jeudi 27 décembre 2007

Les Tafforeau et la trêve des confiseurs

Parmi les expressions imagées qui font le charme de toute langue, la trêve des confiseurs s'applique à cet entre-deux des fêtes que nous vivons en ce moment. Elle recèle un contre-sens, en faisant croire au premier abord que les confiseurs font une trêve, alors qu'il s'agit au contraire de la période durant laquelle tout le monde ralentit son activité… sauf les confiseurs, justement.

L'omniprésente Wikipédia comporte un article sur l'expression, ainsi que cette curieuse archive.
Pour ma part, je profite de l'occasion pour faire un clin d'œil à un confiseur qui porte le même patronyme que votre serviteur – c'est suffisamment rare pour être signalé, et nous change de Grégory Tafforeau. Ce footballeur a eu toutefois le grand mérite de populariser les Tafforeau, ce qui me permet de ne plus avoir à épeler mon nom au téléphone quand j'ai affaire à un amateur de foot…

Véronique et Christophe Tafforeau

Pour être tout à fait exact, signalons que Christophe Tafforeau est chocolatier, et non confiseur au sens propre du terme. Il officie à Albertville, en Savoie. Son établissement s'appelle Chocola' Thé, et se situe au 20 rue de la République. Téléphone : 04 79 32 31 51.


Son épouse Véronique nous enseigne avec raison que le chocolat est un art. Il se trouve en outre que j'avais un grand-père paternel, Pierre Tafforeau, qui exerçait la profession de confiseur, autre référence familiale.

À propos de Tafforeau(x)
Mais ce n'est pas tout, les Tafforeau fourmillent sur le Web. Si, si ! Jetez un œil à ces quelques liens pour vous en convaincre :
  • Une page de mon site (bon, je fais ma propre pub) : à propos des Tafforeau, où vous trouverez des liens que je répète ci-dessous.
  • L'une des pages concernant le désormais célèbre footballeur.
  • Un autre Jean-Luc Tafforeau, qui compose, joue de la guitare et chante.
  • Un site consacré à notre patronyme, géré par mon cousin belge Michel.
  • Zebrik.be, site de modéliseurs 3D dont fait partie le jeune et talentueux Jean-Baptiste Tafforeau.
  • Sans oublier l'inévitable Copains d'avant et sa liste de 49 Tafforeau(x), dont votre serviteur, qui n'a pas hésité à créer sa fiche
C'était la rubrique nombriliste de la trêve des confiseurs, en attendant la reprise des activités.


samedi 15 décembre 2007

Une sarabande de Bach

Des audaces presque "contemporaines"
Même si vous n'êtes pas a priori un amateur du violoncelle ou de Jean-Sébastien Bach, prenez le temps d'écouter la sarabande de la suite n°5. Tout comme moi, vous serez surpris par cette mélodie, presque contemporaine par ses audaces, et en même temps si harmonieuse.

Et si vous jouez de la guitare…
Si vous êtes par ailleurs guitariste, de niveau modeste comme moi, eh bien… il vous est possible de jouer ce sublime morceau sur votre instrument ! Prévoyez de l'accorder en Do, Sol, Ré et Sol pour les 4 cordes en partant de la plus grave, en vous aidant au besoin d'un de ces accordeurs électroniques, bien commodes quand on n'a pas l'oreille assez exercée.

Voici la tablature pour guitare du morceau (agrandissable en cliquant sur l'image).

La grande qualité de cette composition est d'être (relativement) facile à jouer, ce qui permet de s'écouter tout en l'exécutant, et, partant, de l'interpréter en quelque sorte. Le mieux est encore de répéter en écoutant une véritable version au violoncelle, moyen excellent et ludique de découvrir les subtilités des grands interprètes.

Écouter...
Pour ma part, je dispose des versions de Rostropovitch, de Demarquette, de Jaap Ter Linden et de Jean-Guihen Queyras. Ce dernier fait montre de beaucoup de grâce et de légèreté et a ma préférence, presque ex-æquo avec Demarquette d'ailleurs.


Sources
Internet, dans sa générosité insoupçonnée, m'a permis de trouver facilement la partition classique de la Sarabande, que vous pouvez afficher en cliquant sur ce lien, sachant que la page qui la représente étudie en détails le morceau.
Pour trouver une partition de Bach, un conseil tout bête découvert à cette occasion : utilisez la recherche d'images de Google et formulez votre requête avec le numéro BWV (1011 dans le cas qui nous intéresse). Ça marche !

Enfin, si vous trouvez le violoncelle trop sévère ou trop austère à votre goût, essayez de vous procurer les duos pour violoncelles de Jacques Offenbach et vous changerez certainement d'avis ! Lien vers la couverture de celui que je possède.

jeudi 13 décembre 2007

Brouillage

Des petits faits, a priori sans rapport, se combinent parfois pour illustrer avec acuité des évolutions marquantes de notre société.

Du gaz… électrique
C'est en recevant une proposition de Gaz de France de me fournir l'électricité en plus du gaz que l'étincelle a jailli. Il y a peu, on nous expliquait que la séparation EDF-GDF avait pour but de "clarifier les missions", de "recentrer les entreprises sur leurs métiers" et autres "cœurs de cibles". Aujourd'hui, la bouche en cœur, voici la DolceVita de GDF qui offre l'électricité, en attendant que le Bleu Ciel d'EDF ne m'offre le gaz. Ces brouillages de repères ne sont pas neutres. L'étincelle électrique ne risque-t-elle pas de faire exploser le gaz ?
La publicité ci-contre utilise le paradoxe absolu pour mieux enfoncer le clou : n'est-il pas naturel en effet, que Gaz de France vende de l'électricité ? Tout comme il est naturel que des pommes poussent sur les cerisiers ?

Des villes artificielles
Dans le dernier numéro de la revue D'Architecture, un dossier est consacré à la Ville et à la privatisation de l'espace public. À propos des "villes Disney" et des fausses villes de Las Vegas, on comprend que la distinction réel/artificiel est désormais brouillée. Tout comme dans le dernier roman de Benoît Duteurtre, La cité heureuse, où un investisseur achète non seulement la ville, mais aussi ses habitants, pour en faire un parc de loisirs avec de vrais morceaux de citoyens dedans.
Les villes Disney sont comme ces pseudo-villes dites "douces" que j'évoquais dans un précédent article, leur "douceur" masquant une terrible violence, une "folie douce", le travestissement de la Cité, exactement comme le "fou" se réfugie dans la fantasmagorie pour se protéger de sa vie réelle.


Quand il s'agit de Las Vegas, on peut comprendre le travestissement, dont le but est l'entertainment, le loisir. Mais dans le cas de villes conçues pour être habitées, pour la vraie vie ? Le faux érigé au rang d'authentique ? Nos vies mises en scène en spectacles ?

Présent… omniprésent
Brouillage des repères et brouillage du temps, des dimensions. N'emploie-t-on pas de plus en plus le présent, et de façon exclusive, pour raconter des histoires passées (le présent de narration) ou des choses futures (la météo : demain il pleut, le soleil se cache et la neige tombe) ? Déjà que l'image a réduit la réalité de trois à deux dimensions, l'écrasement de la perspective s'étend à la dimension temporelle. Quelle différence entre aujourd'hui et le XVIIIème siècle ? Entre les années cinquante, la guerre d'Algérie par exemple, et l'an 2000 ? Plus aucune, tout est condensé, l'Histoire est devenue plate. Jean-Claude Barreau et Guillaume Bigot (voir plus loin) écrivent :
Faute de repères chronologiques et géographiques, les journaux télévisés de "vingt heures" se transforment en histoires fantastiques, en épisodes du Seigneur des anneaux. […] Aujourd'hui, on voit tout, tout de suite et en direct, mais on ne comprends rien.

Supprimer tout repère
Vivre dans un quartier urbain conçu par Disney comme le décor d'une fiction, acheter de l'électricité à Gaz de France, juger Voltaire à l'aune des connaissances et des idées du XXIème siècle, confondre le Da Vinci Code et la réalité, bref, tout mélanger en une sorte de tambouille informe, de brouet indistinct et surtout intemporel, supprimer tout repère, y compris culturel. Comment songer un instant que cela nous rendra plus heureux ?

Quelques antidotes
Pour retrouver la perspective historique, lire l'excellent ouvrage de Barreau et Bigot (cité plus haut), Toute l'histoire du monde, qui se dévore avec autant de facilité qu'un thriller (et là, au moins, ce ne sont pas les fantasmes de Dan Brown !).

Pour ressentir ce que pourrait être la privatisation et la marchandisation absolues de la ville et des êtres humains, lire La cité heureuse de Benoît Duteurtre (et enchaîner avec son roman le plus incisif : La petite fille et la cigarette).

lundi 10 décembre 2007

Internet et les collections

S'il est un usage nouveau et efficace d'Internet, c'est bien de faciliter la rencontre de l'offre et de la demande sur des produits précis et ciblés. Ceci autorise le recyclage des collections. Exemple. Dans les années quatre-vingt, j'avais eu une période "Bob Morane" (personne n'est parfait !). Je me rendais régulièrement chez les bouquinistes, sur les quais de la Seine, et je complétais ma collection. Amusant. Puis les années passèrent, et la collection encombrait les rayons de mes bibliothèques…

Grâce à l'informatique et à Internet, il est relativement facile tout d'abord de "virtualiser" la collection en numérisant les couvertures des livres, puis de les vendre sur des sites comme PriceMinister ou directement auprès d'autres collectionneurs. Ces derniers sont ravis, et le vendeur récupère les sommes qu'il avait consacrées à sa fièvre collectionneuse. Mieux encore, Internet permet de dénicher LA perle, LA rareté ultime, que des centaines de week-ends chez les bouquinistes n'auraient pas permis de trouver. C'est ainsi que j'ai pu me procurer via PriceMinister l'édition la plus rare de toute la collection des aventures de Bob Morane, l'édition originale du roman Trois Petits Singes, sortie fin 1980 aux éditions des Champs-Elysées. Comme, à ce moment-là, la série s'arrêtait, cet ultime volume (le numéro 34) fut très peu diffusé, et le stock pilonné. Or, me voici en possession de ce rarissime objet. Même si je l'ai acquis à un prix respectable, celui-ci représente peu de choses par rapport au prix de revente des autres livres cédés grâce à Internet…

Voir aussi la couverture de la réédition de Trois Petits Singes au Fleuve Noir (épuisée également) ou chez Lefrancq.