dimanche 24 février 2008

Choses vues

Lyon, un samedi de février 2008.
« Tandis que je remontais la rue Henri Rolland en direction du métro Charpennes, deux rames de tramways arrivèrent de concert à la station. Autour d'elles, à la façon d'une mouche du coche, un ado en mini-moto, invisible du traminot à cause de son gabarit de basset, zigzaguait en faisant vrombir son engin, manquant de se faire écraser et de devenir la nouvelle victime de la cruauté du monde.

S'assir…
« Un peu plus tard, sous terre, la rame bondée du métro parvenait enfin à fermer ses portes et à prendre le départ. Une mère tentait de retenir sa petite fille qui clamait : « on va s'assir, on va s'assir ! » L'entendant, un passager lui céda sa place et la petite s'assit fièrement, tandis que sa mère restait debout à ses côtés.

Une mendiante et sa fille
« Je descendis à Cordeliers. Le temps exceptionnellement clément avait attiré la foule dans la rue de la République. Franchissant avec difficultés les barrages d'enquêtrices désirant à tout prix recueillir mes opinions avisées et représentatives, je slalomai quelques instants entre les badauds. Passant devant le magasin du Printemps, j'eus le regard attiré par une mendiante à la tenue inhabituelle : entièrement voilée de la tête aux pieds par un hijab de couleur brun clair, parfaitement repassé, elle était assise à même le trottoir, le regard fixe, dirigé vers le gobelet posé devant ses genoux. Dans une posture qui rappelait celle d'une vierge à l'enfant, elle tenait dans ses bras, à moitié enfouie dans le voile, une petite fille de deux ou trois ans, elle aussi voilée d'un habit brodé en tissu brillant.

Manifestation non identifiée
« En remontant la rue Édouard Herriot, j'entendis soudain les clameurs d'une manifestation. Je passai juste à la queue du cortège, signalée par deux voitures de police. Deux hommes âgés, dont l'un s'aidait d'une béquille, fermaient la marche tout en discutant avec animation. Les pancartes de la petite centaine de manifestants étaient impossibles à lire à l'envers. Tout juste distinguai-je des drapeaux Lutte Ouvrière. Une femme hurlait des slogans dans un mégaphone, mais articulait mal et causait de la distorsion dans son ampli. Bien qu'ayant entendu une cinquantaine de fois les mêmes onomatopées, il me fut impossible d'en comprendre un traître mot. Aux croisements, les voitures bloquées, exaspérées, klaxonnaient avec insistance, sans bien sûr que la file ne bougeât d'un centimètre.

Une étrange clavier
« Une fois dépassée l'église Saint-Nizier, devant laquelle un homme mesurant presque deux mètres, arborant une barbe blanche longue et fournie, me tendit le même gobelet de plastique que la femme voilée, un silence relatif se fit. Les trottoirs étaient toujours aussi encombrés. La place des Terreaux se devinait au loin, signalée par les volumes massifs de la Mairie. J'entrai dans un magasin d'informatique afin de prendre des renseignements sur un étonnant clavier d'ordinateur aperçu en vitrine. Compact, se voulant ergonomique, il propose une disposition renouvelée des touches. Quoique amateur des claviers de toutes sortes, je décidai de ne pas céder à mon instinct de consommateur.

Au passage
« Quelques mètres plus loin, je cédai cette fois, séduit par l'élégance de la devanture d'une librairie, franchis les portails magnétiques et inventoriai longuement la quasi-totalité des rayons, remarquant les notices manuscrites placées devant certains romans policiers pour donner l'envie de les lire, ainsi que la richesse du rayon Architecture. Mais, à nouveau, je sortis sans rien avoir acheté.

Caterpillar
« Progressant toujours vers le nord, je m'engouffrai alors dans ce magasin de chaussures de sport où j'avais déjà acquis une paire de Caterpillar basses il y a un an environ. Le patron, commerçant avisé et physionomiste, me reconnut et me serra la main. Je lui expliquai ce que je cherchais et ressortis quelques minutes plus tard chaussé d'une nouvelle paire, marron et mi-hautes cette fois, les précédentes ayant pris place avec difficultés dans mon petit sac à dos. Il ne me restait plus qu'à retrouver la station de métro Hôtel de Ville.

Chaud et froid
« Mais quelle chaleur étonnante pour un samedi de février ! Une chaleur permettant aux fumeurs de s'installer confortablement en terrasse et de s'adonner à leur épouvantable vice sans attraper d'angine ou de rhume. Pour moi, c'était trop tard : je sortais à peine d'un rhume carabiné et consommais encore des quantités industrielles de mouchoirs en papier…

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