samedi 23 février 2008

Pronostic réservé

Les mesures annoncées par le président de la République génèrent des flots volumineux d’analyses. La patience des commentateurs est admirable et vaine en même temps. À quoi bon, en effet, tenter de découvrir un fil conducteur dans la séquence permanente d’initiatives venant de M. Sarkozy ? Motivées par une course-poursuite ayant pour seul but de rester au sommaire de l’actualité, ces foucades sont au mieux incohérentes, au pire pathétiques. Que l’on me fasse grâce d’en dresser le catalogue. Je me contenterai de citer l’idée saugrenue et cruelle d’affecter la mémoire d’un enfant déporté à chaque écolier, ainsi que le mépris à l’égard du Conseil constitutionnel conduisant le garant des Institutions à demander à la Cour de cassation une idée pour contourner la décision des Sages.

Fuite en avant
Si j’étais psychiatre, mon pronostic serait que le Président est atteint d’une sorte de névrose du pouvoir qui se traduit par une boulimie d'activité. Elle est amplifiée par une obsession médiatique qui entraîne des pertes de repères et des troubles d’identité(s). Comment une telle fuite en avant pourrait-elle se prolonger cinq années durant ? C’est pratiquement impossible, pour des raisons politiques, pour des raisons pratiques et pour des raisons physiques.

Ci-contre : un jongleur d'assiettes. Ces équilibristes savent bien, eux, quand il faut arrêter de lancer de nouvelles assiettes, et évitent d'en briser.





Ces malades qui nous gouvernent
On a beaucoup parlé de « ces malades qui nous gouvernent » à propos de Georges Pompidou et de François Mitterrand. Ces deux hommes gardaient cependant leur lucidité malgré des souffrances physiques inouïes. Aujourd’hui, c’est l’inverse : le Président semble en pleine forme physique – quoique personne ne soit à l’abri du surmenage – mais l’on doute parfois sincèrement qu’il soit encore lucide… S'il refuse toute autocritique et ne change pas de comportement, je conçois mal qu'il parvienne à achever son quinquennat.

Une réelle angoisse
Que l'on comprenne bien le sens de ces propos : il ne s'agit pas ici d'être partisan ou vindicatif, mais d'exprimer une réelle angoisse quant à la suite des événements. Une fois de plus, ce sera la Politique qui fera les frais de cette attitude irresponsable, paradoxalement inspirée par la volonté d'être efficace. Comme quoi l'enfer est pavé de bonnes intentions…

Un essai que je vous recommande tout particulièrement :
« l’info-pouvoir » de Jean-Pierre Bedéï, journaliste politique et éditorialiste à La Dépêche du Midi (éditions Actes Sud, février 2008). On y trouve une analyse fouillée des rapports entre le pouvoir et l'information, notamment la télévision, ainsi qu'une chronique passionnante et émouvante sur les derniers mois du mandat de Georges Pompidou. Ce chapitre, consacré aux maladies présidentielles, m'a inspiré la teneur de cet article.

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