cette "retraite", trop proche de l'Élysée, ne suffise à le rendre plus sage. Il ne lui reste plus qu'à choisir entre un monastère et un yacht de milliardaire. Les possibilités ne manquent pas – quelle que soit l'hypothèse retenue.

Un PS mal "parti"
Le PS, quant à lui, ferait bien d'aller se mettre au vert pour réfléchir et faire le point. Quand on lit les 10 conditions que François Hollande pose afin que son parti se réveille, on est en droit de s'inquiéter : tant que cela ?! Voilà la PS mal "parti" pour représenter une alternative crédible dans des délais raisonnables (par exemple avant 2012). Il y a en tout cas une condition nécessaire (sinon suffisante), que les "égos" la mettent en sourdine ! Il y en a assez de ce "bal des moi, moi, moi" qui étouffe toute réflexion, autant à gauche qu'à droite d'ailleurs.

Bon à propos de "moi, moi, moi" : je crois que je vais affréter un hélicoptère pour aller réfléchir à la campagne (ou à la montagne). Dès que j'ai trouvé la solution à tous nos maux, je l'expose sur ce blog et je monte à Paris prendre le pouvoir, c'est promis !

(1) C'est ainsi que j'ai de la peine à comprendre pourquoi il s'obstine à vouloir réduire la TVA sur le gazole pour aider les pêcheurs, ce qui met en branle le processus européen d'unanimité, alors qu'il a, je crois, la libre disposition de la TIPP (on se souvient de la TIPP flottante créée sous Lionel Jospin, qui a, depuis, sombré corps et biens). Indépendamment du fond, on ne peut que s'interroger sur la méthode choisie.

jeudi 29 mai 2008

Se coucher tard… Nuit !

La formule employée par Nicolas Sarkozy durant la campagne électorale à propos des "gens qui se lèvent tôt" est compréhensible. Il voulait faire allusion aux longues journées de travail imposées aux membres de certaines professions. Les mois passant, elle semble cependant dépasser toute mesure, au point d'en devenir absurde quand on observe l'importance disproportionnée qu'elle acquiert dans les références du président de la République.

Dans Le Monde daté du 5 mai dernier, il était cité ainsi :
Le matin, à mon réveil, je pense aux Français qui ont voté pour moi.

Déjà la notion de réveil matinal. Un peu plus loin, dans le même article, le journaliste raconte :

Il découvre le bonheur : "Maintenant, je n'ai plus besoin de dormir", confie-t-il, émerveillé, à son ami Brice Hortefeux.

Comment se lever tôt si… l'on ne se couche pas ? Au-delà de la boutade, la formule révèle combien le fait même de dormir, pourtant biologiquement indispensable, est nié, comme une perte de temps. Déjà, Jacques Chirac avait été remarqué par la médecine comme un "cas" intéressant, capable de ne dormir que 4 heures par nuit.

Minuit, l'heure solennelle
Plus récemment, Nicolas Sarkozy rendait visite au marché de Rungis (Le Monde daté du 27 mai), où la nature même de l'activité exige un travail décalé, en grande partie nocturne, ce qui semble le ravir, comme une sorte d'idéal :

A 5 h 25, Nicolas Sarkozy débarque. […] Après s'être entretenu avec un patron grossiste de viande, le président se montre admiratif, "il arrive à minuit. Et vous, au Monde ?". "6h30", se vante-t-on un peu. "Fainéant !", rit-il.

Minuit ! Le summum : il est en effet impossible de se lever plus tôt, puisqu'avant minuit, c'est le veille, et donc cela signifierait que l'on se lève… très tard.

Se coucher tard… Nuit !
Concluons avec la formule de Raymond Devos : "se coucher tard… nuit !" Notre Président devrait la méditer. Car pour se lever tôt, il vaut mieux ne pas se coucher trop tard. Or, je ne serais guère étonné que M. Sarkozy ne se couchât fort tard.

vendredi 23 mai 2008

Union Sacrée : enfin !

Une question fondamentale
Tandis que l'actualité n'évoque que des sujets secondaires – les retraites, la réforme de la Constitution – voici que revient au premier plan une question fondamentale, les plaques minéralogiques automobiles, déjà évoquées dans ces colonnes.



Dans Le Monde daté du 23 mai, le journaliste indépendant Vincent Huet lâche un cri d'angoisse : "Qu'ils nous laissent nos plaques !" Haro sur les technocrates qui lui enlèvent ses "bonnes vieilles plaques" !


M. Huet ne comprend pas la raison d'être du nouveau système, destiné à entrer en vigueur début 2009. Pour un journaliste, il est mal informé : le numéro du département disparaîtra des futures plaques car celles-ci seront attribuées une fois pour toutes à un véhicule, susceptible donc de changer de département à l'occasion d'un déménagement de son propriétaire ou d'une vente. Loin d'être "technocratique", cette nouveauté facilitera tant la gestion des cartes grises que le quotidien des français, tout en permettant le repérage des véhicules volés. Ce sera donc désormais le véhicule qui sera immatriculé, et non plus le propriétaire.

Union sacrée
Quelques pages en arrière, ce sont des députés qui forment une "union sacrée pour sauver le numéro de département" que l'on voit poser dans la cour d'honneur de l'Assemblée nationale. Le collectif "Jamais sans mon département" rassemble d'ores et déjà plus de 120 parlementaires. La Résistance s'organise, voilà qui est édifiant : savoir que nos représentants savent surmonter leurs divergences politiques pour s'unir sur des questions essentielles est rassurant quant à la santé de la République.

Hystérie identitaire
Que se cache-t-il derrière tout cela ? Rien d'autre que l'hystérie identitaire dont souffre notre société. Vincent Huet se désole : "Sont-ils insensibles au point de ne pas comprendre que […] la vision d'une Clio blanche immatriculée 75 ne procure pas exactement le même effet que la vision d'une Clio blanche immatriculée 74 ?" Que doit-on en déduire ? Que les parisiens-75 sont des crétins ou que les péquenots-74 sont des idiots ? Et que dire de sa manière de déplorer « le tourbillon sans âme d'un monde anonyme » ?

Assumons nos identités sur les bagnoles !
Voici pourquoi une autre réforme des plaques minéralogiques s'impose. Ne soyons point frileux, refusons l'anonymat, affirmons nos identités sans vergogne. Voici la façon idéale de composer les nouvelles plaques :
  • Deux chiffres pour le département pour commencer bien entendu,
  • Une lettre pour l'orientation sexuelle des propriétaires du véhicules (HT pour hétérosexuel, PD pour homosexuels),
  • Une lettre pour la race (B pour Blanc, N pour Noir, J pour Jaune…),
  • Un numéro de série tiré au hasard, à quatre chiffres, seule concession à "l'aléa mathématico-administratif" justement dénoncé par notre journaliste,
  • Sans oublier, sur fond bleu, la lettre du pays (quand même !), complétée par un petit logo pour la religion (croix pour les catholiques, croissant pour les musulmans, étoile jaune pour les juifs, etc.), les "non-croyants" laissant cette case vide, à leurs risques et périls (l'apostat étant désormais passible d'une contravention).
Un bon croquis valant mieux que de longues explications, voici un exemple de plaque nouveau style :



On reconnaît au premier coup d'œil un parisien Noir homosexuel de confession juive. Quelle variété d'injures pourra-t-on désormais utiliser pour engueuler le conducteur, sans se limiter au seul département !

Ainsi, enfin, nous saurons vraiment « à qui l'on a affaire » en voyant une voiture passer, et la « Clio blanche » aura sa véritable valeur identitaire, dûment labellisée ! Sans oublier que les "scans" de plaques minéralogiques à l'entrée de futures "zones communautaristes" seront facilités, ce qui évitera des contrôles policiers. Vincent Huet et nos chers parlementaires seront satisfaits, leurs revendications auront été entendues… et nous entrerons dans "le meilleur des mondes" de plain pied.

Disclaimer : une fois encore, ce blog est marqué par une colère déclenchant un second degré humoristique qu'il convient de prendre avec la bonne humeur requise. À bons entendeurs… salut !

Addendum
Quelques réactions d'internautes sur le site du Monde, qui me ravissent. J'ai bien sûr choisi les morceaux choisis qui m'arrangent. Mais n'est-ce pas le privilège du blogueur ?

Scrogneugneu a ainsi écrit :
Article stupéfiant de bêtise et de passéisme. Libre à chacun de s'identifier s'il le souhaite, comme certains le font en portant un T-Shirt "fier d'être de chez moi" tandis que d'autres préfèrent un accoutrement plus neutre. Et d'aucuns oublient que le projet comporte l'immatriculation à vie du véhicule, donc un allègement des procédures administratives. Le Monde peut s'abstenir de nous infliger ce type d'article digne de la presse de métro, sans quoi je ne vois pas de raison de m'abonner.

Tandis que Sylvestre001 n'y va pas de main morte :
Si vous aimez tant les numéros, faites vous tatouer votre 13 ou 69 sur le front, ou ailleurs, c’est à la mode. Dans ce pays pour faire la réforme la plus insignifiante il faut envoyer les chars et l’aviation.

Et que Segeste rejoint mon point de vue :
Ayant vécu l'agressivité des conducteurs du département ou je me suis installé en 2001 en raison d'une plaque 75 je vote des deux mains pour la disparition de cet archaïsme qui génère des passions chez les plus stupides d'entre nous. Je ne suis guère surpris de retrouver les députés les plus poujadiste dressés contre cette modification administrative...

Enfin, Sottises joue au Loto départemental avec virtuosité :
Je suis immatriculé dans le 76. Mais né dans le 44. Mon frère est né dans le 76 et réside dans le 38. Sa compagne est du 32. Leur fille ainée, née dans le 33, réside dans le 84. La cadette, née dans le 33, habite le 56. Son copain est né dans le 44 mais circule avec la voiture de son père qui habite le 93. Vivement la fin de ces stupides plaques qui ne servent qu'à injurier un 75, 69, et autre étranger au département. A moins recrér des douanes , passages de l'octroi et autres fadaises.

Nous lui laisserons le mot – pardon, le numéro – de la fin !

C'est avec plaisir que j'ajoute ci-dessous une réaction d'un internaute, signant des initiales TC :

Bonjour,
Même si l'article de votre blog sur les plaques d'immatriculation m'a fait sourire, je crois que vous avez mal compris la tribune publiée par le Monde, qui selon moi ne relève ni de l'hystérie identitaire, ni du calcul rationnel, encore moins du besoin d'injurier ou de classifier les populations, mais plutôt d'une sorte de romantisme qui, apparemment, vous échappe.
J'exagère, mais pas tant que ça...
TC

mardi 20 mai 2008

Le meilleur du spam : n'en jetez plus !

Le meilleur du spam, énième édition.
En quelques jours, deux excellentes nouvelles me sont parvenues grâce aux miracles du spam. Jugez-en par vous-mêmes :

1. J'ai gagné une grosse bagnole
Le site eBay et la firme BMW se sont associés afin d'organiser un concours dont je suis LE gagnant. Qui l'eut cru ?



Leur générosité est sans limites car non seulement je suis désormais le "proud owner" (fier propriétaire) d'une BMW 550i Sport Saloon (je ne savais pas qu'il y avait des voitures-saloon, du moins pas dans l'automobile) mais, de surcroît je recevrai "a cash price" (un prix en espèces) de la modique somme de 450 000 euros (Four Hundred And Fifty Thousand euros précise le mail pour éviter toute ambigüité).

2. J'ai gagné une jolie fille
Ne riez pas ! L'histoire est touchante. Anastasiya, jeune russe de 26 ans, vient de m'écrire pour me déclarer sa flamme. Non seulement elle est très jolie mais, ce qui ne gâte rien, elle s'exprime à merveille en français, ainsi qu'en témoignent ces extraits de son courrier :


"Et maintenant quand j'ai 26 ans moi commence a penser de la creation de la famille. Je comprends que le mari aimant et l'enfant m'est necessaire. Je veux avoir la famille heureuse. Notamment selon cela je veux faire connaissance notamment avec vous." (Seul le mot "notamment" me déçoit quelque peu, mais c'est un détail.)
Elle indique avec raison : "Je possede la connaissance de la langue francaise" tout en reconnaissant avec une délicieuse modestie que : "mais parfois a l'orthographe des mots complexes j'utilise l'interprete."
Actuellement chef des ventes, elle est par ailleurs sportive (danseuse) : "Des les annees precoces j'allais a l'ecole les choregraphies. Notamment grace a ce sport j'ai une belle photo qui moi vous envoie."
Mais c'est la conclusion qui brise toute résistance : "Et probablement notre connaissance sera la coincidence simple. Et il me semblera que notamment tu par cette personne avec qui me transporteras a la vie et nous pourrons etre heureux."

Me voici donc un homme heureux !
Bientôt, je vais pouvoir promener la belle Anastasiya dans mon Saloon-BMW, tout en jetant par les fenêtres les 450 000 euros que eBay m'a offerts (par exemple en achetant de fausses montres Rolex). Si c'est pas du bling-bling tout ça !
Et si, à un moment ou à un autre, je me sens las et désabusé, je pourrai toujours revendre le tout sur… eBay justement. Un joli petit lot à mettre aux enchères !

Vive Internet !

NB : le premier degré étant souvent l'apanage du Web, mention spéciale à l'intention des lecteurs internautes : cet article est du second degré !

samedi 17 mai 2008

Le Monde des italiques

Il faut de tout pour faire un monde, y compris dans le monde des médias. C'est ce qui le rend indispensable. Tout le monde connaît le Monde. Or, si le monde va mal, Le Monde ne se porte pas très bien lui non plus. Et cela ne va pas sans m'inquiéter, car seule la lecture du Monde me permet de regarder le monde d'un œil moins pessimiste. « Avec tout ce qu'on voit à la télé ! » entend-on déplorer, non sans raison d'ailleurs : la petite lucarne ouverte sur le monde en donne une image étriquée, réductrice et à bien des égards caricaturale. Vive « Le Monde » par conséquent ! Que vivent ses éditorialistes, billettistes, journalistes, rédacteurs, sans oublier les correcteurs et les typographes, si habiles à utiliser à bon escient les italiques. Vous l'aurez compris, sans les italiques, le monde décrit dans le Monde nous serait incompréhensible.

Ces dernières semaines, le quotidien reproduit dans ses éditions les "unes" d'il y a quarante ans. Intéressante chronique des événements de Mai 68. On y note au passage un petit détail typographique amusant. La question des lettres capitales est toujours complexe. Un exemple couramment fourni est celui du Quartier latin, que l'on recommande d'écrire tel que vous venez de le lire : majuscule à Quartier seulement. On constate qu'en Mai 68 les typographes le composaient dans l'autre sens : quartier Latin. De quoi y perdre son latin ! À moins que les événements de Mai n'aient donné au Quartier ses lettres de noblesse, un comble pour un mouvement qui se voulait populaire…

vendredi 9 mai 2008

Libérez un poste à la Poste !

On parle beaucoup du porte-parole de la LCR, ces derniers temps. Le Nouvel Observateur lui consacre un copieux dossier. Parmi les points abordés par l'hebdomadaire figure une question pas si innocente que cela : "Est-ce un vrai facteur ?" Olivier Besancenot est en effet facteur à la Poste, à temps partiel à 80% nous apprend Wikipédia, qui indique également qu'il est licencié en histoire.

Déclassé par choix politique ?
Le Nouvel Obs a précisé sa question : serait-il un "déclassé par choix politique, abrité dans la fonction publique pour pouvoir militer ?" L'intéressé répond par la négative, et se victimise en affirmant qu'il est entré à la Poste par "trouille du chômage", à défaut de mieux, comme beaucoup de titulaires de diplômes Bac+3. Il oublie cependant une chose, et fait preuve ici d'une modestie peu crédible : quand on observe son parcours politique, ses capacités exceptionnelles d'argumentation, sa puissance de travail – comme tous les hommes politiques, il assure des semaines doubles ou triples – sa vivacité d'esprit et son entregent, on ne peut croire qu'il ait été contraint de passer un concours de facteur. L'honnêteté en politique ne souffre pas d'exception. Qu'il ait choisi un métier modeste pour militer "bénévolement" en parallèle peut s'expliquer (il est entré à la LCR dès l'âge de 17 ans). Le seul "hic" est qu'il occupe un poste (à la Poste) dont d'autres personnes auraient besoin plus que lui. Mais même en passant outre ce point, comment imaginer qu'un homme aussi doué, surdoué même, ne pouvait trouver un travail plus rémunérateur, soit dans le Public, soit dans le privé ?

Dommage qu'Olivier Besancenot ne fasse pas amende honorable sur ce point : il gagnerait en crédibilité et son image serait plus nette. Tiens, voici une idée pour son passage à "Vivement Dimanche" : qu'il y annonce sa démission de la Poste pour libérer un emploi et son intention devenir salarié permanent de la LCR !

jeudi 8 mai 2008

Mai 68 : j'ai dix ans

Que l'on me permette de célébrer à ma façon le quarantième anniversaire des "événements" de mai 1968. J'avais à l'époque dix ans, et ma vision des choses dépendait étroitement des opinions de mes parents. La passion de l'écriture – et des livres en général – m'avait poussé à consigner mes impressions dans deux petits carnets à spirales (déjà évoqué dans ces pages le 22 mars).

Le site de "ma" petite maison d'éditions, les éditions AO • André Odemard, présente l'intégralité du texte à l'adresse suivante : www.ao-editions.com/mai68.htm.

Et, chers internautes, si ce blog vous plaît, songez à acquérir sur le site lulu.com sa superbe version reliée ;-) ce seront mes "piges" de blogueur !

Tous les détails à cette adresse






Dix ans :
l'occasion d'insérer un hommage à ce cher Alain Souchon, dont les chansons m'ont toujours beaucoup touché. Exemple :
J'ai dix ans
Je sais que c'est pas vrai mais j'ai dix ans
Laissez-moi rêver que j'ai dix ans
Ça fait bientôt quinze ans que j'ai dix ans
Ça parait bizarre mais
Si tu m'crois pas hé
T'ar ta gueule à la récré

Je devrais toutefois modifier le quatrième vers ainsi :
"Ça fait quarante ans que j'ai dix ans"

Je suis poli, moi !
J'ajouterai enfin une anecdote qui illustre combien les mœurs évoluent – et pourrait attester combien la France était stricte et coincée même quelques années après Mai-68. J'avais eu la chance de voir Alain Souchon à l'Olympia, alors qu'il débutait. C'était en première partie de Thierry Le Luron. Lorsque Souchon avait chanté le vers "T'ar ta gueule à la récré" (Tu vas voir ta gueule à la récré), un homme s'était levé un ou deux rangs devant moi, livide, et avait hurlé : "Je suis poli moi, Monsieur !"…

jeudi 1 mai 2008

Les Ch'tis et l'inconscient collectif

Comment expliquer l'incroyable succès de Bienvenue chez les ch'tis ?

Les bientôt 20 millions d'entrées enregistrées par la comédie de Dany Boon agitent le monde des critiques, des sociologues et même du football ou de la politique. À y regarder de plus près, les précédents grands succès du box-office français fournissent des clés d'analyse intéressantes.

La Grande Vadrouille : 17 millions de spectateurs
Restée quarante années durant le record toutes catégories avec ses 17 millions de spectateurs, La Grande Vadrouille, de Gérard Oury, se distingue par sa singularité : pour la première fois, la France riait d'une des plus sombres périodes de son histoire, l'Occupation allemande des années 1939-45. Une libération pour l'inconscient collectif qui pourrait expliquer une grande partie du succès remporté par la comédie – au demeurant bien écrite et interprétée.

Autant en emporte le vent : 16 millions de spectateurs
Juste en dessous de La Grande Vadrouille, avec plus de 16 millions et demi de places de cinéma enregistrées, Autant en emporte le vent était sorti juste après la Guerre. Le rêve américain en quelque sorte, premier grand film en technicolor, venu de ce pays qui avait libéré le nôtre. Autre explication liée à un traumatisme collectif qui avait besoin, enfin, de rêve et d'apaisement, suscités par des émotions empreintes de romantisme.


Titanic : plus de 20 millions de spectateurs
Quid, alors, du score encore plus étonnant de Titanic de James Cameron (20,7 millions) ? À nouveau l'inconscient collectif : qui n'avait entendu parler de ce naufrage ? Qui n'avait été profondément angoissé en imaginant la catastrophe ? Il suffit de regarder autour de soi pour constater que toutes les générations ont ressenti avec intensité le drame, dont le film a permis de se libérer. Drame de la vanité humaine, drame de la technique toute puissante, celle-là même qui a enrichi le XXème siècle tout en le traumatisant.

J'ai pour ma part bien connu une dame, née à l'aube du XXème siècle, que sa fille emmena voir le film alors qu'elle avait plus de 90 ans (le film sortit en France en janvier 1998). Elle se souvenait du drame (1912), même si elle était âgée de seulement sept ou huit ans à l'époque. Plus près de nous, je me souviens également que ma propre mère, née en 1930, n'avait pu s'empêcher de penser au Titanic au moment de s'embarquer pour une croisière en Grèce au tout début des années soixante-dix… De mon côté, je n'avais jamais oublié cette petite BD réaliste d'un magazine de jeunesse dont la vignette du paquebot en train de couler tandis que l'orchestre jouait "plus près de toi mon Dieu" est encore présente à ma mémoire. C'est dire si nous avons, tous, enregistré ce drame.

Les Visiteurs : près de 14 millions de spectateurs
Le succès des Visiteurs, de Jean-Marie Poiré, quoique moindre (13,7 millions d'entrées), fait encore une fois appel à la mémoire collective, à l'histoire, tout en apaisant par l'humour ce qu'on pourrait appeler le traumatisme de la modernité, avec son cortège de révolutions, de déracinement et de pertes d'identités. Voyager dans le temps est aussi une façon de se réconcilier avec son passé, d'effectuer une jonction symbolique entre nos ancêtres et nous.

Astérix : plus de 14 millions de spectateurs
De ce point de vue, les 14,2 millions d'entrées d'Astérix et Obélix, Mission Cléopâtre confirment la réussite du personnage créé par Goscinny et Uderzo, que les humoristes de la planète Canal Plus ont su mettre au goût du jour. Une fois encore, le film contribuait à réconcilier l'histoire, nos "ancêtres les gaulois", et les travers de la vie moderne, avec, au passage, une satire des identités propre à désarmer par l'humour les tensions communautaristes, l'une des grandes réussites d'Astérix.

Bienvenue chez les Ch'tis : plus de 19 millions de spectateurs (à ce jour)
Que dire de Bienvenue chez les Ch'tis ? Entre-t-il dans les critères de ces autres records du box-office ?
La France est un pays unifié depuis de nombreux siècles. Il n'en demeure pas moins d'une grande variété dans son climat, dans ses paysages et dans ses mentalités. Du nord au sud, de l'est à l'ouest, quelle mosaïque de tempéraments, d'accents et de traditions ! Il existe donc bien dans l'inconscient collectif une ambivalence permanente entre ce qu'on pourrait appeler la fierté locale et le sentiment d'appartenance à une collectivité ancienne et puissante. À sa façon, le film de Dany Boon tente de dépasser les rivalités régionales en les unissant sous la bannière de l'humanité, de la bienveillance et de l'amitié. Un message tout simple, mais ô combien touchant dans notre monde de concurrence, de rivalités et de communautarismes exacerbés. Il suffit d'observer deux épiphénomènes : la bannière injurieuse du PSG, sorte d'ultime vomissement de haine, malheureusement venu de la Capitale, et la sortie récente du chantre de l'intolérance, Jean-Marie Le Pen, qui s'est cru obligé de qualifier le film de "symbole de la décadence". Ces péripéties montrent "en creux" l'un des moteurs du succès du film.



De surcroît, dans une société souffrant dans sa chair du chômage, des reconversions, de la mondialisation, bref, du changement rapide, mais aussi et surtout de l'exclusion des êtres humains de l'économie, le film touche une corde sensible en brisant le symbole régional de la crise économique, le réparant à partir de gentillesse, d'authenticité et de simplicité. Comment ne pas être touchés ? Dans une société qui liquide la solidarité, les Services publics (La Poste !) et qui nous promet toujours moins de revenus et toujours plus de précarité, comment ne pas vibrer à une telle comédie ?



Ci-dessus : la courbe d'entrées cumulées des Ch'tis a atteint 19 559 843 le 29 avril au soir. Les records battus (ou à battre) sont indiqués par des lignes horizontales.

Hasard et effet "boule de neige"
Alors, bien sûr, le hasard joue aussi son rôle : il ne suffit pas en effet qu'un film en appelle à notre inconscient collectif pour qu'il crève les records du box-office. Il doit aussi être correctement réalisé, sans forcément être un chef d'œuvre, bénéficier d'un bon bouche-à-oreille, être à la fois distrayant, émouvant et facile d'accès, être mis en scène sans temps morts et interprété par des personnalités attachantes…

L'effet amplificateur et cumulé de tous ces facteurs explique l'explosion du score, qui, à l'évidence, n'est pas proportionnel à la qualité intrinsèque de l'œuvre. Rien de révoltant, de décadent ou de bizarre là-dedans : il s'agit juste d'un effet "boule de neige", d'un engouement populaire, que connaissent également les livres, les émissions de télévision ou, qui sait, les élections politiques !