samedi 28 avril 2007

Des personnalités politiques adultes

Le débat entre Ségolène Royal et François Bayrou vient de s'achever. Il n'est pas nécessaire de se lancer dans de grands développements pour que la différence saute aux yeux entre d'une part deux personnalités politiques adultes, responsables et intelligentes et d'autre part une troisième, médiocre et vulgaire. Cette dernière n'a rien trouvé à dire d'autre que de qualifier ce débat de "petites combines dans un hôtel parisien". Les français jugeront. Fermez le ban !

vendredi 27 avril 2007

Déjeuner en paix !


Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn à la terrasse d'un restaurant à Paris,
le 25 avril 2007 Photo: Eric Feferberg/AFP/Pool • Voir à ce lien sur Métro


Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn ont déjeuné ensemble le 25 avril. Une rencontre qui devrait symboliser la réconciliation entre la candidate et son ex-challenger de la primaire du PS.
Au menu
Entrée, au choix
Impôts justes selon une recette budgétaire secrète
Dépenses de brebis farcies aux petits oignons
Plat de résistance, au choix
Plateau Européen et sa sauce financière à l'Euro
Spécialité régionale au beurre des Charentes-Poitou
Dessert, au choix
Cocktail de sorbets à la Rose au poing
Oranges Bayrou au citron centriste

À vous de deviner qui a choisi quoi !

Au-delà de la plaisanterie, cette rencontre vient, à mon avis, à point pour faciliter un rassemblement de bon aloi en vue du second tour. La proximité de DSK et de FB devrait permettre que les sociaux-démocrates s'allient aux démocrates-sociaux, comme le disait Michel Rocard. C'est une bonne chose, surtout qu'il n'y a que l'ordre des mots – aussi important soit-il – qui les distingue !

mercredi 25 avril 2007

Conférence de presse de François Bayrou

Quelques notes prises durant la conférence de presse de François Bayrou, visionnée sur le site de BFM TV.

J'ai deux sujets à l'esprit :

La France qui s'inquiète tout en étant riche de promesses et ces quelque 7 millions de français qui m'ont fait confiance.

Une troisième force politique existe désormais en France, c'est un immense espoir.
Je vois trois problèmes pour l'avenir : une démocratie malade, un tissu social déchiré et un manque dramatique de croissance économique combiné à l'ampleur de la dette de l'État.

Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, dans un sempiternel face à face, risquent d'aggraver ces maux.
Nicolas Sarkozy par sa proximité avec les milieux d'affaires et les médias, son goût de la menace et de l'intimidation, son tempérament, le choix de ses thèmes politiques.
Ségolène Royal est mieux intentionnée à propos de la Démocratie, plus attentive au tissu social, mais compte trop sur l'intervention de l'État en voulant multiplier les Services Publics.
L'un comme l'autre ont proposé une hausse délirante des dépenses, environ 60 milliards chacun. M. Sarkozy va plus loin en proposant une baisse de 4 points des prélèvements obligatoires, ce dont même Margaret Thatcher et Ronald Reagan n'avaient osé rêver.
Sauf corrections fortes, ces programmes conduiront à de nouvelles déceptions. Aussi ne donnerai-je pas de consigne de vote. Mes électeurs sont des citoyens libres de leurs choix et de leurs consciences.

Je souhaite incarner une force de contre-pouvoir, capable de nous faire sortir du "toujours Non" et du "toujours Oui". Je suis un homme d'ouverture. Ségolène Royal a proposé un débat, j'accepte. Nicolas Sarkozy ne me l'a pas proposé, mais j'aurais aussi accepté.
Je vais donc créer un nouveau "parti démocrate" qui présentera des candidats aux élections législatives. Ses principaux objectifs seront de refonder nos Institutions, de reformer le tissu social, de restaurer l'égalité de traitement des citoyens, de libérer les forces de la création, de réconcilier les français avec l'Europe et l'Europe avec les français, pour promouvoir un monde de paix et de développement avec le Tiers-Monde, dans le respect de l'écologie et du développement durable.

Ma seule remarque personnelle sera une petite note d'humour : François Bayrou a parlé de tous ces français qui « cherchent du Taf ». Le mot me touche, forcément, en raison de mon patronyme. Mais plus que des "Taf oraux", ce que je recherche, ce sont des "Taf écrits", comme ce blog par exemple ;-)

Bob Morane cède son appartement du Quai Voltaire

Nous avons le plaisir de diffuser en exclusivité une interview de l'aventurier Robert Morane, dit Bob Morane, qui vient de signer un compromis de vente de son appartement du Quai Voltaire, un duplex de 180 m2, avec les époux Chirac.

Qui est Bob Morane ?
Au cas où vous l'ignoreriez, Bob Morane est le plus célèbre aventurier français vivant. Voici la notice biographique généralement publiée à son propos :
Né un 16 octobre. Trente-trois ans. Taille : 1,85m. Poids : 85 kg. Cheveux : noirs et courts. Yeux : gris d'acier, Nyctalope. Études d'ingénieur à Polytechnique. Commandant d'escadrille en disponibilité de l'Armée de l'Air. Pilote d'essai. Sa curiosité et son sens de la justice lui font parcourir la terre entière tel un moderne Don Quichotte.
Il lui arrive de collaborer avec les services secrets, mais seulement quand les raisons qu'on lui fournit lui paraissent valables. Reporter occasionnel de la revue "Reflets". Connaît énormément de langues vivantes et mortes. Pratique, en expert, la plupart des techniques de combat en corps à corps.
Enragé collectionneur. Aime se plonger dans la vie sauvage et entrer en contact avec les peuples dits "primitifs". Ami et protecteur de la nature. Ses ports d'attache sont le quai Voltaire à Paris et un vieux monastère en Dordogne. Se retire, de temps à autre, dans une vallée isolée et édénique des Andes, la Vallée du Lac Bleu.

Jean-Luc Tafforeau : Commandant Morane, ravi de vous rencontrer.
Bob Morane : Vous savez bien que je ne commande plus rien depuis belle lurette. Appelez-moi Bob, tout simplement.
JLT : D'accord, Commandant, euh… Bob. Pourquoi avoir vendu votre appartement du quai Voltaire ?
BM : Vous connaissez ma réputation d'écolo. Or, la pollution parisienne ne cesse de s'accroître. Il fallait me décider, la proposition du Président Chirac a achevé de me convaincre.
JLT : Où allez-vous résider désormais ?
BM : Vous n'êtes pas sans ignorer que je suis propriétaire d'un monastère en Dordogne ainsi que d'un palazzo à Venise…
JLT : Mais aussi de la Vallée du Lac bleu, au Pérou.
BM : Oui, mais convenez que c'est d'un accès peu commode pour un aventurier de ma trempe, sans cesse en vadrouille. Et puis je voulais enfin entreprendre la restauration de ce palais vénitien, c'est le moment idéal pour m'y établir quelques mois. Un camion de 40 tonnes a été loué pour transporter ma collection d'armes et ma bibliothèque. Il faudra ensuite utiliser un vaporetto spécialement équipé…
JLT : C'est la tentation de Venise, en quelque sorte ?
BM : Oui, vous pouvez appeler cela ainsi.
JLT : La France vit en ce moment une campagne électorale présidentielle passionnante. Pouvez-vous révéler à nos lecteurs pour qui vous voterez le dimanche 6 mai prochain ?
BM : (rire bref) Le devoir de réserve s'impose toujours à moi, même si je ne suis plus Commandant depuis belle lurette. Tout ce que je puis vous dire est que j'ai rencontré les candidats. Mon expérience internationale leur a été précieuse. Ils savent que, s'ils sont élus, ils auront à un moment ou à un autre affaire à moi sur des sujets sensibles…
JLT : Comme ?
BM : Les agissements de l'Ombre Jaune, l'évolution du Smog pour ne citer que ceux-ci. Face à de telles menaces, vous comprendrez qu'ils apprécient que je n'adopte aucune position politique marquée.
JLT : Nous savons également que vous êtes un agent extraordinaire de la Patrouille du Temps. Vous laisseraient-ils faire un saut dans le continuum espace-temps afin de vous rendre au 6 mai, à 20 heures…
BM (il se passe la main ouverte en peigne dans les cheveux en signe de perplexité ) : Je comprends votre impatience quant à l'issue de cette élection présidentielle. Mais l'un des commandements que doit respecter tout membre de la Patrouille est, justement, de ne jamais utiliser les voyages dans le temps pour troubler l'Histoire. Vous conviendrez que si je vous révélais le résultat du second tour des présidentielles, cela perturberait considérablement le cours du processus électoral de notre pays.
JLT : Mais vous êtes-vous rendu le 6 mai ?
BM : Je ne puis rien vous dire de plus.
JLT : Bob Morane, merci de nous avoir accordé ces quelques instants de votre temps qui est si précieux, nonobstant le fait que vous voyagez dedans.
BM : Merci à vous.

[Off the record, Bob Morane a accepté de me donner le résultat du second tour, que je m'empresse de vous communiquer : Ségolène Royal obtiendra 47% et Nicolas Sarkozy 53%, mais chut !]

mardi 24 avril 2007

Réactions à froid

Après les réactions à chaud... voici les réactions à froid.

Ouverture ?
La soirée électorale passée, les deux finalistes travaillent l'ouverture. Je me sens plutôt rassuré par l'attitude de Ségolène Royal qui semble, enfin, perdre de sa superbe. Sa propositions d'examen de convergences et sa rencontre avec Jacques Delors sont des initiatives positives.
Nicolas Sarkozy, toujours dans la nuance et la subtilité, propose carrément un "pôle universel' rassemblant tout le monde, de la droite à la gauche en passant par le centre. Il oublie au passage qu'il a déjà rassemblé une partie de l'extrême-droite. Il ne lui reste plus qu'à "draguer" les électeurs de Schivardi (il n'y a pas de petit profit).

Rassurant ?
Le mot est important. L'enjeu du second tour est, à bien des égards, de rassurer les électeurs.
Chacun cherche à rassurer à sa façon.

Nicolas Sarkozy joue la carte de l'individualisme, en déculpabilisant la société par rapport au chômage et à l'exclusion. Il distille le message subliminal que, à tout prendre, si l'on veut, on peut, et donc qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter de l'exclusion. Après 30 années de chômage de masse, ce discours soulage et... rassure (ah bon, finalement, ce n'était pas aussi grave !). Malheureusement, cette analyse simplificatrice est sans fondement. Du moins, si les excès de l'assistanat concernent 10% des exclus, c'est un maximum : ce sont les effets secondaires de toute médication, qui ne justifient pas de supprimer le traitement.
Le candidat de l'UMP m'inquiéterait plutôt : j'ai déjà évoqué son goût pour la provocation (service minimum, attitude vis-à-vis des banlieues) qui, indépendamment de tout jugement sur le fond, risque au contraire de faire croître la violence. Sur la répression de l'insécurité, je n'arrive pas à comprendre comment son électorat juge positivement son action. C'est un peu la baignoire qui se remplit des problèmes sociaux et qu'il vide avec quelques nouvelles cuillères à soupes. Aussi nombreuses et brillantes soient-elles, c'est perdu d'avance ! D'autant que le coût social de ce qui précède (la déculpabilisation) sera lourd : les "inclus" auront certes un peu plus, mais les "exclus" encore moins. Comment penser un instant que cela ne générera pas d'insécurité ?

Ségolène Royal cherche à rassurer en soignant les blessures, attitude "socialiste" classique. C'est un choix presque philosophique : pour ma part, je suis plus enclin à la solidarité envers ceux qui souffrent qu'à les écarter d'un revers de main en disant que ce sont des incapables ou des faibles -- d'autant que l'organisation de notre société n'est pas parfaitement juste, et c'est un euphémisme.
Je crois que l'erreur de la candidate socialiste a été de ne pas crédibiliser son programme en termes de moyens, subissant de plein fouet la critique de l'irresponsabilité. Car la solidarité doit se traduire en termes concrets : qui paye ? Vouloir financer à crédit la solidarité sur la croissance probable (ou sur l'endettement) ne suffit pas à me convaincre. Elle a refusé l'aide d'économistes compétents comme DSK (ou la révolution fiscale de Jack Lang), c'est une faute lourde : il lui suffisait de se baisser pour ramasser des propositions intelligentes et crédibles. D'une façon générale, Ségolène Royal agit en militaire et en énarque : l'intendance suivra, pense-t-elle, alors que, justement, nous souffrons de ce que l'intendance ne suit plus. Elle a donc une révolution culturelle à accomplir.
J'ai aussi détesté son régionalisme exacerbé. Je n'ai pas noté que la stimulation des particularismes locaux génère la solidarité. Enfin, son mépris de l'Europe -- cette obsession ridicule et infantile du drapeau -- risquent d'accentuer le replis des français sur leur 'pré carré' local (une fois encore, c'est "rassurant").

La fin de la politique ?
Maintenant, je suis incomparablement plus "inquiété" par Nicolas Sarkozy que par Ségolène Royal, nonobstant ce qui précède. Je ne souhaite vraiment pas l'avènement d'une société dont le projet principal serait "malheur aux vaincus". L'élection du candidat de l'UMP scellerait à mes yeux la victoire définitive du cynisme et du mépris des autres -- la fin de la politique en quelque sorte.

lundi 23 avril 2007

Réactions à chaud

C'est la règle du jeu du blog : réagir à chaud, malgré l'heure tardive.

Une bonne nouvelle dans ce premier tour, le taux de participation (85%). Le temps me manque pour vérifier, mais, de mémoire, il approche celui de 1974. Les électeurs se sont rendus dans les bureaux de vote et c'est tant mieux !
Une fausse bonne nouvelle : le score du Front National fortement réduit par rapport à 2002 (10,5%). Malheureusement, l'écrasante majorité des voix perdues par Le Pen se sont retrouvées dans l'escarcelle de Nicolas Sarkozy. Une auditrice d'Europe 1 disait, il y a une dizaine de jours, qu'elle trouvait Sarkozy plus dangereux que Le Pen. Elle avait raison en un sens : car Sarkozy risque d'être élu, contrairement au leader frontiste.

Je me suis largement trompé dans mon pronostic. Jamais je n'aurais cru, en effet, que les français accorderaient une telle confiance à Nicolas Sarkozy. Peut-être ont-ils fantasmé que de se placer dans le camp du "vainqueur" les transformeraient en vainqueurs eux-aussi. Cette méthode Coué risque à mon avis d'occasionner de cruelles désillusions... Car, en dépit de son ton pseudo-protecteur dans sa déclaration de ce soir, je doute que l'ex-maire de Neuilly "protège" les français !

L'écart important entre Ségolène Royal (26%) et François Bayrou (19%) est une mauvaise nouvelle à mes yeux. En écoutant les débats de ce soir, j'ai été frappé de constater l'ignorance des électeurs de Bayrou manifestée par le PS. Attention les amis : ce jeu est irresponsable. Peut-être êtes-vous aveuglés par les bulles du champagne sablé à Melle... Mais vous ne pourrez pas humilier indéfiniment les quelques 7 millions d'électeurs dont Roland Cayrol (Institut CSA) indique que 45% souhaitent reporter leurs votes sur Ségolène Royal tandis que 16% voteraient blanc. Ne me dites pas que vous souhaitez que ces électeurs rejoignent le camp de l'UMP. Où alors, vous êtes des alliés objectifs de Sarkozy. L'orgueil et la surdité sont de mauvais conseillers en politique, surtout entre les deux tours de l'élection présidentielle. Que la royale Ségolène accepte de descendre de son piédestal, elle fera des découvertes !

À bon entendeur…

Sur ce, je vais me coucher : la nuit porte conseil, dit-on.

dimanche 22 avril 2007

303 sur 1042 : a voté !

Villeurbanne,
bureau de vote 121

Il est à peu près onze heures du matin. Je viens tout juste de voter. Au passage, tandis que l'on ouvrait la fente de l'urne afin que j'y glisse l'enveloppe bleu foncé, j'ai noté le numéro figurant sur le compteur : 303.

« a voté ! »

J'aurai donc été le trois cent troisième votant de ce bureau, où 1042 électeurs sont inscrits.

Ouvert depuis trois heures, le bureau avait donc déjà enregistré presque 30% de participation. Comme le disait le président : « à ce train-là, on aura terminé après déjeuner ! »

Douze candidats, douze bulletins de vote . Non : ne cherchez pas celui qui manque ! Si je n'ai voté ni blanc, ni nul, je ne vous dirai pas quel est le bulletin qui figura dans l'enveloppe. Petit malin, j'avais pris la précaution de prélever discrètement deux bulletins du candidat (ou de la candidate) à qui je souhaitais apporter mon suffrage !

Je suis assez d'accord avec Jacques Espérandieu, signataire de l'éditorial du Journal du Dimanche de ce matin :
Mais oui, ce scrutin présidentiel est passionnant ! N'en déplaise à ceux qui prétendraient le contraire. Aucun de leurs arguments ne tient debout. Celui-ci, d'abord : les "vrais" problèmes des français auraient été délibérément ignorés. Faux. Tous, ou presque ont été abordés même si ce n'est pas toujours en profondeur. Simplement, aucun sujet dominateur n'a structuré le vote, contrairement à 2002 (la sécurité) : mais doit-on se désoler de ne pas voir une élection se jouer sur le visage tuméfié d'un malheureux retraité agressé par des voyous ?

Rendez-vous ce soir à 20 heures pour la fin du suspens !

samedi 21 avril 2007

Paris-pronostics

Difficile de résister à la fièvre des pronostics !
Avouons qu'il y a en chacun de nous un parieur qui s'ignore, même si le Loto-Politique n'existe pas encore en France (contrairement à la Grande-Bretagne où les bookmakers ont l'autorisation d'enregistrer des paris jusqu'à concurrence de 150 euros je crois).
Alors allons-y, au risque de me tromper ! Mais "qui ne risque rien n'a rien" dit le proverbe.
Voici les grands mouvements que j'imagine dans les ultimes 48 heures :
  • Une forte baisse du score de Nicolas Sarkozy.
    Ses déclarations sur l'inné et l'acquis, les ventes mirifiques du brûlot anti-Sarkozy de l'hebdomadaire Marianne (300000 exemplaires), la préférence qu'auront in fine certains électeurs lepéniste pour l'original au détriment de la copie...
  • Un réflexe de vote utile pour Ségolène Royal.
    Il serait doublement tempéré toutefois : par un transfert de dernière minute d'électeurs hésitants choisissant François Bayrou, mais aussi par une légère remontée des scores des écologistes (effet dit "remord Hulot").
  • Un score de François Bayrou supérieur à ceux que les derniers sondages lui accordaient.
    Il récupérerait des intentions de votes principalement sarkozystes, et, pour une part plus faible, royalistes (entendons "ségolistes"). Il ne parviendrait cependant pas à dépasser sa rivale.


Jetons-nous à l'eau avec ce graphique, calculé (*) à l'aide d'un logiciel inédit des RG (Renseignements Généraux), dont j'ai fait tourner les ordinateurs toute la nuit. Ce sont de très anciens modèles à lampes, cartes perforées et bandes magnétiques, ceci expliquant cela (voir la photo ci-dessus prise ce matin vers 3 heures, sur laquelle j'apparais grimé pour d'évidentes raisons de sécurité).

Estimation inédite

Le tiercé serait donc assez différent de celui que donnaient les instituts de sondages. La surprise serait que Ségolène Royal, tout comme Jospin en 1995, passerait devant le candidat de droite, avec 24% contre 23% au candidat de l'UMP. Ce dernier serait talonné par François Bayrou, qui dépasserait légèrement 20%. Le Pen atteindrait les 15,5%. Le vote vert permettrait à Dominique Voynet de se situer à la sixième place avec 3,5%, derrière Besancenot qui raterait de peu les fatidiques 5%…

(*) L'informaticien décline toute responsabilité quant à l'exactitude de cette estimation inédite, réalisée à l'aide d'un logiciel dit du "doigt mouillé" (version bêta 0.91) dont les résultats peuvent comporter des biais dus en particulier aux impondérables suivants :
  • Une gestion délicate de la virgule flottante (4/2=2,00000000000000457954654).
  • Les « bugs de l'an 2007 » engendrés par des corrections effectuées dans la nuit du 31 décembre 1999 au 1er janvier 2000, dont les conséquences ne sont pas encore maîtrisées.
  • Les modifications de programme intervenues lors du passage à l'Euro.

vendredi 20 avril 2007

Impératif démocratique ?

Heureusement que Jean-Marie Colombani est là pour m'apprendre la politique !
Dire que je n'avais rien compris à cette élection présidentielle...



Dans l'édition du Monde datée de ce vendredi 20 avril, l'éditorialiste et directeur du quotidien du soir m'explique qu'il ne serait pas démocratique de voter pour un autre candidat que Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy. Ouf ! Merci monsieur Colombani de m'éclairer, moi, pauvre mortel un peu crétin sur les bords. J'avais pensé quelques instants (un centième de seconde, pas plus) voter pour François Bayrou. Quelle honte !

Oui, j'ai compris, la démocratie se conjugue désormais… à l'impératif.
L'ennui est que je n'aime pas trop obéir aux ordres, aussi argumentés soient-ils…

McCartney : my memory is almost full

Le prochain album de Paul McCartney s'intitule Memory Almost Full, et devrait sortir le 18 juin 2007 en France.

Il se trouve que cette date coïncide avec trois événements dont je vous laisse, cher lecteur, le soin de hiérarchiser l'importance historique :
  • Le 18 juin 1940, le Général de Gaulle lançait son célèbre Appel à la Résistance depuis la Grande-Bretagne.
  • Le lundi 18 juin 2007 sera le lendemain de l'élection législative. À cette date, nous saurons depuis longtemps qui est Président(e) de la République et viendrons tout juste de décider par notre vote quelle majorité se dégage à l'Assemblée Nationale.
  • Enfin, last but not least, le 18 juin est l'anniversaire de Paul McCartney, né en 1942. Ce jour-là, il aura donc 65 ans…

Memory not full

Ma mémoire des sorties d'albums de McCartney est loin d'être "almost full". Je vais toutefois entreprendre de la "vider" dans cet article de blog : fidèle amateur de la musique de l'ex-Beatle, je vibre depuis plus de trente ans à la sortie de chacun de ses nouveaux opus, auxquels sont bien souvent attachés des souvenirs personnels.

Venus And Mars (1975)
En ce mois de juin 1975, je me rendais presque quotidiennement à la FNAC du boulevard Montparnasse, à Paris, sachant que le nouveau 33 tours de Paul McCartney et des Wings était annoncé. Mardi 3 juin : les examens de première année de Sciences-Po battaient leur plein. Epreuve de droit constitutionnel. Sujet 1 : le rôle des partis politiques dans le fonctionnement des institutions en France, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Sujet 2 : Peut-on parler de dyarchie de l'exécutif dans la Vè République ? (ce sujet serait beaucoup plus intéressant à traiter aujourd'hui !) En sortant de l'amphi, après avoir disserté sur le premier sujet, je me ruai à la FNAC pour y découvrir Venus And Mars, que je m'empressai de poser sur la platine tourne-disques dès mon retour à la maison… tout en révisant l'épreuve d'économie du lendemain. Quelques jours plus tard – est-ce l'enthousiasme déclenché par le nouvel album ? – j'empruntai une guitare à un copain et m'achetai une méthode pour apprendre à "gratter" mes tout premiers accords…

Wings At The Speed Of Sound (1976)
Cet album sortit le 26 mars 1976. Je me trouvais à ce moment-là en Grande-Bretagne, quelque part entre York et Hull. J'avais acheté l'objet en "pressage anglais", ce qui était très prisé à l'époque, et l'avais rapporté dans ma valise, en prenant garde à ne pas détériorer la pochette de carton renfermant le disque vinyle 30 centimètres. Seul paradoxe : alors que je me trouvais dans la patrie de Paul McCartney, lui se trouvait en France, donnant un concert à Paris auquel je ne puis donc assister. Il me faudra attendre 13 longues années pour le voir enfin sur scène, fin 1989 à Bercy.

Back To The Egg (1979)
Pour me procurer au plus vite les nouveaux albums des Wings, je me rendais dans un magasin dit d'imports, qui faisait venir les disques d'Angleterre avant leur date officielle de sortie en France. Je payais ce privilège au prix fort, pour quelques jours de primeur seulement. J'avais remarqué la pochette de Back To The Egg dans la vitrine du magasin Clémentine Musique, boulevard du Montparnasse, un jour trop tard, puisque c'était un dimanche. Il m'avait fallu patienter jusqu'au mardi matin, le magasin étant fermé le lundi…

Press To Play (1987)
Quelle idée de vouloir faire de l'escalade sur un mur de vieilles pierres dans un village de la Drôme ! Car qui dit vieilles pierres dit pierres friables. Au moment de "sortir" au sommet d'un mur de quelques mètres, la petite arête superficielle sur laquelle mes doigts s'étaient accrochés céda sous mon poids. Je rejoignis dare dare le plancher des vaches, en l'occurrence un sol de pierre – pas friable du tout, d'une dureté implacable. Verdict : un talon fracturé, un mois d'immobilisation. Quelques semaines plus tard, ce fut ma compagne qui accepta avec mansuétude de se rendre en urgence à la FNAC pour me rapporter l'album Press To Play, l'un des plus originaux de l'ex-Beatle. La collaboration avec l'ancien membre du groupe 10cc, Eric Stewart, explique sa couleur musicale inédite. Les morceaux de ce disque restent associés dans mon esprit à la couleur rouge et au goût de bonbon acidulé du pansement gastrique ingéré en préalable aux anti-inflammatoires prescrits par la Faculté…

Off The Ground (1993)
Cette année-là, exceptionnelle entre toutes, fut marquée par de grandes nouveautés : je commençais à exercer en tant qu'informaticien freelance et résidais au pied des montagnes. Ma clientèle étant concentrée dans la capitale, je m'y rendais régulièrement pour des réunions de travail. N'étant pas averti de la sortie du nouveau CD, quelle ne fut pas ma surprise de le découvrir lors d'une visite impromptue au Megastore de Virgin des Champs-Elyées, qui venait d'ouvrir ! Ce mardi 2 février 1993, l'événement était fêté avec faste dans l'immense magasin : des banderoles de plusieurs mètres de hauteur, accrochées au plafond, pendaient de partout, aux couleurs bleues de l'album. Il me fallut attendre d'avoir rejoint la Vallée, à six cent kilomètres de Paris, pour enfin écouter les treize nouvelles chansons…

Flaming Pie (1997)
Quatre années d'attente ! Très occupé par l'Anthologie des Beatles et par la composition de son premier oratorio, Sir Paul avait mis ma patience à rude épreuve. Quand, enfin, un nouvel album fut annoncé, ma compagne et moi décidâmes carrément d'aller l'acheter dès son premier jour de mise en vente… sur place, à Londres. La magie de cette ville, emblématique de la musique pop, se trouva encore magnifiée par la perspective de découvrir dans les bacs d'un disquaire, non loin de Piccadilly Circus, le nouveau CD et son très joli et copieux livret. Ce fut aussi l'occasion d'emprunter pour la première fois le Tunnel sous la Manche, en Eurostar. McCartney et le TGV, que demander d'autre ?
Je remarquai à l'occasion que le classement alphabétique par patronyme est organisé différemment en Angleterre : en France, nous assimilons abusivement les lettres "Mc" à "Mac", classant Paul juste avant Madonna. À Londres, c'est l'inverse, McCartney figure après Madonna, le C venant après le A… Pour la petite histoire, les écossais résidant en Ecosse peuvent conserver le A de Mac, tandis que ceux qui ont quitté leurs terres d'origines pour aller vivre en Angleterre abrègent Mac en Mc. Rien à voir avec les ordinateurs Macintosh, que l'ex-Beatle avait d'ailleurs utilisé pour composer son Liverpool Oratorio.

Driving Rain (2001)
À nouveau quatre ans d'attente ! Initialement annoncée pour l'été 2001, la sortie de Driving Rain sera repoussée, pour n'intervenir qu'après le drame du 11-septembre. McCartney avait composé une chanson en l'honneur des pompiers morts dans l'écroulement des tours du World Trade Center, qu'il interpréta lors d'un concert exceptionnel. Sa maison de disques, EMI, insista pour qu'elle figure sur le CD, alors même que les pochettes et livrets étaient déjà imprimés. Cela fut la cause d'une étrangeté : l'album comporte une seizième plage non signalée sur la pochette, Freedom. Je me suis finalement procuré Driving Rain à la FNAC de Lyon. Amusante coïncidence et clin d'œil "privé" : il se trouva disponible la veille de mon anniversaire, le 13 novembre. Libération titra ce jour-là avec rouerie : "[le disque constitue] ce que le chanteur a fait de mieux depuis, disons, Abbey Road", une façon polie de dire que, en trente ans de carrière solo, il n'avait jamais publié quelque chose de digne de sa réputation !

Chaos And Creation In The Backyard (2005)
Internet casse le suspens, il faut l'avouer. Impossible désormais de découvrir par surprise un nouvel album dans les bacs. Vous me direz, personne ne m'empêche de m'abstenir de chercher sur le Web des information sur le futur McCartney. Seulement voilà : c'est comme les sondages avant les élections, impossible de ne pas les lire ! La vraie surprise, avec ce Chaos And Creation, ce fut la qualité de l'album. Pas d'hésitation : ce CD fait partie des meilleures créations (nonobstant le chaos) de Paul McCartney.

Quelques liens pour en savoir plus
  • Le Maccablog, tenu par Annie, Stéphane, Clément et Louis, de Caen www.maccablog.com
  • Une discographie sur www.maccafan.net
  • Le foisonnant www.macca-central.com où l'on apprend que le titre du futur album serait un anagramme de For My Soul Mate LLM (Linda McCartney)
  • Et bien sûr l'article consacré à Sir Paul McCartney sur l'encyclopédie Wikipedia.

dimanche 15 avril 2007

Des blogs, des notes et des journaux

Un article de blog qui traite... du blog. N'est-ce pas délicieusement nombriliste ?
Les français seraient les champions du monde des blogs. On ajoute même qu'il y aurait plus d'écrivains que de lecteurs. Sans doute ! Cela révèle avant tout une envie de s'exprimer, bien légitime.

Mais qu'est-ce qu'un blog, en définitive ?
Beaucoup de choses ! En premier lieu, le Blog est un journal – le log était un journal de bord de la marine britannique (*). Sur le Web, le log devient Blog en contractant le B final de Web avec le mot log. À la différence du journal sur papier, il est immédiatement publié – et donc public. En outre, les internautes-lecteurs peuvent ajouter leurs commentaires à tout message (ou post) du blog qu'ils lisent. Ces deux caractéristiques font toute l'originalité du blog.

Blogosphère
Chaque blogueur, chaque blogueuse font de leurs blogs ce qu'il veulent, à l'intérieur du cadre fourni, essentiellement le classement chronologique (et thématique) et la fonction de commentaires. L'ensemble des blogs existants constitue la blogosphère.

Extime
Entre autres choses, un blog peut ressembler à ces notes d'écrivains qui tiennent des carnets. Victor Hugo les avaient rassemblés sous le terme Choses vues. Une assez belle expression je trouve. Plus récemment, un néologisme s'est mis à circuler, le journal extime. Dérivé du journal intime, il tente de désigner le blog comme un journal tourné vers l'extérieur, puisque publié.

Rêves et fantasmes
Le mot est un peu technique, mais n'en est pas moins intéressant, même s'il surestime l'importance du mot extérieur. Beaucoup de blogs restent avant tout des journaux intimes, que leurs auteurs publient avec le fantasme qu'ils intéresseront le monde entier. On retrouve le même fantasme dans le rêve de passer à la télévision pour y déballer sa vie intime...

Blog(c)-notes
On pourrait proposer d'autres équivalents, par exemple blog-notes, proche phonétiquement de bloc-notes (que la commission de terminologie cherche à imposer, en oubliant qu'il demeure imprécis et est déjà employé en informatique).

Bouteille à la mer
Le blog ressemble aussi à une bouteille à la mer, tant l'océan des pages Web est vaste. Si vous écrivez dans un blog, rien ne garantit que vous serez lu. Mais, un jour, quelqu'un peut ouvrir la bouteille de façon fortuite, à partir d'un moteur de recherches ou d'un lien, et lire le message enroulé dans du parchemin...

22 avril
Le terme extime avait notamment été relevé par Pierre Assouline, sur son blog bien entendu, à l'adresse suivante. Michel Tournier aurait employé le mot dans un de ces livres, tandis que Lacan aurait été un précurseur en utilisant extime dans un de ses écrits (Lacan semblait être un infatiguable créateur de néologismes). Ce qui est amusant, c'est que le message précité de Pierre Assouline date du 22 avril 2005. Deux ans pile avant le premier tour de la toute prochaine élection présidentielle. Car s'il est un journal intime qui s'extimise, c'est bien celui de l'électeur qui réfléchit sur son vote et partage ses réflexions avec les internautes lecteurs (et é-lecteurs).

(*) Voici ce qu'en disait un article du Monde confirmant que l'étymologie est pleine de poésie :

A sa genèse, il ne s'agissait que d'une simple pièce de bois ("log" en anglais). Les premiers marins jetaient un rondin par-dessus bord, à la poupe de leur bateau. En comptant le temps écoulé pour qu'il s'éloigne, ils estimaient ainsi la vitesse du navire.

Plus tard, les navigateurs affinèrent le système en reliant à une corde des pièces de bois à espaces réguliers. Les "logs" jetés à la mer permettaient de mesurer plus précisément l'allure du bateau. Les données collectées étaient soigneusement consignées sur un carnet de bord, un journal de logs.

Le terme "log" s'écarte ainsi de son sens originel et commence sa seconde vie : il désigne dès lors les carnets de bord des capitaines aux longs cours.

samedi 14 avril 2007

Renseignements généraux z'et spéciaux

C O N F I D E N T I E L

Je vous écris sur mon PC portable connecté en Wifi depuis un de ces bureaux mansardés, sous les toits, tout en haut d'un vieil immeuble parisien dont je ne puis vous révéler l'adresse. C'est là que la cellule "sondages" des Renseignements Généraux officie dans le plus grand secret.

Sur la table, à côté de moi, un volumineux dossier estampillé "top secret". Je viens de le compulser pour vous, au prix de risques insensés. À tout moment, la porte peut s'ouvrir et Harry Potter, pardon, François Baroin, surgir et me surprendre.

Que contient ce dossier ?
Couchés sur de petites fiches cartonnées format 12 x 4, le dossier renferme les résultats d'un vaste sondage mené avec opiniâtreté par deux mille quatre cents agents secrets qui ont sillonné la France, se rendant dans les quatre coins de l'hexagone pour recueillir de précieuses informations. Alors que les électeurs sont encore hésitants, ces agents sont capables non seulement de sonder leurs opinions, mais aussi d'extrapoler la décision qu'ils prendront quand, dans le secret de l'isoloir, ils voteront le 22 avril prochain.

Que nous apprend ce sondage ?
Les chiffres sont clairs : Nicolas Sarkozy recueillera 27% des suffrages, suivi malheureusement de Jean-Marie Le Pen, avec 21%, puis de François Bayrou à 20%. Ségolène Royal subira un effondrement spectaculaire, plafonnant à 18%. Le temps me manque pour écrire les scores des autres candidats, qui se partageront 14% si je compte bien.
Je vous demande instamment de prévenir tous vos amis et connaissances en leur envoyant le message suivant :
Un sondage RG réalisé sur environ 15 000 personnes donnerait un
second tour Sarkozy/Le Pen, ce dernier battant légèrement F. Bayrou au 1er tour, S. Royal étant assez largement éliminée.
Avec toutes les précautions liées tant à la validité de l'information
"Un sondage RG..." qu'à la fiabilité de celui-ci s'il a effectivement
été réalisé, je pense utile de faire circuler ce message afin que la
mobilisation soit maximale et que soit évité un tel scénario
catastrophe (*).

Le temps presse. D'ailleurs, je vais cliquer sur le bouton "Publier" de mon blog afin que l'information s'en aille inonder le Web pendant qu'il est encore temps.
Mais ?... Je crois que j'entends du bruit... On monte dans l'escalier, des pas résonnent sur le palier, on tourne la poignée de la porte... Vite, je clique…
(Si vous l'osez, cliquez à votre tour sur le fatal bouton...)


(*) Ce texte est celui d'un courriel que j'ai effectivement reçu…

Une économie sans êtres humains

C'est automatique ?
Tout récemment, en me rendant au supermarché puis au cinéma, j'ai constaté que, dans ces deux établissements, la moitié des caissiers et caissières avaient disparus. Ils venaient d'être remplacés par des bornes et autres caisses automatiques.

Le terme automatique est cependant impropre : rien d'automatique en réalité puisque les clients doivent désormais procéder eux-mêmes aux actions dont les employés étaient précédemment chargés. Quelques jours plus tard, dans le métro parisien, je constatai que les guichetiers de certaines stations ne vendaient plus de tickets, se limitant aux renseignements, et me demandaient d'utiliser un distributeur automatique.

Supprimons !
Durant la campagne électorale, on a beaucoup parlé des "caissières de supermarché" pour dénoncer des conditions de travail et de salaires proches du scandale. Et l'on a eu raison. Mais le risque est grand, une fois de plus, de tout mélanger : à ceux qui déploreraient la disparition de ces emplois, on rétorquera que c'est un progrès, des tâches monotones étant désormais supprimées.
Tout cela serait juste si les employés ainsi "supprimés" trouvaient immédiatement un autre emploi. Or, on sait que ce n'est pas le cas.

Alfred Sauvy disait il y a une trentaine d'années qu'on ne pouvait pas refuser le progrès, par exemple en demandant de garder cent ouvriers poussant chacun une brouette au lieu d'utiliser un camion. Il est toutefois légitime de se demander si, dans la secteur des services tout au moins, faire disparaître systématiquement les être humains est vraiment un progrès.

Quelques réflexions
  • Dès lors que le client accomplit les tâches autrefois dévolues à la caissières, pourquoi n'est-il pas rémunéré (par une réduction sur le prix de ses produits par exemple) ?
  • Tous ces automatismes augmentent le nombre de contrôles, et l'on sait ce qu'ils provoquent à la longue.
  • Pourquoi les caisses automatiques et les bornes des billetteries ne payent-elles pas de charges sociales ?
  • Pourrait-on imaginer qu'une part de l'économie réalisée par la mise en service de caisses automatiques n'aille compléter les salaires misérables des caissiers et caissières encore en poste ?
Et pourquoi cette défiance perpétuelle à l'égard de l'être humain ? Je ne sais plus quel patron rêvait d'une entreprise sans employés. Ce serait en réalité un cauchemar. Et, d'ailleurs, à quoi servirait une économie sans êtres humains ? Je crois que, trop souvent, nous marchons sur la tête tout en nous tirant des balles dans les pieds, si je puis m'exprimer ainsi…

vendredi 13 avril 2007

Attention : virages dangereux !

Il est grand temps que la campagne s'arrête et que, enfin, nous votions.
La dernière ligne droite est en réalité jalonnée de virages dangereux dans lesquels les dérapages deviennent totalement incontrôlés.

Que penser de cette campagne ? Pour ma part, je l'ai trouvée passionnante, contrastée, complexe et animée. Alain Duhamel m'a surpris par son pessimisme dans sa récente chronique (Libération du 11 avril, page 29) titrée la démocratie d'opinion triomphe. Il y écrit notamment que les dernières semaines ont été marquées par :
La victoire de la posture sur le contenu, de l'émotion sur la réflexion, de l'image sur le projet, de la subjectivité sur la rationalité, de la flatterie sur la conviction, de l'individualisme sur la solidarité, […] de la démagogie sur la pédagogie.

Bigre ! N'en jetez plus Monsieur l'analyste !
Je trouve cette vision à la fois exacte et outrée. Car, pour peu qu'on se donne un peu de mal, il y avait matière à réflexion. Et essayer de se faire une opinion est un sport passionnant.

Nouvelle bourde
En revanche, la dernière "bourde" de Nicolas Sarkozy semble donner raison à Alain Duhamel tout en mettant en exergue l'instabilité pathologique du candidat de l'UMP.
Ses récentes déclarations sur l'inné et l'acquis rappelent de sordides desseins, par exemple le souhait qu'avait Le Pen d'interner les malades du sida dans des asiles.

Tissu de contradictions
Outre qu'elles sont fielleuses, ces façons de mettre en avant l'inné sont en totale contradiction avec l'obsession du "mérite" du candidat : en effet, si nos défauts sont des "tares innées", à quoi bon essayer de s'en sortir par le "travail méritant" ? Nouvelle contradiction qui vient s'ajouter aux précédentes, dont je ne citerais que deux exemples :

  1. Le chantre du libéralisme qui prône la suppression des droits de succession, en totale contravention avec la doctrine libérale qui met en avant le "self made man".
  2. Le défenseur de la "valeur travail" qui oublie de relever que les revenus du capital sont moins taxés dans notre fiscalité que les salaires.

Désagréables remous
Plus grave, ces volte-face perpétuelles augurent mal d'une présidence de la République. Au-delà des idées politiques de Nicolas Sarkozy, j'ai de la peine à comprendre comment ses électeurs peuvent croire qu'il exercera un pouvoir efficace. Je craindrais plutôt des remous désagréables. Un seul exemple : son souhait de faire voter une loi limitant le droit de grève dès le lendemain de son élection me semble de nature à déclencher des grèves illimitées sur le mode "baroud d'honneur", bien peu souhaitables… Un chef d'État doit savoir faire la différence entre volontarisme et provocation.

lundi 9 avril 2007

Incontournable portable

C'est une toute petite coïncidence qui m'amène à évoquer un outil devenu "incontournable" comme disent les journaux. Et à propos de journal, c'est dans Libé du 5 avril (*) que je suis tombé sur un article consacré au téléphone mobile, dans lequel un Jean-Luc explique pourquoi il tente de vivre sans portable – ce qui n'est pas mon cas même si l'engin trouve peu de grâce à mes yeux (et à mes oreilles).

Ce Jean-Luc dit des choses très justes en répondant à la question "Pourquoi vivre sans portable ?"
Pour ne pas être disponible 24 heures sur 24.
Pour ne pas déplacer des rendez-vous déjà difficiles à fixer.
Pour ne pas entendre que les gens arrivent avec trente minutes de retard parce qu'ils sont occupés à faire autre chose.
Pour ne pas rappeler des centaines de gens qui m'appellent sans savoir pourquoi.
Et, surtout, pour communiquer vraiment et non pas pseudo-communiquer.

Dans le même article, un chargé d'études au Credoc (Centre de Recherche pour l'EtuDe et l'Observation des Conditions de vie), Franck Delpal, est cité. Il remarque avec justesse que :

Les "êtres bizarres" qui refusent de se doter d'un téléphone mobile, sont dans une recherche de communication plus authentique. Ne pas remplir le vide, mais parler vraiment, sans s'appeler pour se dire 'je peux pas te parler, je suis dans un tunnel'

Le prestige d'une technologie nous fait perdre toute objectivité. Si je reconnais au téléphone mobile d'indubitables qualités, je trouve dommageable de refuser d'envisager ses défauts, en particulier son rôle déstructurant. L'organisation du temps est une tâche fondamentale dans notre société. Or, le mobile sert trop souvent à perturber cette organisation au lieu de l'optimiser.

Chaos prestigieux
La question des rendez-vous sans cesse reportés ou annulés, qu'évoque le Jean-Luc précité, est symptomatique : quelle perte de temps pour tout le monde si l'emploi du temps n'est jamais stabilisé ! Il faut sans cesse appeler pour confirmer, re-confirmer, reporter, différer, déplacer, annoncer qu'on part, qu'on est parti, qu'on va arriver, qu'on arrive, qu'on est là… Cela me fait penser à ces militaires équipés de talkie-walkie qui "rendent compte" de leurs moindres faits et gestes à leurs supérieurs. Dans une société préoccupée par la productivité, ces communications inutiles sont paradoxalement valorisées, comme si vivre dans le chaos était un signe d'efficacité et de dynamisme.

L'abondance des moyens de communications conjuguée à l'absence totale de hiérarchisation de chacun d'entre eux remet en cause leur efficacité : courrier postal, téléphone fixe, fax, courriers électroniques, SMS, téléphones mobiles… Employer l'outil qu'il faut au moment où il faut est le seul moyen d'être efficace. Mais cela demande réflexion. Or, nous n'avons plus le temps de réfléchir.

(*) L'article de Libé peut être lu en ligne sur le site du quotidien, mais pendant une durée limitée. Aussi ne soyez pas surpris si ce lien qui y condui(sait)t n'aboutit pas. Parmi les réactions d'internautes publiées en annexe de l'article par Libé, je me permets de citer celle-ci, qui ne manque ni d'humour ni de pertinence :

J'ai un portable à carte déja parce que je n'aime pas téléphoner et j'ai encore plus horreur de téléphoner devant tout le monde, c'est comme si on me demandait de faire pipi devant des inconnus. Je préfère attendre d'être chez moi pour téléphoner, c'est privé. En plus, être joignable n'importe quand, n'importe où, quel manque de liberté ! Maintenant on imagine le pire si on ne peut pas joindre quelqu'un. Et alors ? On a bien le droit de partir quelquepart sans le dire et être tranquille.

vendredi 6 avril 2007

Des gares et des télescopages

Gare du Nord, gare de l'Est… les gares font parler d'elles en ce moment. Il est frappant de constater que l'actualité négative est traitée avec beaucoup plus d'insistance que l'actualité positive. Je n'ai pas d'opinion tranchée sur ce sujet. Quoi qu'il en soit, ce parti pris incite plutôt à voir les choses en noir…
Un exemple avec Libé :
En haut à gauche, le timbre-poste annonçant le record de vitesse battu par le TGV, à 574,8 km/h.
Le format n'a rien à voir avec celui de l'article relatant l'accident intervenu gare de l'Est : une rame de banlieue ne s'est pas arrêtée et a terminé sa course dans le heurtoir en tête du quai, à 7 km/h.
Aucun blessé grave heureusement.


En savoir plus…

Quelques liens : "Aucun blessé grave" sur le site d'Europe 1, "71 blessés" sur le site du NouvelObs, tandis que le JDD nous indique que "le conducteur est libre", comme s'il était le dernier des malfaiteurs. Bertrand Delanoë s'est fendu d'un communiqué compassionnel bien comme il faut, assurant toutes les victimes de sa "solidarité". Ouf ! Merci M. le Maire !

574,8 km/h en TGV
Maintenant, s'il vous reste un peu d'enthousiasme, allez regarder le reportage du record de vitesse, sur YouTube par exemple, ou bien cherchez "TGV" sur la page britannique(*) de GoogleNews, bien plus flatteuse que celle de la France. Quand on parle d'identité nationale… Inutile donc d'entasser des drapeaux dans des armoires !

(*) L'équivalent des 574,8 km/h en miles donne un peu plus de 350 Mph, ce qui explique aussi l'impact sur les esprits anglo-saxons (voir notamment le DailyMirror).