jeudi 28 février 2008

Mais où est donc le mont Blanc ?



Un article spécialement rédigé à l'intention d'un ami, pour lequel j'endosse l'habit du "consultant en sommets du massif du Mont-Blanc". La question était la suivante : où se trouve le mont Blanc lorsqu'on a atteint les Posettes ?

L'aiguillette des Posettes (2201 m) domine la vallée de Chamonix depuis son extrémité franco-suisse, non loin de la frontière (col de Balme). Les clichés qui illustrent cette page ont été pris le 20 août 2007 tôt le matin. Ci-contre, l'aiguille Verte (4121 m) et les Drus (à sa droite), au dessus d'un cairn formé de pierres prélevées dans les Ardoisières (où les argentérauds venaient chercher des dalles). Ci-dessous : aux alentours du point culminant de l'aiguillette, garni également de plusieurs cairns et d'une borne géodésique.



Depuis ce joli belvédère, le massif du Mont-Blanc apparaît dans toute sa majesté. La voie d'accès classique au mont Blanc se détache sur l'horizon : aiguille du Goûter (où se situe le refuge homonyme), Dôme du Goûter et, après l'arête dite "des Bosses", le toit de l'Europe (4808 m selon les dernières estimations).
À sa gauche émerge le mont Blanc du Tacul (4248 m).



Juste en dessous, on distingue l'aiguille du Midi (3842 m), dont la particularité est d'être accessible par un téléphérique.



L'aiguille du Midi (3842 m) est reconnaissable à son relais-TV qui la fait ressembler à un clocher d'église et lui confère une silhouette caractéristique.



À votre service !

lundi 25 février 2008

Vous avez dit : rupture ?

S'il y a rupture, ce n'est pas celle que l'on croit.
Que l'on veuille bien imaginer ce scénario – certes "fantastique" – selon lequel José Bové aurait été élu Président de la République. Visitant le salon de l'agriculture, il aurait été pris à parti par un cultivateur pro-OGM et lui aurait lancé : « casse-toi, pauvre con ».

Les réactions auraient été cinglantes :
« Sans Mai 68, jamais une chose pareille ne se serait produite ! » aurait écrit le Figaro. Le chef de l'opposition, Nicolas Sarkozy, aurait déclaré à l'AFP : « que reste-t-il du prestige de la fonction présidentielle ? » MM. Rafarin et de Villepin auraient fait chorus pour dénoncer la vulgarité ambiante depuis l'élection d'un "paysan" à la présidence. Enfin, certains députés de l'UMP auraient signé un Appel solennel demandant la traduction de M. Bové devant la haute cour de justice…

Mais revenons à nos moutons
La Droite, toujours aussi « moderne », ne tarit pas d'éloges à l'égard de ce président « direct et franc », de surcroît « viril » dans ses « échanges d'homme à homme », quitte à faire allusion à un match de rugby. Brice Hortefeux se félicite en ces termes : « Je trouve cela très bien que le président de la République s'exprime comme chaque Français ». De toute façon, a précisé Jean-Pierre Raffarin, M. Sarkozy « se trouvait dans une conversation privée » (le contexte de cette visite avait tout l'air d'être privé, comme le montre la photo que l'on peut consulter sur le site de l'AFP). Joli festival de mauvaise foi !

Il y a donc bien rupture, « changement grave et soudain dans l'état des choses » (Le Robert). Pour ma part, que M. Sarkozy ait eu un mot de trop ne me dérange guère. C'est le contexte général de dégradation de la fonction présidentielle qui me choque, surtout lorsque des personnalités politiques qui se targuaient de représenter l'ordre et la tradition se pâment désormais devant à un charretier qui est en train de « tout casser » sous prétexte de rupture !

dimanche 24 février 2008

Choses vues

Lyon, un samedi de février 2008.
« Tandis que je remontais la rue Henri Rolland en direction du métro Charpennes, deux rames de tramways arrivèrent de concert à la station. Autour d'elles, à la façon d'une mouche du coche, un ado en mini-moto, invisible du traminot à cause de son gabarit de basset, zigzaguait en faisant vrombir son engin, manquant de se faire écraser et de devenir la nouvelle victime de la cruauté du monde.

S'assir…
« Un peu plus tard, sous terre, la rame bondée du métro parvenait enfin à fermer ses portes et à prendre le départ. Une mère tentait de retenir sa petite fille qui clamait : « on va s'assir, on va s'assir ! » L'entendant, un passager lui céda sa place et la petite s'assit fièrement, tandis que sa mère restait debout à ses côtés.

Une mendiante et sa fille
« Je descendis à Cordeliers. Le temps exceptionnellement clément avait attiré la foule dans la rue de la République. Franchissant avec difficultés les barrages d'enquêtrices désirant à tout prix recueillir mes opinions avisées et représentatives, je slalomai quelques instants entre les badauds. Passant devant le magasin du Printemps, j'eus le regard attiré par une mendiante à la tenue inhabituelle : entièrement voilée de la tête aux pieds par un hijab de couleur brun clair, parfaitement repassé, elle était assise à même le trottoir, le regard fixe, dirigé vers le gobelet posé devant ses genoux. Dans une posture qui rappelait celle d'une vierge à l'enfant, elle tenait dans ses bras, à moitié enfouie dans le voile, une petite fille de deux ou trois ans, elle aussi voilée d'un habit brodé en tissu brillant.

Manifestation non identifiée
« En remontant la rue Édouard Herriot, j'entendis soudain les clameurs d'une manifestation. Je passai juste à la queue du cortège, signalée par deux voitures de police. Deux hommes âgés, dont l'un s'aidait d'une béquille, fermaient la marche tout en discutant avec animation. Les pancartes de la petite centaine de manifestants étaient impossibles à lire à l'envers. Tout juste distinguai-je des drapeaux Lutte Ouvrière. Une femme hurlait des slogans dans un mégaphone, mais articulait mal et causait de la distorsion dans son ampli. Bien qu'ayant entendu une cinquantaine de fois les mêmes onomatopées, il me fut impossible d'en comprendre un traître mot. Aux croisements, les voitures bloquées, exaspérées, klaxonnaient avec insistance, sans bien sûr que la file ne bougeât d'un centimètre.

Une étrange clavier
« Une fois dépassée l'église Saint-Nizier, devant laquelle un homme mesurant presque deux mètres, arborant une barbe blanche longue et fournie, me tendit le même gobelet de plastique que la femme voilée, un silence relatif se fit. Les trottoirs étaient toujours aussi encombrés. La place des Terreaux se devinait au loin, signalée par les volumes massifs de la Mairie. J'entrai dans un magasin d'informatique afin de prendre des renseignements sur un étonnant clavier d'ordinateur aperçu en vitrine. Compact, se voulant ergonomique, il propose une disposition renouvelée des touches. Quoique amateur des claviers de toutes sortes, je décidai de ne pas céder à mon instinct de consommateur.

Au passage
« Quelques mètres plus loin, je cédai cette fois, séduit par l'élégance de la devanture d'une librairie, franchis les portails magnétiques et inventoriai longuement la quasi-totalité des rayons, remarquant les notices manuscrites placées devant certains romans policiers pour donner l'envie de les lire, ainsi que la richesse du rayon Architecture. Mais, à nouveau, je sortis sans rien avoir acheté.

Caterpillar
« Progressant toujours vers le nord, je m'engouffrai alors dans ce magasin de chaussures de sport où j'avais déjà acquis une paire de Caterpillar basses il y a un an environ. Le patron, commerçant avisé et physionomiste, me reconnut et me serra la main. Je lui expliquai ce que je cherchais et ressortis quelques minutes plus tard chaussé d'une nouvelle paire, marron et mi-hautes cette fois, les précédentes ayant pris place avec difficultés dans mon petit sac à dos. Il ne me restait plus qu'à retrouver la station de métro Hôtel de Ville.

Chaud et froid
« Mais quelle chaleur étonnante pour un samedi de février ! Une chaleur permettant aux fumeurs de s'installer confortablement en terrasse et de s'adonner à leur épouvantable vice sans attraper d'angine ou de rhume. Pour moi, c'était trop tard : je sortais à peine d'un rhume carabiné et consommais encore des quantités industrielles de mouchoirs en papier…

samedi 23 février 2008

Pronostic réservé

Les mesures annoncées par le président de la République génèrent des flots volumineux d’analyses. La patience des commentateurs est admirable et vaine en même temps. À quoi bon, en effet, tenter de découvrir un fil conducteur dans la séquence permanente d’initiatives venant de M. Sarkozy ? Motivées par une course-poursuite ayant pour seul but de rester au sommaire de l’actualité, ces foucades sont au mieux incohérentes, au pire pathétiques. Que l’on me fasse grâce d’en dresser le catalogue. Je me contenterai de citer l’idée saugrenue et cruelle d’affecter la mémoire d’un enfant déporté à chaque écolier, ainsi que le mépris à l’égard du Conseil constitutionnel conduisant le garant des Institutions à demander à la Cour de cassation une idée pour contourner la décision des Sages.

Fuite en avant
Si j’étais psychiatre, mon pronostic serait que le Président est atteint d’une sorte de névrose du pouvoir qui se traduit par une boulimie d'activité. Elle est amplifiée par une obsession médiatique qui entraîne des pertes de repères et des troubles d’identité(s). Comment une telle fuite en avant pourrait-elle se prolonger cinq années durant ? C’est pratiquement impossible, pour des raisons politiques, pour des raisons pratiques et pour des raisons physiques.

Ci-contre : un jongleur d'assiettes. Ces équilibristes savent bien, eux, quand il faut arrêter de lancer de nouvelles assiettes, et évitent d'en briser.





Ces malades qui nous gouvernent
On a beaucoup parlé de « ces malades qui nous gouvernent » à propos de Georges Pompidou et de François Mitterrand. Ces deux hommes gardaient cependant leur lucidité malgré des souffrances physiques inouïes. Aujourd’hui, c’est l’inverse : le Président semble en pleine forme physique – quoique personne ne soit à l’abri du surmenage – mais l’on doute parfois sincèrement qu’il soit encore lucide… S'il refuse toute autocritique et ne change pas de comportement, je conçois mal qu'il parvienne à achever son quinquennat.

Une réelle angoisse
Que l'on comprenne bien le sens de ces propos : il ne s'agit pas ici d'être partisan ou vindicatif, mais d'exprimer une réelle angoisse quant à la suite des événements. Une fois de plus, ce sera la Politique qui fera les frais de cette attitude irresponsable, paradoxalement inspirée par la volonté d'être efficace. Comme quoi l'enfer est pavé de bonnes intentions…

Un essai que je vous recommande tout particulièrement :
« l’info-pouvoir » de Jean-Pierre Bedéï, journaliste politique et éditorialiste à La Dépêche du Midi (éditions Actes Sud, février 2008). On y trouve une analyse fouillée des rapports entre le pouvoir et l'information, notamment la télévision, ainsi qu'une chronique passionnante et émouvante sur les derniers mois du mandat de Georges Pompidou. Ce chapitre, consacré aux maladies présidentielles, m'a inspiré la teneur de cet article.

jeudi 21 février 2008

Le "grand bal" des cascades

Escalader de l'eau ?
Les parapentistes se déplacent "sur" l'air. Mais avez-vous jamais imaginé de pouvoir gravir… de l'eau ?

Si le canyoning permet de descendre des torrents (avec cependant l'aide de cordes), il existe une autre discipline sportive qui permet carrément de gravir de l'eau – oui, vous avez bien lu – en profitant de l'hiver, lorsque la glace fige les cascades. Cette activité, qui emprunte à l'alpinisme ses techniques tout en ajoutant les siennes propres, a quelque chose de surréaliste et de diablement esthétique !

Observez la cascade ci-contre, située à proximité de la frontière franco-suisse, au Châtelard.
Eh bien figurez-vous qu'il est possible de l'escalader, et que l'ambiance est d'une beauté difficile à décrire avec des mots.

D'où cette deuxième photo, prise dans la cascade supérieure…

Ci-dessus : dans la cascade du Pesseux, au Châtelard-Frontière, le 20 janvier 1992. Photo JL Tafforeau, publiée dans le magazine Vertical.

Le grand bal
Durant l'hiver 1991-1992, des conditions exceptionnelles de gel ont été observées dans la région du mont Blanc. À tel point que nombre de cascades, habituellement inaccessibles, ont pu être gravies par les afficionados. J'ai eu la chance inouïe d'être présent à ce moment-là, et d'être conduit dans ces entreprises imposant des précautions pour le moins… techniques par le guide Gilbert Pareau (que l'on voit sur la photo ci-dessus, en train de se frayer un chemin sur les reliefs bleutés de cette cascade. Observez que l'eau trouvait le moyen de couler encore sous la glace).

Des topos renversants
Récemment, l'un des plus grands spécialistes de la glace, François Damilano, a édité deux petits livres en couleurs qui recensent les cascades de la vallée de l'Arve.
Même si vous ne connaissez rien à l'alpinisme, même si l'ascension de cascades de glace vous semble une idée étrange, je vous parie que vous serez fascinés et passionnés en consultant les très nombreuses photographies de ces "topos", comme on les appelle. L'expression "le grand bal" est de F. Damilano, qui, évidemment, a profité de ces hivers d'exception pour réaliser de nombreuses performances dans l'art de la grimpe glaciaire – et qui a poursuivi par la suite ses exploits.

Dry-tooling vs Ancrages secs ?
Les glaciéristes sont même capables de gravir, piolets en mains et crampons aux pieds, des sections rocheuses afin de relier entre eux d'improbables (et instables) stalactites de glace. C'est ce qu'en France nous appelons du "dry-tooling", et qu'un autre grand glaciériste, anglais cette fois, Andy Parkin, désigne comme des "ancrages secs"…

Illustration ci-dessus : couverture du tome 1 des cascades de glace, du mont Blanc au Léman, par Philippe Batoux et Ludovic Seifert, JM éditions 2008. Observez la stalactite auquel est suspendu le grimpeur… et cliquez ici pour en savoir plus, ou là pour télécharger le catalogue (PDF) de l'éditeur.

dimanche 17 février 2008

Parlez-vous TGV ?

Notre langue évolue. Considérez par exemple ce texte :
Quelles que soient leurs préférences, près de trois cent mille amoureux de la montagne s’apprêtent à choisir le TGV pour se rendre au ski, sans perte de temps ni fatigue, pendant les vacances de février. En effet, le TGV accompagne les voyageurs jusqu’au pied des pistes en prévoyant des navettes pour connecter le plus possible gares et stations des Alpes. […] Avec le TGV, plus de cent stations comme, par exemple Moûtiers, Cluses, Bourg-Saint-Maurice ou Saint-Gervais sont accessibles au départ de Paris et des grandes villes de province.

Il est long, pas assez rapide à lire. Voici ce qu'il donne en langage TGV, lisible à grande vitesse :

Quelles que soient préférences à eux, près trois cent mille amoureux montagne s’apprêtent à choisir TGV pour se rendre ski, sans perte de temps ni fatigue, pendant vacances février. En effet, TGV accompagne voyageurs jusqu’au pied pistes en prévoyant navettes pour connecter le plus possible gares-stations Alpes. […] Avec TGV, plus de cent stations comme, par exemple Moûtiers, Cluses, Bourg-Saint-Maurice ou Saint-Gervais sont accessibles au départ Paris et grandes villes province.

Le vrai texte est reproduit ci-dessous (extrait de la revue TGV distribuée dans TGV).


L'étrangeté ressentie à sa lecture tient à un parti-pris : les communicants qui conseillent la SNCF ont dû estimer qu'il fallait absolument considérer le TGV comme une marque, et donc en parler sans article. Mais comme ils sont les seuls à procéder ainsi, cela sonne bizarre, prétentieux… et m'horripile singulièrement !

Des pylônes jouent avec le soleil…
Pour terminer sur une tonalité plus douce, voici un montage de quelques clichés pris depuis la fenêtre de TGV tandis que la rame filait vers Paris, jeudi 14 février en fin d'après-midi. Où l'on constate que le jeu du soleil et des lignes à haute tension n'est pas dénué de poésie.



Zoom disponible en cliquant sur la photo.

samedi 16 février 2008

626 2CV

L'inventaire utopique (et incomplet) des 2cv vient de s'enrichir de 62 nouvelles photos de véhicules, "deuches" et dérivés : consultez sans tarder (et sans barguigner) le site www.iui2cv.fr. De quoi s'agit-il ? Eh bien tout simplement de photographier le maximum de ces sympathiques voitures et de les envoyer au Webmestre, qui ne manquera pas de citer vos contributions.


Préférez des clichés plus nets que celui-ci, de mon cru – je devais être soit pressé, soit avoir abusé du café !

Que trouve-t-on sur l'Inventaire ?
Pour l'essentiel, ce sont bien sûr des 2cv qui sont inventoriées. Les Dyane ne sont pas en reste, non plus que les Méhari. Quant aux Ami (6 ou 8), elles sont beaucoup plus rares. N'oublions pas les ultimes avatars issus de la grande famille des Deuches : les Visa et LNA.
Votre serviteur a contribué à cette "chasse pacifique" à hauteur de trente clichés à ce jour.

jeudi 14 février 2008

Oui, une erreur !

Revenons sur cette affaire du « SMS à Cécilia », révélé (?) par un journaliste (?) du Nouvel Observateur. Jean Daniel titre son éditorial d'un « Une erreur ? Oui ». C'est la moindre des choses ! Ce n'est pas parce que les communications électroniques sont dématérialisées qu'il faudrait croire que de les intercepter, puis de les fouiller, ne serait qu'un délit virtuel. Que dirait-on d'un postier qui aurait décollé avec de la vapeur l'enveloppe d'une lettre adressée à Mme Ciganer-Albéniz par M. Sarkozy ? Tous les SMS de tous les citoyens seraient-ils désormais susceptibles d'être exposés en place publique ? Et quid du contenu des messageries vocales ? Des courriers électroniques ?



Comment cette sordide affaire va-t-elle se dénouer ?
Alain Duhamel, qui estime avec raison que ce SMS est une « transgression de trop » (Libération du 13 février), se trompe à mon avis quand il dit qu'il est difficilement imaginable de saisir les téléphones portables de l'expéditeur et de la destinataire. Car le corps du délit, si l'on peut dire, est dématérialisé. Les appareils ne conservent pas toujours les messages envoyés, il suffit à leurs utilisateurs de les effacer. Cependant, de deux choses l'une : soit les opérateurs de téléphonie mobile conservent des archives authentifiées des SMS ayant transité par leurs réseaux, soit ils les effacent aussitôt transmis. Dans la première hypothèse, les enquêteurs n'auront qu'à s'adresser aux opérateurs et demander qu'ils leur ouvrent leurs disques durs, à condition toutefois que ce soit légal. Sinon, nous n'aurons jamais le fin mot de l'histoire. Et ce serait une bonne chose ! En revanche, que le Nouvel Observateur soit puni pénalement est la seule façon d'éviter que, dans les mois à venir, un déluge de SMS (vrais ou falsifiés) ne déferle sur les sites de ragots les plus sinistres.

Et si…
Il est difficile de ne pas être sensibles à ce qu'a dit Carla Bruni à l'Express : que ce serait-il passé si Internet avait existé pendant l'Occupation ? Comme, répétons-le, le Web ne fait que transposer électroniquement la réalité, les sites de dénonciations auraient existé, inévitablement. Beaucoup plus rapides à activer, plus sûrs quant à l'anonymat, ils auraient regorgé de dénonciations dans lesquelles la Gestapo aurait pu puiser à sa guise.
Raison de plus pour… raison garder ! Car, dès lors que la publication de SMS deviendrait légitime au nom du droit à l'information, alors ce serait la fin de la vie privée pour tout le monde. Plus grave : cela donnerait des arguments à ceux qui souhaiteraient organiser aujourd'hui des sites de délation, comme c'est le cas, semble-t-il, dans le Var, d'après un article publié par… le site du Nouvel Observateur ! Un meilleur des mondes dans lequel personne, espérons-le, n'a envie de vivre…

TTGV : Très Très Grand Voyageur

L'AFP, relayée par le Canard Enchaîné, puis par l'ensemble de la presse (voir cette page du site de Libération), indique que la famille royale saoudienne a obtenu le transfert de voyageurs d'une voiture à l'autre d'un TGV afin de leur « faire de la place » à Chambéry.

Rien que de bien naturel : il y a longtemps en effet que je dispose de conditions de voyages beaucoup plus avantageuses. Lorsque je me rends à Paris, mon statut de Très Très Grand Voyageur me donne droit à une rame entière pour moi seul, estampillée de mes nom et prénom, comme en atteste ce cliché.


Remarquez toutefois que je préfère rester en seconde classe, « la » classe, quoi !

Bon, c'est pas tout ça : mon TGV perso m'attend à la gare, je ne voudrais pas créer de retard sur le réseau et indisposer les TPV (Très Petits Voyageurs).

mercredi 13 février 2008

SOS urbanisme

Au début était la ZUP (Zone à Urbaniser en Priorité) qui s'adoucit en ZAC (Zone d'Aménagement Concerté). Comme les HLM (Habitations à Loyers Modérés) allaient mal, on mis en œuvre des opérations HVS (Habitat et Vie Sociale) en 1977. En 1981 est lancée la politique de DSU (Développement Social Urbain), animée par le CNV (Conseil National des Villes) et la DIV (Délégation Interministérielle des Villes). Dix ans plus tard, comme cela n'allait guère mieux, la DSU (Dotation de Solidarité Urbaine) permet de lancer des GPU (Grands Projets Urbains), dans le cadre de la LOV (Loi d'Orientation pour la Ville). Après les ZEP (Zones d'Éducation Prioritaire), les ZFU (Zones Franches Urbaines) tentent de donner des moyens aux ZUS (Zones Urbaines Sensibles). En 1999, les GPU deviennent des GPV (Grands Projets de Ville), dont le financement est délivré à partir de 2003 par l'ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine), ce qui conduit à la signature de CUCS (Contrats Urbains de Cohésion Sociale). En 2008, enfin, est lancé le plan « Espoir Banlieue », sans sigle cette fois-ci. SVP : souhaitons qu'il réussisse à ramener l'espoir et la paix dans toutes les « zones » quelles qu'elles soient…

PS (Post Scriptum) : SOS est le sigle de Save Our Souls (Sauvez nos âmes).

mardi 12 février 2008

UBM

Le Monde 2, dans sa dernière livraison (n°206 du 8 février) nous explique ce qu'est l'UBM. Rien à voir avec une entreprise d'informatique.
Non : il s'agit des Unités de Bruit Médiatique. Comme si nous n'étions pas déjà assourdis par toutes sortes de bruits. Peut-être devrait-on créer le sigle UVM (Unité de Vacarme Médiatique), un UVM étant égal à un kilo-UBM, ou même à un Giga-UBM…
Ce bref message n'était donc que du Bruit, mesuré par le VU-mètre ci-dessus. Tendez l'oreille : à bons entendeurs, salut !

lundi 11 février 2008

SMS : Saints Messages du Saint-père

« Le » papamobile
Il y avait « la » papamobile, cette voiture-bulle qui protège le Pape des attentats, voici désormais « le » papamobile, autrement dit le téléphone catholique, dont les SMS (Saints Messages du Saint-père) alimentent votre vertu (voir cette page). L’un d’entre eux dit ceci :
La résignation face à la vérité est selon ma conviction le cœur de la crise de l'occident.

Difficile à comprendre !
Si « la » vérité est… la vérité, effectivement, il semble logique de s’y rallier, sans pour autant le vivre comme une résignation. Surmonter la « crise » de l’occident consisterait donc à refuser la vérité. Au profit de quoi ? Du mensonge ? De l'affabulation ? Le Pape insinuerait-il que le refus de la vérité, constitutif par conséquent de la croyance religieuse, nécessiterait de préférer à la vérité des sornettes comme… la Religion ?

Simple Message pour Sarkozy
Il va falloir que j’envoie un SMS (Simple Message pour Sarkozy) à notre Président pour qu’il m’explique, lui qui semble s’y connaître en religionS, en smS et en… véritéS (avec de très grands "S" finaux). D’ailleurs, l’autre fois, à la Chapelle Sixtine, n’étaient-ce pas les Voix du Seigneur qu’il tentait de capter sur son (papa)mobile ?

SMS en forme de PS
Je trouve, pour ma part, l'affaire du "SMS à Cécilia" indigne d'un organe de presse tel que le Nouvel Observateur. De qui qu'ils proviennent, les SMS doivent rester privés, quand bien même ils émaneraient… du Bon Dieu !

dimanche 10 février 2008

Un e-mail… des émaux

Nouvel épisode dans la saga du spam, avec un courriel en "émail" du meilleur métal. Extraits.
Nous avons le plaisir de vous annoncez que vous etes l'un des heureux gagnants du concours COCA COLA portant sur les adresses émail des internaute.
la valeur totale en jeu est de 50.000 000 Millions Euros et votre adresse a ici tiré au sort par sélection informatique lors de notre tirage effectué la semaine dernière par La compagnie Coca-Cola.

Comme chacun sait : une adresse émail, des adresses émaux.
50 000 000 millions d'euros, cela fait une jolie somme, tout de même. À côté, les pertes de la Société Générale font pâle figure. Car il s'agit, vous l'avez bien lu, de 50 000 000 000 000 euros, soit cinquante-mille milliards. Ouah ! Coca-Cola doit vraiment être riche pour distribuer tant d'argent…

Votre émail a été sélection parmi les 500 gagnants chanceux qui ont gagné la somme de 100.000 € par le biaise de la promotion COCA COLA COMPAGNIE. […] Le procédé de choix a été suivi par le choix au niveau de notre machine automatisée de choix de mail (TOPAZ) d'une base de donnée d'excédent 250.000 adresses mail tirées de tous continents du monde. […] En autre pour réclamer votre gain professionnel de 100.000€ qui a été déposé à une banque indiquée.

Seulement cent mille euros ? Quelle déception ! Non, je ne me sens pas très chanceux, même par le « biaise » de cette promotion. Quant au procédé de choix, il utilise une base ne comportant qu'une seule donnée (au singulier) et pourtant 250 000 adresses en émaux. Et pourquoi ce gain est-il « professionnel » ? Là, j'avoue y perdre mon latin.

Un blog qui se « livre »

Éditer un blog sous forme de livre n'est-il pas vain – au sens "vaniteux" ? En un sens, oui, car le blog est, par essence, un exercice narcissique. Quoique ! Sachant qu'il peut être lu, le blogueur fait en sorte d'être convaincant, démonstratif et mesuré dans ses articles. Un excellent moyen de modérer les jugements à l'emporte-pièce et de préciser ses opinions. Je dois dire que ce blog m'a aidé à dépasser l'arbitraire de la télévision ou des "unes" des journaux, à "polir" et à approfondir mes propos. Il m'a permis aussi de donner libre cours à des indignations tout en sachant revenir à l'humour, qui relativise toutes choses, toujours en allant jusqu'au bout de mes démonstrations…
Voici ce que je partage avec vous ici, lecteurs-internautes, depuis plus d'un an, et ce que je vous invite désormais à partager "livre en mains".


Plus de renseignements et de photos sur le site des éditions AO-André Odemard.

Complémentarité
Avez-vous essayé de lire un blog dans votre bain, au lit ou confortablement assis sur un canapé ou dans un fauteuil, au jardin public ou dans votre jardin privé ? Les médias se complètent à merveille. Si l'activation des liens des pages Web est un moyen formidable de "navigation" dans l'information, tourner des pages en papier, feuilleter au hasard ou lire sans avoir à activer une barre de défilement demeure l'apanage du Livre. D'ailleurs, le format des écrans – majoritairement horizontal – convient mieux à l'image qu'au texte, plus facile à lire sur un format vertical. Quant au plaisir de "palper" du papier, l'échec des livres électroniques semble confirmer la supériorité du livre réel.

La réconciliation du virtuel et du réel
Bien entendu, ce blog ne justifierait pas une édition au sens classique du terme, à savoir avec un tirage préalable à plusieurs centaines d'exemplaires – ce serait, indubitablement, vain. En revanche, édité à l'unité, comme le permet le site Lulu.com, voilà qui est à l'échelle du projet : pas de stock à pilonner, une offre parfaitement adaptée à la demande, quel que soit son volume. C'est donc aussi le Web qui permet de s'affranchir des contraintes de l'édition et de transgresser en quelque sorte l'obstacle physique du tirage en de nombreux exemplaires. Jolie réconciliation du virtuel et du réel, ne trouvez-vous pas ?

Qualité de l'objet
Passer du virtuel, l'écran qui, même "tactile" n'a pas la sensualité du papier, au réel, un vrai livre relié, est un moyen de partager le plaisir de l'écriture avec le lecteur. Vous verrez la différence de concentration que l'on constate entre les pages d'un livre et les pages-écran. Rien à voir !
Le choix éditorial privilégie la qualité de l'objet, afin que la différence avec l'écran soit éclatante et que le plaisir du bibliophile soit au rendez-vous : reliure avec couverture rigide, jaquette en couleurs, papier au grammage léger (50 gr. / m2, à comparer aux 80 gr. du papier de photocopieuse) et légèrement teinté couleur crème.
Format suffisamment grand (22,9 cm de haut sur 15,2 cm de large) pour le confort de lecture. La reliure est à la fois plus solide que la brochure et plus commode à ouvrir.
La typographie, la justification du texte et la présentation ont été soignées, afin de s'approcher de la qualité d'une édition professionnelle.
Afin de tester en vraie grandeur cette solution, j'avais expérimenté Lulu.com en éditant un petit opuscule broché intitulé Je compte de un à dix mille. Bilan positif qui m'a incité à poursuivre.

Sélection des sujets
Depuis l'ouverture de ce blog fin 2006, près de 150 "articles" ont été publiés. La version-livre en a sélectionné un peu moins d'une centaine, de fin novembre 2006 à fin décembre 2007. Les thèmes trop personnels ou spécifiques, ou encore ceux qui présentaient peu d'intérêt sans leurs illustrations en couleurs, ont été mis de côté.

Le livre s'articule en 8 grands thèmes, à l'intérieur desquels les textes sont présentés par ordre chronologique (la table des matières est disponible ici sous forme de PDF). Le nombre d'articles est indiqué entre parenthèses. Il compte au total 166 pages.

À quel prix ?
Voici donc, chers internautes, les modalités du partage d'enthousiasme que je vous propose, tant sur le fond que sur la forme. À quel prix ? Un prix légèrement supérieur aux livres de librairie, tirage unitaire oblige, mais qui demeure néanmoins abordable : 34 euros. L'idée est d'une part de couvrir les frais d'impression et d'autre part de ménager une petite "gratte" pour rentabiliser le temps passé à mon clavier… Car la passion de l'écriture est une passion gourmande et chronophage !

Comment se le procurer ?
Je dispose d'un tout petit stock sur la boutique PriceMinister des éditions AO, ce qui réduira votre attente !

En outre, depuis le 8 juillet 2009, la version PDF est disponible gratuitement sur la page des téléchargements du site des éditions AO.

Par ailleurs, je répondrai avec plaisir aux questions des acquéreurs qui souhaiteraient s'engager à leur tour dans cette passionnante aventure, que ce soit sur les techniques permettant de "dompter" un traitement de texte, de créer des PDF ou encore sur les moyens de s'y retrouver dans le labyrinthe des pages Web du site Lulu.

2007, une année de « bloguitude », par Jean-Luc Tafforeau, © 2008 éditions AO-André Odemard. ISBN 978-2-913897-02-1.

Trop Grande Vitesse


L'Automotrice à Grande Vitesse d'Alstom ne manque pas d'allure, avec son "cockpit" d'hélicoptère (voir les fonds d'écrans proposés par l'entreprise). Ces nouveaux trains devraient aller encore plus vite que les précédents (jusqu'à 360 km/h).

Tout va très vite, trop vite même, doit penser le Président de la République en inaugurant l'AGV (extrait d'une vidéo publiée sur YouTube). Tellement vite qu'il s'absente déjà en consultant son téléphone mobile. Or, la caractéristique essentielle d'un conducteur de TGV est d'être présent, concentré et attentif à ce qu'il fait. Je l'avais constaté de visu un 11 mai 2005, invité par la SNCF à effectuer le parcours Lyon-Montpellier dans la cabine d'un TGV (*).
Ne confondre ni vitesse et précipitation, ni rapidité et dispersion. Ceci pourrait s'appliquer au "conducteur" de la politique du pays.

(*) Les conducteurs de TGV (et de trains en général) doivent être concentrés, et actionner à intervalles réguliers le contacteur confirmant leur présence. Respecter l'horaire est un souci constant : on ne se permet pas d'écarts, et l'on doit surveiller son tableau de marche (le papier blanc de la photo).

Ici et maintenant
Dans Le Monde du 8 février, Régis Debray a une formule cinglante :
« Quand, maintenant, tout est maintenant, le nous n'a plus d'autorité sur le moi. » À méditer ! Dans la même édition, un article cite un "ami" du Président qui rapportait une étrange formule : « Maintenant, je n'ai plus besoin de dormir ! » aurait-il dit. Bigre ! Après Attali qui estime que dormir, c'est perdre son temps, voici que Sarkozy rêve de s'affranchir du sommeil… Or, ne dit-on pas que la nuit porte conseil ? Prenons garde à ce qu'une Trop Grande Vitesse ne fasse dérailler les trains de mesures du Gouvernement.

samedi 9 février 2008

Les liens du "sans"

Internet est décidément un média étonnant. L'hypertexte tisse des liens sur la Toile, dans tous les sens. Les liens de l'amitié ou les liens du sang. Non, vous n'y êtes pas : je fais référence au film qui vient de sortir, avec Guillaume Canet et… François Cluzet dans les rôles principaux. J'avais déjà évoqué Cluzet, aussi ne me répèterai-je pas (voir cet article). La "pipolisation" concerne désormais tout un chacun, au premier chef le chef de l'exécutif. Alors, pourquoi pas moi ? Voyez combien le blog est nombriliste ! Aussi serai-je bref dans mes liens du "sans" (motif) . Une photo :



…et à vous de juger ! Trouvez (1) François Cluzet (2) votre serviteur sur la photo ci-dessus (extraite du site copains d'avant et datant de 1973, ce qui ne contribue pas à nous rajeunir) et vous ferez le lien entre le film et le bloggueur (cliquez sur la photo pour zoomer, et, si vous n'avez pas trouvé, allez-voir là).


Le film est d'excellente facture (Les liens du sang, de Jacques Maillot, 1h46). Je viens de le visionner ce samedi, et il mérite le déplacement, sincèrement. Bon, je sais : j'ai résilié mon abonnement à Télérama il y a déjà plusieurs années pour une raison toute simple : à chaque fois (ou presque) que j'aimais un film, les critiques me signifiaient que je devais être débile; à chaque fois (ou presque) que j'allais voir un film qu'ils conseillaient, j'étais déçu. Aussi, soyez extrêmement prudents quant à mes talents de critique cinématographique ! Il n'en reste pas moins que ce film est très bien interprété, très bien mis en scène, et que son scénario est cohérent et émouvant. Et il se déroule à Lyon, autre lien. Courez-y !

Les bons comptes font les bons avis

Heureusement qu'existe le Web pour préciser les informations diffusées dans les médias ! Le récent vote du Congrès sur la modification de la Constitution, préalable à la ratification du traité de Lisbonne, en fournit un bon exemple.

Erreurs de transmission
D'habitude, je me reporte au quotidien Le Monde pour disposer d'informations précises et exactes. Malheureusement, des "erreurs de transmission" ont rendu l'article de l'édition datée du 6 février incompréhensible, tandis qu'aucune explication n'était donnée quant aux règles de calcul de majorité :



Ci-dessus, le titre de l'article, et ci-dessous un extrait dans lequel les votes "contre" sont décomptés de façon erronée :



Pour qu'une révision de la Constitution soit effective, elle doit être ratifiée par les deux chambres réunies en Congrès, après un vote majoritaire de chaque assemblée dans les mêmes termes. La majorité requise n'est pas la majorité simple, mais la majorité des trois-cinquièmes (60%).

907 congressistes
Eh bien, apportons notre (petite) pierre à l'édifice de l'Information, sans pour autant la "jeter" aux journalistes du Monde, bousculés comme tout le… monde.
Le 4 février dernier, ce sont 577 députés et 330 sénateurs qui étaient réunis à Versailles. Le Sénat compte normalement 331 membres, mais l'un d'entre eux est décédé récemment (M. Jacques Pelletier). Les congressistes étaient par conséquent au nombre de 907.

Comment est décomptée la majorité ?
Elle porte sur les votes exprimés, ce qui signifie que les abstentions n'entrent pas dans le calcul – tout comme dans les élections au suffrage direct. Si 5 congressistes seulement s'étaient exprimés, il aurait donc suffi que trois approuvent le texte. Ceux qui pensaient qu'une vaste abstention aurait empêché l'adoption du texte se trompaient donc.

Voici les résultats des opérations de vote (voir cette page du site de l'Assemblée Nationale) :
  • Parlementaires présents : 907 (577 députés et 330 sénateurs)
  • N'ont pas pris part au vote : 14
  • Votants : 893
  • Absentions : 152 (remarquez que s'abstenir est considéré comme un vote, contrairement aux élections au suffrage universel, ce qui pourrait être comparé aux bulletins blancs)
  • Exprimés : 893 - 152 = 741
  • La majorité requise était donc de 741 / 5 x 3 = 444,6 arrondis à 445
  • Ont voté pour : 560 (à peu près les trois-quarts) – et non 540 comme l'indiquait Le Monde
  • Ont voté contre : 181
Ils sont détaillés dans le tableau ci-dessous (n'hésitez pas à cliquer sur l'image pour l'agrandir) :



Voici qui permet de s'y retrouver et d'interpréter les votes.

Quelques personnalités dont les votes ont été remarqués
Parmi les socialistes ayant voté "oui", on trouve Jack Lang, Robert Badinter, Manuel Valls et Catherine Tasca.
Parmi les UMP ayant voté "non", c'est le sénateur Charles Pasqua qui est le plus connu, Nicolas Dupont-Aignant, exclu de l'UMP, étant par conséquent non-inscrit.
François Bayrou ne dispose pas de groupe à l'Assemblée Nationale. Il figure donc parmi les non-inscrits ayant voté "oui", alors que deux de ses proches, Jean Lassalle (député des Pyrénées-Atlantique) et Jean‑Christophe Lagarde (maire de Drancy) ont voté "non".



Représenter graphiquement l'ensemble des votes n'est guère commode. En voici une tentative, qui met en évidence l'écrasante majorité UMP et la répartition des votes socialistes (couleur "rose"), dont les "non " et les abstentions sont de niveaux proches.

Le tableur Excel a, de nouveau, dû être mis à contribution pour traiter toutes ces données…

Suppositions et conjectures
L'une des questions-clés était la suivante : le texte aurait-il été rejeté si les socialistes s'étant abstenus avaient voté contre ?
La réponse est négative : nous aurions en effet enregistré 827 votants, dont 267 contre (en incluant les 3 communistes abstentionnistes), soit 32% (inférieurs aux 2/5è ou 40%). Même en imaginant que les 32 socialistes ayant voté "oui" aient voté "contre", la majorité d'approbation aurait été largement atteinte…
Ultime hypothèse : en supposant cette fois que tous les abstentionnistes aient voté "contre", ainsi que les 32 socialistes "ouistes", le score aurait été le suivant :
Oui = 528 Non = 333 total = 861 Majorité des 3/5è = 517, dépassée par conséquent de 11 voix.

Sur le fond…
Sur le fond, maintenant. On pourrait interpréter ce vote comme une sorte d'excuse a posteriori, pour le fiasco du référendum de 2005, dont une partie des "nonistes" sont restés "honteux z'et confus" comme le dit la fable. La complexité de la position socialiste, quasiment incompréhensible si l'on n'explore pas, justement, tous ces chiffres, en est l'illustration. Quant à l'UMP, je serais curieux de savoir, parmi les 457 ratificateurs, s'ils avaient bien voté tous positivement trois ans plus tôt…

Étant donnée l'ambiance qui règne ces temps-ci dans l'opinion, je suis convaincu qu'une ratification par référendum aurait de nouveau échoué. Est-ce pour autant un déni de Démocratie ? Les avis sont partagés ! L'avenir seul nous permettra de savoir si le "traité simplifié" sera en définitive une bonne chose. En tout cas je l'espère, car, une fois encore, rien n'est pire que le blocage : il ne corrige pas les défauts de l'Europe tout en l'empêchant d'engranger des résultats positifs. Ces défauts, si criants parfois, ne pourront être dépassés que par un intérêt plus marqué pour les questions européennes de la part des partis mais surtout des citoyens.

mardi 5 février 2008

Des chèques et des dégâts

Il n'y a pas que les traders opérant dans le virtuel qui arnaquent les banques. D'autres "artistes" travaillent sur le réel, crayon à la main. Exemples.

Observez bien ce chèque qui semble classique :



Voici ce qu'il peut devenir avant d'être présenté à la Banque des Pots (qui, rassurez-vous, n'existe pas) :



Ne jamais laisser d'espace avant ou après le montant !
Quant au bénéficiaire, Trésor Publicité, il a bel et bien existé. C'est un grand classique du maquillage de chèques : un escroc ingénieux avait créé une petite société portant ce nom. Il avait ensuite dérobé les enveloppes des contribuables dans une boîte aux lettres de la Perception des impôts, puis complété de seulement trois lettres le bénéficiaire, avant d'aller les encaisser auprès de sa banque…



Récemment, l'affaire des chèques endossés frauduleusement en Israël a employé la même technique, avec une amusante variante : c'est ainsi que l'Urssaf a été transformée en Urssafi, censé être le patronyme d'un bulgare – sans doute pour faire exotique !



D'où les sages précautions, dont on oublie parfois la raison d'être :



Des traits partout ! Pour les mêmes raisons, certaines personnes placent un morceau de scotch sur le montant et l'ordre, afin de prévenir tout grattage.
Conclusion : mieux vaut opérer par virements !

lundi 4 février 2008

Départementalisme ?

La question des départements déclenche les passions : leur suppression figure parmi les 316 propositions du rapport Attali, tandis que les nouvelles plaques minéralogiques automobiles ne comporteront plus de numéros de départements à compter de 2009. Faut-il le déplorer ou s'en réjouir ?



J'avais eu l'insigne honneur d'être publié dans le courrier des lecteurs du Monde à ce sujet (24 juin 2005). Je maintiens mes propos. Les hasards de la vie m'ont permis d'expérimenter les effets indésirables du "marquage" départemental des voitures, ayant été successivement immatriculé 38, 74 et 69. Des expériences très… concrètes :
  • Voitures fracturées à deux reprises dans Paris lors de déplacements. Les garagistes ayant réparé les dégâts m'ont expliqué ceci : lorsqu'une voiture est immatriculée dans un département relativement éloigné, les casseurs espèrent y trouver des bagages et la choisissent donc de préférence à celles portant des plaques d'Île-de-France.
  • Avoir été "poussé au pare-chocs" (authentique) à un feu vert parisien, pour n'avoir pas démarré dans la seconde. J'étais alors immatriculé 74 (Haute-Savoie).
  • Appels de phares et signes impolis de la part de savoyards arborant des plaques "Savoie Libre" lorsque j'étais immatriculé 38 (un étranger de l'Isère en Haute-Savoie est, logiquement, indésirable).
Aussi ne vais-je regretter ni les nouvelles plaques, ni l'éventuelle suppression de cette division administrative obsolète. Quand accepterons-nous de rationaliser notre empilement de Collectivités locales ? Les résistances sont nombreuses, et semblent venir autant des responsables politiques que des citoyens (*). Régionalisme ? Départementalisme ? Ethnocentrisme ?

Mieux vaut relire Astérix. J'écris bien "relire" et non "aller voir" (au cinéma) car le film qui vient de sortir ne mérite pas le déplacement, non plus que ses produits dérivés… sauf un (qui n'en est pas vraiment), l'ouvrage de Nicolas Rouvière, Astérix ou la parodie des identités. On y apprend que Goscinny et Uderzo, grâce à leur humour, conduisent en douceur leurs lecteurs à renoncer à l'ethnocentrisme. Rouvière en rappelle opportunément la définition : "tendance à prendre comme unique modèle de référence le groupe humain auquel on appartient".
Nous y sommes !
Ce livre est sérieux tout en étant facile à lire, et vous apprendra plein de choses sur Astérix – y compris des calembours et astuces qui pourraient vous avoir échappé.

(*) L'exagération des réactions, leur mauvaise foi évidente, montrent combien les lobbies restent influents. « J'ai moi-même tordu le coup à la suppression des départements et des petites communes » a lancé Alliot-Marie, tandis que le président de l'assemblée des départements de France, le socialiste Claudy Lebreton, jugeait la suppression « incongrue ». Au Sénat, on compte 114 conseillers généraux sur 331 parlementaires, qui ne lâcheront jamais leur poste. Qui a parlé de résistance à la Réforme de la part des citoyens ?

dimanche 3 février 2008

Picorons le rapport Attali

Dans l'introduction de son rapport, 300 décisions pour changer la France, Jacques Attali écrit : « Ceci n'est pas non plus un inventaire dans lequel un gouvernement pourrait picorer à sa guise… »

N'étant pas le gouvernement, qu'on m'autorise à picorer…


Ci-dessus : Nicolas Sarkozy et François Fillon en train de picorer le rapport.

Pour picorer vous aussi, téléchargez la version électronique (PDF) du rapport à l'adresse www.liberationdelacroissance.fr/files/rapports/rapportCLCF.pdf

Faciliter la vie des PME et indépendants. Un sujet qui, forcément, me touche, avec par exemple l'obligation de payer les petites entreprises à 30 jours à compter de la date de livraison (voir cet article du 17 juillet 2007) ou la simplification comptable lorsque les recettes sont inférieures à 100000 €.

Attali rappelle que notre système de santé est classé premier au monde par l'OMS. Or, nous n'avons de cesse de peu à peu le démanteler, par pur réflexe d'enfants gâtés… Les dépenses du secteur représentent 11% de notre PIB et il emploie deux millions de personnes. « [La France] doit aussi considérer les dépenses de santé comme une opportunité de croissance et non plus comme une charge. »

Le tourisme fournit plus de 6% de notre PIB. La France reste la première destination touristique au monde, avec près de 80 millions de touristes par an. Le rapporteur aurait peut-être dû ajouter que nous devrions améliorer l'accueil des touristes, en sortant de l'ambivalence entre le mépris de « l'étranger » d'une part et la volonté d'en tirer le maximum de ressources d'autre part. Rappelons que, dans ce domaine, nous pouvons développer des emplois non délocalisables (même si la concurrence européenne existe de plus en plus). La proposition 282 (accueillir des patients étrangers dans les hôpitaux) est une sorte de "tourisme médical". Et pourquoi pas si nous sommes si cotés !?

Les Ecopolis, villes nouvelles de 50000 habitants. Attention à ne pas répéter l'erreur des villes nouvelles d'Ile-de-France, qui ont accru les déplacements domicile-travail dans des proportions considérables. L'illusion des "emplois à côté du domicile", les mutations professionnelles, le travail des deux conjoints, la difficulté de déménager, rendent illusoires ces "îlots" d'urbanisme créés au milieu des champs de betteraves. À quoi cela servirait-il de construire de superbes "villes écologiques" s'il fallait continuer à en partir et à y revenir chaque jour en voiture ?

Sur le logement et la mobilité, le rapport compte plusieurs propositions intéressantes :
  • Accroître la hauteur des immeubles (il n'y a de solution que dans la densification raisonnable de la ville, et non dans son éparpillement).
  • Augmenter les COS "malthusiens" et appliquer l'expropriation lorsque la loi SRU n'est pas respectée (gageons que ces "décisions" ne seront jamais appliquées).
  • Supprimer les droits de mutation sur les logements de moins de 500000 euros (calculés en pourcentage, ces droits grèvent inutilement la mobilité).
  • Verser des primes de mobilité représentant 6 mois de salaire (voilà qui est novateur et faciliterait les mutations professionnelles).
  • Rénover profondément le secteur des HLM (des dents risquent de grincer), et autoriser la construction et la gestion de logements sociaux par des opérateurs privés (pourquoi pas si cela permet d'augmenter le parc à loyers modérés ?)
Sur le développement de l'emploi, le rapport suggère de faciliter l'installation des professions "fermées" ou encadrées, comme les cafés et restaurants, les vétérinaires, les pharmaciens, les notaires, les huissiers, les comptables, les coiffeurs ou… les taxis. Bien entendu, les conditions de cette libéralisation doivent inclure une compensation pour ceux qui avaient acheté à prix d'or le droit d'exercer leur métier.

Le chapitre sur l'immigration (proposition 222 : accueillir plus de travailleurs étrangers) souligne que : « [l'immigration] peut aussi créer les conditions d'une intégration difficile si celle-ci n'est pas rigoureusement préparée », et évoque le niveau de flexibilité du marché du travail (éviter de "tirer vers le bas" les conditions de travail comme nous l'avions fait dans les années soixante).

Sur l'organisation des Pouvoirs Publics, le rapport ne ménage personne : limiter le nombre de ministres par une loi organique (12 à 20), ne remplacer qu'un fonctionnaire partant à la retraite sur trois (40000 postes en moins chaque année, soit 2%), clarifier la décentralisation en développant les agglomérations de communes et en supprimant sur dix ans l'échelon départemental (une proposition que Bayrou avait incluse dans son programme électoral et qui a toujours eu mon soutien, au point que j'en reparlerai).

Sur le fiscal et le social, quelques propositions pertinentes : fusionner les parts salariales et patronales des charges (clarification bienvenue), déplacer 3 points de cotisations salariales sur la CSG (+0,6) et la TVA (+1,2), une proposition à laquelle nous devrons un jour nous rallier, réformer l'impôt sur le revenu et ses 60 niches (le fameux "gruyère fiscal", coûteux et peu efficace). J'ai apprécié aussi la proposition de créer un fonds souverain français (via la Caisse des Dépôts), sur lesquels Marie-Noëlle Lienemann a écrit un article extrêmement intéressant dans Le Monde daté du 5 février.

Service après-vente désastreux
Jacques Attali, rappelons-le, est major de polytechnique, énarque, diplômé des Mines et docteur en sciences économiques. Son côté "machine intellectuelle bien huilée" lui fait parfois oublier toute mesure et sens pédagogique. En quelques déclarations fracassantes sur "la République des imbéciles", il a réussi à rassembler contre lui une bonne partie des responsables politiques. Pour autant, ne jetons pas le bébé (le rapport) avec l'eau du bain (l'orgueil du président de la commission)…

Et si c'était vrai ?
Si l'on en croit le rapport, appliquer ces propositions permettrait de gagner un point de croissance, ramener le chômage à 5% (contre 7,8% actuellement), diviser le chômage des jeunes par trois, créer 10000 entreprises dans les banlieues et ramener la dette à 55% du PIB.

Et si c'était vrai, comme dit Marc Lévy ? Au moins cela mérite-t-il un examen attentif et non partisan… Sans être d'accord avec la totalité de ces 316 mesures, je pense cependant qu'il vaut mieux une action politique cohérente et positive qu'un nouveau quinquennat hésitant et approximatif. Sinon, la Politique va encore baisser dans l'estime des citoyens – et cela, c'est pire que tout.

Poubellisation ?
Il sera particulièrement intéressant d'observer la suite qui sera donnée à ce rapport. Rejoindra-t-il le stock poussiéreux qui encombre les étagères de la bibliothèque de l'Élysée, s'ajoutant à la collection des rapports commandés et jamais appliqués, ou bien le président de la République y puisera-t-il un peu de cohérence en mettant en œuvre la volonté de réforme qu'il a sans cesse promise ? Le concept (informatique) de "poubellisation" s'appliquera-t-il au rapport ?