dimanche 29 juillet 2007

Chi va (Renzo) Piano va sano

Afin de vous réconcilier avec l'architecture et les architectes, je ne saurais trop vous conseiller la lecture de La désobéissance de l'architecte, un livre d'entretiens avec Renzo Piano, architecte, conduits par Renzo Cassigoli et traduits avec talent par Olivier Favier. Ce petit livre de quelque 150 pages est édité par Arléa. Les idées développées par l'architecte dépassent la seule architecture. J'y ai trouvé d'intéressantes considérations qui peuvent s'appliquer à l'informatique et, plus largement, à la façon dont nous travaillons avec l'outil informatique.

Renzo Piano porte un patronyme prédestiné. Qu'on en juge : en italien, le mot piano peut signifier plan mais aussi étage et enfin, comme en français, l'instrument de musique. Renzo Piano dessine des plans, bien entendu, construit les étages de ses bâtiments, et affirme être proche des musiciens dans sa démarche. Enfin, piano, en tant qu'adverbe, veut dire doucement, comme dans l'expression bien connue, y compris par les français, chi va piano va sano (sano pouvant être traduit par sain mais aussi par juste ou droit).

À la page 15 de l'ouvrage, Renzo Piano n'hésite pas à faire l'éloge de la lenteur :

« L’architecte doit savoir attendre, c’est le seul moyen d’être créatif. »

Attention, de même qu'il ne faut pas confondre vitesse et précipitation, il importe de ne pas identifier la lenteur à l'inaction :

« Dans la lenteur, il y a une forme de rapidité, une grande agilité de pensée. »

Les entreprises françaises, en mal d'agilité (un terme à la mode), devraient inscrire cette devise sur le fronton de leurs tours et gratte-ciel, tant elles s'imaginent que l'agitation et le stress sont des moteurs, alors que ce ne sont que des gâchis d'énergie.

« Dans l’esprit de quelqu’un qui écrit lentement et prend le temps de réfléchir, il y a mille connexions rapides, qui sont l’affaire de centièmes de secondes. » (page 30)

Et l'architecte génois de préciser :

« Et c’est là une rapidité qu’aucun ordinateur ne peut égaler. »

Nous y voilà ! L'ordinateur décuple nos capacités, mais ne remplace pas les compétences. Quant à la façon dont le cerveau humain établit des connexions (encore un terme informatique), elle restera à jamais supérieure à celle des machines – ne serait-ce qu'en raison de notre personnalité.
Renzo Piano le dit crûment :

« Si tu es bête, tu le restes, avec ou sans ordinateur. » (page 32)

Je crois que nous devrions méditer cette formule – et je m'inclus dans le "nous" !


À visiter : le site de l'agence d'architecture de Renzo Piano, RPBW (Renzo Piano Building Workshop), http://www.rpbw.com

mercredi 25 juillet 2007

Monarchie : bon sang, mais c'est bien sûr !

Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, analyse ainsi la prestation de Cécilia Sarkozy dans l'affaire des infirmières bulgares : "Qui peut mieux représenter le Président de la République que sa femme ?" Cet homme est plein de bon sens. Cherchons quelques instants ensemble. Qui pourrait représenter le Président de la République ? Le Premier ministre ? Non, tout de même pas. Le ministre des Affaires étrangères ? Non, on ne voit pas le rapport avec la diplomatie. J'ai beau chercher, je ne trouve pas. Le secrétaire général de l'Elysée ? Peut-être, après tout, n'est-il pas nommé par le Président ?

Depuis la Révolution de 1789, lentement, progressivement, un système politique a été patiemment élaboré, appelé République et fonctionnant selon les règles décrites par un Tocqueville, rassemblées sous le vocable de Démocratie. À quoi cela sert-il ? À rien, évidemment.

La récente campagne l'a montré avec éclat :
  • d'un côté une royale Ségolène promettant aux français que rien n'interférerait plus entre eux et le sommet de l'Etat ; la présidente ne serait alors plus que le relais téléphonique des demandes des citoyens, sans qu'un parti (exemple : le PS) ne perturbe la réception ;
  • d'un autre côté, un Sarkozy impérial assurant aux électeurs que, désormais, il n'y aurait plus d'obstacles entre Lui – qui sait ce qui est bon pour le pays – et eux, soit le même schéma, inversé.
Pour employer des métaphores informatiques, dans l'esprit d'Internet et des réseaux, Ségolène c'est l'uploading, le citoyen envoie ses requêtes vers le haut, Nicolas, c'est le downloading, le citoyen télécharge les mesures descendant du Grand Serveur. Des liens directs, forcément plus justes et efficaces que ce curieux système dans lequel des élus (députés par exemple) ou des mandataires (les ministres) exercent de concert les pouvoirs sur la base d'une Démocratie réprésentative. Pourquoi s'encombrer de tous ces gens ? Les sondages sont là pour la réprésentation de l'opinion, et la télévision pour la réprésentation du pouvoir. Après tout, le meilleur des systèmes n'est-il pas la Monarchie ? On le savait. On s'est juste un peu égarés depuis bientôt 220 ans.

Voici de quoi alimenter les travaux de la Commission sur la réforme des institutions. Soyons pragmatiques, modernes et dynamiques : supprimons le Gouvernement, le Parlement et, pourquoi pas, les tribunaux. Le Président est là, il agit, il est efficace, il a su s'entourer d'un cabinet actif et compétent, ainsi que d'une épouse qui le représente lorsqu'il est débordé (*). Que demander d'autre ? Sincèrement, je ne vois pas, à part peut-être qu'il ne nomme un de ses frères comme Premier ministre, comme cela, on serait en phase avec la Pologne…

(*) Patrick Devedjian a eu le mot de la fin sur LCI : « dans les monarchies, le conjoint du monarque a une place institutionnelle ». Bon sang, mais c'est bien sûr !

Monologue dans un TGV


Sur le vif : vous êtes assis(e) dans un TGV, dans un de ces espaces que l'on nomme « carrés ». Quand il est impossible de se concentrer sur l'écriture d'un texte, alors pourquoi ne pas noter de vraies bribes de dialogues – en l'occurrence un monologue – en un reportage furtif ? Où la réalité dépasse la fiction, avec des phrases qui pourraient devenir de véritables aphorismes…
— Tu peux faire de la blanquette sans mettre du gros.
— Alors, si il bouffe tout ce qu’elle lui fait…
— La pintade, je la fais toujours à la cocotte.
— On avait mangé des gâteaux à Perrache. Oooh, ils étaient gros et bons !
— L’autre soir, je leur ai fait des bugnes. Je les avais faites fines, fines, fines, fines. Elles fondaient dans la bouche. L’autre fois, je me suis fait des crêpes, tiens. Ah, je me suis régalée. j’en ai fait six, avec de la confiture et du sucre.
— La tarte aux pommes, ça a toujours été ma préférée. J’adore les chaussons : j’en achète le matin et je les mange dans ma voiture. Mais il faut une serviette, parce que ça coule partout !
— A Venissieux, avec mon mari, on allait au Carrefour. C’était le premier qui venait d’ouvrir. Et dehors, ils vendaient des gaufres. Mon mari, il me disait : « tu vas pas manger ça, c’est de l’eau et de la farine. » A la maison, j’ai tout à portée de main : le couteau et le gaufrier.
— …c’est facile, j’en ai fait 52. On était quatre, y’en avait pas assez ! J’avais acheté du saumon fumé, de la crème épaisse, du Bleu, de la mousse de canard en boîte ovale, au Continent.
— Ah non, non, non, je vais pas me priver !… je mourrai de la bouffe, ça c’est sûr.
— Elle a racheté un congélateur, elle met que des légumes dedans. Moi, j’ai acheté des glaces. A tous les coups, elle aura rien préparé d’avance. Elle fait que des patates au beurre. Elle voit bien ce qu’on bouffe, quand même !
— Il va rentrer à l’école. Ça l’amusera, les autres gosses. Il fait plus pipi ? Ils prennent pas quand ils pissent.
— Elle avait un Jules. Il faisait le tampon. C’est incroyable, hein ! C’est quand même bizarre. Oui, c’est l’américain. Celle-là, elle voudrait le suivre, il en voudrait pas.
— Dimanche, ils faisaient des patates. Je mangeais chez eux le dimanche.
— Elle est pas attirante. Quand elle parle, elle a pas d’attaches. Elle est quelconque. Il veut pas la prendre : il a peur qu’elle fasse des impairs.
— On va voir comment elle est affublée, encore. Le plus petit, c’est Oscar. Il pleure pas.
[Horoscope]
— « Vous aurez le choix des armes » Les armes à feu ? Cancer, moi, voyons… « N’est pas léger-léger » Ah ! Ah !
— Faudra qu’on se fasse emmener en Grande surface, là-bas. J’aimerais bien voir la grande surface du coin pour voir si c’est aussi bien que chez nous. Faudra qu’elle nous emmène. Pas lui, il va pas rester derrière elle, quand même ! J’aimerais bien voir la vaisselle.
— Elle est agressive. Oui, mais les gens sont pas responsables. Elle veut pas de conseils, elle en aurait besoin. Vous avez vu comment elle était affublée, hier ?
— Qui c’est, ce grand dépendeur d’andouilles ? Je savais pas. Avec des bonnes femmes comme ça, on sait jamais. C’est des emmerdeuses !
— Entre nous, elle est un peu affublée…
Qu’il aille prendre une déséquilibrée chez un psychiatre, si c’est ce qui cherche !
— Elle a bien quand même quelque chose… [gros soupir] C’est de l’eau qui dort. Elle attend la pension. C’est pas ses enfants qui l’aideront, ils peuvent pas. Faut pas qu’elle y compte.
— [Regardant par la fenêtre] Y’a pas beaucoup de terrains en friche, par ici. Mais y’en a dans le Nord. Comment ils appellent ça ? Jachère, oui, jachère.
— On partait de Romans vers 10 heures. On prenait pas l’autoroute. Il était 12h30. Faut qu’on s’arrête pour manger, je dis à Marie. Une grande salle avec des chaises en bois, des petites nappes. « On vous recommande la coq au vin » Y’avait aussi une bonne charcuterie. Ils ont servi le Gratin Dauphinois. Des champignons de Paris, des haricots verts, une grosse salade. Le plateau de fromages : tous les chèvres ! Y’avait des tartes ! J’avais marqué le prix au dos de leur carte.
— Je revenais le dimanche. On allait à l’hôtel. Ils faisaient pas restaurant. Juste le petit déjeuner. Une grosse brioche, la moitié d’une baguette. A midi, on mangeait en face : salade au cervelas, deux belles tranches de saumon fumé. Le soir, on avait un plateau TV : 2 tranches de viande froide, un paquet de chips, une pomme ou un gâteau. Ça coûtait 60 francs.
— Quand on allait au Casino, on prenait un gros saint-marcellin, quelques tranches de saucisson, et un gâteau. Et puis on mangeait ça toutes les deux.
— Elle avait le sens de la famille. A l’époque, j’allais en cure dans les Pyrénées. Elle avait plus d’éducation. Chaque fois que je revenais, y’avait un bouquet de fleurs fraîches sur la table du salon. Elle savait où étaient les vases…
— J’aimerais bien prendre le Transibérien. Il va en Turquie, il part de Perrache. 2 millions 8, ça coûte.
— Yolande l’a remplacée à la belote. Elle a préparé le dîner. Ils sont partis à une heure du matin. Elle s’occupe quand même bien.
— Qu’est-ce qu’on pouvait rigoler ! Ils racontaient des histoires.
[à côté, une conversation se mélange, un couple de retraités de retour de voyage à Hongkong, monté à Roissy]
— Ils ont leur fierté. Il faut discuter les prix. Ils vous le livrent bien emballé. Avec le sourire ! Ces gardiens : 3 par immeuble, la caméra en plus. J’ai pas vu un graffiti. Sans arrêt, on vous sert le thé… C’est une autre vie, un autre système. Tout le monde a du travail. Ils travaillent 24 heures par jour, s’il le faut. Pour s’en sortir, il faut travailler, plutôt que d’être paresseux, quand vous êtes jeune. Ils boivent pas d’alcool en général. Celui qui avait la maison à 50 millions de francs, il nous a offert du Château Margot. On pouvait pas refuser. Ils respectent la famille. Les enfants vont à l’école impeccablement habillés, et ils sont tous propres. Tout le monde travaille, personne n’a faim. Là-bas, il n’y a pas d’ANPE.
[retour à la Grosse Dame]
— Ces femmes qui ont de l’argent, oh la, la ! Elle s’est stabilisée, peut-être… Il a rien su ? Ils se sont séparés. Oooh… il y a quelque chose quand même !
L’indépendance, pour une femme, ça fiche tout en l’air. C’est malheureux à dire, mais c’est comme ça ! Ils veulent plus faire de concessions, maintenant. On faisait plus de concessions. Ils ont trop de liberté entre eux. Philippe, sa bonne amie est partie, elle lui a pris 2 millions sur le compte ! Elle a foutu le camp ! Elle part et en plus elle lui prend du fric. Ils sont pas mariés, et ils ont un compte joint ! Fallait s’y attendre ! Sa mère, maintenant, elle repasse ses culottes à lui…
— Une plaque comme ça de saumon fumé ! Je le voyais dans le frigo, personne en voulait : j’ai tout raflé !
— Je lui avais demandé des feuilletés aux champignons…
— On prenait toutes les eaux grasses et on leur donnait, pour les cochons. Le coup du Casino à côté de chez moi : la charcuterie et la pâtisserie se touchaient. Il restait plein de gâteaux. « Vous en faites quoi ? » A 8h20, y’avait une voiture de la SPA qui venait et tout allait aux chiens ! J’aurais aimé être là. Voilà ce qu’elle m’a dit. Combien de gens mangent les restes le soir ? A Carrefour Ecully, le poisson arrivait le jeudi matin. Tout ce qui était de 2-3 jours, ils z’y mettait dans leur camion et ils allaient tout foutre en l’air ! Mon neveu, il récupérait, et il y mettait au congélateur. Au Continent, vers où il y a les lardons, tu sais, j’en ai vu qui prenaient un paquet et “plouf !” Sous prétexte que c’est périmé… Y’avait de tout : du saumon, du jambon… Honteux ! Y’a tant de gens qui sont malheureux… C’est défendu, c’est tout, quand c’est périmé.
— Ils ont un chien, ils l’ont appelé Puce. Ça serait une chienne, passe encore. C’est une grosse puce ! Un vrai dromadaire ! On dirait un cochon…
— La salade, ça pousse bien. J’avais planté des tomates. Mon père me dit : « c’est pas des tomates ? » Il en revenait pas ! Le pépé en bas, il avait mis des fraises. Elles étaient parfumées, mais bonnes…

dimanche 22 juillet 2007

Le Plan du ticket de l'Aiguille

Après l'aiguille du Midi, voici le Plan d'une des voies d'escalade les plus célèbres du secteur, à la dénomination ésotérique : « Le ticket, le carré, le rond et la lune ».
Ouvert au début des années quatre-vingt par Michel Piola et Gérard Hopfgartner, l'itinéraire parcourt le bouclier de dalles qui fait face au Plan de l'Aiguille, sous l'aiguille du Peigne. Haut de 250 mètres, il présente une succession de passages délicats devenus célèbres.


Mais pourquoi ce carré, ce rond et cette lune ?

Pour une raison simple : les tickets vendus par le téléphérique de l'aiguille du Midi à l'époque étaient poinçonnés, comme dans le métro parisien. Les "petits trous" chers au poinçonneur de Gainsbourg étaient cependant beaucoup plus variés, chaque tronçon du téléphérique disposant de son propre dessin : tantôt un carré, tantôt un rond, tantôt une lune…
Des recherches approfondies dans d'anciennes archives m'ont permis d'exhumer ces deux tickets.


Un topo parmi d'autres
[cliquez sur l'image pour afficher une version haute définition]
Au retour d'une escalade, j'ai toujours aimé dessiner le topo de l'itinéraire, ne serait-ce que pour fixer les souvenirs de ces moments hors pair. Il faut dire que le "ticket" est l'une des plus difficiles escalades que j'aie parcourues avec Gilbert Pareau, guide de haute montagne – même si, aux canons d'aujourd'hui elle soit considérée comme (relativement) facile…
Les passages dits "obligatoires" – dans lesquels on ne peut contourner la difficulté en s'aidant de moyens artificiels – atteignent le niveau 6a (sur les 9 que comporte l'échelle en usage). Si l'on grimpe toujours en "libre", sans point d'aide, deux passages dépassent ce niveau, l'un en deuxième longueur (une traversée, 6b) et l'autre au début de la quatrième (un court mur absolument lisse, coté 6b, voire 6c par Giovanni Bassanini).

L'ambiance dans ces dalles est exceptionnelle, assez vertigineuse, et très esthétique, comme le montre cette photo extraite du site du guide Hervé Thivierge (je lui demande de ce pas l'autorisation de la maintenir dans cet article). Son site, grimpailler.com, outre une dénomination astucieuse et drôle, est rempli de topos inédits et de très belles photos de montagne. Prenez un ticket pour aller le visiter, en particulier la page où figure la photo originale.

Pour la petite histoire
C'est avec deux premiers de cordée que j'avais eu la chance de gravir (en 1991) le "Ticket" : Gilbert, le père, et Yannick, le fils, que l'on voit ici à gauche au départ d'un relais (il avait alors seulement 17 ans en ce 19 juillet 1991).
Remarquez la finesse de la fissure servant de prise de main droite, ainsi que le rocher plutôt lisse sur la droite. La voie se compose pour l'essentiel de passages de ce style.
Remerciements sincères à Michel Piola pour avoir ouvert cette très belle voie (et des centaines d'autres) !

D'autres liens
Le site de Giovanni Bassanini figurait à >> ce lien, mais ne semble plus être accessible (à défaut, voyez >> cette page).
La page alpinisme de mon site Web figure >> ici.
Et une récente découverte, le site de l'alpiniste italien Matteo Giglio très riche en photos de toutes sortes, qui permettent de découvrir des ascensions de très haute difficulté comme Omega aux Petites Jorasses.

samedi 21 juillet 2007

La face Nord de l'Aiguille du Midi

Si vous avez la chance de monter à l'aiguille du Midi (en téléphérique ou… à pied) arrêtez-vous quelques instants au Plan de l'Aiguille, vers 2310 m d'altitude, et observez tranquillement la face Nord de l'Aiguille (du Midi, 3842 m). Elle ressemble à une cathédrale : à droite, le clocher (avec une flèche constituée d'un relais TV), face à vous, la toiture (en neige) soutenue par plusieurs arcs-boutants, les "éperons" en langage d'alpinisme. On en dénombre huit, vous en verrez six face à vous. Détaillez-les, et cette face vous paraîtra encore plus belle :


De droite à gauche :
  • L'éperon Seigneur. Yannick Seigneur a inauguré trois éperons sur les huit que compte le versant Chamonix de l'aiguille du Midi. Le tout premier n'est pas visible sur cette photo. Le second tombe à l'aplomb du sommet, presque sous les câbles (31 août 1963).
  • L'éperon Frendo fut le premier à être gravi. Il porte le nom de l'un de ses ascensionnistes, Edouard Frendo (11 juillet 1941, avec René Rionda). C'est aussi le plus classique - le plus parcouru - des éperons, car l'un des rares à ne pas être exposé aux chutes de séracs (les tuiles du toit). Votre serviteur a eu le plaisir de l'escalader en 1980.
  • L'éperon Boniface-Nominé est en retrait, moins imposant. C'est pourtant le plus ardu, au point que les deux alpinistes qui lui donnèrent leurs noms sont morts en tentant de le gravir en hiver (mars 1972, première par Monaci et Chéré du 7 au 9 mars 1974).
  • L'éperon de l'EHM a été gravi pour la première fois et en hiver par Yannick Seigneur, durant son service militaire (8-9 janvier 1966, avec Michel Feuillarade). Une telle "victoire" lui évita les arrêts de rigueur, car il avait omis de demander une permission pour entreprendre l'ascension… (EHM signifie École de Haute Montagne, sous-entendu école militaire, appellation qui contribua à la mansuétude de la hiérarchie).
  • L'éperon jumeau tient son nom de sa ressemblance avec le précédent : regardez bien, deux éperons semblables convergent pour déboucher sous les séracs sommitaux (Pierre Dussauge et Jean-Jacques Prieur, 2-3 mars 1971).
  • L'éperon Tournier a été gravi pour la première fois quelques années seulement après le Frendo, en 1944 (13 août, Morin, Tournier et Caux). Il fallut aux alpinistes éviter le ressaut central, abrupt et difficile, en passant à gauche, au bord du glacier tourmenté du col du Plan. Plus tard, Walter Cecchinel et Claude Jager rectifièrent le tracé en escaladant directement le ressaut rocheux (juin 1968).
Chacun de ces éperons sont séparés par des couloirs, qui ont bien sûr été gravis un jour ou l'autre. Un homme s'illustra tout particulièrement dans ce versant, Robert Chéré. Gendarme au Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne (PGHM), il se distingua par sa rapidité et son adresse. Alors que la plupart des cordées parcouraient cette face très haute (1200 mètres, quatre Tour Eiffel, tout de même) en une journée, Robert Chéré empruntait la première benne du téléphérique, vers 6 heures du matin, et descendait au Plan (2310 m, rappelons-le). Il parvenait quelques heures plus tard seulement au sommet, après avoir remonté seul, sans assurance et à toute allure, l'intégralité de la paroi. Le couloir Central, entre l'éperon Boniface-Nominé et l'éperon de l'EHM est sa création : il le gravit pour la première fois en seulement 2 heures depuis la rimaye, le 31 juillet 1976… 600 mètres à l'heure, dix mètres par minute… essayez de monter à ce rythme sur un simple sentier et vous vous rendrez compte de la performance ! Robert Chéré a gravi ainsi la plupart des itinéraires de ce versant, et fut le compagnon de Daniel Monaci lors de l'ouverture de l'éperon Boniface-Nominé.

Pour en savoir plus sur l'intégralité des itinéraires qui parcourent ce versant, je ne saurais trop vous recommander d'acheter l'ouvrage de François Damilano, Neige, glace et mixte, le topo du massif du Mont-Blanc, tome 2.
Muni ce ce joli livre, installez-vous à la terrasse de la buvette du Plan de l'Aiguille, et parcourez des yeux les dizaines d'itinéraires tracés dans la face Nord. Il donne le détail de l'histoire de chacune de ces voies ainsi que de leurs tracés, restitués sur de magnifiques photos : un vrai roman !

Vous ne verrez pas passer le temps !

Cerise sur le gâteau, vous pourrez discuter avec le gérant de la buvette et lui montrer que vous n'êtes pas qu'un vulgaire touriste, mais quelqu'un qui s'intéresse à la montagne. Avec un peu de chance, vous arriverez à identifier des grimpeurs sortant de l'un de ces itinéraires les plus courus…



Ci-dessus la même photo (cliché du 16 juillet 2007, vers midi, aiguille oblige), en couleurs cette fois, avec le tracé des trois itinéraires les plus fréquentés, soit de droite à gauche :
  • La voie Mallory (1919). Se faufilant adroitement entre les obstacles de la montagne, l'itinéraire tracé par le célèbre Mallory, disparu dans les années 20 lors d'une tentative à l'Everest, passe quasiment sous les câbles du téléphérique construit 36 ans plus tard. Une voie que le rédacteur de ces lignes a eu la chance (bis repetita) de remonter un 28 décembre, au début des années quatre-vingt dix.
  • L'éperon Frendo, déjà évoqué, une voie qui commence en rocher et se poursuit sur le fil d'une arête vertigineuse avant de s'achever par un ultime rognon rocheux technique (évitable à droite ou à gauche par les glaciairistes).
  • L'éperon Tournier et son tracé subtil. On peut en voir une version vidéo sur le site de TV Mountain.
Bonne contemplation !

jeudi 19 juillet 2007

2cv : l'inventaire utopique s'enrichit sans cesse !

Le site de l'Inventaire Utopique et Incomplet des 2CV a été mis à jour aujourd'hui. Si vous êtes amateurs de deuches, précipitez-vous !

http://www.iui2cv.fr

Il y a à ce jour 570 véhicules différents photographiés et indexés dans cet inventaire. Sur 570 petites Citroën, on dénombre :
  • 420 2CV,
  • 56 Dyane,
  • 30 Visa,
  • 19 Méhari,
  • 23 Ami,
  • 15 LN ou LNA,
  • 2 dérivés et 5 "curiosités"
Tout le monde peut participer à cette "chasse" pacifique. Il suffit d’adresser par courriel au webmestre vos photos de 2 CV et dérivés.

Votre serviteur a contribué à la "chasse" et rapporté deux douzaines de photos, comme par exemple celle-ci :



Et n'oubliez pas d'apprendre par cœur le smiley de rigueur pour les vrais amateurs :

(°\=/°)

Des architectures exubérantes

L'architecture suscite des émotions, tout comme la peinture ou la sculpture. Elle ne doit cependant pas s'arrêter là, car le jeu des formes est au service d'un usage, et, de surcroît, il se déroule aux yeux de tous – dans les rues.
Deux architectes se distinguent par l'exubérance des volumes qu'ils dessinent. L'un me séduit, l'autre m'horripile. Rien de rationnel dans ces émotions. La critique architecturale va plus loin, bien sûr. Cet article vous livre juste des impressions instantanées.


Samedi 14 juillet, j'ai eu la chance de faire un détour par l'école d'architecture de Paris Val de Seine, conçue par Frédéric Borel. Les volumes sont d'une grande diversité, exubérants à souhaits. J'aime que le regard soit ainsi sans cesse attiré par un volume, par un deuxième, par la résonance qu'ils provoquent. Une architecture ludique et sérieuse à la fois. Belle comme des tableaux de Kandinsky. Certes, on peut être indisposé par la multitude des matériaux, des couleurs et des formes, mais la cohérence de l'ensemble me semble néanmoins harmonieuse.

Le bâtiment est très difficile à photographier car on manque de recul et mon petit numérique ne dispose pas d'un grand angle. Vous pouvez consulter sur mon site, à cette page, une infographie de l'architecte qui révèle les volumes dans leur intégralité.
L'une des originalités de cette École est de faire voisiner une ancienne usine à air comprimé de la fin du XIXè siècle avec un bâtiment ultramoderne "posé sur un plateau".

Observez l'une des réalisations de Frédéric Borel sur Google Maps : l'élégance et la beauté du plan masse sautent aux yeux ! La photo de l'École, toujours chez Google, n'est pas à jour : on ne voit que le chantier, avec l'ancienne usine et sa cheminée.


Au contraire, les virtuosités de Frank Ghery m'irritent. Elles me rappellent ces solos de guitares des guitar heroes des années 70 : vélocité, virtuosité, difficulté, et, comme résultat, une bouillie sonore de sons distordus. Ici, à mes yeux du moins, c'est pareil : une bouillie de volumes, que le cerveau du citoyen moyen (que je suis) est incapable d'enregistrer. Quelque chose de vain, comme si, par mégarde, l'assistant de l'architecte avait marché sur la maquette, et qu'il avait été décidé de construire le bâtiment tel quel…

Je reste conscient de la relativité des émotions. Peut-être un jour serai-je lassé des volumes Boréliens et un adepte enthousiaste des volumes Ghéristes ? Sait-on jamais…

mercredi 18 juillet 2007

Bosser tue

Dans une quasi-indifférence, un nouveau suicide s'est produit dans l'industrie automobile. Depuis le début de l'année, un suicide par mois a été constaté chez PSA, venant s'ajouter à ceux qui ont été enregistrés chez Renault. Je ne suis pas journaliste, et donc incapable d'enquêter, je ne suis pas non plus sociologue, ni médecin du travail, mais il n'est pas possible d'affirmer que ces morts - ou du moins une partie d'entre eux - n'ont rien à voir avec la violence quotidienne dans le travail.

Chantage au chômage
Après trois décennies de chômage de masse, le chantage à la perte de l'emploi devient un élément prépondérant, sinistre toile de fond de notre société inhumaine. La course à la productivité, désormais sauvage et incontrôlée, atteint des niveaux insoupçonnés. L'individualisme forcené qui règne partout fait que de tels drames ne provoquent ni remises en cause de la part de la hiérarchie, ni grèves de solidarité de la part des syndicats, ni émoi particulier dans les médias - du moins à la mesure de la gravité de ces drames. Or, individualisme et solitude vont de pair. L'une des causes majeures des suicides est la solitude, le sentiment désespéré qu'aucune solution n'existe.

Il avait été augmenté…
La direction se contente de souligner que "le salarié était satisfait de sa mission" et qu'il avait été augmenté à deux reprises. De quoi se plaindrait-il ? Un numéro vert a été mis en place et une commission s'est réunie. La cause ne peut donc être recherchée que du côté du salarié : les méthodes des chefs (grands et petits) sont bien entendu irréprochables. Les psys du travail, en parfaits complices, sont là pour étouffer le scandale.

Marche ou crève !
6 suicides en 6 mois dans un effectif de 2000 personnes, cela équivaut à 0,6% par an. Notre population active s'élève à 25 millions de personnes. À raison de 0,6%, cela équivaudrait à 150 000 décès par an. Beaucoup plus que, par exemple, les décès dus au tabac. Seulement voilà : notre société politiquement correcte, et formidablement hypocrite, ne se soucie pas du harcèlement moral et du chantage au chômage. Le slogan "travailler plus pour gagner plus" peut désormais être remplacé par le grand classique "marche ou crève".

Bosser tue, mais ce n'est pas grave. Comme dans le film Le Couperet de Costa-Gavras, les morts font de la place pour les autres…

mardi 17 juillet 2007

Comment payer vos factures le plus tard possible

Le blog est décidément un média très utile : on y trouve de tout, y compris des conseils qui peuvent rapporter gros. Jugez-en : vous trouverez ci-après, et gratuitement, l'Art et la Manière de payer les factures de votre fournisseur le plus tard possible. À vous les produits financiers !

Je précise que tous ces conseils sont tirés de cas réels, rencontrés dans mon activité professionnelle depuis une dizaine d'années.

Conseil numéro 1 : perdez la facture
Quand un fournisseur réclame le paiement de sa facture, répondez-lui que vous l'avez perdue. Quelques jours de gagnés le temps qu'il en envoie une nouvelle.
Si le fournisseur, dans sa grande naïveté, porte la mention "Duplicata" sur la copie de la facture, rétorquez alors que l'on ne paye jamais une facture sur duplicata, mais toujours sur un original.
Pour perdre les factures, aérez généreusement le bureau de la comptabilité-fournisseurs, afin que les courants d'air fassent s'envoler les précieux documents, et disposez des corbeilles à papier à des emplacements judicieux afin que les factures y tombent malencontreusement.
Variante : si la facture comporte un RIB en annexe, en vue d'un virement bancaire, perdez le RIB au motif qu'il n'était pas agrafé.

Conseil numéro 2 : ne remplacez jamais un(e) comptable fournisseurs
Lorsque le (ou la) comptable chargé(e) du paiement des factures des fournisseurs, soit :
  • part en vacances ;
  • est en congé maladie ;
  • est en congé maternité ;
surtout, ne le (ou la) remplacez jamais ! Cela permet d'indiquer au fournisseur que, malheureusement, le (ou la) comptable ne pourra payer qu'à son retour. Choisissez de préférence des comptables en santé précaire, ou des comptables enceintes.
Attention : ne procédez pas de la sorte avec la comptabilité chargée d'encaisser vos factures, sinon votre trésorerie risque d'en souffrir. Dans ce domaine, au contraire, mettez sur pied une équipe solide, sur la brèche 24 heures sur 24.
Précaution importante : évitez toute polyvalence. Un comptable chargé des encaissements auprès des clients doit être absolument incapable de payer une facture fournisseurs.
Variante : employez des comptables à temps partiel, n'effectuant les paiements que certains jours de la semaine. En cas d'absence, précisez : "Ah non, le comptable est toujours absent le mercredi, rappelez demain !" ou bien : "Les virements ne sont effectués que le mardi".

Conseil numéro 3 : jouez la montre
Un classique parmi les classiques : ne mettez la facture en paiement qu'après la première réclamation du fournisseur, et non à réception de la facture.
Donnez instruction au comptable de faire courir le délai usuel de paiement à partir du moment où la facture arrive sur son bureau - et surtout pas à partir de la date d'émission de la facture. Quelques jours de gagnés !
Employez toujours la procédure du paiement X jours "fin de mois".
Exemple : si vous recevez une facture le 2 mars, précisez qu'elle sera payée à 30 jours, mais 30 jours "fin de mois", autrement dit à compter de la fin du mois de réception (soit le 31 mars + 1 mois = le 30 avril dans notre exemple).

Conseil numéro 4 : exploitez les chèques
Un chèque de règlement doit toujours être antidaté : indiquez le 10 juillet même si vous le signez le 25 et l'envoyez le 10 août. Cela fait excellent effet auprès du fournisseur.
Un truc qui marche parfois : remplissez le chèque, signez-le, et oubliez-le dans le chéquier. Quand le fournisseur réclame, ayez l'air étonné(é) et dites "Mais où avais-je la tête ? Mais oui, je l'avais établi en bonne date, mais j'avais oublié de le détacher ! Que voulez-vous, nous sommes débordés à cause de tous ces fournisseurs qui nous relancent, et, forcément, on en arrive à être étourdis !"
Dites toujours : "Il part demain sans faute !" et envoyez le chèque le surlendemain.
Un classique, enfin, dont il ne faut pas abuser cependant : oubliez de temps à autre de signer un chèque. Le temps qu'il soit renvoyé pour signature et qu'il reparte, une semaine de mieux !

Conseil numéro 5 : sachez tirer le meilleur parti de la Poste
Incriminez toujours la Poste comme responsable du retard (c'est facile, cela alimente le poujadisme, et les employés de la Poste ne sont pas là pour se défendre). Dans une grande entreprise, assurez-vous que le service courrier relève les corbeilles très tôt, par exemple vers 15 heures. Ainsi, toute enveloppe déposée après cette heure ne part que le lendemain.
Timbrez l'enveloppe contenant le chèque de règlement au tarif économique : vous gagnez ainsi sur les deux tableaux, les frais d'affranchissement ET les délais postaux.
Beaucoup plus subtil : écrivez l'adresse du fournisseur toujours manuscritement, et écrivez le plus mal possible. Cela présente deux avantages déterminants :
  1. Les outils de lecture automatique de la Poste rejetteront la lettre, qui devra être interprétée visuellement par un être humain. En vue de cet examen, elle sera mise de côté et vous gagnerez encore un jour ou deux.
  2. Avec un peu de chance, si vous écrivez mal le code postal, la Poste enverra le pli à l'autre bout de la France. Le temps que le bureau de Poste annote l'enveloppe en proposant d'essayer dans un autre département, vous pouvez gagner cette fois une semaine, voire plus.
Cas pratique :

Voici l'adresse, écrite de travers, en ajoutant le F devant le code postal. Les scanners de la Poste seront pris en défaut !

Au lieu d'aller à Villeurbanne, près de Lyon (69100), la lettre s'en va par exemple dans le département de la Vienne, au code postal 86310, où se trouve le très beau village de Saint-Savin : visitez son site en passant, c'est l'occasion. Plus de 700 kilomètres séparent Saint-Savin de Lyon : idéal ! Remarquez que la lettre, envoyée le 7 novembre, est arrivée à Saint-Savin le 9, qu'elle en est alors repartie direction Villeurbanne pour y arriver non le vendredi 11 (férié), mais le lundi 14 novembre. CQFD.
[Dans la réalité, il s'agit d'un "acte manqué" d'un comptable, non d'une tactique délibérée, mais justement, vous pouvez la rendre délibérée !]

Ne mettez jamais à jour le fichier des adresses à disposition de votre comptable. Avec un peu de chances, il enverra le courrier de règlement à l'adresse que le fournisseur avait il y a plusieurs années, et l'enveloppe reviendra avec la mention NPAI (N'habite Pas à l'Adresse Indiquée). Joignez cette enveloppe portant la mention à l'envoi définitif, après que le fournisseur ait réclamé, en lui recommandant d'être plus sérieux dans la communication de ses nouvelles coordonnées. S'il ose rétorquer que l'adresse était mentionnée sur la facture, utilisez l'arme ultime : c'est à cause de l'informatique ! L'adresse figurant déjà dans la machine, le comptable n'avait pas pensé à la modifier ! (…et ne rectifiez donc pas en vue du prochain envoi).

Voici pour ce florilège, forcément incomplet. N'hésitez pas à l'enrichir de vos nouvelles idées !

jeudi 12 juillet 2007

Je n'accepte pas le caporalisme

Participer à une commission chargée de faire des propositions pour réformer les institutions serait donc une trahison selon François Hollande. Ainsi, Jack Lang doit-il quitter les instances dirigeantes du PS. Mais de quoi s'agit-il en réalité ?

Néobonapartisme
La Cinquième République, depuis longtemps, tendait vers le pouvoir absolutiste. Le quinquennat et l'inversion du calendrier électoral ont confirmé ce qui n'est plus une tendance, mais un fait. Dès l'été 2004, dans un livre prémonitoire, Jack Lang dénonçait « un néobonapartisme d'un autre âge » et « l'hyperprésidentialisme », deux expressions qui reviennent dans toutes les analyses des dernières semaines.

Une commission va être nommée. De deux choses l'une :
  • Soit on laisse la commission aux mains de l'UMP toute-puissante, afin qu'elle accouche d'un simulacre de réforme, cachant la réalité, à savoir l'omnipotence du président.
  • Soit on estime que la présence de Jack Lang lui permettra au mieux d'infléchir le contenu de la réforme et au pire d'en dénoncer les insuffisances.
Le PS a choisi la première solution. Bizarre, vous avez dit bizarre…

Petits caporaux
Au moins l'épisode nous vaut-il un nouveau florilège d'expressions "languiennes", à commencer par le titre de son interview à Libération : "Je n'accepte pas le caporalisme". Souvenez-vous, le caporal est le plus petit chef de la hiérarchie militaire, en dessous de l'adjudant, pourtant rarement un modèle de subtilité. N'oublions pas au passage que Napoléon Bonaparte avait été surnommé le petit caporal.

Intégrisme ?
Dans l'interview précitée, Lang regrette que l'on "jette l'anathème", que l'on "pratique l'excommunication" et qu'on "lance une fatwa" contre lui. Décidément, alors que le Pape ressuscite la messe en latin, le PS sombre dans l'intégrisme ! C'est à la mode, me direz-vous, on n'y peut rien : c'est "tendance".

Article 16 : mieux vaut prévenir que guérir
Ah oui : si Pierre Mazeaud ou Jack Lang me lisent (on peut toujours rêver), qu'ils n'oublient pas de proposer l'abolition de l'article 16 de la Constitution. Ce serait une mesure de salubrité publique. Avec un Sarkozy imprévisible, mieux vaut être prévoyant et éviter le pire !

mercredi 11 juillet 2007

De magnifiques rêves…

Savez-vous de quoi je rêve ? D'être capable d'écrire dans ce blog un billet qui soit aussi réussi que ceux de Robert Solé, publiés en dernière page du Monde. Concis, drôles et pertinents, ce sont des modèles du genre. Les images s'enchaînent logiquement, l'humour est cohérent, et, cerise sur le gâteau, le message délivré porte à réfléchir.
On peut toujours rêver !

Merci Monsieur Solé, vos billets sont MA-GNI-FIQUES.

J'ai pris la liberté de reproduire ici le billet paru dans l'édition du 10 juillet, en espérant que le quotidien ne m'en tiendra pas rigueur ! On peut le consulter également sur le site LeMonde.fr à ce lien, tant qu'il restera valable : http://www.lemonde.fr/web


Rêve, quel rêve ?

Mais de quel rêve s'agit-il, au juste ?

Le rêve de toute personne qui tape des textes sur un clavier de machine à écrire (l'ordinateur étant aussi, entre autres choses, une machine à écrire) en espérant que des lecteurs…

…et des lectrices – apprécieront leur prose. Ça ne vous rappelle pas quelqu'un ?

jeudi 5 juillet 2007

Les Sarko… à la Lanterne !

Communiqué publié sur le site de la Présidence de la République :
La Lanterne est une résidence dévolue aux Premiers ministres que le président de la République a décidé d'occuper.

Précisons que cette « lanterne » se situe au château de Versailles, la résidence du Roi soleil, ce souverain de droit divin dont le pouvoir absolutiste a marqué notre histoire. Précisons également que, lorsque Edouard Balladur l'occupait, en 1993-95, son grand ami Sarkozy lui avait avoué l'envier de disposer d'une telle résidence secondaire.

Ah ! Que les symboles ont la vie dure !
Souvenez-vous – si vous étiez né(e) – de la campagne électorale des élections législatives de 1978. Redoutant ce que l'on n'appelait pas encore une cohabitation, Valéry Gisard d'Estaing avait indiqué qu'en cas d'élection d'une majorité socialiste, il quitterait l'Elysée pour s'installer au château de Rambouillet. Une façon comme une autre de bouder, et d'acter de la prééminence du Premier ministre supposé de Gauche.

Or, ces derniers jours, ces deux symboles ont ressurgi dans notre vie politique : le Président de la République « occupe » la résidence de repos « des » Premiers ministres, tandis que le Premier ministre, de son côté, se réfugie à Rambouillet pour préparer son discours de politique générale.

Aucun commentaire n'est nécessaire. Tout est dit !
Espérant avoir éclairé votre lanterne…

mercredi 4 juillet 2007

Overflow : dépassement de capacité

Les hasards de la vie tissent des liens inattendus entre des choses qui, a priori, n'ont aucun rapport. Qu'on en juge.

Parmi mes activités de freelance figure la traduction de l'anglais vers le français (voir à ce propos mon article du 26 mai dernier sur Paul McCartney). Aujourd'hui même, j'ai mis la dernière main à la traduction d'un texte technique sur l'informatique qui traite des dépassements de capacités, répondant à l'amusant sigle de BOF.

BOF = ?
Rien à voir avec Beurre Œuf Fromage, la Bande Originale d'un Film, la bof génération, ni même avec Gaston Lagaffe. BOF est le sigle de Buffer OverFlows, autrement dit les dépassements de capacité de tampons. Concrètement, il s'agit de la capacité d'une zone de mémoire d'un ordinateur, appelée en l'occurence un tampon. Un BOF incident se produit lorsque les données débordent de la mémoire. Un peu comme lorsque vous saturez un disque dur, ou quand votre PC se met à ramer lamentablement parce que sa RAM (mémoire vive)… rame, pleine à ras-bord.

Or, la presse m'a donné, ce mercredi même, deux exemples très concrets de dépassements de capacité, dont on pourrait rire si l'un d'entre eux ne concernait la prison…

BOF n°1 : « le procés contre les auteurs présumés des attentats de Madrid du 11 mars 2004 s'est terminé lundi. 311 865 années de prison ont été requises contre 28 accusés. » (voir par exemple cette brève).
Voyons… un rapide calcul montre que chaque accusé, en moyenne, s'est vu condamné à une peine de prison de 11 138 années. Plus de cent onze siècles ! S'il n'y a pas de dépassement de capacité de la vie humaine, alors j'ai raté un épisode du film !

BOF n°2 : Victor, lycéen d'un collège de Dunkerque, vient de réussir brillamment son bac. Quelle note moyenne a-t-il obtenue ? 18 ? 19 ? Vous n'y êtes pas. Alors 20 ? Non plus. Victor a obtenu la note stupéfiante de 20,23 sur 20.
C'est un épreuve à option qui explique ce dépassement de capacité étonnant (plus de précisions par exemple ici).

Record de BOF battu
Eh bien… j'ai fait mieux. Eh oui, chers internautes. Non que j'aie été condamné à douze mille ans de prison, cela ne me ferait guère rigoler, mais j'ai obtenu, une fois, dans mon histoire de collégien, la note mirifique de 21 sur 20. Et ce n'était pas à l'occasion d'un devoir de philosophie (qui pourrait s'évader vers l'infini), ou d'un devoir de littérature, encore moins d'un devoir d'anglais ou d'histoire-géo. Mieux : il s'agissait d'un devoir de mathématiques, cette science qui, justement, nous enseigne la finitude, l'échelle et les quantités. Vous avez bien lu : je suis l'un des rares (peut-être le seul ?) écoliers à avoir un jour obtenu 21 sur 20 en maths !
En voici d'ailleurs la preuve :



Comment une telle performance a-t-elle été rendue possible ? Comment ai-je pu ainsi crever le plafond des 20 et causer un BOF de première ? (ce 4 novembre 1972, j'étais, c'est vrai, en classe de première, il y a bien longtemps !).

La solution de l'énigme
Non, je n'avais pas inventé une nouvelle théorie mathématique, ni découvert un nouveau théorème, ni démontré que la terre était creuse. Mon professeur de maths n'avait ni bu, ni fumé quelque substance interdite. La réalité est beaucoup plus simple, et certainement moins prestigieuse : notre prof de maths avait en quelque sorte fait une "promotion". À l'occasion de ce devoir, qu'il jugeait peut-être un peu difficile, il avait ajouté une question-bonus, à hauteur de 3 points, qui venait en plus des 20 points déjà décomptés dans le devoir. C'est là que je suis soudain ramené à plus de modestie : je n'avais traité que partiellement cette question-bonus, à laquelle j'avais obtenu 1 sur 3. D'où le 21… que le professeur, saisi par l'absurdité mathématique du chiffre, avait d'ailleurs rapidement ramené à 20, pour éviter le dépassement de capacité.

En toute logique, par conséquent, j'avais en réalité obtenu 21 points sur 23, soit seulement 18,2608695652174 sur 20 (environ : je n'ai pas poussé dans ses retranchements mon tableur Excel pour éviter tout dépassement de capacité de tampon, on ne sait jamais, ce peut être dangereux…)



Toutes mes excuses pour avoir saturé les buffers des ordinateurs de Google en leur soumettant cette opération qui les a rendus babas !

Non, non, ne dites pas « Bof ! », vous me vexeriez…

mardi 3 juillet 2007

La langue de Lang

Jack Lang a accordé un entretien au Monde (daté 3 juillet). Ayant lu certains de ses livres et écouté nombre de ses interviews et interventions, j’ai toujours été frappé par la richesse de son vocabulaire et l’élégance de ses phrases, au-delà de l’étiquette de « communiquant » qu’on lui colle généralement.


Sur la forme
L’entretien précité en donne d’intéressants exemples, je cite :
Aujourd’hui que les lampions de la campagne se sont éteints […] Nous avons été collectivement incapables de déjouer le coup de maître de l’adversaire […] Le temps consacré à l’élaboration de notre doctrine a été chichement compté et certains arbitrages ont été rendus au gré des écuries. […] L’équipe dirigeante du PS est rongée par des haines recuites […] La dramaturgie socialiste s’apparente aux Atrides : de grands talents s’entre-dévorent […] Une dichotomie pernicieuse : le pouvoir national à droite, le pouvoir régional à gauche…

On objectera que ce vocabulaire fleuri est désuet. [à la manière de : ] Permettez que je m’élève avec vigueur contre une telle assertion : seule la richesse du vocabulaire permet la subtilité dans l’expression tout en accroissant les chances d’être entendu.

Sur le fond
N’oublions pas que Jack Lang est agrégé de droit. Il a été l’inspirateur d’une loi sur les droits des artistes-interprètes qui a révolutionné la condition de ces artistes. Je connais bien la question car mon frère, Patrick, a soutenu un thèse sur ce sujet. Jack Lang a fait là œuvre utile, sans oublier sa fameuse loi sur le prix unique du livre, que tout le monde jugeait salubre tout en prédisant son échec rapide. Un quart de siècle plus tard, elle est saluée de tous bords.

Parmi les nombreux essais publiés par l'ancien ministre de la culture et de l'éducation, deux au moins auraient mérité d’être mis en valeur. Ils sont d'ailleurs d’une criante actualité.

Un nouveau régime politique pour la France ?
Dans Un nouveau régime politique pour la France (2004), Lang prônait une réforme constitutionnelle actant de la dominante présidentielle de nos institutions tout en les rendant plus démocratiques, notamment en renforçant les contrôles et les contre-pouvoirs. Or, depuis son élection, M. Sarkozy montre que la dominante présidentielle est désormais poussée à son paroxysme… mais sans les contreparties que tout régime démocratique digne de ce nom devrait prévoir.
On peut être favorable à ce que le « le président gouverne » (comme Lang d'ailleurs) mais on ne peut raisonnablement accepter qu'il ne soit responsable devant personne (avant la prochaine présidentielle), qu'il n'ait de comptes à rendre à personne, et qu'aucun arbitre n'existe plus – dans nos Institutions, c'est désormais en pratique l'arbitre qui énonce les règles…

Révolution ou… « choc » fiscal ?
Dans Faire la révolution fiscale (2006), Jack Lang exposait une réforme fiscale d’ampleur qui aurait eu de nombreux mérites, au premier chef de clarifier l’impôt sur le revenu tout en le rendant plus juste. Notre impôt sur le revenu est en effet devenu un gruyère dans lequel les trous prennent plus de place que le fromage. La faute en est aux (trop) nombreuses niches fiscales qui le minent. Et notre actuel cuisinier en chef n’aura de cesse de creuser de nouveaux trous…
Pour ces raisons, nous ne récolterons que ce que nous méritons : une hausse de la TVA. Car à force de dénigrer l'impôt sur le revenu, non sans poujadisme rampant, nous l'avons détruit. Or il faudra bien que les « trous du gruyère » soient comblés. La TVA s'en chargera. Ou alors un choc social succédera au choc fiscal.

Le poids des impôts et le choc des mots
À ce propos, on se rend compte combien le choix des mots a de l'importance : M. Sarkozy parle de choc fiscal. Pour ma part, ce choc*… me choque, oui, mais il ne m'enthousiasme guère. Je dirais plutôt qu'il me révolte, alors que la révolution fiscale de Jack Lang, elle, m'enthousiasme. Seulement voilà : le volontarisme de notre président s'arrête au seuil des niches fiscales, tant les chiens qui les habitent aboient fort. Ah, si l'on avait pu allier la révolution fiscale de Jack Lang avec l'activisme de Nicolas Sarkozy, le choc aurait été salutaire.

Que l'on me pardonne le soudain lyrisme de ces propos : ne voilà-t-il pas que je me prends pour un Jack Lang de pacotille ? Je conclurai en disant que j'appelle de mes vœux (encore une expression très "languienne") l'amélioration du vocabulaire des personnalités politiques, loin de toute langue de bois (n'en déplaise à M. Coppé) et des "inventitudes" royalistes (n'en déplaise à Ségolène)…

__________
* Les impôts frappent une assiette, sont ensuite liquidés et enfin recouvrés. De quoi être choqué ! Est-ce ce vocabulaire fleuri qui a rendu les français aussi anti-fiscalistes ?