
- 31 janvier 2007 : le Centre Georges Pompidou, alias Beaubourg, fête ses 30 ans.
- 1er février 2007 : l'interdiction de fumer dans les lieux publics entre en vigueur.
Quel rapport entre ces deux dates ?
En 1977, j'avais à peine vingt ans. Diplômé de Sciences-Po au mois de juin, j'entrai en septembre en fac, à la Sorbonne, après quinze années de scolarité sérieuse et appliquée. Quelle sensation soudaine de liberté !
Le Centre Georges Pompidou fut probablement ma première émotion architecturale. La création de
Renzo Piano et
Richard Rogers me procura, dès la première visite, une allégresse insoupçonnée :
- Allégresse de traverser le vaste parvis, animé par le spectacle de saltimbanques de tout poil;
- Allégresse des couleurs, de la forme inédite du bâtiment;
- Allégresse dans l'escalier mécanique transparent, tandis que l'on découvre le panorama parisien;
- Allégresse d'avoir l'embarras du choix dans la Bibliothèque Publique d'Information (BPI) et d'y trouver tout – ou presque ! – gratuitement;
- Allégresse de découvrir l'Art Moderne.
J'ai compris sur ce parvis que l'architecture qui tranche franchement avec son environnement ne le défigure pas – à la condition
sine qua non d'être belle ! Or, Beaubourg est
beau comme une toile de Kandinsky, au contraire des tours de la Défense ou, plus encore, de celle de Montparnasse, laides et prétentieuses.

À cette époque, fumer symbolisait une certaine liberté. Lorsque j'avais commencé à fumer, au Collège, mon image de bon élève s'était instantanément évanouie dans un nuage (de fumée), me faisant entrer dans le club des « mecs cool ». C'était ainsi, et la publicité n'était pas la dernière à le proclamer :
ci-contre : le fameux cow-boy Marlboro, qui proclamait « Come to where the flavor is » (il est, depuis, mort d'un cancer, justice est faite !)En 1977, le bon élève fumait encore, venait d'entrer en Faculté, et se préparait à une année de « mauvais élève », en liberté.
Trente ans plus tard…Trente ans plus tard, tout a changé. Fumer est devenu une infraction :
- 68 euros d'amende si l'on fume dans un lieu public;
- 180 euros d'amende si l'on jette un mégot sur les trottoirs parisiens (en attendant ceux des autres villes);
- 1000 euros par an de taxes exceptionnelles sur le tabac pour le fumeur régulier moyen.
- En prime, des menaces de morts « explicites » (comme disent les américains) sur les paquets de cigarettes.
Article 222-17 du Code Pénal : La menace de commettre un crime ou un délit contre les personnes […] est punie de six mois d'emprisonnement et de 7500 euros d'amende lorsqu'elle est, soit réitérée, soit matérialisée par un écrit, une image ou tout autre objet. La peine est portée à trois ans d'emprisonnement et à 45000 euros d'amende s'il s'agit d'une menace de mort.Comme l'écrivait Hélène de Virieu dans le quotidien Libé :
« Y a-t-il quelqu'un dans la salle qui pense que fumer est bon pour la santé ? Mais est-on obligé de ne faire que le bien ? »L'hygiénisme exacerbé — quoique sélectif ! — de notre société transforme les conseils en menaces, le savoir-vivre en interdictions punissables d'amendes et,
in fine, nous transforme en
« clones neurasthéniques » (dixit la même Hélène de Virieu).
J'ai vu récemment le DVD du film
Super Size Me, un documentaire américain dans lequel le réalisateur se filme durant un mois d'alimentation 100% MacDo. Le résultat est probant.
- À quand l'interdiction de la malbouffe dans les lieux publics (écoles notamment) ?
- À quand l'interdiction de consommer plus de 25 cl de vin par jour dans ces mêmes lieux publics ?
- À quand… l'interdiction des excès, des défauts et de toutes les conduites à risques ?
À quand l'interdiction du Politiquement Correct ?Avertissement solennel en post-scriptum :

Le mieux est de ne jamais
commencer…