jeudi 13 mars 2008

Astérix chez les Ch'tis

Voilà qui ressemble à la fable du Lièvre et de la Tortue, mais… à l'envers ! Astérix aux jeux olympiques, sorti le 30 janvier, est en passe d'être doublé par Bienvenue chez les ch'tis qui a pris le départ le 28 février. Le premier a attiré 6,5 millions de spectateurs en 5 semaines, tandis que le second a déjà engrangé 9 millions d'entrées en seulement deux semaines.
Ci-dessus : une image tirée de l'album d'Astérix traduit en Picard (www.asterix-en-picard.com).

Parodie des identités
Astérix d'un côté, les ch'tis de l'autre. Deux films qui reposent sur le même canevas : la parodie des identités, sous-titre d'un livre pertinent de Nicolas Rouvière sur Astérix, déjà évoqué sur ce blog.
Deux films éreintés par les critiques "sérieux", autre point commun. Il est frappant de constater combien certains, notamment à Libé ou au Nouvel Obs(*) se font "plus bêtes qu'ils ne sont" comme disaient mes parents pour me ramener à la raison. Ils feignent de prendre au premier degré les parodies sur lesquelles reposent les deux films, les qualifiant de "clichés" ou de "populisme". Ce faisant, ils montrent combien ils méprisent le public, sous-entendant que le "spectateur moyen" est tellement stupide qu'il ne voit dans ces deux films que les clichés, comme s'il était incapable de toute distanciation et second degré. Or, et c'est bien ce que démontre Nicolas Rouvière, c'est justement la description parodique des identités qui permet de les dépasser. En ce sens, Bienvenue chez les ch'tis et les BD d'Astérix – le film est moins convaincant – représentent des exercices d'humour salubres, susceptibles de désamorcer l'ethnocentrisme et de nous faire prendre conscience de l'universalité des valeurs humanistes.

Pourquoi tant de haine ?
Pourquoi cette haine des films populaires ? On se souvient des accusations de "pétainisme" proférées à l'encontre d'Amélie Poulain ! Ces intellectuels hautains que sont malheureusement nombre de critiques "pêtent les plombs" dès qu'un film cartonne, comme si ce ne pouvait être que pour de mauvaises raisons, sous-entendant que, pour reprendre l'expression du Général de Gaulle, tous les spectateurs français seraient des veaux… Si l'on y regarde de plus près, certains films, au demeurant de grande qualité, tournés dans le Noooord, véhiculaient tout autant de clichés que la comédie incriminée, en ne présentant que des scénarios (ou des réalités sociologiques) tristes et cruels, comme si de tels drames n'existaient que… dans le Nord, justement ! On pense à Ça commence aujourd'hui (Bertrand Tavernier), à La vie rêvée des anges (Erick Zonca) voire à Rosetta des frères Dardennes, bien qu'il se déroule en Belgique. Des films exceptionnels, méritant les meilleures éloges, mais qui ont, à leur façon, contribué à la propagation d'images d'Épinal.

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(*) Extrait de la critique de Bayon dans Libé : « Les spectateurs de Bienvenue chez les Ch’tis se pressent pour applaudir, ils sont venus contents. Bonnes gens, brave film. Le bingo-frites du jour est une comédie France profonde. »
Extrait de l'article de Michel Quint dans Le Nouvel Observateur : « Ce film a au moins l'utilité, d'ordre pédagogique, d'être un exemple de démagogie et de populisme. »

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