vendredi 30 mars 2007

Huitième République ?

Un simulacre de réforme
Dans Libération du 28 mars, Alain Duhamel analyse les propositions institutionnelles des candidats sous le titre Un simulacre de réforme.
La candidate du PS s'est alors subitement convertie aux charmes mystérieux de la VIe République. […] Il n'est pas réellement question de VIe République. […] En réalité, ce que propose, chacun à sa manière, François Bayrou, Ségolène Royal et, à um moindre degré Nicolas Sarkozy, ce n'est pas une VIe République, mais une Ve République bis ou plutôt une Ve République ter.

L'humble blogueur est toujours flatté de voir un vrai journal imprimé sur papier réel confirmer ses modestes écrits : la Ve République ter d'Alain Duhamel est bien cette République "version 5.3" que j'évoquais dans mon article du 20 mars, Constitution version 6.

La conclusion d'Alain Duhamel qualifie les trois candidats au regard de leurs propositions institutionnelles, et je dois dire que c'est assez bien vu :

Un centriste audacieux, un Sarkozy prudent, une Ségolène Royal modeste : trois oxymores.

La VIe République de Ségolène Royal

Page 2 du Monde daté du même 28 mars, Michel Noblecourt analyse la VIe République de Ségolène Royal :

Ni sur le fond, ni sur la forme, la VIe République de Mme Royal n'est celle de M. Montebourg. […] Qui dit VIe République dit nouvelle Constitution, se substituant à celle de la Ve République. […] En tout état de cause, si Mme Royal est élue, il n'y aura pas de Constitution de 2007 donnant naissance à une VIe République.

On objectera que seul le fond compte, et que la forme est secondaire. Ce n'est pas une raison pour galvauder les symboles : un changement de République n'est pas anodin, c'est un bouleversement. Depuis la Révolution française, ces changements se sont toujours produits à l'occasion d'une crise ou au sortir d'une guerre. Les améliorations institutionnelles proposées par les candidats méritent un examen attentif et ne manquent certes pas d'intérêt. Mais, encore une fois, n'ont rien à voir avec une VIe République : si c'était le cas, la réforme de 1962 aurait mérité largemement le numéro 6, et celle du quinquennat (2000) le numéro 7. Nous serions par conséquent en train de bâtir la huitième République !

C'est l'inconvénient des campagnes électorales : les communicants soufflent aux candidats des formules ronflantes, jouent avec les symboles et, in fine, nous servent une tambouille informe qui fait perdre tout repère.

Bibliographie
Pour se faire une idée de ce que pourrait être une véritable Constitution nouvelle, je me permets de vous recommander l'ouvrage d'Arnaud Montebourg et Bastien François, La Constitution de la 6e République. Très complet et solidement argumenté, ce projet de Constitution est en même temps utopique : la campagne électorale prouve qu'aucun candidat ne se lancera une fois élu dans une telle réforme, sachant en outre qu'ils n'ont pas la moindre envie de réduire leurs pouvoirs une fois élus !

lundi 26 mars 2007

Quelle mouche les a piqués ?

Le quotidien gratuit Métro résume bien ma pensée :



En effet, le week-end du cinquantième anniversaire du traité de Rome, de quoi parlaient nos candidats ? De "l'identité nationale". Atterrant ! C'est ce qui s'appelle faire du brouillage.
Alors que des problèmes complexes, humainement et légalement parlant, se posent, à savoir la question des enfants de sans-papiers scolarisés et menacés d'expulsion, voilà qu'on disserte sur le drapeau. Or, ces questions demanderaient plus de subtilité, d'inventivité et de dignité, et non un manichéisme simpliste, avec les bons d'un côté et les méchants de l'autre. La campagne électorale dérape, et c'est dommage car, jusqu'ici, elle était plutôt de bonne qualité.

Ah oui, j'oubliais : voici mon drapeau.

Est-ce que Ségolène Royal en a un exemplaire chez elle ? L'a-t-elle mis à son balcon ce dimanche 25 mars pour montrer l'exemple ?


Petite remarque finale : que Nicolas Sarkozy dérape, c'est dans sa nature et dans ses méthodes. Mais que sa compétitrice le suive, cela ne fait qu'accroître mon dépit !

dimanche 25 mars 2007

Le sous-marin, machine à perdre

Scène 1 : immobile ?
Nicolas Sarkozy, les mâchoires crispées, m’explique à France-Europe-Express, dimanche dernier, que « Bayrou, c’est l’immobilisme ». Quand j’observe la bougeotte infernale du candidat de l’UMP, qui ressemble parfois à ces mouches qui se heurtent aux vitres, je ne peux m’empêcher de penser que je préfère quelqu’un qui soit immobile, au sens « serein » et posé…

Scène 2 : le sous-marin
Ségolène Royal et ses militants me démontrent – avec persuasion je le reconnais – que Bayrou (encore lui !) est un « sous-marin de droite ». Peut-être… Mais une chose est certaine : il ne suffit pas de me dire que « Bayrou c’est pas bien » pour me donner envie, comme par magie, de voter pour Ségolène Royal… N'oubliez pas l'adage : au premier tour, on choisit (et au second on élimine). Alors ne me proposez pas de voter Royal par élimination !

Le syndrôme Ben-Hur
Nous sommes passés en quelques jours de l’adhésion à la défiance. Après avoir cherché à convaincre, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal semblent entrer dans la critique systématique de leurs concurrents. Logique stratégique probablement.
Personnellement, je ressens très mal ce virage. Il pourrait s’expliquer par les sondages : dès qu’une courbe d’intentions de vote chatouille celle d’un candidat, il se met à taper sur celui qui semble le (ou la) rattraper. Vous savez, comme dans le film Ben-Hur, quand les conducteurs de chars donnent des coups de fouets à leurs poursuivants au moment où ils tentent de les doubler.
Attention les amis ! À force de démontrer l’inanité de la candidature du voisin, vous allez convaincre les électeurs de se réfugier dans les « votes inutiles » pour ne pas dire extrêmes…

Les boulets rouges
Enfin, quand le PS tire à boulets rouges sur le candidat Bayrou, il s'engage sur une pente dangereuse et savonneuse. Car que doit-on déduire des messages entendus ?
  1. Si Ségolène Royal est opposée à Sarkozy au second tour, le message implicite est le suivant : « Bayrou étant un sous-marin de droite, eh bien qu’il fasse surface, et que tous ses électeurs du premier tour se reportent sur Sarkozy, en toute logique ». Interdiction par conséquent aux gaucho-baryouistes de revenir dans le giron du PS.
  2. Si Ségolène Royal n’est pas au second tour, c’est encore plus grave : « si vous avez voté PS au premier tour, vous n’allez pas voter pour le sous-marin de droite au second, ce serait une trahison », comme on l'explique depuis des semaines. Donc, qu'en déduire ? Eh bien l'abstention !
Dans les deux cas, Sarkozy sera élu.

Si ce n’est pas la machine à perdre, alors je demande qu'on m'explique !

samedi 24 mars 2007

Etendard sanglant-t-élevé

[La scène se déroule dans le domicile d'un quidam, le 13 juillet 2007.]

Ding-dong !
— On sonne, qui cela peut-il bien être ? soliloque le quidam en se dirigeant vers le vestibule.
Il ouvre la porte de son appartement. Un homme de petite taille, coiffé d'une casquette bleu-blanc-rouge, apparaît :
— Albert Duchemin, Juré-Citoyen tiré au sort !
— Mes respects, monsieur le Juré-Citoyen.
— Je viens vérifier que vous disposez de l'étendard sanglant-t-élevé, pouvez-vous me le montrer ?
— Euh… non, j'ai dû l'envoyer au blanchiment…
Le petit homme sort un carnet à souche et commence à écrire tout en reprenant :
— Et la Marseillaise ? Poursuivez après moi : « l'étendard sanglant-t-élevé… »
— Euh… je crois que c'est : « mugir nos féroces soldats »
— Pas du tout, mais alors pas du tout. Bon, voici votre contravention : 50€ pour le drapeau et 50€ pour la Marseillaise. En cas de récidive, vous encourez le double, c'est compris ?
— À vos ordres, monsieur le Juré-Citoyen.
— Et je constate que ça sent la cigarette, dans cet appartement. La prochaine fois, je serai obligé de vous verbaliser pour usage de tabac.
— Cela ne se reproduira pas, monsieur le Juré-Citoyen.
— Je l'espère.
L'homme tourne les talons et sonne à la porte en face.

Ségolène Royal a déclaré que si elle était élue à la présidence de la République le 6 mai, elle ferait "en sorte que les Français connaissent la Marseillaise, que dans toutes les familles il y ait le drapeau national qui soit là".

Ça y est, elle a complètement pété les plombs !

vendredi 23 mars 2007

275 mots qui comptent !

Mon copain et blogueur, le prolixe Daniel vient de publier la liste des 275 mots qu’il aime. Je reste à quia d'admiration devant cette initiative et souhaite m'en faire le laudateur dans cette notule avec alacrité.

Aussi, sans barguigner, j’y fait écho derechef sans aucune procrastination, nonobstant les urgences quotidiennes. Une telle initiative mérite un panégyrique qui, loin d’être superfétatoire, m’apparaît comme indispensable, au risque d’être dithyrambique. Grâce à ce lexique de 275 mots, dont je parsème ce soliloque, ébaudissez-vous sans retenue. Peut-être vous sembleront-ils abscons, ou superfétatoires, et les lirez-vous d’un œil torve, en soliloquant quelques borborygmes frisant l’opprobre. Je demande votre mansuétude, à vous, aréopage d’internautes, pour ces miscellanées de vocabulaires à mon avis irréfragablement nécessaires à votre édification. Ils vous aideront à progresser, tel le nyctalope, dans la nuit des mots qui vous apparaîtra aussi belle que vos jours…

Et puis : n’oubliez pas de passer à l’heure d’été dans la nuit de samedi à dimanche, nyctalope ou pas !

Drus face Ouest : la voie des Papas

Les précédents articles de ce blog sur la face Ouest des Drus (1er février et 11 février) méritaient une mise à jour commençant par un bref retour en arrière dans le temps.

Pierre Allain (1904-2000) raconte dans son livre Alpinisme et compétition (1947), sa première ascension de la face Nord des Drus avec Raymond Leininger. En 1935, la face Ouest des Drus était vierge de tout passage. L'itinéraire de la face Nord passant à droite de la Niche, la vue sur la muraille Ouest était saisissante :
À droite, le regard plonge dans les abîmes de la face ouest des Drus. Là, la verticalité est rigoureuse et seulement coupée de temps à autre par d'énormes surplombs. D'immenses dalles de protogyne présentent, sur cinquante ou cent mètres, une surface lisse et sans défaut, prototype même de l'impossible. L'alpiniste ici perd ses droits, seuls des échelons scellés ou quelque autre procédé du même genre en pourraient venir à bout; ce ne serait plus de l'alpinisme mais du travail en montagne.

Il faudra attendre 1952 pour que la face Ouest soit gravie, à l'aide de toutes les subtilités de l'escalade artificielle, encore balbutiante dans les années trente. Trois ans plus tard, Walter Bonatti ouvre en solitaire le pilier qui portera son nom, sur le fil droit de la face Ouest. Nombre de prestigieuses premières suivront, la face attirant les plus grands alpinistes. Mais en 1997, puis en 2003 et 2005, de gigantesques éboulements affectent la paroi, dégageant de fait une "nouvelle" face Ouest…

Le pilier Bonatti revisité : la voie "Les Papas"

Le numéro 315 (mars 2007) de Montagnes-Magazine publie un reportage complet sur la première de Martial Dumas et Jean-Yves Fredriksen dans cette "nouvelle" face. Le tracé suit le flanc gauche du fil de l'ancien pilier Bonatti, sur le rebord droit de la partie éboulée.

Ce faisant, les deux alpinistes ont limité l'exposition aux risques objectifs (chutes de pierres) tout en traçant une ligne élégante. Pendant leur ascension, qui a duré huit jours (28 janvier au 4 février 2007), ils ont découvert des vestiges des voies Thomas Gross (spits allemands des années 70) et Bonatti (pitons originaux de 1955).


Ci-dessus, le tracé, extrapolé à partir des photos publiées dans la presse, qui n'a rien d'officiel par conséquent !

Travail en montagne ?
Ce qui frappe dans le reportage, c'est le constant "nettoyage" des fissures qu'ont dû entreprendre les deux grimpeurs tandis qu'ils escaladaient la paroi : comme le disait Pierre Allain, un véritable travail en montagne. Mais loin de moi l'idée de dévaloriser cette magnifique première, réussie en plein hiver, soulignons-le, au prix d'un engagement total (ayant cassé leur tamponnoir, Dumas et Fredriksen ne pouvaient plus planter de gollots dès le troisième jour). La voie a été baptisée "Les Papas" par ses auteurs, jeunes pères de famille l'un comme l'autre.

Mais j'arrête là et vous conseille de lire ce numéro de Montagne-Magazine pour en savoir plus !

Valeri Babanov, le retour
Depuis, Valeri Babanov, qui avait inauguré une voie inédite début 1998, juste après le premier éboulement, a tenté à nouveau sa chance avec un compagnon. Il voulait ouvrir une voie plus directe, dans l'axe de la nouvelle face. Mais, de son propre aveu, le danger était beaucoup trop menaçant : une chute de pierres toutes les dix minutes environ, et ce malgré le gel hivernal.

Quelques liens

jeudi 22 mars 2007

La quadrature du cercle

En l'état actuel des choses, le premier tour de la Présidentielle ressemble à un casse-tête infernal. La quadrature du cercle ! Pour l'illustrer, voici un petit graphique au paroxysme de l'incertitude. C'est à dessein (et à dessin) qu'il arbore une telle symétrie.

Des hypothèses très "carrées"
Ce cercle diabolique est construit ainsi :
• Egalité Sarkozy / Royal
• Egalité des "extrêmes" avec 15% pour Le Pen et 15% pour 3BLV (Besancenot, Bové, Buffet, Laguiller et Voynet)
• Bayrou au centre avec 20%
• Les autres candidats négligés - qu'ils m'en excusent !

Quelles alliances ?
Dans ces conditions, les reports de voix décideront de l'issue finale du scrutin, et bien malin qui pourrait hasarder des calculs !
La question sera bien entendu : quelles alliances ?
Celui ou celle qui parviendra à s'allier avec Bayrou sans pour autant perdre totalement sur son aile radicale l'emportera donc... Mais une chose est certaine, si la Gauche refuse d'examiner l'hypothèse d'une alliance avec le candidat centriste, elle est certaine de perdre, du moins si ce qu'elle clame (Bayrou est de droite) se vérifie. Car 25 + 20 (à droite) contre 25 + 15 (à gauche) = le compte n'y est pas !

Qui a dit que seule la Vème République évitait les alliances et compromis ?

mardi 20 mars 2007

Constitution version 6

En tant qu'informaticien et ancien de Sciences-Po, mon devoir citoyen est d'expliquer à nos candidats comment réviser la Constitution, qu'on appelle, selon l'expression en vogue, le "logiciel institutionnel".

Mode d'emploi pour passer de la République version 5 à la République version 6

Étape 1 : Lancer le logiciel Word en double-cliquant sur son icône.
Étape 2 : Ouvrir le texte de la Constitution de la 5ème République.



Étape 3 :
Actionner la commande de menu Fichier > Enregistrer sous...


Étape 4 : Dans le dialogue d'enregistrement, remplacer le chiffre romain V par le chiffre romain VI.
Étape 5 : Cliquer sur le bouton Enregistrer.
Étape 6 : Modifier les articles souhaités.
Étape 7 : Actionner la commande de menu Fichier > Enregistrer.
Étape 8 : Dans le logiciel institutionnel, cliquer sur le bouton Promulguer.

Au delà du gag, les récentes déclarations des candidats sur une éventuelle VIème République me mettent en colère... et pas seulement en tant qu'informaticien !

Versions 5.0 et version 5.1
En restant sur l'analogie logicielle, la version 5 de la Constitution a été mise en service le 4 octobre 1958. Comme on le constate en informatique, la version "point zéro" est rarement la bonne. Une mise à jour s'impose rapidement: à peine quatre ans plus tard, le co-auteur du logiciel, le Général de Gaulle, modifia sensiblement le texte en proposant au peuple de ratifier par référendum l'élection du Président de la République au suffrage universel direct.
La République version 5.1 était née.

Plusieurs révisions mineures intervinrent par la suite, par exemple la saisine du Conseil Constitutionnel par des députés ou des sénateurs (version 5.11, 1974).

Version 5.2
En l'an 2000, une nouvelle révision majeure fut ratifiée par référendum : le raccourcissement du mandat du Président à 5 ans, complétée par une rustine logicielle (en jargon : patch) consistant à inverser le calendrier naturel des élections, afin que les Législatives suivent (et non précèdent) la Présidentielle.
La République version 5.2 entrait en service, avec les bugs que l'on sait.

La transformation définitive des élections législatives en confirmation de la présidentielle n'a fait qu'accroître l'hystérie de la présidentielle : les candidats se ruent sur le scrutin pour être entendus, sachant que les législatives ont encore perdu de leur importance. D'où les 16 candidats de 2002 et ses effets pervers, d'où les 12 candidats de 2007 et l'incertitude sur la coalition que pourrait rassembler Bayrou. Dans un système parlementaire classique, ce seraient les législatives qui détermineraient une majorité nouvelle, comme en Allemagne. Dans une seconde étape, un Premier ministre en émergerait naturellement, par exemple François Bayrou si les contours de la majorité élue lui permettaient de présenter une programme et d'être investi. Je persiste et signe : le logiciel actuel est bugué, la redondance entre les deux scrutins créant la confusion tout en exaspérant les partis minoritaires.

Version 6 ?
Aujourd'hui, les trois principaux candidats à l'élection proposent leur version 6. À mon avis, ils se moquent de nous. Pourquoi ?

En premier lieu, les modifications qu'ils proposent sont relativement mineures. Sans les sous-estimer, elles ne constituent en aucune façon une VIème République. Il suffit de lire un résumé des quelques livres parus sur le sujet, en particulier ceux d'Arnaud Montebourg ou Jack Lang, qui proposent de véritables bouleversements dignes du label "version 6". Le premier prône un système parlementaire sous l'égide du Premier Ministre, avec un Président arbitre, et le second un système présidentiel à l'américaine, sans premier ministre, avec un Président gouvernant mais privé du droit de dissolution.

Version 5.3
Les propositions de Ségolène Royal, de François Bayrou ou de Nicolas Sarkozy sont beaucoup plus modestes. Curieusement, elles conduisent toutes à accentuer la dérive monarchique de nos institutions, avec bien sûr la promesse qu'ils en feraient un "bon usage". Tout cela est ridicule et irresponsable. Quoi qu'il en soit, il ne s'agirait que d'une "version 5.3". Pourquoi pas après tout, mais encore faut-il le dire, sans coquetteries ni dérobades.

Supprimer l'article 49-3 (vote bloqué), réformer le Sénat, supprimer certaines nominations par le Président de la République, instituer le mandat unique, ajouter des gadgets comme les jurys populaires, tout cela ne fait pas une VIème République, loin s'en faut.
Dans tous les cas, les candidats proposent de confirmer dans les textes la prééminence du Président de la République, en lui donnant explicitement les pouvoirs du Premier ministre. C'est une capitulation en bonne et due forme face aux dérives constatées depuis 2002. Tout cela est bancal, et ne fait que confirmer la nature monarchiste du régime. Mais je comprends les candidats : ils prônent ce qui les arrange, à savoir augmenter leurs futurs pouvoirs, tout en faisant passer la pilule avec des limitations symboliques (réduction des nominations). Car accroître le rôle du Président sans en tirer les conséquences, à savoir la mise en place d'un système présidentiel, et donc la suppression du droit de dissolution, conduirait à un régime encore plus hybride, pour ne pas dire bâtard. Plus grave, consacrer la prééminence du Président sans le rendre responsable devant l'Assemblée n'est rien d'autre qu'un déni démocratique. L'urgence de la campagne conduit les candidats à proposer n'importe quoi !



Les seules idées un peu intéressantes sont celles de François Bayrou : supprimer la "bombe logicielle" de l'article 16, que je n'aimerais pas laisser à l'initiative d'un Sarkozy, instaurer une part de proportionnelle dans les législatives pour calmer le jeu de l'hystérie majoritaire. Sur ce dernier point, Montebourg avait une meilleure idée, consistant à élire le Sénat au suffrage universel direct à la proportionnelle intégrale, afin d'en faire un "défouloir proportionnel" sans mettre en péril la stabilité gouvernementale. Encore faudrait-il supprimer une autre élection, au risque d'une overdose électorale de la part des citoyens (ce pourrait être les élections cantonales).

Assemblée Constituante
En second lieu, un changement de numéro n'est pas un gadget de communicant à deux balles. Changer de numéro de République, c'est changer de Constitution. Rien à voir avec le mode d'emploi ironique décrit précédemment. Une VIème République ne pourrait être mise en place qu'à condition de réunir une Assemblée Constituante, élue avec un mandat explicite, à lui faire voter le nouveau texte – entièrement refondu de A jusqu'à Z – puis à le faire approuver par référendum. À moins de choisir une voie moins démocratique, en utilisant le fait du Prince élu le 6 mai, qui déciderait par exemple d'appliquer la procédure de révision de l'actuelle République (vote par les deux Assemblées puis référendum, ou vote par le Congrès), il n'y a pas d'autre méthode honnête.



Rappelons enfin pour mémoire la procédure de révision : elle doit êre votée dans les mêmes termes par les deux assemblées avant d'être ratifiée soit par référendum, soit par un vote du congrès. Or, modifier le rôle du Sénat dans un sens qui ne plairait pas aux sénateurs sera acrobatique, puisqu'ils risquent de défendre leur bout de gras en repoussant le projet.



À moins de tricher – comme le fit De Gaulle en 1962 (avec succès) puis en 1969 (sans y parvenir) en décidant que l'article 11 s'applique (soit la proposition directe par référendum sans vote par les assemblées, en assimilant la révision constitutionnelle au "fonctionnement des pouvoirs Publics") – il n'y a pas d'alternative.

ADDENDUM du 21 mars : Ségolène Royal a évoqué le mot de Constituante. Les formes seraient donc respectées. Reste à savoir si le fond suivrait et, question sensible : cette assemblée aurait-elle le droit de proposer des amendements ?
ADDENDUM du 22 mars : Ségolène Royal semble abandonner la Constituante au profit d'un comité. Royales hésitations… Nicolas Sarkozy, quant à lui, réformerait la constitution, mais sans changer de numéro, car il a peur que le I de VI ripe à gauche pour aboutir à IV comme IVème République. Je doute cependant que nos candidat(e)s souhaitent être élus pour inaugurer les chrysanthèmes, selon l'expression historique. Mais bon !

Espérons pour conclure que les 50 ans de l'actuelle Constitution, l'année prochaine, seront une date anniversaire marquant sa renaissance sous une nouvelle forme cohérente, et non l'annonce de sa mort programmée pour cause de malformation.
Évitons le "bug de l'an 2008" !

lundi 19 mars 2007

L'Air de ne pas y toucher...

Air, ce sont Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin, deux musiciens qui forment un duo à part dans la musique. Jean-Benoît Dunckel est pianiste classique de formation, tandis que Nicolas Godin est guitariste et bassiste. L'un comme l'autre sont passionnés de sons, en particulier de synthétiseurs. Leur style combine tous ces éléments : choix délicat et subtil des sons, harmonies complexes malgré leur apparence simple, motifs mélodiques souvent répétés, qui se déclinent progressivement, alliance de la plus moderne des approches avec un sens très "classique" de la musique. Appréciés en Grande-Bretagne et Outre-Atlantique, les deux musiciens sont considérés là-bas comme les représentants de la "French touch" – que l'on pourrait traduire (très librement !) par la formule "l'air de ne pas y toucher".
Ils viennent de sortir un nouveau CD, Pocket Symphony, après un nombre respectable d'autres réussites, parmi lesquelles Moon Safari (1998), 10000 Hertz Legend (2001) ou Talkie-Walkie (2004).

Musique et peinture
Nicolas Godin a étudié l'architecture, au point de baptiser une de ses premières compositions "Modulor" en référence à Le Corbusier. C'est l'une des raisons qui expliqueraient que la musique de Air ressemble à des peintures abstraites, telles celles de Kandinsky (1).
Précision des motifs, richesse des couleurs, harmonie et maîtrise des formes...
En explorant l'analogie entre peinture et musique, en particulier celle d'Air, on pourrait affirmer que les timbres se comparent aux textures (la matière), les accords aux couleurs et les mélodies aux formes .

Accords-couleurs
Je ne sais pourquoi, j'associe volontiers des couleurs aux accords musicaux (2), avec bien sûr une complète subjectivité :
  • Blanc pour le majeur et noir pour le mineur (à cause des touches du piano probablement)
  • Bleu clair pour la seconde
  • Jaune pour la quarte augmentée
  • Rouge pour les sixièmes
  • Vert pour les septièmes (clair pour la majeure, foncé pour la mineure)
  • Rose pour les neuvièmes (ce qui n'est guère logique car elles mélangent septième et seconde…)
Matières sonores
Concernant les matières, n'avez-vous pas "visualisé" des matériaux en entendant un son, à la faveur d'un mélange entre les matériaux de l'instrument réel et des associations plus libres ?
Exemples :
  • Nappes de synthé = métal
  • Basse = passages cloutés
  • Guitares = grillages légers pour l'acoustique, longues circonvolutions pour la guitare électrique
  • Piano = gouttes d’eau
  • Orgue = grands aplats de couleurs denses
  • Percussions = éclairs, taches explosées ou au contraire lignes droites, flèches, volumes...
Formes, mélodies et figuration
Enfin, la mélodie serait, tout simplement, la forme.
Pour boucler l'analogie, la peinture abstraite serait l'équivalent de la musique instrumentale, et la peinture figurative correspondrait à la voix humaine, au chant. Voilà pourquoi Air invite volontiers des chanteurs et chanteuses pour illustrer leurs créations, voire travaillent pour d'autres artistes : l'album 5:55 pour Charlotte Gainsbourg en est un magnifique exemple. Ils ont aussi illustré musicalement un film, Virgin Suicide ou Lost In Translation de Sofia Coppola. Poussant encore plus loin la démarche, ils ont enfin composé des musiques destinées à soutenir une lecture d'œuvres littéraires (City reading la lecture d'extraits de City, livre de l'écrivain Alessandro Barrico).

(1) L'illustration provient du site AllPosters, qui commercialise des reproductions de tableaux, et ne devrait pas être fâché que je reproduise un élément de son catalogue !
(2) Le compositeur Olivier Messiaen a développé une théorie à ce sujet, très complexe toutefois car elle exige une oreille absolue, ce qui n'est pas mon cas loin s'en faut !

dimanche 18 mars 2007

Le TGV dans la campagne française

Pour vous distraire après le très sérieux message à propos de la loi SRU, voici l'avis des candidats à l'élection présidentielle sur un sujet capital (à mes yeux du moins), le TGV, recueilli par notre envoyé spécial politico-ferroviaire.


La réponse de François Bayrou

La réponse de Nicolas Sarkozy

La réponse de Ségolène Royal

La réponse de Jean-Marie Le Pen


J'admets que mes talents de caricaturistes, certes prometteurs, restent encore à prouver !
D'où les légendes afin d'éviter toute confusion ;-)

Logement social : loi SRU et décentralisation

La loi SRU (Solidarités et Renouvellement Urbains) est fréquemment évoquée dans la campagne. Rappelons que, selon les termes de son article 55, les villes doivent tendre, à terme, à disposer d’au moins 20% de logements sociaux sur leur territoire.

Les polémiques déclenchées par l’application de cette loi me paraissent illustrer de façon exemplaire les questions de la décentralisation et de la démocratie de proximité. Pourquoi ?

Contrôles a priori ou a posteriori ?
Une comparaison peut être tentée : dans le métro lyonnais, jusqu’à une date récente, l’accès aux stations était absolument libre de toute entrave. On demandait juste aux usagers de composter spontanément leurs titres de transports sur une borne. Il en résultait d’une part une forte fraude et d’autre part des contrôles relativement nombreux.

L’ambiance de ces contrôles était (et reste encore aujourd’hui) détestable. En raison des incidents qu’ils provoquent, les contrôleurs agissent en groupes importants et se font assister par la police. Des « souricières » sont même organisées à certaines stations : le métro est bloqué en station, les accès sont tous gardés par des agents (TCL ou de Police) et chaque voyageur doit présenter son billet. La première fois que j’ai vécu l’expérience, j’ai cru qu’il y avait eu quelque chose de très grave, car la scène ressemblait à un épisode de film policier américain… On imagine la façon dont ces actions « coup de poing » sont ressenties !

Quel rapport avec la loi SRU ?
Je suis persuadé que la décentralisation a donné trop de liberté aux acteurs locaux. Je sais que ce n’est pas politiquement correct d’affirmer cela, mais, après tout, un blog est fait pour s’exprimer, sous le contrôle (!) des internautes.
Trop de liberté accordée aux Communes dans la délivrance des permis de construire, et, plus largement, dans les choix d’urbanisme. Trop de liberté donnée aux associations de proximité pour empêcher (ou retarder) la construction de logements sociaux ou, autre exemple, de centres d’éducation fermés. S’ils étaient logiques jusqu’au bout, les tenants de l’ultra-décentralisation ne devraient pas reprocher aux Communes de refuser le logement social. Si les élus locaux savent « mieux que les autres » ce qui est bon pour leur commune, pourquoi les contredire ?

Alors, tout comme dans le métro, on tente de réparer a posteriori les dégâts en contrôlant et en sanctionnant. Or, contrôles et sanctions sont d’une efficacité très modeste : la fraude dans les transports urbains à accès libre demeure importante alors même que les contrôles sont fréquents et les amendes lourdes. Il en est de même pour les manquements à la loi SRU (nombre de Communes préfèrent payer les amendes que d’obtempérer).

Voici pourquoi je suis convaincu que des contrôles a priori (à l’entrée du métro) sont préférables, car ils réduisent le flicage à due proportion. Transposée à l’échelle de la loi SRU, cette démarche consisterait à confier à un autre échelon la décision conduisant à construire du logement social.

Loin de moi l’idée de revenir au centralisme excessif et bureaucratique du passé. Cependant, il me paraîtrait plus sensé de transférer de telles décisions à l’échelon départemental ou régional, selon des modalités à préciser bien entendu.
Sinon, nous n’en sortirons pas : les associations continueront à refuser toute construction dans leur voisinage immédiat et les Communes à rechigner à construire des logements sociaux.

La « boboïsation » parisienne
L’exemple de Paris est édifiant de ce point de vue : ce sont, dans la pratique, des socialistes et des écologistes qui freinent des quatre fers à la densification urbaine et, partant, à l’accroissement des logements sociaux, pour aboutir à la fameuse « boboïsation » de la capitale.
Ils sont cependant dans la logique de leur mandat : élus par les parisiens, comment voulez-vous qu’ils se soucient des communes voisines ? Si les décisions étaient prises à un autre niveau, la région Ile-de-France par exemple, les résultats seraient différents…
Le système américain, consistant à fixer peu de règles et à multiplier les contentieux a posteriori (le judiciarisme) ne doit pas être transposé dans nos institutions : infliger des amendes, vouloir rendre un maire inéligible, ou demander l’intervention du Préfet en cas de non-respect de la loi SRU me paraît autrement plus malsain et « anti-décentralisateur » que de créer des règles de décisions plus à même de favoriser la mixité sociale.

Pour toutes ces raisons, je reste extrêmement méfiant envers les décentralisateurs, qu’ils soient de droite ou de gauche d’ailleurs – mais plus encore de droite, car ils se servent de ce prétexte démagogique pour abandonner des principes de solidarité engageant la totalité du pays — la République.

mercredi 14 mars 2007

L'invasion des Gaucho-Bayrouistes

Il y avait eu les mao-spontex, ou anarcho-maoïstes, les trotsko-balladuriens, les socialo-communistes (grand classique aujourd’hui oublié), les gaullistes de gauche et autres gauchistes de gaulle, voici désormais les gaucho-bayrouistes ! (1)

Que nous apprends l’édition du Monde du 14 mars ? Pascal Perrineau, Cevipofiste de chic et de choc tente une analyse – acrobatique il est vrai – de ces électeurs de gauche actuellement tentés par le vote Bayrou (2).

En catimini, caractères gris très clair corps 8 points, des fois que Google me repère : chers internautes, nous sommes entre nous, aussi puis-je vous avouer que je ne suis pas loin de basculer dans cette catégorie.

Ces gaucho-bayrouistes n’ont rien à voir avec les cow-boys sud-américains. Leurs bataillons semblent se recruter parmi les déçus du royalisme (les royalo-hollandais ou hollando-royalistes), voire du sarkozysme et du villepino-chiraquisme. Une majorité d’entre eux seraient même des « elles », soit des gaucha-bayrouistes (la gaùcha, nous apprends l’encyclopédie Wikipédia, est l’épouse du gaucho).

Ci-contre : le gaucho-bayrouiste aime les chevaux, tout comme son chef spirituel béarnais.








Quelles sont leurs caractéristiques ?
À lire M. Perrino-sciencesPo (3), elles me font froid dans le dos :
  • Ce sont d’abord des électeurs et des électrices « défiants » la bipolarisation gauche-droite.
  • Plus grave, ce sont des citoyens « dissonants », c’est-à-dire qu’ils chantent (votent) faux.
  • Ils « trahissent leur famille politique », ce sont donc des traîtres.
  • Enfin, last but not least, notre analyste les qualifie d'infidèles, ce qui me fait penser à la religion, je ne sais pas pourquoi d'ailleurs… N'en jetez plus !
Traîtres, infidèles, défiants, dissonants… de là à écrire déviants, il n’y a qu’un pas !
Heureusement que j’ai lu le journal : jamais, au grand jamais je ne voterai Bayrou, conscient que « le candidat de l’UDF, s’il parvient à être élu, le sera grâce à cette montée de la défiance, mais il ne pourra diriger le pays pendant cinq ans à partir d’une telle motivation. »
CQFD.
Me voici devenu méfiant, sonnant juste et ne trébuchant plus, revenu dans ma famille, tel l’enfant prodigue, bref, un vrai socialo-royaliste.

Quelques notes de bas de page pour faire universitaire-chercheur :
(1) J'ai plaisir à imaginer le robot de Google en train de relever tous ces nouveaux mots-clés en hochant la tête : « those frenchies are crazy ! »
(2) Le ton volontiers caustique de ce billet d'humeur est un clin d'œil appuyé à une blogueuse de talent, Corinne Maier, qui a eu la gentillesse de me citer en bas de blog. (Voir à ce lien).
(3) Je me gausse alors même que j'eus l'occasion d'user mes fonds de jeans sur les bancs du vénérable Institut de la rue Saint-Guillaume, aussi m'inclus-je dans le quolibet.

samedi 10 mars 2007

Avenue d'Italie à Paris : une exposition permanente de l'architecture

Les artères parisiennes sont de véritables expositions permanentes d'architecture. L'avenue d'Italie, dans le XIIIème arrondissement, en donne un exemple spectaculaire.

Plusieurs vagues d'urbanisation, d'inspirations radicalement différentes, se sont succédé depuis quarante ans, sans aller jusqu'au terme des projets initiaux. C'est ainsi que des tours démesurées devaient remplacer la totalité des immeubles existants. Ce fut Giscard d'Estaing qui mit un coup d'arrêt aux projets pompidoliens, très connotés – on pense au Front de Seine ou aux Olympiades. À un urbanisme de la "table rase", arrogant et radical a succédé une attitude minimaliste, presque coupable, consistant à raccomoder discrètement ce qui pouvait l'être… non sans malice cependant.



Forteresse assiégée
Ainsi la réalisation de l'architecte italien (pour l'avenue d'Italie, c'est un signe !) Vittorio Mazzucconi, au n°152 (1984). Il encadre un "bloc" aux normes des années 70 (12 étages) avec deux immeubles disposés en serre-livres, comme s'ils tentaient de soutenir cette excroissance. Des miroirs cherchent même à éloigner le regard de la "catastrophe". Tout le contraire de la dent creuse que j'évoquais dans un article précédent. Là, c'est plutôt d'une prothèse surdimensionnée dont il s'agit ! Pour essayer d'amadouer le regard du passant, l'italien soigne les matériaux : pierre en mœllons, toitures revêtues de métal imitant le style parisien traditionnel, lucarnes, persiennes coulissantes en bois… Et à l'angle des rues, il cède aux limitations de densité en figurant une sorte de tour écroulée.



Palmiers et peau de lézard
Un peu plus bas, au numéro 158, c'est presque d'un gag dont il s'agit. Une attitude quasi "post-moderne", désabusée et en même temps un brin provocatrice. Pour ces logements sociaux (1988), Michel Bourdeau devait construire dans une parcelle très étroite (moins de 8 mètres de large). Un vrai défi ! Confronté à des règlementations contraignantes, il voulait s'exprimer envers et contre tout. D'où ces curieux balcons qui se veulent une métaphore des palmiers (!), ces mosaïques mouchetées assimilées au la peau d'un lézard (re!) Il en résulte un dialogue pour le moins animé avec son voisin des années 30, conçu avec le soin et l'harmonie qui présidaient aux réalisations de cette époque virtuose du dessin.



Forteresse-signal
Tout en bas de l'avenue, au niveau de la Porte d'Italie, l'Office d'HLM de la ville de Paris a construit un gros immeuble massif, se voulant le "signal" de l'entrée dans la ville. Un véritable donjon, que dis-je, un rempart ! Certes mastoc et peu élégant, l'immeuble offre de nombreux appartements (dix étages), bien protégés contre les nuisances sonores (loggias), et certainement assez lumineux malgré les apparences de bunker.



Qu'en est-il des réalisations plus récentes ?
Au débouché de la future station Maison Blanche de la ligne 14 du métro parisien, un promoteur a construit une résidence probablement hors de prix, plutôt discrète, qui s'insère entre un immeubles ancien et une réalisation des années 70. Sa particularité est de protéger les futurs habitants du vacarme de la circulation par des loggias transparentes en forme de boîtes, et, selon toute vraisemblance, de fournir une climatisation – ce qui est peu compatible avec les économies d'énergie chères à Nicolas Hulot ! L'architecte, Jacques Ripault, a dessiné une façade sobre, graphiquement équilibrée, soigneusement raccordée à sa voisine de gauche, à des années-lumière des "manifestes" évoqués précédemment…

Italy Avenew
La dénomination commerciale obéit aux règles stupides et snobinardes de la promotion immobilière de luxe : "Italie Avenue", ce qui fait penser aux "romaines patrouilles" d'Astérix chez les Bretons.
Prononcez "Italie Aveniou" pour faire chic !

Allez visiter le site du promoteur, des fois qu'il reste des appartements à vendre ;-)

Le goût pour l'architecture quotidienne de notre époque m'a été donné en particulier par les excellents ouvrages de Hervé Martin, journaliste passionné d'architecture. Régulièrement réédités, ses Guide de l'architecture moderne à Paris sont un must si vous souhaitez donner une saveur nouvelle à vos déambulations dans la Capitale…
J'en avais découvert la toute première édition (1986). Depuis, l'ouvrage a connu de nombreuses versions et figure parmi les plus fortes ventes de livres d'architecture de France. C'est mérité ! Grâce à lui, votre vision des rues parisiennes changera du tout au tout, et vous lèverez enfin les yeux au-dessus des rez-de-chaussée.
Lien vers la page du livre sur Alapage.com.

La couverture de la dernière édition montre une création absolument époustouflante d'un architecte virtuose de la forme et des volumes, Frédéric Borel, dont les réalisations me fascinent et me déconcertent à la fois !

vendredi 9 mars 2007

Carnets de campagne (10) : l'influence des sondages

Les sondages influent-ils sur le vote des électeurs ?
La réponse est oui. Comment en serait-il autrement ?

Amplification
Le cas des intentions de vote en faveur de François Bayrou, en ce début mars 2007, fournit un premier exemple clair. À partir du moment où il a "décollé" dans les sondages, des électeurs auront naturellement pensé : « Après tout, pourquoi pas ? Et si j'examinais de plus prêt sa candidature ? » D'autres, peu enclins à un vote de témoignage lorsque Bayrou était sous la barre des 10%, se sentent plus motivés dès lors qu'il semble avoir une chance d'être qualifié pour le duel final.
Les sondages accentuent les évolutions spontanées, sans aucun doute.

Il y a cinq ans de cela, en 2002, le score minoré de Le Pen dans les sondages a certainement joué. Des électeurs, adeptes du coup de semonce sans souhaiter pour autant que le candidat du FN accède au second tour, se seront dit : « Je vote pour lui, et au second tour je choisirai l'un des deux favoris. » Le duel annoncé par tous les Instituts et par tous les partis aura accentué en outre à la dispersion des voix en faveur des "petits" candidats. On sait ce qu'il en advint.

Lors du référendum sur le traité constitutionnel européen, enfin, le "oui" devait l'emporter sans coup férir. Quand les sondages ont commencé à illustrer la progression du "non", des électeurs n'ayant pas l'intention de se prononcer, ou indécis, ou encore résignés, ont été amenés à changer d'avis, d'autant plus stimulés qu'ils avaient l'impression d'être en mesure de faire basculer la décision.

Sommes-nous pour autant des "suivistes" ? Je ne le crois pas. Tout électeur sait que sa voix, si elle comptera lors du dépouillement, ne représente que peu de choses. Aussi a-t-il envie de se joindre à un mouvement, pour avoir l'impression de peser dans la décision finale. Les Partis politiques sont là pour cela… les sondages aussi.

Corrections
Dans une tribune publiée par le quotidien Le Monde, il y a un an ou deux, une hypothèse intéressante était développée : parmi les électeurs, en particulier indécis, une petite minorité réagirait différemment en corrigeant les évolutions. Qu'ils soient animés par l'esprit de contradiction ou souhaitent seulement éviter ce qui leur semble injuste, ils modifient leur vote (ou leur intention de vote), choisissant un autre candidat que celui auquel ils pensaient auparavant. Ce fut paraît-il le cas aux Etats-Unis lors du célèbre scrutin que Bush remporta d'extrême justesse, à la fin de l'année 2000.
La thèse précisait en outre que les états-majors des candidats étaient capables de réagir au quart de tour à la moindre oscillation de la courbe de leurs poulains, organisant des ripostes ciblées destinées à contrecarrer une baisse ou à renforcer une hausse – toujours instruits par des sondages plus précis sur les motivations des électeurs.

Convergence des courbes
Selon que l'un ou l'autre des deux effets domine, et la plupart du temps par simple combinaison, les campagnes électorales sont marquées par une sorte de convergence des courbes.
Ceci expliquerait le scrutin américain précité, mais aussi l'élection Allemande récente, ainsi que les résultats italiens de 2006.


Ci-dessus, extrait du dernier graphique publié par l'institut CSA, qui se passe de commentaires. Voir la présentation du sondage à cette adresse.

N'oublions pas qu'il ne manquait que 194 600 voix à Lionel Jospin pour doubler Le Pen en 2002. Or, le bon dernier de la liste, l'obscur Daniel Gluckstein, avec seulement 0,47% des suffrages, avait obtenu 132 686 voix.

À moins d'un coup de théâtre ou de circonstances exceptionnelles, je me risque donc à prédire un premier tour dans un mouchoir de poche… voire à un long recomptage des bulletins si l'écart entre deux candidats est inférieur à la marge d'erreur des dépouillements. Le Conseil Constitutionnel pourrait avoir du pain sur la planche à partir du 23 avril !

Si les sondages vous passionnent, à la façon de traders observant les cours de la Bourse, allez donc voir ce comparateur de sondages très bien conçu sur le site Election-politique.com.

Serge, médiateur à la SNCF

Paris, gare de Lyon, 7 mars
Des centaines de paires d'yeux sont braquées vers le panneau d'affichage. Il est tout juste 20 heures. Le TGV 6631 à destination de Lyon-Perrache devait normalement partir à ce moment précis. Sa voie de départ n'est toujours pas annoncée.

20h05
Une annonce par haut-parleur indique que la rame TGV qui devait charger toute cette troupe est « en panne » et qu'une nouvelle rame est en cours de préparation.
Des rires sarcastiques fusent çà et là, une sourde rumeur enfle. La foule se moque : enfants gâtés ! Comme si la SNCF, qui vient de battre le record de vitesse sur rail, dont la densité du réseau à grande vitesse est inégalée dans le Monde, n'était qu'une entreprise ferroviaire médiocre dont le matériel tombait sans cesse en panne… Les grèves sont passées par là, braquant irrémédiablement les voyageurs. On serait tenté de leur suggérer d'observer ce qui se passe en Grande-Bretagne par exemple, mais ce n'est pas le moment.

Les portables chauffent
Les minutes s'écoulent inexorablement tandis que le portable du voyageur à côté de moi chauffe. Sans cesse, il informe son épouse :
— Allô ? On va avoir 5 minute de retard…
— Allô ? On va avoir 10 minutes de retard, je te rappelle…
— Allô ? C'est pas possible, on va avoir un quart d'heure de retard, je te rappelle…
— Allô ? Je te l'avais dit, on va avoir vingt minutes de retard, au moins. Bah oui, le TGV est tombé en panne. Oui, incroyable !
— Allô ? Ben oui, mais j'y peux rien moi. Je sais pas, je prendrai le bus. Comment ça ? Mais non, je… Oh et puis zut !
Une annonce précise que le retard sera « d'au moins 30 minutes ». Il sera de 45 au final.

Une grande silhouette surmontée d'une casquette estampillée SNCF apparaît alors, dépassant d'une bonne tête de la foule. L'homme arbore un large sourire, il tient en main un walkie-talkie. Tout dans sa stature montre le charisme d'un acteur de théâtre.
Levant sa main restée libre, il parle d'une voix placée :
« Mesdames et messieurs… »
mais doit s'interrompre car un petit tracteur électrique passe en grinçant.
Le sourire s'élargit, la main esquisse un mouvement de vaguelettes pour faire patienter les auditeurs tandis que les hénnissements du tracteur décroissent peu à peu.

« Mesdames et messieurs, j'admire votre patience. Soyez-en remerciés ! Que se passe-t-il ? La rame de TGV que vous deviez emprunter est tombée en panne. Le dépôt est en train de vous en préparer une autre, cela prend un peu de temps. Dans quelques minutes, elle sera à quai. Alors, tout ce que je vous souhaite, ce sera de vous avancer, dans la joie et le bonheur… »

À quoi cela tient ? Les visages se dérident, la grandiloquence délibérée du discours, soulignée par un sourire complice confirmant le second degré, déclenche l'hilarité et la connivence. Des applaudissements fusent. La main sur le cœur, le regard baissé, Serge Nsima, agent d'accueil itinérant à la gare de Lyon, agite son talkie : « ne m'applaudissez pas, cela me gênerait… »

20h35
La rame de TGV est avancée. Elle partira voie J. La foule s'ébranle, et un flux dense converge en direction du quai. Mais quelque chose a changé : les voyageurs discutent avec des voisins inconnus, quelques rires s'élèvent, les portables confirment que tout va bien, que le train va partir et qu'il ne faut pas s'inquiéter.

Serge Nsima a renversé la vapeur : il suffit de peu de choses pour rassurer les usagers et les remettre sur les rails de la bonne humeur.

Cliché : Jean-Luc Tafforeau, 7 mars 2007 vers 20h30.

lundi 5 mars 2007

Retour vers le(s) futur(s)

Futur proche
Qui ne connaît la trilogie cinématographique Retour vers le futur ? Le premier épisode date de 1985. Sous la houlette d’un savant fou, le « doc », l'adolescent Marty McFly commence par retourner dans le passé, en 1955, pour assister à la rencontre de ses parents.
Dans le deuxième épisode, les compères se déplacent à nouveau de 30 ans, mais dans le futur cette fois. 1985 + 30 ans = 2015.

Le temps a passé… Ce futur, hier lointain, est aujourd’hui très proche : dans huit ans seulement. Il est d’autant plus drôle de voir ce que les scénaristes avaient imaginé !

Futur antérieur
Deux exemples typiques : l’automobile et le téléphone.

En cette année 2015, les voitures volent sur des autoroutes aériennes. Une peau de banane et une canette de bière suffisent pour faire le plein de carburant. Huit ans pour mettre tout cela au point, il va nous falloir mettre les bouchées doubles !
Il est frappant de constater que le téléphone portable n'a jamais (à ma connaissance du moins) été imaginé par les futurologues et auteurs de science-fiction…

Dans le film, des lunettes semblent jouer le rôle d’écrans de projection personnels. Elles n'existent pas encore, mais cela ne saurait tarder – quoique l'apparition soudain d'informations sur des lunettes risque, à mon humble avis, de causer pas mal de bosses à leurs propriétaires !
Quand le téléphone (fixe) sonne, le mot « phone » s’inscrit en rouge sur ces lunettes. Moins bruyant que les actuelles sonneries genre Marche des Walkyries…

Un écran géant de vidéophone (fixe, toujours) annonce un appel (incoming call).

La communication s’effectue en direct, sur écran large s’il vous plaît !
Pas d’Internet, pas d’ordinateur (à moins qu'il ne soit invisible), mais… des fax.

Tout juste inventé en 1985, le fax représentait le fin du fin en matière de modernité. En 2015, l’appartement dispose d’un (voire de plusieurs) fax dans chacune de ses pièces (toilettes et penderies comprises). C'est par ce canal que Marty McFly reçoit sa lettre de licenciement « en temps réel ».

À propos du film • L'épisode 1 est de loin le meilleur, avec sa dissertation subtile sur les paradoxes temporels : Marty McFly, guitariste en 1985, joue en 1955 devant le frère de Chuck Berry une version endiablée de Johnny B. Goode qui… inspire son auteur à rebours. L'épisode 2, objet de cet article, est un terrible cauchemar. L'épisode 3 est une rallonge superflue.
Voir notamment deux sites de passionnés : futureclock et retourverslefutur.com


Futur présent
Pour avoir une idée plus réaliste du « futur présent », allez voir le film Je crois que je l’aime de Pierre Jolivet (Ma petite entreprise). Vincent Lindon et Sandrine Bonnaire vivent une histoire d’amour sans cesse interrompue par des sonneries de téléphones portables. Ils ne peuvent même pas aligner les deux mots « je t’aime ».
Parallèlement, Lindon négocie son divorce à l'américaine par Webcam interposée.

© Studio Canal, voir le site AlloCiné.

La technologie permet au patron d’entreprise joué par Lindon d’espionner l’artiste incarnée par Sandrine Bonnaire : multimédia ! Quant à son appartement, il est entièrement domotisé et télécommandable par une zappeuse à écran plat.

Un cauchemar que même les scénaristes de Retour vers le futur n’auraient pas osé imaginer…

Futur composé
Pour vous faire une idée du futur qui nous attend, lisez Comment Google mangera le monde de Daniel Ichbiah. Une passionnante rétrospective de l’ascension de ce moteur de recherches devenu une des plus grandes entreprise du monde de l’Internet… qui donne parfois froid dans le dos.
D’ailleurs, ne m’exprimé-je pas, justement, sur un média géré par Google ? Mais si !

À quelle sauce vais-je être mangé ?


Les chroniques de Daniel Ichbiah dans le magazine SVM Mac sont toujours rafraîchissantes, aussi lisez cet excellent bouquin, vous ne serez pas déçu(e)s !
Voir la fiche du livre sur le site de l'éditeur et sur Amazon.