mercredi 30 avril 2008

Glabres candidats…

J'avais rédigé un message sur Pierre Moscovici il y a peu. Depuis, je suis allé consulter son blog, où il indique que, contrairement à beaucoup d'autres personnalités du PS, il n'est pas obsédé par une candidature à la présidentielle. De façon plaisante, il recourt au cliché désormais célèbre depuis que Sarkozy l'avait popularisé en 2003 : pensez-vous à une candidature présidentielle le matin en vous rasant ?

Pour enfoncer le clou, il précise que non, et que, d'ailleurs, il se rase moins ces derniers temps (voir la citation plus bas). Et c'est vrai, comme en témoigne la photo ci-dessus. Un amusant mélange d'humour et de symbolique ! Observez désormais les hommes politiques : leurs systèmes pileux vous donneront d'utiles informations sur leurs éventuelles candidatures. Seuls les glabres rêvent de se présenter… et qu'on m'excuse pour les candidates, ce n'est pas moi qui ait lancé cette mode !
C’est dans cet esprit que j’ai déclaré à plusieurs reprises que je ne serais pas candidat à la candidature pour 2012 si j’étais Premier secrétaire en 2008. […] Il s’agirait, dans ce cas de figure, de se dévouer pour mettre le parti en état d’affronter les batailles de 2012. Mais, si ce schéma n’était pas retenu, si le parti s’engageait dans un nouveau cycle tout entier centré autour de la question de la candidature présidentielle, je ne m’interdirais rien par principe – pourquoi le ferais-je ? – sans pour autant penser à l’Élysée en me rasant tous les matins – d’ailleurs, en ce moment, je ne le fais pas.

Lire le texte dans le blog à ce lien : http://moscovici.typepad.fr/blognational/2008/04/la-jeune-gnrati.html



À l'appui de ma thèse, voici trois exemples de personnalités ayant été ou pouvant prétendre à la candidature à la magistrature suprême. De gauche à droite : Marcel Barbu, candidat en 1965, sans porter de barbe malgré son patronyme, Philippe Séguin, non-candidat car retiré de la politique et, scoop interprétatif, l'actuel président, qui ne devrait donc pas briguer de second mandat.

mardi 29 avril 2008

Actif et passif

Un an, ou presque, de mandat présidentiel. L'heure d'un premier bilan, en rappelant que tout bilan est présenté avec deux colonnes : l'actif et le passif.

Notre premier ministre semble en effet avoir de la peine à faire la différence entre les comptes : quand il avait déclaré que la France était en faillite, il s'appuyait sur le déficit des comptes de recettes de dépenses, et non sur le bilan. Car la faillite se produit lorsque les créanciers (du passif) exigent que l'on liquide le patrimoine (l'actif) pour les payer. Rien de tel en France, où l'État trouve sans difficulté des prêteurs. Une fois cette précision apportée, il n'en demeure pas moins que les déficits annuels ne sont pas sains pour l'avenir de la protection sociale et des Services publics.

Pour "faire le point", il suffit de s'en remettre à la "sagesse de la publicité", les annonceurs ayant le don de commettre des actes manqués riches de signification*.



Un bilan est en partie double : la face visible (l'actif, le président a "changé"), et, si l'on tourne la page, la face cachée… quoique ostensible : le luxe "à l'état pur", symbolisé par la montre Rolex. Tout est dit !

À chaque réforme son passif
Il ne suffit pas de faire voter une réforme pour la mettre à son actif. Encore faut-il qu'elle soit efficace et juste.
  • Le paquet fiscal coûtera 15 milliards en année pleine (passif) sans pour le moment générer des recettes nouvelles ou de la croissance (l'actif est mince).
  • Le bilan de la détaxation des heures supplémentaires est pour le moins nuancé. Comme le disait l'économiste Liêm Hoang-Ngoc**, elle ressemble plus à du travail au noir légal (pas de charges, pas d'impôts) qu'à un dispositif juste. Et comme l'ajoutent les "Gracques" dans le Nouvel Obs, subventionner à la fois les heures supplémentaires et les 35 heures (la réduction du nombre d'heures) est absurde. Il faut savoir ce que l'on veut ! Par ailleurs, les effets d'aubaines annulent une grande partie du dispositif.
  • La suppression des régimes spéciaux semble à mettre à l'actif du président. En réalité, le passif est lourd : une suppression n'est pas une fin en soi. Les négociations sur la pénibilité, contrepartie annoncée, n'ont toujours pas abouti après plusieurs années. Étrangement, le Gouvernement n'hésite pas à menacer les partenaires sociaux de légiférer quand ils traînent trop… mais surtout pour supprimer des avantages.
  • La réforme des institutions demeure suspendue à son vote et à son contenu réel. Elle est donc virtuelle pour le moment. À suivre…
  • Que dire de la carte judiciaire, si ce n'est que la méthode employée manque singulièrement de doigté et que le coût de sa mise en œuvre annulera les économies supposées durant de nombreuses années ?
  • La modernisation de l'État est en suspens : la révision des politiques publiques demeure d'ampleur limitée, ce que cache mal le nombre de mesures (160 et quelques) au rendement bien modeste.
Soyons justes et relevons les réformes plutôt réussies
  • La fusion entre les services des impôts et la comptabilité publique permettra une gestion plus économique de notre fiscalité, qui a bien besoin d'être rationalisée pour atténuer l'anti-fiscalisme.
  • La représentativité des syndicats et la fusion ANPE-Unedic ont recueilli un relatif consensus et devraient, espérons-le, porter leurs fruits.
  • Le traité Européen relance une Union Européenne qui était en panne. En un sens, le président s'est chargé de la "sale besogne" que beaucoup de personnalités politiques répugnaient à prôner de peur de devenir impopulaires.
Et le chômage ? Difficile d'affirmer que la baisse observée est le résultat de la politique du Gouvernement actuel, à moins qu'il ne s'agisse d'un effet purement psychologique. La démographie semble être devenue un facteur de réduction du nombre de demandeurs d'emploi, effet mécanique. Il reste cependant le bon score de création d'emplois en 2007, dont il serait judicieux d'étudier les causes pour tenter de les accentuer… avant que la dégradation de la conjoncture n'inverse la tendance.

Quant au pouvoir d'achat, aux banlieues, à la politique étrangère ou à la réforme fiscale, rien à signaler si ce n'est un passif lourd à porter !

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* Le Point du 17 avril dernier.
** Liêm Hoang-Ngoc a publié "Sarkonomics", un point de vue certes très à gauche mais néanmoins éclairant.

dimanche 20 avril 2008

Le dégueulis d'Austerlitz

Pour passer de la gare de Lyon à la gare d'Austerlitz, il m'arrive fréquemment de traverser la Seine sur le pont Charles-de-Gaulle. Le décor des deux rives ne peut laisser indifférent : BNF au fond à droite, Ministère des Finances au fond à gauche, et, de part et d'autre du fleuve, des immeuble de bureaux, les uns des années soixante-dix (rive droite), les autres de ce début de siècle (rive gauche). Il restait des petits bâtiments en déshérence, anciens docks. Je savais qu'il était prévu de les rénover. J'avais imaginé des projets dans l'esprit des docks de Londres, respecteux de ces bâtiments modestement fonctionnels, discrets et pourtant capables d'agrémenter les rives de la Seine. Samedi dernier… surprise – cauchemar – voici ce que j'ai vu :



Essayer de décrire avec des mots une telle horreur exige de fouiller dans le dictionnaire : dégueulis d'un être malade ? Glaire d'un enrhumé de compétition ? Chewing-gum mal mâché et vomi derechef ? Contenu d'un tube de dentifrice synthétique, pourri et avarié ?



Quelle prétention ! Sous prétexte que le XXème siècle a vu le "n'importe quoi" s'imposer avec grossièreté, voici que des architectes appliquent la politique du pire. Et allons-y, sans arrière-pensées, déroulons ce stupide marshmallow, cette pâte à la couleur écœurante, et gâchons une fois pour toutes ce site qui, bon an mal an, commençait à trouver son équilibre.

De quoi préférer à ces fantaisies conçues sur l'écran d'un ordinateur piloté par un allumé les austères alignements de fenêtres de la gare Montparnasse. Un comble pour qui, comme moi, ne cesse de déplorer les dessins monotones des "monstres" des années soixante et soixante-dix !



Façade de l'immeuble d'habitation qui borde la gare Montparnasse à l'Est des voies ferrées, signé de l'architecte Dubuisson (1964).

Le dégueulis d'Austerlitz est l'œuvre (si l'on peut dire) de deux architectes (si l'on peut dire) : le français Dominique Jakob et le Néo-zélandais Brendan Macfarlane (voir leur site à www.jakobmacfarlane.com). Ces locaux hébergeront la Cité de la Mode et du Design. Jolie référence ! On dit souvent que "les goûts et les couleurs" ne se discutent pas. Peut-être. Mais ce bâtiment de mauvais goût et d'une couleur dégoûtante démontrera pendant des années que, oui, des goûts et des couleurs il FAUT discuter !



Il ne me restait plus qu'à me retourner, pour contempler une forêt de panneaux de signalisations et de poteaux, et imaginer ce que doit penser de tout cela la tour de l'horloge de la gare de Lyon qui, après tout, en a vu d'autres depuis son érection en 1855 !

samedi 19 avril 2008

Sophie et Pascal, jouets inséparables

Un article de blog en forme de private joke. Comprenne qui pourra !



Sophie et Pascal sont donc des « jouets inséparables » !



Ils invitent volontiers d'autres « jouets » dans leur maison.



Dans la même collection, Ursule la locomotive, ancêtre du TGV…



…est interviewée par le « Petit Jean » (sic !). Référence ferroviaire.



Et en cerise sur le gâteau, la vue aérienne de l'université de Paris-Dauphine, installée, rappelons-le, dans les anciens bâtiments de l'OTAN confisqués par de Gaulle dans les années soixante. Le bâtiment arborait la forme d'un A, symbole de l'alliance Atlantique. Gageons que, sous peu, il sera rendu à ses propriétaires puisque la France doit réintégrer l'OTAN. L'université devra trouver d'autres locaux !

samedi 12 avril 2008

Le jeu des différences

Dans la série "le meilleur du spam", voici un exemple assez sophistiqué de phishing ou hameçonnage : un faux site PayPal qui tente d'arracher à ses victimes leurs mots de passe en contrefaisant le site officiel. PayPal, rappelons-le, est une sorte de banque virtuelle qui organise les paiements en ligne à partir des informations que ses adhérents lui confient.

Dans cet exemple, l'imitation est presque parfaite, ainsi qu'en témoignent ces deux copies d'écrans.



À gauche, le faux site… à droite, le vrai (cliquez sur les imagettes pour afficher des versions grand format).

Alors, bien sûr, si vous avez un compte PayPal surtout ne saisissez jamais sur de tels faux vos identifiant et mot de passe. Ils seraient immédiatement piratés et votre argent, à la fois virtuel et réel, réellement dérobé…

Comme toujours, le contenu du mail de spam est rédigé à l'emporte-pièce et cache mal son origine frauduleuse :



En voici la retranscription :
Cher(e) membre ,
Suite a la détection d'une transaction frauduleuse sur votre compte Paypal et comme mesure de sécurité nous avons suspendu l'accès a votre compte Paypal jusqu'au vérification de vos informations. pour procédés a la vérification de votre compte compte Paypal veuillez cliquer sur le lien ce-dessous et suivre les étapes de la procédure :
Nous vous informons que tout de suite après avoir procéder a la vérification de votre compte Paypal vous pouvez a nouveau et tout moment accéder a votre compte via notre site , et en cas de problème vous pouvez a tout moment contacter le service support .
Cet email est automatique et il a étais envoyer par notre Alertes Robot , veuillez ne pas y répondre.
Merci de nous avoir fais confiance , Cordialement l'équipe Support Paypal.

Le meilleur de ce spam est sans doute le remerciement final, qu'un acte manqué a entaché d'une jolie faute d'orthographe : « Merci de nous avoir fais confiance » ! C'est la moindre des choses, en effet, que ces arnaqueurs remercient ceux qui leur auront fait confiance…

Les leçons du jour :
1) Si vous envisagez de devenir pirate du Web, commencez par… prendre des cours d'orthographe !
2) Evitez de répondre à des mails circulaires contenant des fautes, ce qui tendra à améliorer l'orthographe sur le Web.

jeudi 10 avril 2008

Privées de voyages, na !

Enième épisode du reality show à succès, CacophonyShow ®™ : après Fadela Amara qui avait qualifié de "dégueulasse" la vérification d'ADN des candidats au regroupement familial, Rama Yade qui avait critiqué la venue de Khadafi en comparant la France à un "paillasson pour ses pieds sanglants" et qui recommença dans Le Monde à propos des jeux olympiques, voici NKM(*) (Nathalie Kosciusko-Morizet) qui fait des déclarations (toujours au Monde) sur les OGM et se rétracte quelques heures plus tard. Tout comme sa collègue Rama, elle accuse les journalistes de n'avoir rien compris, suprême élégance : à croire qu'au Monde, ils sont sacrément durs d'oreilles ! Il va falloir désormais inviter un huissier de justice armé d'un magnétophone et de cachets de cire à chaque fois qu'un membre du gouvernement donne une interview…

Pantalonnades
Pierre Moscovici a deux formules cinglantes dans son livre (voir cet article) à propos de ces pantalonnades :
J'en ai assez de ces façons inconséquentes, de ces ministres qui s'indignent tout en participant à une politique qu'ils jugent "dégueulasse" comme Fadela Amara ou "inacceptable" par Rama Yade. Nul n'est obligé d'être ministre.

J'en ai assez de ces valses à trois temps où on s'épanche d'abord […] pour ensuite se désavouer sans dignité et enfin rentrer dans le rang sans grandeur, oubliant âme et conscience.

Les potiches dans les bagages
Mais il y a pire : avez-vous remarqué comment notre président considère les femmes de son gouvernement ? Comme des potiches chargées de décorer sa délégation quand il se rend à l'étranger : Rachida Dati bénéficie d'une place réservée (en Chine par exemple, mais aussi pendant les vacances d'été aux States), tandis que les autres ministres ou secrétaires d'État peuvent se trouver "punies" si elles ne se comportent pas bien. C'est ce qui est arrivé à Rama Yade, interdite de délégation chinoise, et c'est ce qui arrive désormais à NKM, privée de voyage au Japon (double humiliation : le voyage était prévu avec le Premier ministre, ce qui est moins bling-bling qu'avec le Président).
Voici qui œuvre en faveur de la promotion de la Femme !

C'est un gouvernement ou un… cirque ?!

(*) Vous avez bien lu : NKM (et non NTM) les sigles ont leurs subtilités, ne pas confondre.

mercredi 9 avril 2008

Gougnafier

Les mots ne manquent pas de charme ! Au hasard d'une discussion, je me suis surpris à employer le mot Gougnafier. Sans en connaître la signification précise, je l'associais à un individu malpropre, mélange de goujat et de goinfre. Où l'avais-je entendu ? Probablement dans mon enfance, comme tous ces termes que l'on mémorise sans s'en rendre compte.

Saisissant un dictionnaire, j'ai alors recherché le mot, sans toutefois être certain de l'y trouver. Après tout, ce pouvait être un mot d'argot déformé par la mémoire. Eh bien non. Voici ce qu'en disent les dictionnaires :

GOUGNAFIER n.m. (du moyen français goin, lourdaud) Fam. Bon à rien. (Le Petit Larousse).
GOUGNAFIER n.m. (1899 ; o.i.) Fam. Bon à rien, rustre, goujat. (Le Robert).
Sur Wikipédia, un lexique laisse entendre que le mot serait employé en particulier par les Savoyards. Serait-ce en Haute-Savoie que je l'aurais entendu ? Rien de certain, une fidèle lectrice n'excluant pas qu'il pourrait être usuel dans nos régions méridionales…

Le gougnafier
À propos de qui utilisais-je ce mot ? Je vous le donne en mille : pour tenter de résumer l'attitude de notre président de la République. Sur au moins un thème, celui que Pierre Moscovici appelle "le liquidateur" se comporte comme un bon à rien, un rustre et un goujat.

Identité nationale ?
Observez par exemple le paradoxe spectaculaire entre son exaltation de "l'identité nationale" et sa façon de démolir tout ce qui fait, à mes yeux du moins, la fierté de cette identité : la laïcité, le non-alignement sur les États-Unis, une protection sociale unique au Monde, le souci des Droits de l'Homme, la République, et j'en oublie !

À croire qu'il a une conception de gougnafier de cette identité : réflexes franchouillards, langage grossier, attrait de l'argent, mise à la remorque de l'Amérique, radinisme social et fiscal, rejet de l'Autre, fascination pour les têtes couronnées (que nous avons coupées), etc.

Oui, il y a de la goujaterie dans cette obsession de brader tout ce que nous avons bâti patiemment depuis un demi-siècle, de dérouler le tapis rouge à un dictateur, de flirter outrageusement avec un président américain plutôt… rustre, de becquoter la chancelière allemande comme si c'était une copine de fac, de jurer comme un charretier, de mettre en scène sa vie privée dans tous les médias, de s'acoquiner avec les plus riches patrons du pays, d'expulser sans discernement des sans-papiers et, surtout, de transgresser avec dédain les règles de notre Constitution.

De tout cela il résulte que notre malheureux président est un bon à rien : déficits budgétaires, croissance en berne, désorientation des citoyens, protection sociale en péril, crédit international entamé… Bref, un gougnafier !

Vous trouvez que j'exagère ? Avouez qu'il y a de ça !

lundi 7 avril 2008

Allez Mosco !

Que l'on me permette de recommander chaudement la lecture du dernier livre de Pierre Moscovici, Le liquidateur. Une analyse lucide, argumentée, démonstrative et brillante du sarkozisme – dont pourtant la définition est ardue à cerner tant le Président est dispersé, brouillon et, pour tout dire, irresponsable.
Il s'agit bien entendu d'un livre de socialiste. Cependant, toutes celles et tous ceux qui, comme François Léotard, pensent que « ça va mal finir » devraient se reconnaître dans ses constats. Exemples :

Je pense que nous sommes engagés depuis un an dans une aventure, dans une politique des apparences, et je suis convaincu que ça va mal finir.

Le sarkozisme est, hélas, avant tout le culte du moi, c'est un narcissisme effréné, qui ressemble plus à un feuilleton télévisé dont les scénaristes […] écrivent tous les jours l'épisode suivant.

Tout se concentre entre les mains d'un homme, entouré d'un petit clan à sa dévotion, agissant au jour le jour, sans référence ni boussole, sans vrai projet autre que de bouger pour durer.

Loin de toute polémique facile, ces formules ne sont jamais avancées sans être démontrées avec talent et conviction. Le sarkozisme est démonté pièce par pièce, et l'on prend la mesure de la vacuité de la construction chancelante et erratique que le Président tente d'édifier maladroitement – non sans un cynisme révoltant…

De quoi espérer que Pierre Moscovici devienne premier secrétaire du PS. Ce serait la garantie qu'en 2012 on abandonne le « ça va mal finir » au profit du « tout est bien qui finit bien ».

[Oui, il m'arrive d'avoir des accès d'enthousiasme politique, malgré mes doutes quant à la doctrine du PS !]

dimanche 6 avril 2008

Le meilleur du spam : les montres

Le spam révèle à sa façon les travers d'une époque. Les sociologues pourront s'y pencher avec intérêt pour radiographier les grandes tendances de l'humanité internautique : obsession de la taille du pénis, de la vitalité sexuelle (Viagra), argent soi-disant facile avec le boursicotage garanti ("stock alerts"), les héritages fabuleux venant d'Afrique ou les casinos en ligne…
Le mail reproduit ci-dessous entre étrangement en résonance avec l'actualité médiatique, en rapprochant les montres et les pouvoirs de séduction :

Bonjour,
Moi j'ai trouve un site ou l'on peut acheter les memes montres que les riches mais 40 fois moins chers.
Personne ne voit la difference et c'est dingue mais les femmes y font vachement gaffe .. je me fais plus mater qu'avant !!
Un choix enorme des plus grandes marques sont la et livraison en 10 jours maximum.
Faites votre choix [le lien vers le site frauduleux]
Au revoir,
Alain

Le texte est reproduit tel quel, avec sa typo approximative.
Comment ne pas songer au président de la République, à ses montres voyantes et à son obsession de la séduction ?


Au prix de risques inouïs – tel un grand reporter plongeant dans les bas-fonds – je vous ai rapporté ce cliché de la page d'accueil du site indiqué dans le mail. Je n'ai pas été jusqu'à commander une montre – pas fou ! – mais je suis prêt à parier que la carte de crédit de l'internaute crédule est débitée et qu'il ne reçoit jamais rien. En effet, ces sites étant illégaux, qui plus est localisés dans des pays sans foi ni loi, et l'achat de produits contrefaits étant un délit, comment imaginer le moindre recours judiciaire ?

samedi 5 avril 2008

J.J. Cabrel

Chapeau l'artiste ! Francis Cabrel vient de publier un nouvel opus, "Des roses et des orties", d'une qualité époustouflante. L'humour n'en est pas absent, puisqu'on y trouve une réjouissante adaptation de "Mama Don't" du génial J.J. Cale (*), traduite en "Madame n'aime pas".
Notre bluesman méridional adapte aussi Dylan, mais le disque n'est pas composé que de reprises, puisqu'y figurent 10 morceaux de sa composition, tous aussi précis, incisifs et pertinents qu'il est possible.


(*) J.J. Cale… mais si, vous savez, ce chanteur américain qui marmonne tout en jouant des solos de guitares en dentelles, dans une ambiance on ne peut plus cool. Il avait publié "Mama Don't" dans un disque intitulé "Shades" dont la couverture imitait un paquet de Gitanes – ce qui serait aujourd'hui interdit par la censure derechef.
Autres temps, autres mœurs…

Cet article est dédié à Daniel, qui m'a fait découvrir Cabrel quand je résidais à Nîmes, tandis que je lui faisais connaître J.J. Cale…

Il a (encore) CHANGÉ !

Nicolas Sarkozy est un as du transformisme. En janvier 2007, il avait proclamé dans son discours, devenu célèbre, qu'il avait « changé ». Un an et quelques semaines plus tard, voici que ses conseils en communication nous sussurent qu'il a – à nouveau – changé. Ces métamorphoses deviennent de plus en plus difficile à suivre. Tentons de nous résumer.

La baisse de popularité du président observée début 2008 résultait donc de son style (le fond n'est pas en cause, tout est parfait sur ce plan). On lui demande plus de rigueur (y compris budgétaire), moins de montres voyantes et, surtout, moins de Pipolisation. Or, quelle est la réponse médiatique ? La mise en avant de Carlabrunisarkozie. Décidément, s'il a changé d'épouse, notre pauvre président n'a pas changé de caractère : têtu, borné et buté. On lui répète sur tous les tons qu'on en a ras-le-bol de la surmédiatisation de sa vie privée, et voilà qu'il en remet une couche. À croire que la récente visite en Angleterre était celle de Carla Bruni-Sarkozy, accompagnée fortuitement de son époux, M. Nicolas !

Ce ne serait qu'atterrant s'il ne s'agissait pas du plus haut responsable politique de la République. Vraiment, le 6 mai dernier, nous avons tiré le Gros Lot… En attendant qu'il ne change encore une fois : va-t-on le voir en robe de bure ? va-t-il nous rejouer le divorce-remariage express ? va-t-il nommer son épouse Premier ministre ?


La Présidente descend de l'avion, accompagnée de son escort-boy.

J'essaye de rire, mais je ris jaune, d'un humour qui, s'il est la politesse du désespoir, n'en est pas moins désespéré. Tout va bien désormais : les français vont pouvoir discuter tranquillement des avantages comparés des tenues de la Première Dame et tout rentrera dans l'ordre, le Premier Bonhomme pourra bosser sans être dérangé. Je me bornerai pour ma part à suivre le mouvement, comme en atteste le dessin ci-dessus.

CE MESSAGE EST DESTINÉ À ÊTRE LU PAR LE RENIFLEUR INTERNET DU PRÉSIDENT, MONSIEUR NICOLAS PRINCEN (<= merci à Google de référencer ce nom).

vendredi 4 avril 2008

À rebrousse-poil



Dans Libé du 2 avril, un sondage demandait aux français si les hommes politiques se préoccupaient de ce qu'ils pensaient. Réponse : non à 71%. Observez le paradoxe : tous les hommes politiques ne cessent de commander des sondages justement, de mesurer l'opinion, de la disséquer, de l'analyser, de l'exploiter…

Alors, oui, les hommes politiques se préoccupent de ce que les français pensent. Mais pas vraiment au sens où le citoyen l'entend : ils cherchent à savoir ce qu'ils pensent afin de les prendre dans le sens du poil ; pas toujours pour s'intéresser à leurs problèmes et les résoudre…

Ils voyagent en solitaires


Alain Bashung vient de publier un CD remarquable à tous points de vue : « Bleu pétrole ». On peut se le procurer sous la forme d'un livre relié et retrouver le plaisir de lire tout en écoutant de la musique. Le contenant est à la hauteur du contenu : sobre, subtil, superbement interprété. Bashung ne recule pas devant des morceaux de bravoure, tel ce « Comme un lego » de près de dix minutes : une composition de Gérard Manset, à la ligne mélodique simple, mais aux paroles complexes, avec des mots exigeant une diction de compétition ! Exemple :
À voir le monde de si haut
Comme un damier, comme un lego
Comme un imputrescible radeau
Comme un insecte mais sur le dos

Manset et Bashung se connaissent bien. Il y a de cela quatre ans, le second avait participé à un album de reprises du premier (Route Manset), dans lequel il interprétait « Animal on est mal », le titre qui avait fait découvrir l'auteur-compositeur solitaire il y a de cela 40 ans (eh oui !). Dans « Bleu pétrole », Bashung reprend « Il voyage en solitaire » comme dernière plage, arrangé pour guitares, ce qui donne un lustre nouveau à ce qui doit être la plus belle composition de Manset.

C'est à l'occasion d'un « voyage solitaire » vers Paris, tôt le matin, que j'avais écouté quelques extraits du CD dans le Virgin installé dans la gare de la Part-Dieu. Aucun artifice, des arrangements dépouillés, des textes qui mettent en valeur la voix de l'interprète, de la belle ouvrage !

mercredi 2 avril 2008

Hommage à Bébel



Les souvenirs de jeunesse enjolivent la réalité, c'est bien connu. Les découvertes, l'inédit semblaient alors magnifiques, au-delà de leur qualité intrinsèque. Paysages, lectures ou films en sont des exemples parmi d'autres. C'est ainsi que j'avais découvert les films de Jean-Paul Belmondo, vers 1970 : j'avais à peine treize ans. J'en ai gardé une réelle admiration pour l'acteur, en dépit des facilités auxquelles il a pu céder dans sa carrière. À mes yeux donc, la période 1970-76 aura été l'apogée « des Belmondo », comme on disait en oubliant au passage de créditer les réalisateurs.

La période faste (1970-1976)
Les réalisations d'Henri Verneuil dominent cette période, avec deux films devenus « cultes » pour moi : Le Casse (1971) et Peur sur la ville (1975). Mais ce n'est pas tout, il y eut aussi le très réussi L'Héritier (1973), de Philippe Labro et, surtout, mon préféré, Le Magnifique (1973 aussi), déjà évoqué dans ces pages. Le double personnage de l'écrivain raté / James Bond de pacotille m'avait à la fois amusé et ému. D'ailleurs, dans L'Animal (1977), de Claude Zidi, Bébel interprètera à nouveau deux rôles : le cascadeur et… la star médiocre ! Je n'oublie pas La Scoumoune, avec ses personnages d'anthologie, ni L'Alpagueur (1976), découvert sur le tard à la télévision, qui vieillit plutôt bien comparé à d'autres films comme Le Corps de mon ennemi, plutôt désincarné.

Packaging
La période qui suivit est moins gratifiante : comme si Belmondo traitait le second degré au premier degré. La longue série de ses films « packagés » selon un format marketing unique sombra dans la médiocrité, malgré des scores flatteurs au Box-Office. Seul Le Professionnel (1981) a encore quelques restes de la période précédente. D'autres sont de terribles ratages, comme Le Guignolo, Joyeuses Pâques ou Les Morfalous.

Leconte : le criminel !
Achevée avec Le Solitaire (1987) – un symbole – cette phase marque en quelque sorte la fin de la carrière cinématographique de Belmondo. Il préfère s'éclater au théâtre, ce qui n'est pas idiot loin s'en faut ! Désormais, ses apparitions sur le grand écran se font plus rares : Itinéraire d'un enfant gâté, un Lelouch à peu près réussi… avant le pire du pire : Une chance sur deux (1998). Patrice Leconte avait réussi le prodige de rassembler à l'écran les deux monstres sacrés du cinéma français, Belmondo et Delon, 28 ans après Borsalino. Pour quoi ? Pour un navet ! Leconte a commis là un crime de lèse-cinéma, honte à lui !

Merci Klapisch… gaffe, Huster !
La seule consolation d'un fan de Bébel de ma trempe aura été le film Peut-être (1999). Contrairement à Leconte, Klapisch a donné à Belmondo son seul et vrai bon rôle de toute la décennie 1990-2000. Un rôle original, charnu, face à la relève de la nouvelle génération en la personne de Romain Duris.
On comprend dans ces conditions que j'attende beaucoup du film récemment réalisé par Francis Huster dans lequel Jean-Paul Belmondo revient devant les caméras. Attention, m'sieur Francis, vous avez une grosse, que dis-je – une hénaurme – responsabilité !