jeudi 31 janvier 2008

Une expérience avec Lulu.com

Le bonheur de l'éditeur en herbe
Cet article décrit une expérience de production d'un petit livre-test en recourant aux services du site d'impression à la demande Lulu.com. Le nom du site est facile à retenir, surtout pour des francophones :
"Avez-vous lu mon livre de chez Lulu?"
Ci-contre : la couverture de l'objet.

Je compte de un à dix mille est en vente sur le site de lulu ainsi que sur celui de son éditeur, les éditions AO • André Odemard.

La rédaction a représenté une sorte d'exercice "dadaïste" : les pages sont remplies de nombres de 1 à 10000, en lettres pour l'intervalle de 1 à 100, en chiffres ensuite. Quelques citations d'auteurs agrémentent l'ouvrage.

De quoi s'agit-il ?
En bref, Lulu.com offre un service d'impression numérique de livres à l'unité. L'intérêt de la formule est de bénéficier d'un coût d'impression supportable sans pour autant être contraint d'imprimer une quantité minimale d'exemplaires. Ainsi, une importante barrière tombe : l'auto-édition devient abordable.

Dans la pratique, les sources des livres sont transmises par voie électronique sous forme de fichiers PDF. Ce livre a été composé pour l'occasion sous Microsoft Word et transformé en PDF en environnement Mac OS X. Les formats proposés sont assez nombreux, quoique tous anglo-saxons, tandis que les pages sont soit agrafées, soit brochées, soit enfin reliées (y compris avec jaquette). Aucune mise de fonds n'est requise : chaque livre est commandé à l'unité, à un tarif qui apparaît comme relativement modéré – du moins en noir et blanc.



Le virtuel, c'est bien beau. Mais tenir en main un livre réel, voilà qui est autrement plus satisfaisant ! Le format choisi est le plus petit qui soit proposé, aux normes américaines de 4,25 sur 6,88 pouces (11 cm sur 17,48 cm), très proche de celui de nos "livres de poche".

La couverture est un modèle "standard" pour lequel il suffit de choisir une couleur, les polices de caractères du titre et de l'auteur, et de saisir un texte pour la quatrième de couverture. Celle-ci est pelliculée, imprimée sur un papier de 100 grammes par mètre carré, tandis que l'intérieur est imprimé sur du papier 60 grammes. À titre de comparaison, le papier de photocopie courant pèse 80 grammes par mètre carré.
Ci-contre : la quatrième de couverture.

Prix de revient
Le petit opuscule compte 56 pages. Son prix d'impression ressort à un peu moins de 5 euros (4,97 exactement). Le prix de vente est fixé librement par vos soins. Le titre du livre a déterminé son prix : Je compte de un à dix mille est vendu… dix mille millimes d'euros, soit 10 euros TTC. La commission de l'imprimeur est de 1 euro (20% du coût d'impression), soit un bénéfice net théorique de 4 euros.



Expédition
Il convient toutefois d'ajouter les frais d'expédition. Il n'a pas été possible de déterminer avec précision le lieu de fabrication. Il semble que ce soit aux États-Unis, même si l'entreprise Lulu diposerait d'ateliers en Europe.
Deux modalités d'expédition ont été expérimentées :
  1. L'envoi en tarif express, relativement onéreux puisqu'égal à 10 euros, soit 15 euros au total. Le délai s'est révélé relativement rapide (moins d'une semaine), mais à un coût unitaire prohibitif pour un livre de ce format.
  2. L'envoi en tarif dit économique, soit 4,98 euros pour 5 exemplaires, au total 29,83, ramenant le prix de revient unitaire à un peu moins de 6 euros. Les délais ont été extrêmement longs : commande le 26 décembre, fabrication par Lulu le 30 décembre, réception le… 30 janvier.
Mieux vaut donc être patient !

Le livre peut bien sûr être acheté directement sur le site Lulu.com.
Si l'on choisit Lulu comme éditeur et que l'on paye une cotisation forfaitaire, alors la diffusion via des librairies en ligne telles qu'Amazon devient possible (ce n'est pas le cas de Je compte de un à dix mille).

Manipulation du site Web de Lulu.com
Le site se révèle d'une manipulation délicate, en particulier par une mauvaise ergonomie de modification. En effet, autant il est simple de créer un projet de livre, autant sa modification a posteriori exige une navigation chaotique, peu claire et parfois surprenante. Si l'on compare Lulu à un site comme PriceMinister c'est, selon l'expression consacrée, le jour et la nuit.
Le module d'envoi de PDF et de création de couvertures est, en revanche, très bien conçu.



Les pages consacrées aux paiements en ligne souffrent de défauts faisant parfois douter du professionnalisme du site. L'avertissement relatif à d'éventuels "clics multiples" sur le bouton de passation de commande montre que l'infrastructure informatique ignore le B.A. BA des transactions en mode asynchrone. Évitez par conséquent le double-clic abusif, encore plus les clics répétitifs d'impatience, au risque de recevoir chez vous une montagne de livres transportés dans un poids-lourd de 40 tonnes… et d'être débités en conséquence sur votre carte bancaire !

Conclusion mercantile
Cher lecteur-internaute, si ce petit reportage vous a été utile afin de réaliser vos rêves d'écrivain-éditeur, n'hésitez pas à adresser à l'auteur de ces lignes un signe de connivence en allant acheter un exemplaire sur le site Lulu. Cela permettra de vous rendre compte de visu de la qualité du produit, tandis que vous serez informés ici du délai de paiement du "bénéfice" par Lulu.

A propos du livre, une "critique" à lire sur le blog de Corinne Maier : De qui se moque-t-on ?

L'un sourit, l'autre pas

Les hasards de l'actualité causent d'étonnants télescopage d'images. La dernière livraison du Nouvel Observateur en fournit un exemple spectaculaire. Les couvertures de l'hebdomadaire et de son supplément le NouvelObs Télé présentent deux personnages qui se ressemblent, comme, déjà, nombre d'observateurs – nouveaux ou anciens – l'ont noté. Jérôme Cruise ressemble à Tom Kerviel, aucun doute là-dessus.



Alors on pourrait jouer aux analogies : pertes de l'un, cachets de l'autre, rôle du méchant pour le premier, du gentil pour le second, symbole de la "secte de l'argent-roi" pour Jérôme, et "secte-symbole" pour Tom (la seconde formule est du Nouvel Obs). Et, in fine, un rôle en or pour Cruise, une fois que le scénario aura été racheté auprès de M. Bouton (très cher, il a une banque à renflouer).

lundi 28 janvier 2008

Des tours, oui mais en Lego®

Quelle actualité chargée ! Voici que Google m'apprend que le Cinquantenaire des Lego® se fête aujourd'hui. Tout comme les fondateurs du moteur de recherches – qui avaient construit leurs premiers racks de disques durs avec des briques Lego® (authentique) – j'ai été un amateur de ce jeu de construction. Et savez-vous pour construire quoi ? Des tours. Eh oui ! Me voici obligé d'avouer que, dès que j'ai joué à l'architecte, ce fut pour concevoir des immeubles de grande hauteur, et ce malgré (ou à cause de) ce que j'ai pu en dire récemment.

Pire encore : je m'apprêtais à évoquer l'exposition du pavillon de l'Arsenal, Exo-Architectures, qui présentent de nombreux projets de tours conçus par des architectes de renom pour des pays comme la Chine, la Russie, la Corée ou les émirats Arabes, non sans déplorer au passage les excès qu'ils commettaient ainsi, loin de leurs bases, pour satisfaire l'orgueil de leurs commanditaires.


Maquettes de tours
Eh bien voici que les Lego® m'ont coupé l'herbe sous le pied… Mais que cela ne vous empêche pas de profiter de l'expo du pavillon de l'Arsenal : vous verrez, les maquettes de tours qui jalonnent le parcours sont superbes, presque aussi belles que celle que vous voyez ci-dessus :-)



L'île Seguin : demain c'est quand ?

Il ne faut pas désespérer la chèvre de monsieur Seguin
Le Monde a consacré récemment une de ses «page 3 » au projet de l'île Seguin, à Boulogne-Billancourt. Assez logiquement, les journalistes ont employé la formule bien connue « il ne faut pas désespérer Billancourt ». Pour ma part, en songeant à monsieur Seguin, j'aurais tendance à écrire que ce projet me fait « devenir chèvre » depuis que le Président de la République semble vouloir s'en emparer pour installer un jardin de sculptures. Sera-ce le premier des grands travaux présidentiels ? En tout cas, je me demande ce qu'il va advenir de cette nouvelle fourcade – pardon, foucade, de notre Président de la République.

Sculpture alpine
Ah, je me prends à rêver. C'est tout l'intérêt du blog : si j'étais Président (ne mégotons pas), moi qui aime l'escalade, j'y construirais par exemple une… sculpture d'escalade, haute de deux cents mètres, exacte réplique du pilastre Sud-Est de l'aiguille du Midi, où les parisiens pourraient aller gravir la célèbre voie Rébuffat… Voilà qui aurait de l'allure, tant la Nature sait sculpter des édifices magnifiques dans le granite.
Ci-contre : le pilastre SE. Pour en savoir plus sur son histoire, allez voir ici(*).

Demain on rase gratis
Le site Web officiel de l'île Seguin s'est trouvé un slogan qui ressemble à une prière désespérée : « demain, c'est maintenant ». Quand on se remémore la chronologie du projet d'urbanisme devant conduire au réaménagement de l'ancienne usine Renault de Billancourt, il y a en effet de quoi s'impatienter, puisque l'usine avait fermé en… 1992.

Quinze années de projets empilés les uns sur les autres, puis jetés à la poubelle, pour un site majeur, dans une région où le moindre lopin de terre vaut une fortune, où le manque de foncier pour construire des logements est criant, voilà qui en dit long sur la paralysie regrettable qui nous saisit parfois. Tiens ! Il faudrait demander à Jacques Attali ce qu'il propose pour en sortir afin d'inverser le slogan : « maintenant, c'est demain ». Pour l'auteur de Une brève histoire de l'avenir et des 300 propositions, ce devrait être une tâche aisée !

Aujourd'hui et maintenant
À la réflexion, je me demande s'il ne serait pas plus simple de se limiter à un « aujourd'hui, c'est maintenant », somme toute plus logique.



Seule l'informatique peut nous éclairer sur cet épineux problème. Aussi, ouvrez votre tableur Excel. Tapez dans une cellule =AUJOURDHUI(), puis dans une seconde =MAINTENANT(). En dessous, testez l'égalité entre les deux. Que répond le tableur de monsieur Gates ? FAUX. Vous avez tout faux ! Pour parvenir à vos fins, vous devez prendre la partie entière de maintenant. Comme quoi rien n'est simple… malgré les efforts déployés dans cet article sur Excel(*).

(*) Qu'on excuse ma prétention, mais le propre de la Toile n'est-il pas de tisser des liens ? Et comme le proverbe « on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même » est d'une grande sagesse, me voici l'appliquant sans modération :-)

vendredi 25 janvier 2008

Numericable, des as de la comptabilité

Le slogan de Numericable est « montez en puissance ». Il semble toutefois que leurs logiciels de comptabilité manquent singulièrement de… puissance.

Étape 1 : en décembre dernier, je restituais à Numericable un décodeur TNT pour lequel j'avais effectué un dépôt de garantie de 75 euros.



Étape 2 : par courrier en date du 31 décembre, l'entreprise m'informa du remboursement prochain du dépôt.



Étape 3 : quelques jours plus tard, le 3 janvier, je recevais une lettre-chèque de 75 euros que j'encaissais auprès de ma banque. Jusque là, tout allait bien.



Étape 4 : je reçois aujourd'hui une lettre de relance m'indiquant notamment : « J'ai le regret de vous informer que votre compte présente un solde débiteur de 75 euros. »
Quelle puissance dans le maniement de la comptabilité ! On me demande bien entendu de régulariser « au plus vite » cette situation.

Certes, j'aurais pu laisser tomber, déchirer la lettre rageusement et la jeter à la corbeille. Instruit par d'autres expériences du même acabit, j'ai appelé le service clients, voulant éviter de recevoir des lettres de plus en plus menaçantes et, in fine, la visite d'un cerbère Numericable, lunettes noires et kalachnikhov au poing…

Après avoir appuyé une vingtaine de fois sur des numéros et sur la touche "dièse", j'ai été mis en relation avec une conseillère commerciale parlant à peine le français, qui m'a indiqué qu'il s'agissait d'une erreur de leur logiciel. Une informatique dont la montée en puissance reste donc à effectuer.

Le respect dû aux être humains
Au passage, j'ai été, une fois de plus, attristé par cette nouvelle mode consistant à utiliser des employées mal préparées, certainement payées au lance-pierre, dont la voix timide fait de la peine à entendre. J'ai notamment rectifié lorsque l'opératrice a répondu sur un ton contrit : « JE m'excuse », lui disant que ce n'était pas « elle » qui était en cause, mais la société qui l'employait. Non seulement les employées des services d'appel se battent la coulpe pour le compte de leurs employeurs mais, de surcroît, ceux-ci préviennent que l'on peut « écouter la conversation ». Eh bien, s'ils ont écouté, je leur demanderais (1) de corriger leur logiciel (2) de cesser d'exploiter de la sorte des êtres humains qui ont droit au respect. À bon entendeur, salut !

Concurrence et secteur privé
Un exemple supplémentaire de la médiocrité de ces firmes « privées » que l'on nous présente toujours comme beaucoup plus efficaces que le secteur Public. Dans mon immeuble, comme dans beaucoup d'autres, il est impossible de faire appel à un autre fournisseur de câble, Numericable étant en situation de monopole de fait.
Concurrence « libre et non faussée » ?

Florilège de courriers pour l'édification de l'internaute

Cliquez sur l'image pour afficher une version haute définition.

lundi 21 janvier 2008

La TV sans pub ?

Lors de sa conférence de presse, le Président a fait sensation en annonçant la disparition de la publicité des écrans de la télévision publique début 2009. Pour un abstinent de TV tel que votre serviteur (voir cet article), l'information méritait un arrêt sur image…

Absolument ra-vi
Certes, l'affaire est emberlificotée et probablement assortie d'arrière-pensées, par exemple : est-ce un moyen de récompenser les amis que le Président compte parmi la télécaste ? Est-ce une astuce pour mettre l'audiovisuel public en faillite et en réduire l'étendue ? Pour ma part, et une fois ces précautions exposées, vous me voyez absolument ra-vi.

Depuis le temps que je pestais contre les "tunnels publicitaires" de France 2 et France 3, que je rugissais en entendant que mon émission préférée allait être diffusée "tout de suite" – traduire : "dans un quart d'heure", que je fuyais le salon dès que les pub envahissaient l'écran, fermant la porte pour éviter le surcroît assourdissant de volume sonore, depuis tout ce temps, donc, j'ai détesté la pub à la télé. Alors, bouderais-je mon plaisir ? Que nenni !

Qu'ils se goinfrent !
TF1 et M6 vont récupérer des marchés publicitaires ? Tant mieux ! Qu'ils ajoutent des coupures publicitaires autant qu'ils en veulent, que leurs émissions dégoulinent de publicité, et, enfin, on verra ce qu'est véritablement la "télévision-poubelle", remplie de prospectus publicitaires inutiles et intrusifs. Qu'ils se goinfrent, jusqu'à en éclater : elle mourra d'indigestion, enfin, cette télévision transformée en machine à décérébrer.

France-Télévision devra s'alléger de certaines chaînes ? Et pourquoi pas, après tout ? Je serais assez d'accord pour décentraliser France 3, à la manière des TER de la SNCF, en la vendant par appartements aux régions qui en feraient la demande. Ainsi la brave Ségolène pourrait-elle s'acheter sa royale télévision ! Quant à Arte, vous m'excuserez, mais si elle se déplaçait vers la TNT optionnelle, personne ne s'en plaindrait vraiment. Le tout ou rien de la télévision publique, à savoir soit imiter TF1 dans ce qu'elle a de pire, soit jouer la carte intello-chiant, doit désormais appartenir au passé.

Laissez-moi rêver
Alors laissez-moi rêver : Mots-Croisés à 20h40, en prime time ? Un journal de 20 heures qui commencerait à 19h45 et prendrait le temps, enfin, d'ordonner ce fouillis d'images qui déferle dans les foyers français ? Des productions inédites moins racoleuses, des films de cinéma financés sans que les annonceurs n'y mettent leur nez inquisiteur ? Pour cela, je suis prêt à payer la redevance (que je n'ai pas arrêté de payer malgré l'absence de téloche dans mon salon) et même des taxes sur le matos. Eh bien oui !

Et quand je vois la Gauche défendre la pub, alors là, les bras m'en tombent ! Si Sarkozy a une fois de plus placé un piège sur la route de ses adversaires, qu'ils prennent garde à ne pas tomber dedans tête baissée !

Les paris sont ouverts
Le rendez-vous est pris. On verra début 2009. Et si, au final, la télévision publique devait disparaître, eh bien je revendrai d'occasion l'écran plat éventuellement acheté pour la Noël fin 2008, et, croyez-moi, je trouverai d'autres moyens de m'informer et de me divertir – je me suis d'ores et déjà entraîné pendant 6 mois…

Ouf ! Ça soulage. Tiens, je n'aurais pas cru que la télévision me fasse réagir à ce point. Sevrage, vous avez dit sevrage ? Il va falloir que je m'inscrive aux "téléspectateurs anonymes"…

6 mois sans télévision

Probablement saturé par la campagne présidentielle, une sorte d'overdose télévisuelle, nous avions en juillet déposé notre vieux poste de télévision (20 ans d'âge) chez Emmaüs. De toute manière, il n'y a rien d'intéressant à la TV en été. On se disait : « on verra, on investira peut-être dans un écran plat à la rentrée. » Depuis, l'envie a passé. J'y reviendrai certainement ! Les retombées ? Des nuits plus longues, des soirées plus sereines, et… une trentaine de livres lus, soit plus d'un par semaine en moyenne. Vous en trouverez ci-dessous la liste, assortie de brefs commentaires, des fois que l'envie vous prenne de tenter un sevrage télévisuel, indispensable en ces temps de sarkozysme omniprésent.

Le papier !
Ceci ne signifie pas se couper du monde, loin de là. Pour ma part, je m'informe brièvement avec France-Info, achète 2-3 fois par semaine Libération, lis le quotidien Le Monde, auquel je suis abonné, et complète par un hebdomadaire, Le Nouvel Obs ou Marianne suivant l'humeur du moment. Le différé est indispensable pour reprendre de la distance, de la perspective et mieux comprendre l'information. Savoir attendre l'arrivée d'un quotidien dans sa boîte aux lettres pour prendre connaissance de l'actualité donne une autre vision des choses, moins brutale, moins dramatique et, partant, plus lucide.

Polars (7)
Argent facile, Donald Westlake ***
Excellente intrigue. Un homme reçoit mille dollars sur son compte chaque mois. Impossible d'en connaître la source. Quelle aubaine… jusqu'au moment où on l'informe qu'il est l'employé de fait d'individus louches.
Attention, les enfants regardent, Laird Koenig et Peter L. Dixon ***
Un thriller prémonitoire sur les ravages de la télévision sur enfants isolés qu'un voisin tente d'asservir.
U.V., Serge Joncour *
Polar chic un brin maniéré.
Meurtres à compte d'auteur, Gérard Laveau.
Un polar lyonnais édité à Lyon par un éditeur malheureusement incapable d'éviter les coquilles (une par page au moins). Dommage ! Le plaisir de lecture en est altéré. G. Laveau transforme en polar ses relations avec les éditeurs, justement !
Les chiens écrasés, L. Roubaudi *
Jolie jaquette, style affirmé, mais assez sinistre.
Le lac d'or, Jacques-Pierre Amette *
Comme quoi on a beau avoir reçu le prix Goncourt, cela ne suffit pas pour écrire un polar convaincant, même s'il a du style. Le roman vaut surtout pour le portrait d'un policier revenu de tout qui enquête dans le XIIIème arrondissement parisien sur le meurtre d'une femme qu'il a aimée.
La tour prends garde, Paul Kinnet (évoqué dans cet article) ***
Ça, c'est du thriller ! Digne de la Tour infernale, version policière. Comme quoi un scénario solide est la condition sine qua non de la réussite d'un polar.

Romans (10)
Lunar Park, Brett Easton Ellis ***
Quel drôle d'oiseau que ce Brett Easton Ellis ! Le voici en pleine auto-fiction, décrivant l'horreur du romancier soudain visité par les créatures monstrueuses qu'il avait imaginées dans ses romans. Une chute discutable, quoique futée.
Histoires pour distraire ma psy, Jean-Louis Fournier **
Jean-Louis Fournier excelle dans la rédaction de petits textes de 2-3 pages, chacun sur un thème. Une psychanalyse se prête forcément à merveille à l'exercice.
Vous plaisantez, monsieur Tanner, Jean-Paul Dubois **
Un écrivain restaure une vieille maison. Chronique de ses relations pour le moins houleuses avec les corps de métier qu'il fait intervenir.
Comment peut-on être français ?, Chahdortt Djavann ****
Persépolis, Marjane Satrapi ****
Deux iraniennes racontent la dictature et leur exil. Deux chefs d'œuvres, l'un porté par le dessin, l'autre par l'écriture, la langue et la référence à Montesquieu.
Le ciel t'aidera, Sylvie Testud **
Le fils de l'homme invisible, François Berléand ***
Une comédienne et un comédien font de l'auto-fiction pour notre plus grand plaisir. Dans les deux romans, ils utilisent une névrose pour construire des intrigues et des personnages hauts en couleurs, Berléand avec un réel talent littéraire, Sylvie Testud avec fantaisie et humour.
La cité heureuse, Benoît Duteurtre ***
J'ai déjà évoqué à plusieurs reprises ce roman d'anticipation du talentueux Duteurtre. Une multinationale "achète" une ville et ses habitants pour en faire un parc de loisirs.
L'idiot du village, Patrick Rambaud **
Le titre ne rend pas compte du récit. Un homme se retrouve soudain dans les années cinquante, période de son enfance, mais avec la mémoire d'aujourd'hui. Savoureux !
Mensonges sur le divan, Irvin D. Yalom **
Une satire féroce des psychanalystes par… un psychanalyste. Plusieurs analystes et analysés se croisent, s'emberlificotent dans leurs fantasmes et désirs. Intrigue subtile et surprises parsèment ce long texte qui se lit sans ennui.

Essais (12)
L'enfer de l'information ordinaire, Christian Morel ***
Une passionnante analyse de l'ergonomie - ou plutôt de la non-ergonomie - des appareils, logiciels, signaux qui nous entourent, ainsi que de l'information tronquée de la télévision (j'ai donc été bien inspiré de m'en passer quelque temps).
La désobéissance de l'architecte, Renzo Piano ***
Un architecte-philosophe qui nous encourage à "prendre notre temps". Salutaire !
Si on habitait le patrimoine, Dominique Lyon (et ses étudiants) **
Encore de l'architecture dans ce recueil de projets amusants sur la transformation d'usage du patrimoine parisien, ou si on habitait la tour Eiffel ?
Toute l'histoire du monde, J.C. Barreau et G. Bigot ****
Que dire de ce livre, sinon qu'il est indispensable pour, enfin, comprendre l'Histoire et qu'il se lit comme un polar. Mon livre préféré de toute l'année 2007.
Sans Brunetti, Donna Leon **
Je suis un amateur des romans policiers de Donna Leon, américaine installée à Venise, qui enchaîne les aventures du commissaire Brunetti au rythme d'un par an. Ici, elle livre ses impressions sur l'Italie en l'absence de son personnage.
Ma belle époque, Benoît Duteurtre **
Dans le même registre, un recueil de chroniques de Duteurtre, qui éclaire et précise les thèses développées dans ses romans. Rafraîchissant !
Jamais soumis, jamais soumise, Albert Jacquard, Fadela Amara *
Un dialogue entre deux personnalités fortes, décevant toutefois car un peu bâclé.
Et si c'était niais ?, Pascal Fioretto ***
Un "à la manière de" très réussi. On se tord de rire en lisant les pastiches de BHL, Marc Lévy ou Jean d'Ormesson…
L'impasse, Lionel Jospin **
Certes, Jospin est amer. Mais il a parfois raison quand il fustige la campagne de Ségolène Royal.
La femme fatale, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin *
Les coulisses de la campagne de Ségolène Royal. Quelques analyses intéressantes pour un livre cependant anecdotique. Principale conclusion : Ségolène a joué trop "perso" sa campagne, ce dont on se doutait.
Bouche cousue, Mazarine Pingeot
Je n'ai pas dépassé la page 64. Ampoulé et maniéré. J'avais détesté son Premier roman, et, malheureusement, ce livre ne m'a pas réconcilié avec la fille cachée de François Mitterrand. Aucun astérisque par conséquent, désolé !

vendredi 18 janvier 2008

Anne Parlange et la bienpensance

Anne Parlange parle comme un ange. Enfin, un discours discordant parmi le concert des diatribes anti-fumeurs. À lire dans Le Monde, daté du 15 janvier 2008. En voici quelques extraits, qui disent clairement ce que je ne parvenais pas à formuler, probablement paralysé par la colère… malgré mon article de novembre dernier sur les talibans anti-tabac.
[Avertissement liminaire : oui, je sais, fumer tue, le tabac est mauvais pour la santé, je ne le conteste aucunement. Ceci étant posé, a t-on encore le droit de réfléchir, de dénoncer non pas le fond, mais la forme, la façon d'interdire ?]
Le caractère moutonnier et vindicatif de la bienpensance. […] …qui est moins le signe de protéger la santé que de la volonté d'habituer les gens à voir rogner les libertés individuelles. […] L'hygiénisme a bon dos […] Il s'accommode d'une pollution galopante et de bien d'autres causes de mortalité précoce. […] Les gaz d'échappement des automobiles placés juste à la hauteur des poussettes des bambins.

C'est bien ce côté vindicatif qui me dérange : s'il s'agit de protéger les gens contre eux-mêmes, pourquoi être vindicatif ? Jusqu'où va t-on nous dicter nos conduites, interférer dans nos vies ?

C'est sur lui [le tabac] qu'il faut polariser toutes les tendances haineuses que recèle une société. Le fumeur, voilà l'ennemi ! […] La dictature de la vertu n'a jamais […] produit que des vices pires encore, couverts du manteau de l'hypocrisie et de la violence sociale. […] …un monde d'hypercécurité et d'hyperviolence, dans les bêlements d'agneaux de la propagande toujours suave.

Il faut avoir été apostrophé agressivement, sur un quai de gare, en plein air, en plein vent même, par un sinistre individu aigri, dérangé par une effluve infiniment diluée de fumée de cigarette, pour comprendre qu'il s'agit bien de tendances haineuses. Pourquoi désigner à la vindicte les fumeurs, alors que c'est le tabagisme qui est visé ? On voit bien la perversité de ces moutons bêlants qui se précipitent avec appétit sur les nouveaux boucs émissaires. Ainsi, ils déchargent leur agressivité à bon compte, et se détournent de sujets ô combien plus graves.

Certes, la question du tabac n'est pas centrale, mais à la façon dont elle inaugure une nouvelle version de la dictature de la vertu, il y a, en effet, de quoi s'inquiéter.

jeudi 17 janvier 2008

Livret A : bel exemple de fauculterie

Fauculterie : nom féminin, action réalisée par un "faux-cul", i.e. un hypocrite. Le terme ne figure pas encore dans le dictionnaire de l'Académie Française, mais il est courant sur le Web, comme en témoigne Google. Exemple pratique.

Tout récemment, le premier ministre a décidé, pour la première fois depuis que le mécanisme de fixation du taux du Livret A a été créé (juillet 2004), de ne pas l'appliquer.


Au lieu d'être portée à 4%, la rémunération du Livret A sera donc limitée à 3,5%. Le Gouverneur de la Banque de France explique pourquoi : l'application de la formule automatique serait « pénalisante […] en augmentant le coût de financement du logement social. »

Fauculterie numéro 1 : lorsque le mouvement HLM déplorait une hausse du taux du Livret A, on lui répondait que ce placement concernait l'épargne populaire, qu'il fallait encourager pour des raisons de justice sociale. Il est facile d'utiliser l'argument inverse aujourd'hui.

Fauculterie numéro 2 : l'épargne populaire, donc, sert à financer le logement social. L'épargne des "pauvres" pour loger les "pauvres", voilà qui est en ordre. Il serait trop dommage de détourner l'épargne spéculative des plus riches vers le logement social. Restons raisonnables !

Fauculterie numéro 3 : le Livret A est en passe d'être banalisé, ce qui signifie qu'il ne sera plus proposé seulement par les caisses d'Épargne et la Poste, mais par toutes les banques. La réglementation européenne nous l'impose, au nom de la concurrence "non faussée". Fort bien.

Que se serait-il passé si le taux avait été fixé à 4% ? Les banques auraient eu beaucoup plus de mal à proposer à leurs futurs clients du Livret A de le transférer sur un autre de leurs produits, plus rémunérateurs car géré par elles-mêmes, en particulier l'épargne des riches… l'assurance-vie. Ainsi, sous prétexte de favoriser le logement social, on ouvre la porte à un assèchement de la ressource privilégiée qui le finance. Bien joué !


Tant que les hommes politiques pratiqueront la fauculterie, la défiance des citoyens à leur égard en fera que croître. Pour autant, ne soyons pas, ici, "faux-cul". Le graphique ci-dessus montre que la formule de révision automatique a entraîné une hausse relative du taux réel de rémunération de l'épargne du Livret A – même si la formule avait été conçue pour coller au plus près du contexte économique, afin d'éviter, justement, les manipulations "politiques" du taux.

Il n'empêche. Sur le long terme, est-il vraiment injustifié que le Livret A, plafonné, rappelons-le, à 15000 € depuis très longtemps, offre une prime aux épargnants populaires ? La réponse va de soi, non ? Quant à se défausser en indiquant que le Livret A est aussi utilisé par des épargnants aisés, cela ne tient guère : 15 000 € pèsent peu dans le patrimoine d'un foyer fiscal éligible à l'ISF (800 000 € par exemple), alors qu'ils représentent souvent la quasi-totalité de l'épargne d'un foyer fiscal modeste.

Blogpot et Google
Une petite note technique pour terminer : avez-vous remarqué combien Blogspot, qui appartient à Google, est rapidement référencé ? En témoigne cette recherche effectuée quelques minutes seulement après la mise en ligne de ce message.



Instructif, n'est-ce pas ?

jeudi 10 janvier 2008

Sus à la tour Montparnasse !

Infernale, cette tour Montparnasse ! Non seulement elle est laide, avec son colori ray-ban fumées démodé, non seulement elle trouble les perspectives parisiennes, mais elle est en outre bourrée d'amiante. Je la connais bien, cette tour, pour l'avoir observée, jour après jour, depuis les fenêtres du collège, au début des années soixante-dix. Le noyau central en béton était coulé grâce à un coffrage glissant qui ne s'arrêtait jamais, au rythme d'un étage par jour (voir une photo à ce lien). Un bel exploit technique au service d'une réalisation ratée.


Ci-dessus : Un très bon roman de Paul Kinnet, qui imagine les péripéties de la prise en otage d'un étage entier de la tour et de ses occupants. Trouvable sur des sites de livres d'occasion.

Des tours : pourquoi pas ?
Je n'ai rien contre les tours a priori, contrairement aux Verts de la capitale. Dans certains cas bien précis, l'idée de construire quelques immeubles un peu plus hauts que le gabarit standard ne doit pas être écartée À condition de bien réfléchir à leur emplacement, leur allure et leur rôle. Voici pourquoi, en cette période électorale, je propose aux listes candidates les mesures suivantes :
  1. Étudier la construction de tours dans certains quartiers bordant les limites de Paris, dans le respect des perspectives, afin de gagner un peu de surface en faveur du logement, qui en a bien besoin.
  2. En contrepartie, araser ou carrément détruire ces deux objets inconvenants que sont la tour Montparnasse d'une part, et la tour de Jussieu d'autre part. Voilà qui ferait preuve d'un sens de l'équilibre et de l'esthétique. On se débarrasserait du même coup de cette amiante qui nous empoisonne.
Variantes possibles : conserver une dizaine d'étages (transformés en logements pour étudiants par exemple), habiller la façade de verre réfléchissant, et installer des arbres sur la terrasse ainsi ménagée (un pot de fleurs géant pour nos chers écolos, voilà un beau projet pour les Municipales).

Un joli symbole !
L'Ordre des architectes vient de déménager… où cela, je vous le donne en mille ? Dans la tour Montparnasse. Jolie référence symbolique. À moins que ce soit pour donner tout son sens à la plaisanterie bien connue :
« Quel est le plus bel endroit de Paris ? La terrasse de la tour Montparnasse. Pourquoi ? Parce que c'est le seul endroit d'où l'on ne voit pas la tour Montparnasse. »
Lien : article de Libération.

Coup de chapeau à Alain Robert

Le seul intérêt de cette tour, à mes yeux, aura été d'être le théâtre de l'exploit d'Alain Robert, qui l'avait escaladée "sans filet", en solo, de bas en haut, au prix de risques inouïs.

On peut en voir la vidéo époustouflante sur le site du grimpeur. L'image ci-dessus, qui en est extraite, procure une sensation de vide pour le moins vertigineuse.

jeudi 3 janvier 2008

Bonne année 2008 !


Tout comme ces sympathiques pigeons, rassemblés le 30 décembre dernier au-dessus de la gare de Lille-Europe, je vous propose de prendre votre envol vers la félicité de cette nouvelle année 2008, qui sera bissextile, olympique… et non-fumeuse (ha ! ha !).

Je vous la souhaite remplie de bonheur, d'humanité, de mansuétude, de santé, et… de rémunérations aussi, car il en faut.

À tous ceux que l'architecture et l'immobilier intéressent, cette vision généreusement retouchée de tours fantasques (toujours à Lille-Europe) vous adresse un clin d'œil ensoleillé…

Enfin, ces quelques reflets, nuages et variations complètent le tableau par une photo « non figurative », en souhaitant que le ciel de 2008 s'éclaircisse dans tous les domaines !

Bref : BONNE ANNÉE 2008

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Voir aussi : mes vœux « professionnels » sur le blog des 100 conseils Excel.