lundi 29 octobre 2007

Les 77 propositions de la commission Balladur

Edouard Balladur a fêté ses 78 ans le 2 mai dernier. Est-ce pour cela qu'il a choisi de publier 77 propositions de réforme des institutions ? Probablement pas. Saluons néanmoins la qualité du travail de la commission qu'il a co-présidée avec Jack Lang.

Il sera intéressant de voir ce que le président de la République et les parlementaires retiendront de ces propositions, et de mesurer leur réelle volonté de réforme. Car si la mode est à vanter les réformes, y compris "douloureuses", en réclamant du courage, il n'est pas certain que les commanditaires de ces réformes ne soient enclins à s'en appliquer à eux-mêmes… Il y a fort à parier que ces propositions seront en grande partie vidées de leur substance. On verra !

Plusieurs propositions seront des tests révélateurs à cet égard :
  • Interdire tout cumul entre un mandat parlementaire et une fonction exécutive locale (autrement dit maire ou président de conseil général ou régional). Cette mesure serait saine pour plusieurs raisons : elle favoriserait l'efficacité du contrôle parlementaire, elle dégagerait des places pour renouveler et diversifier la représentation nationale, elle éviterait la production de notables cumulards se prenant pour des potentats locaux. Mais, comme le dit Patrick Jarreau dans Le Monde du 27 : « Les députés de droite opposés à ces réformes […] pratiquent le conservatisme catégoriel dont ils accusent les professions et les groupes sociaux qui résistent à leur politique. »
  • Instiller une dose de proportionnelle et obliger à une révision impartiale du découpage des circonscriptions tous les dix ans. Deux mesures audacieuses !
  • En contrepartie, l'exercice du travail parlementaire serait revu dans un sens plus favorable aux députés : les propositions 19 à 61 portent sur ce thème, soit la majorité du rapport. Les parlementaires seraient bien avisés d'en tenir compte.
Mieux encadrer les pouvoirs exorbitants du président de la République, par une série de mesures, en particulier :
  • Contrôle parlementaire sur certaines nominations (7 et 8)
  • Contrôle de l'exercice des pleins pouvoirs de l'article 16 (11), un principe de précaution qui semble bienvenu en ces temps troublés… Jack Lang, toujours dans son langage châtié, estime avec raison (Libération de ce matin) : « J’aurais préféré qu’on abrogeât l’article 16 (sur les pouvoirs exceptionnels dévolus au Président), une pièce d’archéologie constitutionnelle, unique au monde. Cet article, au mieux, est inutile, au pire, dangereux. »
  • Prendre en compte le temps de parole du président de la République dans les médias audiovisuels (13). Là, nous verrons si un Sarkozy peut s'appliquer cette règle à lui-même. Les paris sont ouverts !
  • Mettre fin à la présidence du Conseil Supérieur de la Magistrature par le président de la République (69).
Quelques idées complémentaires astucieuses :
  • Organiser le premier tour des législatives le même jour que le second tour de la présidentielle. Une idée intéressante pour favoriser la participation et redonner au scrutin législatif un peu de lustre (4).
  • Sélectionner les candidats à la présidence de la République par un collège de 100000 élus (15), ce qui nous permettrait de sortir de la pantalonnade de la course aux 500 signatures.
Des règles du jeu justes
Alors, bien sûr, comme à chaque fois que l'on évoque des réformes institutionnelles, les journalistes posent la question qui tue : « Est-ce une priorité ? Les Français ont d'autres soucis ! » etc. Ce n'est jamais le moment… Avant les élections, on estime qu'il ne faut pas changer les règles juste avant le match. Après les élections, on pense qu'il y d'autres priorités. Pourtant, il n'y a rien de plus important que de "jouer" avec des règles du jeu claires et justes. Imaginons les sondages si la FIFA annonçait une modification des règles du foot : 99,5% des Français répondraient que c'est un sujet "très important ou important". On a les priorités que l'on mérite !

vendredi 26 octobre 2007

Une économie d'escroquerie

Benoît Duteurtre évoque dans ses livres ce qu'il appelle l'économie d'escroquerie, qui "vise la création de besoins inutiles, la réduction des charges, l'augmentation des profits et la mise en scène de tout cela comme un avantage." La récente modification des tarifs SNCF illustre à la perfection ces dérives : l'augmentation des tarifs est maquillée en accroissement des avantages des clients. Les communicants mesurent mal combien ces messages trompeurs sapent peu à peu la confiance de nos concitoyens, les amenant à considérer qu'on leur ment en permanence, ce qui est particulièrement malsain.

En octobre, la SNCF a donc revu ses tarifs. Sur le fond, rien de vraiment critiquable : le trajet simple Lyon-Paris demi-tarif passe de 39 à 40 euros, 2,6 % d'augmentation, soit à peu près l'inflation. Pourquoi faut-il absolument présenter cette hausse de façon tonitruante comme un avantage ?

En réalité, rien ne change pour l'abonné Fréquence : en achetant un nouveau billet "pro", plus cher de 1 euro, il conserve les modalités d'échange antérieures. Tous les avantages et autres privilèges vantés dans la publicité existaient déjà auparavant pour l'essentiel. En revanche, les billets 'normaux' voient leurs conditions d'échange durcies dès lors qu'on ne dispose pas d'abonnement, et sont rebaptisés 'loisirs'.

Or, que clame la SNCF ?
Des voyages à profusion et des services à la carte. Telle est la double ambition de la nouvelle offre tarifaire et de services qui entre en vigueur pour répondre aux nouveaux besoins des voyageurs. […] Avec le billet TGV Pro glissé dans la poche de son costume ou de son tailleur, le voyageur (ou la voyageuse) professionnel(le) atteint un très haut niveau de flexibilité et de confort dans ses déplacements.

Le vocabulaire prétentieux de ces discours a de quoi hérisser les plus patients : clichés du costume-tailleur, emploi maniéré des mots à la mode (flexibilité, très haut niveau, etc.) Il est en outre inexact : quid si l'on n'a pas de nouveaux besoins ? Et quels sont-ils ? La clientèle en costumes et tailleurs a bon dos, les déplacements professionnels ne sont pas toujours à budget illimité, par exemple pour un indépendant comme votre serviteur. Il faut lire le détail des conditions (genre astérisque) pour constater, par exemple, que :

À compter du 7 octobre 2007, si vous êtes titulaire de la Carte Grand Voyageur et que vous voyagez avec un billet de la gamme Loisir, vous ne pouvez plus bénéficier de la souplesse d’accès.

Donc, la flexibilité est accrue, sauf astérisque…

Encore une fois, rien de bien grave au fond. Il est compréhensible que les conditions d'échange soient rationnelles pour éviter que les changements de dernière minute des voyageurs ne compliquent à l'excès la gestion des places disponibles. Ce qui est grave, en revanche, c'est de brouiller le discours dans sa forme, en proclamant le contraire de ce qui se produit dans les faits.

lundi 22 octobre 2007

Le meilleur du spam (3)

Le spam nous réserve décidément des messages remplis de cet humour naïf qui est leur signature. En témoigne ce mail reçu de Microsoft Lotery Inc, signé Bill Gates (rien que ça) m'annonçant que j'ai gagné 100.000 euros (hors taxes est-il précisé). Morceaux choisis, pimentés de ces erreurs de traduction automatique qui me ravissent :
En raison du mélange vers le haut de quelques nombres et noms, nous demandons de gardez l'information confidentielle de votre gain jusqu'à la fin de vos réclamations et que les fonds vous soit remis. […] Cette loterie a été favorisée et commandité par Monsieur Bill Gates, Président du plus grand logiciel du monde (Microsoft). Nous espérons qu'avec une partie de votre gain vous participerez à la promotion de l'Internet chez vous, tel est le but et l'engagement de notre initiative.

Les émetteurs du mail obéissent à une éthique stricte :
Nous agissons conformément aux règles mondiales contre le blanchiment d'argent, le terrorisme, les violations des droits de l'homme ainsi que le financement de rebellions.

Nous voici rassurés ! Il ne manquerait plus que notre cher Bill Gates ne finance des rébellions ! Mais passons aux choses sérieuses : comment "palper" ces 100.000 euros ? Voici la marche à suivre :

Pour entrer en possession de votre lot, veuillez adressez exclusivement par email un courrier à notre direction de la loterie. Veuillez indiquer votre Nom, Prénoms, Adresse Complète, Numéro De Téléphone, Fax, email, ainsi Qu'une Copie De Votre Carte Nationale D'identité Ou Passeport à Mme ISABELLE CHEVALIER qui en n'est la directrice des opérations et d'exploitations. Apres quoi il vous sera explique comment entrer en possession de votre lot.

Je n'aimerais pas m'appeler Isabelle Chevalier ! Certains ont bien sûr répondu – la bêtise humaine est insondable – et ont payé les 227 ou 842 euros de frais réclamés pour traiter le dossier… En témoigne ce message sur un forum, confondant :

j'ai recut un mail le 02/06/2007 qui m'annonce que je suis l'un des gagnant de la bill gates fondation lotrie et mon gain est de 250 000 euros et il y a un avocat qui me demande 1000 euros a une adresse préssise pour les frais de constitution de dossier. est ce des mensonge ou pas ? voullez vous biens me rependre CVP

Heureusement, l'internaute a été détrompé par d'autres membres du forum…

À propos, si vous voulez gagner le lot de 1 million d'euros de la Tafforeau Lotery Inc, envoyez-moi juste 100 euros en billets de banque usagés par e-mail et je vous dirai comment toucher vos gains ;-)

dimanche 21 octobre 2007

Le Peigne : arête des Minettes

Cette ascension de l'arête des Minettes, au Peigne, date du 10 septembre 2005. Mais il n'est jamais trop tard pour bien faire. En voici donc un compte-rendu détaillé.

Aiguille du Peigne, arête des Minettes
L’antédiluvien guide Vallot, dans son édition de 1977, boudait l’arête des Minettes, limitant sa description à une phrase laconique : « l’escalader au mieux avec des passages de IV ». Non sans une vague ironie, il présentait l’itinéraire ainsi : « L’appellation est récente, comme la vogue de cette escalade souvent faite et intéressante. » On pourrait s’en contenter. Après tout, le terrain dit d’aventure est devenu si rare… On peut aussi réparer cet oubli et décrire avec un peu plus de précisions cette escalade agréable, variée et d’une difficulté modérée.


Nicole émerge du dièdre de la 4ème longueur, ravie !

En un sens, l’arête des Minettes est une des premières voies, après les Papillons à avoir été baptisée autrement qu’avec des éléments toponymiques — genre « éperon WNW ». L’appellation « récente » évoquée par le Vallot suggère que le mot minettes fait allusion au sobriquet adressé à l’époque aux jeunes filles, terme désormais ringard, totalement passé de mode ! Aujourd’hui, peut-être l’appellerait-on « arête des meufs » ou « arête des nanas ». Mais foin de machisme alpinistique, il a suffisamment sévi ! Alors va pour les « minettes » et peu importe l’étymologie.


Nicole dans le dièdre de la 5ème longueur.

En août 1943, lorsque Georges Charlet emmena ses deux clients (Alain de Chatellus et Robert Merle d’Aubigné) gravir ces ressauts de granite, il n’avait certainement aucun souci de toponymie. Soyons-lui reconnaissants d’avoir découvert cette petite perle du secteur. L’arête des Minettes est en effet beaucoup moins difficile que son homologue coléoptère, et surtout moins pénible. Une succession de fissures et de dièdres toujours riches en prises, avec un final un peu plus rude si l’on choisit d’aller jusqu’au terme de l’ascension (mais qui doit être contournable par la droite). Le seul défaut qu’on pourrait lui trouver est que le lichen est souvent présent, quoique abondamment « désherbé » par les nombreux passages, au point qu’en rencontrer trop signifie que l’on s’est vraisemblablement égaré.


Sortie du dièdre de la 5ème longueur.

Notes du « monchu »
Pour ma part, j’ai gravi cette voie à quatre reprises, sans jamais suivre exactement le même itinéraire : une première fois en poussant jusqu’au gendarme 3009, mais sans utiliser le passage final athlétique, une deuxième fois en arrêtant les frais dès les premières dalles vertes, une troisième fois comme zakouski à la combinaison Peigne-Carmichaël, et une quatrième, toute récente, en attaquant directement le ressaut principal, pour terminer par les trois rappels évoqués ici. « Monchu de mon état », comme Obélix est livreur de menhirs « de son état », j’ai toujours été conduit dans cette ascension par des guides (*) — ce qui me laissait tout loisir d’observer et de noter le cheminement !
(*) Gilbert Pareau, Christian Dufour et Claude Jaccoux, qu’ils en soient ici remerciés !


Claude dans la dalle au départ de la 5ème longueur.

Difficulté et équipement
Ensemble AD sup., 5b maximum, 4b obligatoire.
Les relais de la voie sont équipés en spits, et il est possible d’établir des relais intermédiaires sur sangles. Quelques pitons dans les longueurs (rarement plus de deux, quelques spits). Le rocher est propice à l’ajout de coinceurs. Rappels équipés en spits.

Approche et attaque
Du Plan de l’Aiguille, prendre le sentier en direction du Peigne, sous la buvette (lacets, quelques équipements) puis remonter la moraine jusqu’au névé du Peigne (plus raide). La sécheresse a fait considérablement maigrir ce pauvre névé qui non seulement peut se révéler glissant (glace vive), mais découvrir des rochers flambant neufs opposant de sérieux obstacles et des « trous » redoutables. Droit au-dessus, les dalles compactes du gendarme Rouge nous dominent (voies « Contamine » et « le maillon manquant » notamment). Gravir ce névé « au mieux » pour rejoindre le démarrage d’une sente qui traverse horizontalement à gauche, passe au-dessus d’un ressaut raide (exposé) en coupant la base de l’arête des Minettes pour donner accès au couloir des Papillons. L’arête homonyme le borde à gauche, tandis que les « Minettes » se situent à droite.
Deux possibilités pour attaquer et atteindre R1 :
a) Soit commencer l’escalade par le premier ressaut, peu marqué, en trois courtes longueurs (petites dalles entrecoupées de passages faciles, 3c et 4a) ;
b) Soit remonter le couloir plus haut, et rejoindre la base du ressaut principal en oblique à droite (passer à gauche d’une lame dressée pointue, 3a).

Escalade
Emprunter des cannelures grises à gauche du fil (3b, spit) puis une fissure rougeâtre orientée à droite (un pas de 4b au départ, puis 3b). R2. Une petite dülfer (3b) suivie d’une traversée sur une petite vire (1 piton) permet de tourner un angle et de descendre dans un dièdre que l’on escalade (4b). R3. Une fissure, suivie d’un nouvel angle à tourner, donne accès à un second dièdre plus facile (3a, sortie en 4b). R4. Escalader des dalles à droite d’un auvent (1 piton au départ, 3b). Du fil, revenir à gauche dans des fissures (un pas de 4b). R5 au-dessus des première dalles vertes. Descendre un petit bloc et traverser les dalles sous le fil de l’arête (facile). R6. Reprendre l’arête à droite (3b), traverser à gauche et surmonter un petit surplomb pour entrer dans un dièdre (2 pitons, Ao ou 5b). R7 sur de nouvelles dalles vertes. Sous un petit gendarme, effectuer une descente en diagonale à gauche, se retourner (1 spit) et gravir à gauche des feuillets (athlétique, 5b). R8 sur les dalles vertes terminales.


Les dalles vertes de la partie finale, dans une ambiance mystérieuse…


La traversée complexe (et facultative) de la 8ème longueur.

Descente
Il est possible de descendre depuis les premières dalles vertes (R6) par une désescalade (exposé) puis un rappel installé au-dessus d’une écaille.
Depuis le terminus de l’arête (R8 dans notre description), effectuer un premier rappel direct depuis un ancrage bien visible quelques mètres sous le relais, traverser un couloir pour découvrir le deuxième ancrage caché derrière une arête. Le deuxième rappel est partiellement en fil d’araignée. Le troisième rappel est plus aisé. Descendre ensuite en désescalade le couloir (nombreuses pierres instables) jusqu’à l’attaque.
On peut aussi poursuivre l’ascension jusqu’au gendarme 3009 par un couloir à droite de la partie terminale de l’arête (non équipé, 2b à 3b) et, de là, continuer jusqu’au Peigne, voire au-delà jusqu’à l’aiguille des Pèlerins par la voie Carmichaël…

vendredi 19 octobre 2007

Enfin : les topos des Drus

Enfin !!
Les topos précis et exacts de toutes les versions successives du pilier Bonatti aux Drus, passées, présentes et même… à venir !
Allez vite voir à ce lien (en espérant qu'il drue, pardon, qu'il dure) et bravo à son auteur, Charles Thiébault !

Fonds Souverains

Le G7 est inquiet
Les fonds souverains ne sont pas les fonds des rois, du moins pas exactement. Il s'agit de grosses sociétés étatiques, comme il en existe en Chine, au Qatar ou en Russie, qui investissent dans de multiples entreprises, en particulier aux USA ou en Europe. Leur récent développement « inquiète le G7 » nous apprend Le Monde (édition datée du 19 octobre). L'Allemagne envisage même de protéger ses entreprises contre les prises de participations de tels fonds, à cause des risques qu'elles font peser sur « la sécurité nationale et les infrastructures stratégiques ».

Les limites de l'ultra-libéralisme
Curieux ! Lorsque les prises de participations étaient le fait de multinationales privées, cela ne semblait guère inquiéter les gouvernements occidentaux. Pourtant, les infrastructures stratégiques sont tout aussi menacées si des entreprises aux intérêts douteux s'en emparent (les fonds de pension par exemple !). Peut-être atteint-on là les limites de l'ultra-libéralisme. Tout s'achète et tout se vend, jusqu'à ce qu'on s'aperçoive que nous ne maîtrisons plus notre « sécurité nationale et nos infrastructures stratégiques ».

Par exemple et au hasard…
L'exemple d'EDF me paraît éclairant (c'est le cas de le dire) : imaginez qu'un jour un fonds souverain d'un pays inamical s'empare de nos centrales nucléaires ? Loin des formules démagogiques du patriotisme économique, ne serait-ce pas l'occasion de réviser notre position par rapport aux privatisations à outrance ? Car enfin, le meilleur moyen de protéger les infrastructures stratégiques, c'est probablement d'en être les propriétaires, collectivement, non ?

Qui a dit que l'existence d'entreprises nationales était démodée, ou interdite pour raisons de concurrence comme semblent les penser les autorités européennes ? Les pays qui ont constitué des fonds souverains auraient-ils mieux compris les règles du jeu de la mondialisation que nous ? À quand des fonds souverains français, anglais, italiens, allemands ou… européens ?

jeudi 18 octobre 2007

Pour changer, parlons D'Architecture

Parlons un peu d'architecture, pour changer. Oui, d'architecture, du nom de cette revue qui publie ce mois-ci son numéro 167 spécialement copieux, toujours pour 9,50€, ce qui est louable (les prix des revues d'architectures oscillent entre 20 et 40€, ce qui rend l'amateur perplexe).
Ce numéro est passionnant en particulier pour son dossier sur les relations entre architectes et promoteurs : enfin, on parle de logement, ce "produit" que nous connaissons tous pour en être les "utilisateurs". On y découvre les démarches de plusieurs promoteurs, qui vont du pire au meilleur. Le meilleur est que, peu à peu, les acquéreurs de logements modifient leurs comportements et affinent leurs critères et leurs goûts. Un espoir de sortir de la non-architecture de nombreuses "résidences de standing". Des promoteurs intelligents l'ont compris et acceptent enfin de profiter de l'imagination et du savoir-faire des maîtres d'œuvre. De leur côté, les futurs habitants se rendent compte que la banalité n'est pas nécessairement un critère de valorisation et que les architectes ne sont pas tous des criminels ayant défiguré nos villes…

Le pire, assez comique au demeurant, ce sont ces ensembles immobiliers-pastiches, véritables décors de théâtre, démagogiques et insultants, qui singent le "classique" et se parent du sobriquet d'architecture "douce". Une escroquerie intellectuelle impardonnable, en clair : "prendre les gens pour des idiots".
C'est le cas du centre-ville du Plessis-Robinson, que l'on pourrait confondre avec une annexe de DisneyLand® Resort™ (ci-dessus). Nous ne sommes pas loin, ici, du cauchemar de la Cité heureuse de Benoît Duteurtre. Il ne reste plus aux habitants qu'à se déguiser en pâtres ou en chevaliers et l'illusion sera parfaite ! Joli symptôme de notre société de l'image… En revanche, l'auteur de l'article déplore que le maire affirme que le logement social ne se voit plus. Soyons justes : s'il ne se voit plus parce qu'il a été rasé, oui, c'est critiquable. S'il ne se voit plus parce qu'il a la même allure que les logements "non-sociaux", alors c'est un compliment. Pourquoi marquerait-on visuellement le logement social ? Et d'ailleurs, existe-t-il des logements qui ne soient pas "sociaux" ?

Dans ce numéro, décidément riche, figure un article sur l'église de Firminy, signée du Corbusier, et qui était restée inachevée depuis 40 ans. Eh bien la voici entièrement construite, et c'est magnifique ! Un excellent exemple de modernité apaisée et spirituelle qui pourrait contribuer à réconcilier le public avec celui que l'on a trop souvent stigmatisé comme étant l'inventeur des "logements cages-à-poules".

T8 - le retour !
Enfin, vous pourrez aussi lire un comparatif des projets du fameux bâtiment T8 près de la BNF (quelle affreuse dénomination soit dit en passant), dont j'avais parlé dans un précédent article. Ces projets sont commentés par un virtuose de la rédaction, à la culture immense, Richard Scoffier. Je ne vais pas lui jeter la pierre parce qu'il écrit bien, je ne rêve que de cela. Je lui reprocherais seulement d'être totalement incompréhensible pour un non-initié comme moi. Exemple (je cite) :
…il porte à son paroxysme l'idée d'un bloc jalousement fermé sur lui-même, d'une monade urbaine qui trouverait à l'intérieur d'elle-même son propre rapport à l'extériorité, considérant la rue et les autres espaces de l'altérité totalement inaptes à rester les seules interfaces privilégiées de l'intimité.

Ouf ! Comme quoi, l'architecture, ce n'est vraiment pas fait pour les modestes "utilisateurs" dont je fais partie. "Utilisateurs" ? Cela ne vous rappelle-t-il rien ? Mais si : c'est comme en informatique, on n'en a rien à faire des utilisateurs, nous sommes des artistes, nous ;-)

Festina lente
Je terminerai en citant un autre passage de ce numéro de la revue, qui fait écho aux propos de Renzo Piano que j'avais mis en exergue dans un article de ce blog, que va renzo piano va sano. L'architecte faisait l'éloge de la lenteur. Le directeur d'Arc Promotion, certainement pas une entreprise de doux rêveurs, fait sienne une formule latine : "festina lente" – hâte-toi lentement, et rappelle ceci :

Le maître d'ouvrage n'a pas à gagner de temps sur la conception. Il devrait même plutôt en perdre ! Aujourd'hui, où tout va trop vite, il faut ralentir, prendre son temps.

Puissent les maîtres d'ouvrage informatique l'entendre – eux qui, dès lors qu'ils se décident, exigent un délai la plupart du temps résumé par cette formule : "pour avant-hier". Seulement voilà, quoique virtuelle, l'informatique est incapable de voyager dans le temps.

Autres articles sur l'architecture dans ce blog :
Bonne lecture !

Jeudi noir ?

Mille excuses, désolé, honteux et confus je suis. Je n'avais rien compris. L'information importante de ce jeudi 18 n'est pas la grève dans les transports. Quelle erreur ! Non : ce jeudi est noir parce que madame la présidente a annoncé sa séparation d'avec le président. Ça, c'est du plan-média, mon coco ! Ils n'allaient tout de même pas se laisser voler la vedette par de vulgaires employés de la SNCF, de la RATP ou d'EDF…

Ma seule consolation, c'est que la Lanterne ne brille plus : le courant y a été coupé !

Que penser des régimes spéciaux ?

Ce jeudi est donc placé sous le signe de la grève. Que penser de l'épineuse question des régimes spéciaux de retraites, et, plus généralement, de la réforme des retraites ?

Réforme ou pas réforme ?
Le terme réforme pose déjà un problème. Réformer, ce n'est pas seulement modifier les paramètres d'un système en vigueur, mais plutôt modifier le système en lui-même. Tant la réforme de 2003 que celle qui se profile cette année n'en sont donc pas.

Malhonnêteté
Pour être acceptée, une mesure – a fortiori une réforme – doit être honnête. Fair-play diraient les anglo-saxons. Or, les modifications récentes des paramètres des retraites sont hypocrites et malhonnêtes. Pourquoi ? Parce que l'on n'explique pas clairement les conséquences des mesures proposées.
Exemple : d'un côté on clame que le "droit à la retraite à 60 ans est maintenu" et, de l'autre, que la durée de cotisation augmente. Cela serait honnête si la plupart des salariés partant en retraite avaient cotisé sur la durée requise. Ce n'est malheureusement pas toujours le cas, loin s'en faut. Du coup, la vraie conséquence de ces "réformettes" est de diminuer fortement les pensions en raison des abattements pour années manquantes (tout de même 10% par année dans le régime général !)
Si l'on pousse le bouchon plus loin pour illustrer le paradoxe, on pourrait tout aussi bien proclamer le droit à la retraite à 55 ans avec 45 ans de cotisations pour une pension à taux plein. Comme il existe peu de salariés ayant commencé à travailler à 10 ans, les abattements permettraient de réduire les pensions au minimum vieillesse pour tous…

Rupture d'égalité
Le fait de modifier la durée de cotisation année après année rompt totalement l'égalité entre citoyens : à quelques années près, les écarts de pensions sont de plus en plus élevés. Si, par chance, vous avez pris votre retraite quelques mois avant votre collègue, bingo ! Bonjour l'égalité ! Dans l'absolu, ce seraient l'ensemble des pensions qu'il faudrait réajuster. On imagine le courage politique qu'il faudrait, surtout lorsque l'électorat des retraités ne cesse de croître !

Fonds de pension et cotisations
Je suis également frappé par ce paradoxe : nous râlons ferme contre les cotisations retraites, en ce qu'elles handicapent les entreprises en diminuant leur "agilité", terme cher à Laurence Parisot. Or, que penser des diktats des actionnaires-fonds de pension qui exigent des rendements mirifiques pour payer les pensions de leurs adhérents ? N'est-ce pas handicapant de devoir verser des rendements de 15% à des actionnaires ? En outre, cela implique un double prélèvement sur les actifs : une première fois avec les cotisations par répartition et une deuxième fois avec les "dividendes pour les vieux". Sans compter que ces salariés sont, en plus, encouragés à épargner de leur propre initiative pour leur future retraite. Et de trois ! Cela fait beaucoup pour un seul homme-cotisant, non ?

Le cas des conducteurs de trains
Comme beaucoup d'enfants, j'avais un moyen de transport préféré : le train. Que n'ai-je écouté la passion au lieu de la raison, et choisi la carrière de conducteur de locomotive ! Aujourd'hui, à un mois de l'anniversaire de mes 50 ans, je serais un jeune retraité…
Cependant, j'aurais dû vivre la vie d'un conducteur de locomotive, avec ses nuits en foyers à des centaines de kilomètres du domicile (systématiques y compris pour les conducteurs de TGV), avec ses jours fériés travaillés, ses périodes de vacances décalées et ses horaires fluctuants, alternant le jour et la nuit, etc. Contrairement à ce qu'affirme la méchanceté ambiante, cela n'aurait pas été une sinécure.
Il n'empêche que la retraite à 50 ans n'est pas un bon système, car même avec une durée de cotisation de 37,5 années, un simple calcul montre qu'il faudrait avoir commencé à conduire des trains à 12 ans et demi pour avoir une pension à taux complet. Or la conduite de trains miniatures électriques ne compte pas. Il serait plus sage de proposer aux conducteurs de passer encore quelques années d'activité dans des postes sédentaires, moins fatigants. Seulement voilà : on supprime les êtres humains de partout, il n'est donc pas évident qu'une telle démarche arrangerait la SNCF !

Régimes spéciaux
Le mot spécial n'est pas une bonne idée non plus. Dans l'idéal, le régime des retraites devrait cesser d'être corporatiste, et remplacé par un système universel, solidaire, avec des règles du jeu communes et claires. Alain Madelin l'avait proposé dans un livre en 2003 (*), dans une optique qui n'était pas ultra-libérale contrairement à sa réputation. Il proposait notamment un "point retraite universel" permettant à tous les français de connaître et de comparer leurs droits à la retraite à tout âge et dans toute profession. Les métiers pénibles pourraient avoir des "bonus" de points, tandis qu'au lieu de cotiser à des des régimes privés, il serait possible d'acheter progressivement des points complémentaires de retraite par répartition en versant volontairement des suppléments de cotisations. On mettrait un terme à cette règle idiote qui fait que les 5 dernières années d'activité valent de l'or (à cause des abattements pour années manquantes) au profit d'une stricte proportionnalité. Et la "retraite-couperet" serait abolie.

Voilà ce que pourrait être une véritable réforme, capable de motiver les français. Mais là, fini le volontarisme, il n'y a plus personne ! "Punir les privilégiés des régimes spéciaux" peut soulager la hargne de certains, mais ce genre de sentiment ne fait guère avancer les choses. L'envie et la jalousie ne sont que des moteurs négatifs, surtout lorsque les pertes des uns n'entraînent aucun gain général pour tous les autres…

(*) Quand les autruches prendront leur retraite, par Alain Madelin & Jacques Bichot, Seuil, Paris, 2003, 300 pages.

mardi 16 octobre 2007

Pauvres piétons !

Marcher en ville ressemble de plus en plus à un gymkhana acrobatique : jugez-en plutôt.

Au détour d'un angle d'immeubles, une trottinette surgit, transportant un écolier (très) à la bourre; un peu plus loin, vous évitez de justesse une massive poussette à jumeaux à huit roues, poussée avec énergie par une mère au regard protégé par des œillères; au moment de traverser, au feu rouge bien entendu, un vélib® (enfin, un vélov® ou vélotrucbidule®) brûle allègrement le feu, le cycliste écoutant la musique de son iPod® tout en téléphonant; enfin, un roller vous roule presque sur les pieds avant de sauter une bordure de trottoir…


Un Cayenne paraît lilliputien à côté du Hummer : que c'est beau !

La solution : se défendre avec un 4x4
Et soudain, la Vérité m'est apparue : pourquoi s'embêter à cheminer sur les trottoirs ? Comment se défendre en humant l'air vif des villes ? Réponse : circulez en 4x4, de préférence en Defender® ou en Hummer®, ces petits véhicules taillés pour les villes ! Le pare-buffles chasse les poussettes (de toute manière, la garde au sol et le capot horizontal empêchent de les voir), les particules de diésel évacuées par les tuyaux d'échappement ont tôt fait d'anesthésier les bambins passant à leur hauteur, les vélos s'arrêtent respectueusement (ou sont transformés en une masse indistincte de ferraille après un hardi crossover), les trottinettes trottent hors de portée des gros pneus et les rollers s'écrasent mollement sur la roue de secours, à moins qu'ils ne filent carrément sous le chassis…


Il n'y a guère qu'avec les bus qu'un problème peut se présenter…

jeudi 4 octobre 2007

Interchangeables !

Une récente déclaration de M. Sarkozy (sur TF1) m'avait laissé interloqué : à ses yeux, François Fillon et lui-même seraient « interchangeables » (voir Le Monde ou La Tribune). Était-ce la préfiguration du rapport Balladur sur la réforme des institutions ? La réponse m'est venue de l'Est, plus précisément de Russie.

En Russie, Vladimir Poutine va bientôt achever son second mandat de Président de la République. La constitution lui interdit de se présenter une troisième fois. Que faire ? Pragmatique et novateur, tout comme notre Nicolas, M. Poutine envisage de conduire la liste de son parti aux Législatives, puis de présenter son copain Zoubkov – nommé Premier Ministre le 12 septembre – à la Présidentielle qui suit. S'il est élu, M. Zoubkov prendra comme Premier ministre… Vladimir Poutine ! Un toilettage de la Constitution russe permettra de réduire les pouvoirs du Président de la République au profit du Premier ministre.

Le Monde résume bien la situation :
Le nouveau premier ministre correspond assez bien au profil de président avec lequel son mentor pourrait envisager de travailler, avec une simple permutation de fonctions.

Lumineux ! Voici donc de quoi parlait notre Président : l'interchangeabilité des fonctions exécutives. Pratique, commode et efficace : au moins ne risque-t-on plus de s'ennuyer dans ses fonctions. Une rupture ô combien moderne ! D'ailleurs, elle avait déjà commencé avec la permutation des résidences de repos, lorsque le Président avait décidé d'occuper le pavillon de la Lanterne, tandis que son premier ministre se réfugiait à Rambouillet (plus de précisions à cet article).

Mon seul regret : que Nicolas n'ait pas un frère jumeau. Si c'était le cas, il aurait pu agir comme en Pologne et nommer son frère premier ministre. La ressemblance aidant, ils auraient pu varier les plaisirs – à l'instar de ces jumeaux qui, à l'école, se répartissent les interrogations orales selon leurs spécialités (voir à ce propos mon article du 25 juillet).



Ci-dessus : à gauche, Vladimir Poutine en jogger-militaire ; à droite, Nicolas Sarkozy en jogger-policier. Dans le cadre de la rotation des fonctions, notre président est entré dans la police de New-York pour y faire un stage (NYPD = New-York Police Department).

mardi 2 octobre 2007

Allez vous faire cuire un oeuf !

"Lyon lance les cantines oecuméniques" annonce Libé dans son édition du 2 octobre. En quoi consiste cette intéressante initiative ? Afin de satisfaire toutes les Communautés, les cantines des écoles lyonnaises proposeront désormais des menus sans viande : adieu les problèmes de porc, de viande kasher ou hallal, d'abstinence du vendredi, etc.
Merveilleux ! Cerise sur le gâteau (si l'on peut dire), les végétariens seront ravis.

Pourquoi s'arrêter en si bon chemin, et ne pas prolonger ce principe du PPDC (Plus Petit Dénominateur Commun) ? Ainsi, en période de jeûne (carême, ramadan, etc.) il suffirait – pour ne heurter aucune sensibilité – de ne carrément rien servir dans les cantines à midi. Outre que de substantielles économies en résulteraient, ce serait aussi un excellent moyen de lutter contre le fléau de l'obésité.
Quant à ceux qui auraient besoin d'un régime carné, ou dont les Communautés n'exigent pas de diète particulière, ils pourront toujours aller se faire cuire un oeuf !

Quelle merveille que cette gestion intelligente de la complexité ! Où donc s'arrêtera le Progrès dans ce nouveau siècle des Lumières ?