mardi 29 avril 2008

Actif et passif

Un an, ou presque, de mandat présidentiel. L'heure d'un premier bilan, en rappelant que tout bilan est présenté avec deux colonnes : l'actif et le passif.

Notre premier ministre semble en effet avoir de la peine à faire la différence entre les comptes : quand il avait déclaré que la France était en faillite, il s'appuyait sur le déficit des comptes de recettes de dépenses, et non sur le bilan. Car la faillite se produit lorsque les créanciers (du passif) exigent que l'on liquide le patrimoine (l'actif) pour les payer. Rien de tel en France, où l'État trouve sans difficulté des prêteurs. Une fois cette précision apportée, il n'en demeure pas moins que les déficits annuels ne sont pas sains pour l'avenir de la protection sociale et des Services publics.

Pour "faire le point", il suffit de s'en remettre à la "sagesse de la publicité", les annonceurs ayant le don de commettre des actes manqués riches de signification*.



Un bilan est en partie double : la face visible (l'actif, le président a "changé"), et, si l'on tourne la page, la face cachée… quoique ostensible : le luxe "à l'état pur", symbolisé par la montre Rolex. Tout est dit !

À chaque réforme son passif
Il ne suffit pas de faire voter une réforme pour la mettre à son actif. Encore faut-il qu'elle soit efficace et juste.
  • Le paquet fiscal coûtera 15 milliards en année pleine (passif) sans pour le moment générer des recettes nouvelles ou de la croissance (l'actif est mince).
  • Le bilan de la détaxation des heures supplémentaires est pour le moins nuancé. Comme le disait l'économiste Liêm Hoang-Ngoc**, elle ressemble plus à du travail au noir légal (pas de charges, pas d'impôts) qu'à un dispositif juste. Et comme l'ajoutent les "Gracques" dans le Nouvel Obs, subventionner à la fois les heures supplémentaires et les 35 heures (la réduction du nombre d'heures) est absurde. Il faut savoir ce que l'on veut ! Par ailleurs, les effets d'aubaines annulent une grande partie du dispositif.
  • La suppression des régimes spéciaux semble à mettre à l'actif du président. En réalité, le passif est lourd : une suppression n'est pas une fin en soi. Les négociations sur la pénibilité, contrepartie annoncée, n'ont toujours pas abouti après plusieurs années. Étrangement, le Gouvernement n'hésite pas à menacer les partenaires sociaux de légiférer quand ils traînent trop… mais surtout pour supprimer des avantages.
  • La réforme des institutions demeure suspendue à son vote et à son contenu réel. Elle est donc virtuelle pour le moment. À suivre…
  • Que dire de la carte judiciaire, si ce n'est que la méthode employée manque singulièrement de doigté et que le coût de sa mise en œuvre annulera les économies supposées durant de nombreuses années ?
  • La modernisation de l'État est en suspens : la révision des politiques publiques demeure d'ampleur limitée, ce que cache mal le nombre de mesures (160 et quelques) au rendement bien modeste.
Soyons justes et relevons les réformes plutôt réussies
  • La fusion entre les services des impôts et la comptabilité publique permettra une gestion plus économique de notre fiscalité, qui a bien besoin d'être rationalisée pour atténuer l'anti-fiscalisme.
  • La représentativité des syndicats et la fusion ANPE-Unedic ont recueilli un relatif consensus et devraient, espérons-le, porter leurs fruits.
  • Le traité Européen relance une Union Européenne qui était en panne. En un sens, le président s'est chargé de la "sale besogne" que beaucoup de personnalités politiques répugnaient à prôner de peur de devenir impopulaires.
Et le chômage ? Difficile d'affirmer que la baisse observée est le résultat de la politique du Gouvernement actuel, à moins qu'il ne s'agisse d'un effet purement psychologique. La démographie semble être devenue un facteur de réduction du nombre de demandeurs d'emploi, effet mécanique. Il reste cependant le bon score de création d'emplois en 2007, dont il serait judicieux d'étudier les causes pour tenter de les accentuer… avant que la dégradation de la conjoncture n'inverse la tendance.

Quant au pouvoir d'achat, aux banlieues, à la politique étrangère ou à la réforme fiscale, rien à signaler si ce n'est un passif lourd à porter !

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* Le Point du 17 avril dernier.
** Liêm Hoang-Ngoc a publié "Sarkonomics", un point de vue certes très à gauche mais néanmoins éclairant.

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