jeudi 27 mars 2008

Courbes et contre-courbes



Courbes et contre-courbes à Javel, rond-point du pont Mirabeau (Paris XVème). Deux époques s'affrontent, deux gabarits, deux façons radicalement différentes de traiter l'habitat.
Au premier plan, un immeuble dessiné par les architectes Bassompierre, Rutte et Sirvin en 1936. La façade est garnie de "carrelages brisés" de récupération qui, soixante-dix ans après leur mise en œuvre, sont toujours… intacts !
Je ne suis pas parvenu à retrouver le nom du concepteur de la résidence de 25 étages qui s'élève à l'arrière-plan…



On pourrait se demander si Richard Meier, l'architecte du siège de Canal+, tout au fond à droite, ne tentait pas une synthèse désespérée entre le revêtement lisse et carrelé de l'Ancien et les courbes modernes du "monstre" près duquel il a été érigé.

Le post qui parle de la Poste

Ce "post" traite de la Poste – Ha, ha ! Si je ris, c'est d'aise autant que pour le calembour (facile, j'en conviens). Page 20 de son numéro de ce matin, Libé titre « la Poste en parfaite santé ». Tiens, tiens ! Il y a peu, on nous annonçait la mort programmé du dinosaure ex-monopolistique, sur fond de concurrence, de régression drastique du trafic des lettres, remplacées par les SMS et les courriels, d'abandon du maillage territorial, à la grande satisfaction des poujadistes de tout poil. Modestement, j'avais tenté de défendre la Poste dans un article déjà ancien du 20 janvier 2007, intitulé La Poste, c'est moderne.

Les nouvelles sont bonnes, en effet :
Un chiffre d'affaires en hausse de 3%, dépassant les 20 milliards, dont plus de la moitié pour le courrier. Alors que l'opérateur lui-même tablait sur une baisse de 10% du courrier entre 2003 et 2006, elle s'est limitée à 1,5%, soit une quasi-stabilité. Les colis, quant à eux, enregistrent +7% de croissance en un an. Et si c'était vrai, que le commerce en ligne développait le trafic postal ? À virtuel, virtuel et demi !
Le Régulateur de la concurrence est "presque désespéré" indique Libé : la concurrence tarde à se manifester, et le seul opérateur privé de courrier a "jeté l'éponge" récemment. Mais ce Régulateur a aussi contraint notre Poste à mettre de l'eau dans son vin sur les colis (la suppression des Coliéco avait en effet accru excessivement le prix des envois d'objets, menaçant le commerce d'occasion en ligne).

Nouveauté appréciable pour ceux qui vendent des livres ou des DVD sur des sites comme PriceMinister ou e-Bay, la Poste propose depuis peu des enveloppes prépayées cartonnées acceptant un contenu jusqu'à un kilo, sous la seule condition que son épaisseur ne dépasse pas les 2 centimètres. Ces lettres dites Max Prioritaire, sont vendues par exemple 3,15 € en format CD et 4,15 € en format DVD (19,2 cm sur 13,7 cm, de quoi emballer aussi un livre). Des tarifs moins onéreux que les anciens, qui plus est pour les professionnels qui récupèrent la TVA (contrairement aux affranchissements à l'unité, les emballages prépayés autorisent cette récupération).

Partenariats avec le commerce en ligne
Qu'on me permette d'aller plus loin, et de suggérer à Priceminister et à la Poste de s'allier pour proposer un emballage spécial pour les livres de poche, que leur faible valeur empêche souvent de vendre en ligne, en imaginant – pourquoi pas ? – une enveloppe transparente prépayée réservée aux envois de livres de poche grâce à un bordereau imprimable depuis le site Web de commerce électronique. La contrepartie de ces contraintes, en particulier l'absence de confidentialité permettant le contrôle du contenu, serait un prix notablement réduit… À bons entendeurs, salut (amical) !

mardi 25 mars 2008

La Logan et l'Europe : exemplaire

La Logan (ci-contre) est cette voiture économique conçue par Renault, vendue à des prix plus qu'attractifs, y compris en France où elle rencontre un réel succès. Les ouvriers de l'usine qui produit cette voiture en Roumanie viennent de se mettre en grève pour réclamer des hausses de salaires.

Voici une illustration exemplaire de l'organisation économique de l'Europe : la Roumanie, en effet, vient d'entrer dans l'Union Européenne (2007). Le marché ainsi ouvert doit-il servir à délocaliser tout en exploitant les employés des pays concernés, ou bien, peu à peu, leur niveau de vie doit-il croître, afin de devenir décent et de conduire les nouveaux entrants sur la voie de la prospérité ? Le salaire moyen dans cette usine est de 285 euros mensuels, tandis que l'inflation en Roumanie reste assez forte. Cependant, le succès de la Logan conduit Renault à dégager des profits importants sur les ventes. Alors : solidarité européenne ou exploitation sans arrière-pensée des pays les moins favorisés ? Il sera intéressant de voir comment se terminera cette grève…

lundi 24 mars 2008

22 mars… 1968

Ce 22 mars, outre un anniversaire "privé" ne regardant pas la foule considérable (!) qui consulte ce blog, était aussi l'anniversaire du mouvement qui déclencha les événements de Mai-68, dont on parle beaucoup ces jours-ci : 40 ans !

À cette époque, j'avais dix ans, et je dois dire que j'avais apprécié les vacances impromptues offertes par la fermeture du collège où j'étais en classe de sixième. Mai-68 m'avait pas mal impressionné, des copains de classe ayant raconté comment ils s'étaient trouvés au milieu des barricades en tentant de se rendre à l'école. Les grèves, surtout, les queues devant les banques – où les clients tentaient d'aller retirer des espèces – les caddies du Prisunic que certains avaient remplis de bouteilles d'huile et de boîtes de sucres en morceaux, l'absence de transports, les ordures (et les rats) dans les rues, mon père qui devait parlementer longuement avec des piquets de grève pour entrer dans les bureaux du Crédit Lyonnais, où il se rendait à pied, le personnage du Général de Gaulle, une fois encore présenté comme un "sauveur" en dépit de ses hésitations et de son incompréhension manifestes de ce qui se déroulait alors…

En mai 68, je venais de créer les éditions AO, des initiales de mon grand-père maternel (André Odemard). Un rêve d'enfant qui, peu à peu, prenait corps. Parmi les publications de cette toute nouvelle maison d'éditions, deux petits carnets Oxford, que j'avais remplis d'une sorte de journal des "événements", textes spontanés emplis d'une grande naïveté… Vous en trouverez la teneur sur le site www.ao-editions.com à cette adresse.

Mais le mieux, pour prendre connaissance rapidement et néanmoins avec précision de cette période courte et pourtant décisive, est encore de lire l'ouvrage de Patrick Rotman, Mai 68 raconté à ceux qui ne l'ont pas vécu. Bref, intelligent, subtil et honnête, ce petit livre mérite le détour, loin des clichés – de tous bords – que l'on entend encore aujourd'hui.

dimanche 23 mars 2008

Pâques aux tisons



Il neige en ce dimanche de Pâques, même à Venise ! Sans blague ? Allez y faire un tour, juste pour voir, sait-on jamais. Mais vous n'êtes pas forcés de me croire…

vendredi 21 mars 2008

Horribles Sigles de Banques Communicantes

Ah, les banques et les sigles ! Voilà l'un des secteurs où ils fleurissent sans cesse, pas toujours avec bonheur. Prenez le Crédit Lyonnais. Il avait la chance, comme la Société Générale, d'avoir une raison sociale simple, aisée à mémoriser. Est-ce pour tenter de se donner une nouvelle jeunesse ?

L'adoption du sigle LCL ressemble à un mauvais compromis. En effet, soit il aurait fallu carrément changer de dénomination – si le but était de faire oublier des errements qui brouillèrent l'image de la banque fondée par Henri Germain, soit assumer et conserver crânement le nom original. La Société Générale, pour dépasser le scandale de son trader fou, va-t-elle se rebaptiser LSG ? Peu probable !

Savez-vous par exemple d'où vient la dénomination Paribas ? C'est tout simple : la Banque de Paris et des Pays-Bas avait une adresse de télex, habituellement concise, ainsi libellée. Il lui a suffi de l'adopter comme raison sociale.

Pas bête ! Aisé à mémoriser et relié au nom précédent, sans tomber dans une BPPB sans grande originalité. Et la BNP (Banque Nationale de Paris) ? Elle est née dans les années soixante de la fusion entre la BNCI (Banque Nationale du Commerce et de l'Industrie) et du CNEP (Comptoir National d'Escompte de Paris), dont la contraction a donné BNP. Le personnel du CNEP avait ironiquement détourné son ancien sigle ainsi : Comme Nous Etions Peinards !

Non, les sigles ne sont pas nécessairement intelligibles. C'est ainsi qu'il a fallu que la banque HSBC fasse appel à la diction reconnaissable entre toutes d'une comédienne d'exception, Nicole Garcia, pour aider le grand public à se souvenir de ces quatre lettres, dont on ne donne presque jamais la signification : Hong-Kong and Shangaï Banking Corporation. Ouf !

jeudi 20 mars 2008

Un slogan gratuit

Voici la publicité que le quotidien gratuit Métro a inséré dans le dernier numéro du Nouvel Observateur. Elle clame : se faire une opinion, ça n'est pas suivre celle des autres.
Que doit-on en conclure ? Que de lire les opinions exprimées par des journaux comme les quotidiens ou les hebdomadaires – y compris le NouvelObs bien sûr – détourne le lecteur de la réalité (en témoigne l'homme en noir) et que seuls les faits bruts permettent de se faire une opinion (« les faits »). Affirmations totalement gratuites, à l'instar de Métro. Soyons clair : le journal Métro – mais peut-on l'appeler journal ? – nie le journalisme, qui consiste justement à proposer au lecteur des opinions, des analyses, une lecture des faits.

Munich de l'esprit
Quoi ? Serions-nous si influençables que la confrontation aux opinions nous interdirait toute attitude critique ? Que la lecture d'éditoriaux, d'articles de fond argumentés ne ferait que nous détourner de l'essentiel, que nous serions incapables de nous nourrir des opinions, de les passer au crible afin de bâtir, peu à peu, notre propre opinion ?
Qu'un hebdomadaire accepte ainsi de publier une publicité qui injurie les journalistes laisse pantois ! Dans sa chronique, page 47 du même numéro du NouvelObs, Jacques Julliard titre « un Munich de l'esprit ». Bien que son texte parle de tout autre chose, la formule pourrait être transposée au slogan de Métro : un véritable Munich, oui, une capitulation en rase campagne de l'analyse journalistique face à l'offensive des "gratuits".
Telle est mon opinion… et je la partage !

Raffarin versus Attali

Jean-Pierre Raffarin s'est fait le chantre de l'anti-attalisme. Il voit rouge – si l'on peut dire – dès que l'on évoque le rapport de l'ancien conseiller de François Mitterrand. Lors de sa publication, il s'était dit « un peu déçu », euphémisme prononcé avec gourmandise, ajoutant que le document recyclait de « vieilles lunes » comme la « tendresse à l'égard des grandes surfaces ». Plus récemment, l'ex-premier ministre a estimé que le rapport Attali « avait été une cause d'échec » pour la majorité (aux Municipales) «parce qu'on a parlé de réformes en faisant peur sans parler des résultats». En un sens, M. Raffarin joue à la France-d'en-bas contre les technocrates de la France-d'en-haut.


Ci-dessus : Attali brandissant le "talisman USB" qui effraye l'ex-premier ministre…

Si M. Raffarin n'a pas totalement tort à propos de la suffisance de M. Attali, gardons nous, de jeter le bébé avec l'eau du bain. Il est tout de même frappant de constater combien cette droite au pouvoir chante sans cesse les louanges de « LA RÉFORME » et, dès que l'une d'entre elles pointe le bout de son nez… tout le monde prend peur et s'envole comme une nuée de pigeons.

L'épisode des taxis est emblématique. Alors que des solutions sensées existaient (l'attribution gratuite d'une licence cessible à chaque détenteur par exemple), le Gouvernement recule dès qu'un groupe de pression se manifeste. On retrouve le « faites ce que je dis, pas ce que je fais », la couardise de ceux qui prônent le courage réformiste… surtout quand la réforme est contraire à leur intérêts.

De quoi citer encore une fois Raymond Barre : « la droite n'a pas d'idées, elle n'a que des intérêts ».

mardi 18 mars 2008

Le fond et la forme

Le fond et la forme. Vaste sujet, qui agite en ce moment les médias à propos de notre président de la République. Doit-il changer ? Que doit-il changer ? Le fond ou la forme ?
À l'heure de la communication omniprésente, la forme domine, inévitablement. À tel point d'ailleurs que l'on ne traite plus guère que de la communication d'un message, autrement dit de la façon de le communiquer : la forme.

Troquer sa tocante
Les prochaines semaines seront certainement assez drôles, car les équipes de communicants se déchaînent pour proposer au président de changer la forme – sur le fond, ils sont incompétents par nature.


Va-t-on voir M. Sarkozy troquer sa Rolex contre une Swatch entrée de gamme ? Renoncer à des Ray-Ban de marque pour acheter des lunettes au Prisunic du coin (si tant est qu'on en trouve un au coin de l'Elysée) ? Devra-t-il porter de vulgaires baskets sans marque ? Et, in fine, devra-t-il changer d'épouse, échangeant un mannequin (obsédé par la forme, pardon par les formes) contre une femme "ordinaire" ? Enfin, au lieu d'entretenir sa forme par le jogging, monsieur le Président choisira-t-il d'entretenir la qualité du fond ? À savoir les ré-formes ?

Le mot de la fin
Beaucoup trop de mots, dans cette communication ! On y perd le fond de vue… Mais Eric Fottorino, dans son éditorial du Monde d'hier, a le mot de la fin : « Mais qu'est-ce que la forme, sinon le fond qui remonte à la surface ? » En effet, si M. Sarkozy n'a pas encore touché le fond, il n'en est pas loin. Il lui reste à remonter dans les sondages pour faire surface, sous une forme si possible attrayante.

Ah, mes pauvres amis ! Tout cela ne fait guère avancer le schmilblick, comme dirait Coluche…

Le mé-trop lent…


Le développement du réseau parisien de métro au-delà des limites de la ville est l'une des solutions les plus efficaces aux problèmes de pollution (voir l'article de ce blog du 7 mars). Un petit retour en arrière, il y a 110 ans, éclaire la question d'un jour inattendu.

Une station par mois
La toute première ligne de métro, aujourd'hui encore numérotée "ligne 1", fut réalisée en exactement vingt mois : les travaux débutèrent en novembre 1898 et la ligne fut ouverte à l'exploitation le 19 juillet 1900. Longue de 10 kilomètres, la ligne comptait 18 stations, de la porte Maillot à la porte de Vincennes. Les travaux d'infrastructure proprement dits durèrent en réalité 17 mois, soit un rythme d'une station… par mois !

Quatre chantiers en cours
Qu'en est-il de nos jours ? Quatre prolongements de lignes de métro sont actuellement en cours, afin de pousser des ramifications dans les banlieues nord, ouest, sud-est et sud :
  • La ligne 13 va connaître deux nouvelles stations courant 2008, à Gennevilliers, baptisées Les Agnettes et Les Courtilles. Ce sont au total près de 2 kilomètres de voies nouvelles qui auront été construites en 3 ans (2005-2008).
  • La ligne 12 sera prolongée jusqu'à la mairie d'Aubervilliers. Les travaux du premier tronçon, commencés à l'automne 2007, aboutiront en 2011 à l'ouverture de la première station, Proudhon-Gardinoux, à 1380 mètres de la Porte de la Chapelle. 4 années de travaux cette fois-ci.
  • La ligne 8 est également en cours de prolongement vers le Parc des Sports de Créteil. Long de 1300 mètres et quoiqu'en surface, ce nouveau tronçon demandera 5 années de travaux et s'achèvera en 2011.
  • La ligne 4, enfin, est en cours de prolongement, de la porte d'Orléans à la mairie de Montrouge, soit un peu moins d'un (1) kilomètre. Les travaux ont commencé en juin 2006 et devraient s'achever à la mi-2012, soit 6 année de chantier : un record !


La construction d'une station nouvelle réclame donc de un an et demi à… six années. À ce train-là, si l'on peut dire, la construction de l'actuel réseau (300 stations, 200 km de voies) aurait pris… un millénaire. Plusieurs raisons expliquent la lenteur relative de ces travaux :
  • La répartition des crédits dans le temps : des moyens plus importants pourraient certainement être mis en œuvre, mais ils nécessiteraient de débloquer des budgets annuels plus élevés.
  • L'impossibilité de travailler "à ciel ouvert" afin de ne pas bloquer la circulation automobile sur des axes déjà surchargés, et la construction de stations au volume souvent important. Cette contrainte accroît le coût des travaux ainsi que les délais.
  • De longues négociations préalables avec les nombreux partenaires impliqués, qu'ils soient des financeurs, des Collectivités locales ou des associations.


Paradoxalement, alors qu'en un siècle les progrès techniques ont été gigantesques, nous sommes incomparablement plus longs dans la réalisation de lignes de métro. On comprend, dans ces conditions, combien le développement de moyens de transports rapides et de grande capacité prend du temps. Bien sûr, la construction d'un tramway demande des délais moins importants, mais il ne faut pas oublier que leur capacité est très largement inférieure, et que les travaux de voirie concomitants accroissent notablement la facture.

Les illustrations ci-dessus sont extraites de l'ouvrage Le chemin de fer métropolitain de Paris, édité par la Ville début 1931, et que j'avais eu la chance de dénicher sur les Quais (de la Seine, chez un bouquiniste, et non bien sûr sur les quais du métro).
Ceux qui s'intéressent au métro parisien pourront aussi tenter de se procurer le très bel ouvrage de Jean Robert, Notre métro, édité par l'auteur en 1983 (on en trouvait un exemplaire en vente sur e-Bay récemment).

Pour consulter une liste fournie d'ouvrages sur le métro, voyez metro.paris.free.fr. La RATP communique toutes les informations sur les prolongements en cours à l'adresse extension-reseau.ratp.fr/recherche_par_projet.html

lundi 17 mars 2008

Figaro-ci, Figaro-là

Ce que j'aime, dans la presse écrite, c'est qu'elle sait faire le tri entre l'essentiel et l'accessoire, elle excelle dans les synthèses, dans la recherche de l'Information du jour – avec un grand i – ainsi que le démontre la "une" du Figaro de ce lendemain d'élections municipales. C'est une grande chance de pouvoir lire ce quotidien dont l'objectivité force l'admiration. Sans Le Figaro, je serais passé à côté de l'unique enseignement à tirer de ce second tour : la réélection de M. Gaudin à Marseille !



Le Figaro
sait ce que signifie "réussir" : c'est ce que vient de faire la droite ce dimanche. Tout va bien, poursuivons les réformes, amplifions-les même, ainsi que les Français viennent de le demander au Gouvernement, à son Président et… au maire de Marseille. La nouvelle devise du quotidien du matin est désormais : "Sans la liberté de flatter, il n'est pas d'éloge blâmeur", dont l'auteur est, comme chacun sait Beau-Marchais, celui qui dirigea le fameux Parti dont le quotidien l'Humanité est l'organe – organe qui savait rédiger des "unes" d'une saisissante objectivité !

U.M.E.P.
Je viens aussi de comprendre – enfin – ce que signifiait le sigle du parti dont M. Gaudin parlait dans toutes ses interventions, en particulier durant le débat avec son adversaire socialiste sur France-Info entre les deux tours, à savoir l'U.M.E.P.
Ce sigle signifie : Union pour le Maire En Place. Et l'U.M.E.P. vient de l'emporter à Marseille.
CQFD (Ce Qu'il Fallait Dénoncer)

samedi 15 mars 2008

Des X-Files du troisième type

Marrante, la carrière de David Duchovny ! Souvenez-vous, l'acteur a incarné Fox Mulder, le héros de la série des X-Files, pendant de nombreuses années. Eh bien, voici que ledit Duchovny passe sans transition – comme dirait PPDA – des X-Files aux films-X. Une nouvelle série-télé, au titre évocateur de Californication, un calembour que le groupe des Red Hot Chili Peppers avait utilisé pour donner son titre à un de leurs tubes. De l'autre côté de l'Atlantique toutefois, le X des films-X ne veut rien dire : c'est une spécificité fiscale – mais oui ! – de notre beau pays, qui a inventé dans les années 70 une taxe spéciale sur les films dits pornographiques, qualifiés de "films-X". Espérons juste pour David Duchovny que sa nouvelle série ne sera pas qualifiée de série Z. Ce serait dommage pour lui de passer aussi vite à la fin de… l'alphabet !

vendredi 14 mars 2008

La vie ne tient qu'à un fil

Lazare Ponticelli, le tout dernier combattant de la guerre de 14-18 vient de disparaître. Il ne subsistera plus désormais que ces monuments aux morts dans les villes et villages, et leurs listes interminables de noms pour nous rappeler ce massacre à grande échelle d'une génération : sur les 8,5 millions de français mobilisés, 1,4 millions moururent, 4,5 millions furent blessés, souvent très gravement. J.-Cl. Barreau et G. Bigot, dans ce livre passionnant dont j'ai déjà parlé(*), expriment ces statistiques par un raccourci saisissant : environ un homme "jeune" sur deux avait été tué ou gravement touché.

Classes creuses
On comprend mieux ce que signifie l'expression "classes creuses", concept démographique un peu abstrait : ce sont tous ces enfants, fils et filles, qui ne sont jamais nés, leurs pères étant morts avant de leur donner la vie. À quoi tient notre existence ? À un fil… Si nos grands-pères (ou arrière-grands-pères) avaient été mobilisés ou n'étaient pas revenus du front, nos parents (ou grands-parents) ne seraient jamais nés.

En consultant la liste des dix derniers "poilus" morts ces dernières années, je me faisais la réflexion suivante : les plus jeunes à avoir été envoyés se battre étaient nés juste avant le début du siècle, entre 1894 et 1898 ; l'un d'entre eux était même de 1901. Or, ce fut l'année de naissance de mon grand-père maternel (que l'on voit ci-contre en uniforme lors de son service militaire en 1922). S'il avait été mobilisé en 1918, par exemple, peut-être ne serais-je pas en train d'écrire ce message… Côté paternel, mon grand-père, Pierre, était né en 1905. Il échappa à la première guerre, mais pas à la seconde, et fut mobilisé en 1939. Il s'en sortit heureusement sain et sauf. Enfin, n'oublions pas non plus les guerres coloniales : mon père vit son service militaire prolongé à cause de la guerre d'Indochine, et échappa de peu à une remobilisation pour la guerre d'Algérie. Tout ceci nous fait prendre conscience du prix de la Paix : notre existence ne tient qu'à un fil.

(*) Toute l'histoire du monde, Livre de poche 30752, ISBN 978-2-253-11860-2

jeudi 13 mars 2008

Astérix chez les Ch'tis

Voilà qui ressemble à la fable du Lièvre et de la Tortue, mais… à l'envers ! Astérix aux jeux olympiques, sorti le 30 janvier, est en passe d'être doublé par Bienvenue chez les ch'tis qui a pris le départ le 28 février. Le premier a attiré 6,5 millions de spectateurs en 5 semaines, tandis que le second a déjà engrangé 9 millions d'entrées en seulement deux semaines.
Ci-dessus : une image tirée de l'album d'Astérix traduit en Picard (www.asterix-en-picard.com).

Parodie des identités
Astérix d'un côté, les ch'tis de l'autre. Deux films qui reposent sur le même canevas : la parodie des identités, sous-titre d'un livre pertinent de Nicolas Rouvière sur Astérix, déjà évoqué sur ce blog.
Deux films éreintés par les critiques "sérieux", autre point commun. Il est frappant de constater combien certains, notamment à Libé ou au Nouvel Obs(*) se font "plus bêtes qu'ils ne sont" comme disaient mes parents pour me ramener à la raison. Ils feignent de prendre au premier degré les parodies sur lesquelles reposent les deux films, les qualifiant de "clichés" ou de "populisme". Ce faisant, ils montrent combien ils méprisent le public, sous-entendant que le "spectateur moyen" est tellement stupide qu'il ne voit dans ces deux films que les clichés, comme s'il était incapable de toute distanciation et second degré. Or, et c'est bien ce que démontre Nicolas Rouvière, c'est justement la description parodique des identités qui permet de les dépasser. En ce sens, Bienvenue chez les ch'tis et les BD d'Astérix – le film est moins convaincant – représentent des exercices d'humour salubres, susceptibles de désamorcer l'ethnocentrisme et de nous faire prendre conscience de l'universalité des valeurs humanistes.

Pourquoi tant de haine ?
Pourquoi cette haine des films populaires ? On se souvient des accusations de "pétainisme" proférées à l'encontre d'Amélie Poulain ! Ces intellectuels hautains que sont malheureusement nombre de critiques "pêtent les plombs" dès qu'un film cartonne, comme si ce ne pouvait être que pour de mauvaises raisons, sous-entendant que, pour reprendre l'expression du Général de Gaulle, tous les spectateurs français seraient des veaux… Si l'on y regarde de plus près, certains films, au demeurant de grande qualité, tournés dans le Noooord, véhiculaient tout autant de clichés que la comédie incriminée, en ne présentant que des scénarios (ou des réalités sociologiques) tristes et cruels, comme si de tels drames n'existaient que… dans le Nord, justement ! On pense à Ça commence aujourd'hui (Bertrand Tavernier), à La vie rêvée des anges (Erick Zonca) voire à Rosetta des frères Dardennes, bien qu'il se déroule en Belgique. Des films exceptionnels, méritant les meilleures éloges, mais qui ont, à leur façon, contribué à la propagation d'images d'Épinal.

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(*) Extrait de la critique de Bayon dans Libé : « Les spectateurs de Bienvenue chez les Ch’tis se pressent pour applaudir, ils sont venus contents. Bonnes gens, brave film. Le bingo-frites du jour est une comédie France profonde. »
Extrait de l'article de Michel Quint dans Le Nouvel Observateur : « Ce film a au moins l'utilité, d'ordre pédagogique, d'être un exemple de démagogie et de populisme. »

mardi 11 mars 2008

Sous le signe des Quatre

Nombreux sont les français qui participent à la vie municipale : je m'en suis aperçu en constatant que, dans mon entourage, pas moins de quatre personnes briguaient – ou avaient exercé – des responsabilités municipales. Florilège.

Marie-France
En tout premier lieu, je voudrais rendre hommage au maire sortant de Servoz (Haute-Savoie, 800 hab.), Marie-France Marcos, qui ne s'est pas représentée malgré une popularité incontestée depuis un quart de siècle. Une façon élégante de laisser de l'espace à ses successeurs, fait rarissime qu'il convient de relever ! D'ailleurs, comme il est possible, dans les petites communes, de voter pour quelqu'un qui ne se présente pas, la maire sortante a obtenu 80 voix spontanées sur les 540 exprimées : un témoignage en vraie grandeur de confiance ! Marie-France siège toujours au Conseil Régional.
C'est en tant que résident secondaire, mais aussi, quatre années durant, comme résident principal à Servoz que j'ai eu l'occasion de constater au quotidien et de visu l'efficacité et la qualité de sa politique communale.

Jacques
Toujours dans le département de la Haute-Savoie, mais cette fois au bord du lac d'Annecy, Jacques Bessières se présentait pour la première fois sur une liste municipales à Talloires (1500 hab.). J'ai eu l'occasion de collaborer à de nombreuses reprises avec Jacques dans le cadre de prestations informatiques et de formation, pour lesquelles il a joué à bien des égard le rôle d'initiateur. Il se présentait sur la liste de Didier Sarda, ancien directeur de l'Office du Tourisme, contre le maire sortant, Jean Favrot. Au premier tour, Jacques a obtenu 454 voix, un score honorable comparé aux 578 suffrages qui ont permis au maire sortant d'être d'ores et déjà élu, et aux 517 voix recueillies par M. Sarda, également élu. Il reste 5 sièges à pourvoir au second tour.

Olivier
À plus de 600 kilomètres de Talloires, en Île-de-France, c'est à Viroflay (15000 hab.) qu'Olivier Lebrun vient d'être élu dès le premier tour avec près de 53% des suffrages (et une bonne participation de 62%). Son prédécesseur, Gérard-Charles Martin, maire depuis 1971, avait dû abandonner ses fonctions pour cause de santé en 2005, et Olivier avait été désigné par le Conseil comme maire. Il a constitué en 2008 une liste d'union rassemblant l'UMP, le MoDem et le Nouveau Centre. C'est le logiciel Excel et la comptabilité qui m'a fait connaître Olivier, qui est aussi l'un de mes clients. Les résultats publiés sur son blog (olivierlebrun.over-blog.com) sont de toute évidence présentés à l'aide du tableur de Microsoft !
À l'occasion d'une prestation pour le CCAS de la ville, j'ai pu prendre la mesure de la qualité des actions sociales menées à Viroflay.

Daniel
Toujours dans le département des Yvelines, mais à l'opposé géographique et politique, c'est à Achères (19000 habitants) que mon vieux copain Daniel Safon s'est présenté sur la liste du maire sortant Alain Outreman (PCF). Comme Daniel l'explique sur son blog au ton volontiers irascible (irascible.hautetfort.com, Daniel est aussi comédien, voir ci-contre, et ceci explique cela !), il a préféré apporter son enthousiasme de militant socialiste à la liste du maire sortant plutôt qu'à celle de Daniel Lattanzio (PS), sur laquelle on compterait plusieurs membres du MoDem…
La liste Outreman a obtenu plus de 41% des suffrages au premier tour et se trouve en ballottage très favorable, loin devant celle de M. Lattanzio (17%), et à plus de 15 points de la liste UMP (Suzanne Jaunet, 27%). Il reste à déterminer comment se reporteront les voix de Roger Colas (14%), qui se présentait comme "apolitique"…

Et Villeurbanne ?
Le premier tour à Villeurbanne a été marqué par une participation faible (49,4%, soit 37496 votants, dont votre serviteur). Elle a placé largement en tête la liste socialiste de Jean-Paul Bret (46,53%), qui a recueilli deux fois plus de suffrages que celle de l'UMP Henry Chabert (23,8%). L'outsider du MoDem, M. Morales, arrive en troisième position avec un peu moins de 15%. Les trois listes "à gauche de la gauche" totalisent 8,4%. Le FN, quant à lui, recueille 6,7% des voix. Le second tour devrait être une triangulaire, le MoDem ayant refusé toute alliance, à gauche comme à droite.

dimanche 9 mars 2008

Sept listes pour 385 candidat(e)s

Villeurbanne compte 135 000 habitants et se situe à l'est de l'agglomération Lyonnaise, dont elle est une des communes les plus peuplées. Son centre-ville a fière allure, articulé autour des Gratte-Ciel et d'une Mairie construite dans le plus pur style des années trente (ci-contre). Rattachée initialement au département de l'Isère, elle n'intégra le Rhône qu'en 1852, après avoir refusé de se fondre dans Lyon comme le firent des communes telles que Vaise ou la Croix-Rousse. Charles Hernu en fut le célèbre maire de 1977 à 1990. Votre serviteur y réside avec satisfaction depuis 1996…

Sept listes, comptant chacune 55 candidats, se présentaient aux suffrages des Villeurbannais ce dimanche 9 mars :
  • La liste du maire sortant, PS, Jean-Paul Bret.
  • Trois listes de gauche que l'on pourrait rassembler sous l'étiquette "anti-libérale" : Lutte Ouvrière, le Parti Ouvrier Indépendant et le Collectif Villeurbannais pour un rassemblement anti-libéral.
  • La liste du MoDem, pilotée par le médecin Richard Morales, qui avait été aussi le candidat à la députation en juin 2007 et s'était désisté au second tour en faveur de la candidate socialiste, Pascale Crozon, qui fut élue.
  • La liste UMP, emmenée par l'ancien adjoint à l'urbanisme de Michel Noir, Henry Chabert, qui semble donc tenter de se refaire une santé dans les faubourgs lyonnais…
  • La liste du Front National, dont Stéphane Poncet est le numéro 1.
Sans me lancer dans la moindre analyse, je me contenterai de quelques remarques glanées çà et là en consultant les listes.
  • Assez curieusement, la liste FN ne compte pas moins de 8 fonctionnaires, dont la tête de liste, ainsi, fait rare, qu'un détective privé !
  • L'Europe fait très timidement son entrée à Villeurbanne, avec une candidate Belge (40ème de la liste de Lutte Ouvrière), une candidate Allemande et un candidat Grec (22ème et 24ème sur la liste UMP). Peut-être existe-t-il d'autres ressortissants de l'Union Européenne, mais cela n'apparaît pas sur les bulletins de vote.
  • C'est un cheminot, Yves Janin, qui est en première position de la liste du POI, ce qui aurait pu faire vibrer ma corde ferroviaire, tandis qu'un ouvrier métallurgiste mène celle de LO.
  • Quelques professions nouvelles ou récentes se remarquent, mais ne sont pas toujours bien placées, les 55èmes et derniers de la liste PS et de la liste LO étant respectivement pigiste sur Internet et informaticien.
  • On note une assez grande variété de professions sur la liste du MoDem, par exemple un artiste lyrique, une sophrologue, un conducteur de métro, un agent des impôts, un syndicaliste de Police ou encore une historienne.
Les slogans des différentes listes ne se distinguent guère par leur originalité : Jean-Paul Bret invite ses administrés à "respirer l'avenir", Richard Morales se propose d'être "un maire plus proche de [nous]", Henry Chabert se présente "à tout cœur", le COVRA précise que "la gauche, c'est nous" et, très classiquement, le FN "fait front"…

samedi 8 mars 2008

Ça pourrait mal finir

Si l'on peut écrire en toute liberté dans un blog, ce n'est pas une raison pour écrire… n'importe quoi. Quoique virtuelle, la possibilité d'être lu incite à être aussi pertinent que possible, sans pour autant abandonner franchise et indignation. Pour ces raisons, le blogueur recherche dans d'autres lectures la confirmation de ses analyses. J'en ai rencontré une dans le pamphlet de François Léotard, intitulé « Ça va mal finir ». Page 123 de l'ouvrage, l'auteur écrit en effet, en s'adressant à Nicolas Sarkozy :
Tu t'efforces de nous tenir en haleine à la manière de ces jongleurs dans les cirques qui font tourner les assiettes au bout de plusieurs bâtons. Ils vont d'une assiette à l'autre, d'un bâton à l'autre, et nous sommes naturellement captivés par leur célérité. C'est ce qui se passe avec toi.

C'était la métaphore que j'avais trouvée pour mon pronostic réservé du 23 février (et, soyez-en assurés, je n'ai pas modifié cet article a posteriori !) Non que les "grands esprits se rencontrent", je garde la tête froide. Juste une vérification d'hypothèses, histoire de me dire : « c'est déjà ça, je ne me monte pas la tête dans mon coin », risque redoutable et inhérent à la bloguitude… Les assiettes qui tournent étourdissent, et peuvent malheureusement se terminer par des bris de porcelaine si le jongleur est soit trop ambitieux, soit pas assez habile : à l'impossible nul n'est tenu…

Il a voté Sarkozy mais il dort mal depuis
Le livre est sévère mais juste. François Léotard est en quelque sorte un "retraité" de la politique, ce qui garantit la franchise de ses propos : il ne vise aucun poste ministériel, ne se présente à aucune élection, n'a aucune ambition politique. Il a voté Sarkozy en mai 2007, et il « dort mal depuis » avoue-t-il. Une autre de ses phrases m'a plu (page 36), en ce qu'elle exprime clairement l'impasse de nos Institutions depuis que la médiatisation à outrance et le culte des sondages l'ont envahie :

Au fait, qu'est-ce que c'est que cette histoire d'élection d'un président au suffrage universel ? Je parle de la nôtre, la Française, la plus stupide de toutes dans sa brutalité même. On sait maintenant que cela rend les candidats fous et les électeurs légèrement ivres…

Il exagère peut-être… mais il y a de ça, sans aucun doute ! Car qui dit ivresse dit gueule de bois, ce qui semble être le cas de nombreux électeurs de l'actuel président. Le réveil est difficile, la migraine est douloureuse, les déceptions sont proportionnelles aux illusions.

vendredi 7 mars 2008

Les Verts tournent en rond


Les Verts remettent le couvert à l'occasion de leur campagne municipale parisienne. Le Périphérique, véritable fortification, doit devenir un rempart contre la pollution – un peu comme les frontières françaises après Tchernobyl. Limiter la vitesse, réserver une file à certains modes de transport, voici de quoi augmenter les embouteillages… et donc la pollution. Mais ce n'est pas grave : Paris sera protégé !

Pré-carré
Faire payer les autoroutes urbaines et le Périphérique font partie des idées vertes, ainsi que l'éventualité d'un péage urbain. Alibi : les fonds récoltés serviront à financer les transports en commun. Mais en attendant que ces transports soient construits, que se passera-t-il ? Les plus modestes, contraints d'utiliser leurs voitures, devront payer, tandis que les plus riches, habitant le centre de la capitale, seront déjà dans la place-forte, et… gratuitement. À force de vouloir protéger leur pré-carré, les écolos parisiens tournent en rond : la quadrature du cercle !

Tant pis pour les étrangers !
On ne sortira de cet égoïsme municipal qu'en réformant les contours des communes. Paris en est le paroxysme : les candidats ne pensent qu'à leurs électeurs, et tant pis pour les « étrangers » des communes périphériques. Paris est à la fois une commune et un département. C'est un début : il faudrait plutôt que la ville compte une quarantaine d'arrondissements, incluant les communes limitrophes, un peu comme l'a fait Lyon avec Vaise (devenu le 9ème arrondissement).

Inciter plutôt que pénaliser
La politique des transports, et les ponctions fiscales correspondantes, doivent être supportées par tous, et pas seulement par les plus défavorisés, rançonnés aux péages. L'incitation serait préférable à la sanction : favoriser financièrement ceux qui ne prennent pas leur voiture, gratuité des transports en commun ou aide au parking, donner aux taxis un avantage concurrentiel à imaginer (péage négatif ?) et, pourquoi pas, demander aux habitants de Paris intra-muros, favorisés par leur situation géographique, de contribuer aux difficultés de ceux qui résident loin du centre et doivent venir y travailler. Sinon, que faire ? Interdire aux non-résidents d'être embauchés dans une entreprise localisée dans la ville, ce qui pourrait s'appeler la « préférence Parisienne » – tiens, ça me rappelle quelqu'un !

Le seul cas où un péage semble envisageable est celui des poids-lourds transitant par le Périphérique alors qu'ils pourraient passer « au large », à condition de bien définir ce que signifie ce passage au large…

Jean-Vincent Placé, président du groupe des Verts au conseil régional d'Île-de-France, proposait dans Libération (6 mars) un tarification "fine" des péages franciliens à créer, sans toutefois être convaincant. La complication n'est en effet pas toujours synonyme de justice. Mais le titre de son article résume bien la problématique : « Pas de double peine pour la banlieue ».

On pourra croire, à la lecture de ces lignes, que ma fibre écologiste est pour le moins effilochée. Qu'on ne s'y trompe pas : la première fois que j'eus la possibilité de voter, il y a plus de trente ans, aux Municipales de Paris (1977), ce fut pour glisser un bulletin "Vert" dans l'urne du premier tour. « Qui aime bien châtie bien » : l'importance de l'écologie m'interdit de "gober" toute crue la cuisine parfois indigeste des militants de l'environnement, tandis que je reste convaincu qu'il vaut mieux convaincre qu'imposer, inciter que menacer, motiver que punir…

Un robot pour Louis


Le robot dit « bonjour » à Louis !

jeudi 6 mars 2008

Et si c'était faux ?

Le sondage de Marianne m'a fait gamberger. Que se serait-il passé si Ségolène Royal avait été élue Présidente de la République ? Exercice de fiction…

6 mai 2007
Ségolène Royal remporte le second tour de l'élection présidentielle avec 52,35% des suffrages exprimés. Une brève allocution, diffusée dès 21 heures, met l'accent sur la cohésion nationale, la démocratie participative et l'événement historique que constitue l'élection d'une femme à la fonction suprême. Dans la journée de lundi, Jean-Louis Bianco annonce qu'il a été chargé de former le gouvernement, dont la composition sera précisée mercredi ou jeudi. La présidente se rend alors à l'abbaye de Solesmes en compagnie de son compagnon François Hollande pour une retraite spirituelle de deux jours.

Un gouvernement paritaire et ouvert
La parité est strictement respectée dans la composition du gouvernement : Corinne Lepage devient vice-premier-ministre, chargée de l'environnement, Elisabeth Guiguou obtient le portefeuille très convoité des Finances, Aurélie Filipetti l'Éducation nationale, Christine Taubira la cohésion nationale et Delphine Batho l'intérieur. Côté masculin, on remarque Bernard Kouchner aux Affaires étrangères et Arnaud Montebourg au poste de garde des sceaux. Des personnalités issues de la société civile entrent également au Gouvernement, comme Martin Hirsch aux affaires sociales ou Fadela Amara au logement. L'ouverture prônée par la présidente se traduit par l'entrée au gouvernement de deux secrétaires d'État : Pierre Méhaignerie (fonction publique) et Pierre Mazeaud (réforme de l'État). François Bayrou refuse tout portefeuille pour lui ou ses proches, préférant attendre les résultats des Législatives.

Vague Rose ?
Les Législatives, si elle ne voient pas déferler de vague rose, donnent toutefois la majorité absolue au PS, bien que Dominique de Villepin ait agité le chiffon rouge d'une hausse possible de la TVA entre les deux tours. L'UDF sauve son groupe parlementaire, grâce notamment à des désistements de candidats PS. Les rangs du parti centriste ont soudain grossi d'un important contingent de déçus du sarkozysme, transitant de l'UMP, en sens inverse du mouvement de 2002. Pour autant, François Bayrou se refuse à toute participation gouvernementale au motif que l'équilibre des finances publiques n'est pas l'objectif de la cheftaine de l'exécutif.

Choc social
Durant l'été, Ségolène Royal avance à marche forcée pour faire voter les premières mesures de son programme de « choc social », un donnant-donnant ayant pour but de restaurer la confiance par la réconciliation sociale, et donc de favoriser la croissance. Le coût des dépenses en année pleine est évalué à 15 milliards d'euros (parmi elles, un revenu minimal étudiant garanti, le RMEG). Jacques Attali est chargé de faire des propositions complémentaires afin de libérer la croissance. Dès le 1er juillet, le SMIC avait fait l'objet d'un important coup de pouce de 5%, et une vaste « conférence des salaires », nouveau Grenelle, était annoncée pour novembre.

Vacances remarquées
Début août, le couple présidentiel prend de très brèves vacances au bord de la mer, poursuivi par une horde de paparazzi – des bruits courent quant à une aventure de François Hollande, tandis que l'on prêterait une nouvelle relation à la présidente.

Le Pape, la chancelière et les infirmières
Après le versement d'une allocation de rentrée scolaire de 2000 € aux familles ayant au moins trois enfants, ce qui ne manque pas de déclencher des polémiques, Ségolène Royal rend visite à Benoît XVI auprès duquel elle réaffirme l'importance du spirituel et des valeurs familiales dans la tenue morale d'un pays. Malgré des relation délicates avec la chancelière allemande, elle propose de mettre en chantier un traité européen simplifié, comprenant un volet social afin de réconcilier les français avec l'Europe. Un référendum pourrait se tenir au terme de la présidence française de l'UE, début 2009. François Hollande participe à une mission confidentielle et obtient la libération des infirmières bulgares. L'UMP exige qu'il vienne s'expliquer devant une commission de l'Assemblée nationale. Démissionnaire de son poste de secrétaire général du PS, Hollande avait en effet annoncé qu'il se consacrerait désormais à son rôle de « premier monsieur ».

Avec Vincent, c'est du sérieux
Début octobre, cependant, tout s'accélère lorsque la présidente de la République annonce, lors d'une conférence de presse, que « avec Vincent c'est du sérieux ». Paris-Match publie dans son numéro du week-end les photos du chanteur aux côtés de la présidente, ainsi que celles de la nouvelle compagne de François Hollande. Interrogée sur la question du nucléaire iranien, Madame Royal persiste dans son refus d'accorder le droit au nucléaire civil à la république islamique, ce qui déclenche des réactions violentes d'Ahmadinejad et du monde arabe. Le président Bush félicite la présidente française, qui refuse toutefois de lui rendre visite, préférant réserver son premier voyage à un entretien avec Michelle Bachelet, au Chili.

Train de mesures
Au mois de novembre, Ségolène Royal épouse discrètement Vincent Delerm à la mairie de Melle, sans que la presse ne soit prévenue. Elle annonce dans la foulée une série d'initiatives, sans avoir consulté le premier ministre ni les ministres concernés, au rythme de deux à trois par semaine. Jean-Louis Bianco, qui a assuré qu'il passait au crible les mesures imaginées par la présidente, est qualifié de « collaborateur » par Ségolène Royal, ce qui déclenche les foudres du chef de l'opposition, Nicolas Sarkozy. Parmi les mesures annoncées figurent, en vrac :
  • La suppression des jours fériés religieux et leur remplacement par un contingent « libre » de dix jours, utilisables par chacun selon ses convictions.
  • La Fête Nationale est rebaptisée Fête de la Nation et des Régions et dure désormais trois jours.
  • La télévision publique ne pourra plus diffuser de publicités, ni de films jugés immoraux par une commission ad hoc créée au sein du CSA. En contrepartie, la redevance sera triplée pour les foyers dont les revenus excèdent 20000 € par an.
  • Le tabac sera interdit dans tous les lieux publics, y compris les rues et parcs, à compter du 1er janvier 2008.
  • Le port de l'uniforme est instauré dans les écoles, et sa conception fait l'objet d'un appel d'offres auprès de grands couturiers.
  • Une commission de réforme des institutions est mise sur pieds, présidée par Jack Lang. Parmi les orientations suggérées par la présidente figure le remplacement du Sénat par une assemblée de citoyens tirés au sort sur les listes électorales, dans le prolongement de l'idée des jurys citoyens de la campagne.

Joyeux Noël
Les assises pour un plan Marshall des banlieues sont lancées à la mi-décembre, tandis qu'une prime de Noël est accordée à tous les foyers non imposables à hauteur de 500 €, annoncée à la sortie de la messe de minuit, à Melle. En attendant les assises de l'écologie durable, Corinne Lepage se voit suggérer des mesures telles que l'écotaxe sur les bovins rejetant du méthane par leurs flatulences ainsi que sur les 4x4 émettant plus de 300 gr de CO2 par kilomètre. La circulation en pousse-pousse à assistance électrique est généralisée pour tous les déplacements des membres du Gouvernement dans Paris.

Grève durant la trève
Dans le cadre d'une nouvelle loi de Décentralisation, un grand nombre de compétences doivent être transférées aux Régions et Départements, notamment dans le domaine des titres de séjour des immigrants, ce qui provoque des afflux de candidats dans les régions supposées les plus « accueillantes ». L'annonce de la réorganisation de la fonction publique d'État, avec la suppression de plus de 20 000 postes, et le report de la conférence des salaires au mois d'avril 2008, déclenchent une longue grève durant la trève des confiseurs, malgré la promesse de créer autant de postes dans la fonction publique territoriale. Un nouvel échelon inter-communal est défini dans la loi : le Terroir.

Sanctions
Lorsque est révélée la perte colossale de la Société Générale, début janvier, la riposte de Ségolène Royal est immédiate : elle indique, lors de ses vœux aux forces vives, que la France pourrait renationaliser la banque à titre de sanction. Elle exige – et obtient – la démission de son P.-D.G. Lorsque le site Web du Nouvel Observateur publie la teneur d'un soi-disant SMS envoyé par François Hollande à son ex-compagne peu avant qu'elle ne se marie : « si tu annules tout, je reviens », l'Élysée attaque l'hebdomadaire au pénal pour diffamation. Tout cela ne ralentit pas la chute de popularité de la présidente dans les sondages, tandis que M. Bianco dépasse les 75% d'avis favorables.

Ultime foucade de la présidente, la voici annonçant qu'elle demande à la ministre de la jeunesse et des sports d'étudier l'hypothèse du boycott des J.O. de Pékin l'été prochain… Alors que se profilent les élections municipales, Nicolas Sarkozy prône une « cohabitation locale » en incitant les français à voter pour l'UMP partout où les exécutifs locaux donnent entière satisfaction. Il fait scandale en traitant la Présidente de « mijaurée » lors d'une séance publique.

Enfin, le 6 mars, Lionel Jospin publie un pamphlet au titre éloquent : « ça va mal finir », qui cartonne dans les ventes dès le jour de sa sortie…

[Ne voyez dans ce texte qu'un exercice de fiction, je le répète, dans lequel "toute ressemblance avec des personnages existants serait en grande partie fortuite."]

lundi 3 mars 2008

Match nul !

J'apprécie souvent les analyses de l'hebdomadaire Marianne pour leur indépendance d'esprit et leur pertinence. Une bonne raison de ne pas laisser passer ce qui ressemble à une erreur d'interprétation. Dans le dernier numéro (1-10 mars), un sondage commandé par l'hebdomadaire teste les intentions de votes à rebours « si la présidentielle avait lieu aujourd'hui », en sous-titrant : « les résultats seraient sensiblement différents » alors que, manifestement, c'est tout le contraire.



Observez ce graphique. Les barres rouges sont celles du sondage, les bleues celles du premier tour de 2007 (plus de précision en cliquant sur l'image). Les scores se révèlent étonnamment proches !
  • Ségolène Royal obtient le même pourcentage, à 0,1 point près ;
  • Nicolas Sarkozy gagne pour sa part 0,8 point ;
  • François Bayrou passe de 18,6 à 19 % (+0,4 point) ;
  • Le Pen est à peine plus bas (moins 1,4) et seul Olivier Besancenot tire son épingle du jeu (+3 points).
La simulation de second tour, donnant 51% à Ségolène Royal et 49% à Nicolas Sarkozy ne veut pas dire grand chose : deux points d'écart, c'est la marge d'erreur – sans compter que les reports de voix entre les deux tours donnent toujours lieu à des péripéties qu'un sondage est incapable d'imaginer par construction.

L'enseignement de ce sondage, à mes yeux, est tout autre : malgré sa baisse de popularité, notre président demeure tout aussi crédible, son adversaire socialiste n'a rien gagné et même le challenger Bayrou stagne. De quoi donner envie à M. Sarkozy de « continuer comme si de rien n'était ».

François Léotard a beau clamer que « ça va mal finir » (crainte que je partage, j'y reviendrai certainement), les français ne semblent pas plus effrayés que cela – à l'exception des électeurs de l'opposition, mais ce n'est pas un scoop !

dimanche 2 mars 2008

Pour gagner du temps… perdez-en !

Dans le supermarché proche de mon domicile, samedi après-midi, les files d’attentes aux caisses dépassaient la mesure, comme d’habitude. Sempiternel problème de notre société : limiter au strict minimum le nombre d’être humains employés pour réduire les charges, et, partant, les prix.

Un slogan doublement trompeur
Les files d’attentes sont trop longues ? Qu’importe ! Des écriteaux proclament : gagnez du temps, utilisez les caisses automatiques. Le slogan est doublement trompeur. Premièrement, on ne gagne pas de temps car la file d’attente aux caisses automatiques est désormais aussi longue que celle des caisses « manuelles ». Deuxièmement, en quoi les caisses sont-elles automatiques ? En rien ! Ce sont les clients qui effectuent les mêmes manipulations que les employés, caissiers et caissières. Il n’y a donc absolument rien d’automatique. De surcroît, les clients, forcément moins expérimentés que les employés, mettent beaucoup plus de temps à procéder aux opérations d’enregistrement des codes à barres, à la saisie des fruits vendus à l’unité, sans oublier la manutention des produits et les opérations de paiement (cartes bancaires ou billets de banque).

Le temps n’est pas de l’argent
Les clients perdent du temps, mais, exception à la règle, ce temps-là, contrairement à celui de l’entreprise, n’est pas de l’argent (aucune réduction n'est consentie aux clients choisissant ce procédé). Or, le temps consommé en pure perte dans les supermarchés est pris sur autre chose : sur l’éducation des enfants, sur les loisirs, sur les activités bénévoles, sur la culture, que sais-je encore ! Et ces temps perdus coûtent de l’argent à la société, par les préjudices qu’ils causent indirectement.

Travail à la chaîne
Il y avait quelque chose de pathétique à observer les clients affairés sur les caisses, enregistrant laborieusement leurs produits, tandis qu’à côté les employés faisaient de même, payés au lance-pierre, harcelés par les clients mécontents et leurs supérieurs hiérarchiques. Une sorte de chaîne, non pas de montage, mais d’enregistrement, à laquelle sont attachés les nouveaux esclaves de la société de consommation, sous le contrôle des contremaîtres et des vigiles veillant à ce qu'aucune irrégularité ne soit commise…

Sur ce thème, voir aussi l'article du 14 avril 2007 de ce blog : une économie sans êtres humains.