mercredi 28 février 2007

« Thriller » présidentiel

Suspense et surprises
Le suspense des campagnes électorales est toujours haletant. Dans le cas de la Présidentielle, c’est encore plus marqué. Je me demande même s’il ne s’agit pas d’une caractéristique consubstantielle à l’élection d’une personne physique, même si les Législatives, en leur temps, ont représenté des enjeux majeurs – celle de 1997 pour n'en citer qu’une !
Les analystes sont unanimes : chaque élection présidentielle a fait l’objet d’une surprise, au point que les électeurs, consciemment ou non, les souhaitent autant qu’ils les suscitent, pour le meilleur… et pour le pire.

Qu’on m’autorise un petit historique personnel…

1965 • BallotageJe venais tout juste d’avoir huit ans, et pourtant je me souviens très précisément de la première élection au suffrage universel direct du Président de la République.
C’est dire l’écho qu’elle provoqua. Élevé dans une famille gaulliste, j’avais eu ce mot d’enfant :
« et si Mitterrand est élu, est-ce qu’il y aura la guerre ? » complété d’un lapsus révélateur :
« et après de Gaulle, qui sera Général ? »,
La première surprise fut donc la mise en « ballotage » du Général par Mitterrand, comme dans la BD d’Astérix « Le combat des chefs ».


1969 •
Bonnet blanc et blanc bonnet.
Dans une ambiance inhabituelle – de Gaulle venait de « claquer la porte » – cette élection est restée fade dans mon souvenir, même si une surprise l’a marquée, la gauche ne parvenant pas au second tour… (déjà !) La phrase des communistes est restée célèbre, qualifiant Pompidou et Poher de blanc bonnet et bonnet blanc et demandant de placer dans l'urne un bulletin de même couleur.
Il est vrai qu'un an après mai 68, on pouvait rêver mieux en termes de renouveau qu'un Georges Pompidou ou a fortiori un Alain Poher !

1974 • À nouveau des circonstances exceptionnelles.Je me souviens très bien, rentrant d’un séjour « linguistique » en Angleterre, d'avoir entendu les hauts-parleurs de la gare du Nord annoncer : « pour votre information, nous vous apprenons que le président Pompidou vient de mourir. »
La surprise, cette fois, fut double : Giscard d’Estaing distança son rival Chaban, et passa d’extrême justesse au second tour devant Mitterrand. Un suspense impitoyable, qui conduisit à l’élection d’un jeune président (48 ans). Contrairement à ce qu'affirmait son affiche, François Mitterrand, alors âgé de 58 ans, l'était moins !

Cette jeunesse explique peut-être les réformes importantes qu’il parvint à imposer à son camp, et dont on lui fait rarement justice :

  • majorité à 18 ans,
  • lois sur la contraception et l’IVG,
  • divorce par consentement mutuel,
  • imposition des plus-values,
  • réforme de l'ORTF,
  • autorisation administrative de licenciement,
  • politique européenne active (élection du parlement au suffrage universel, création du SME)…
Dommage que Chirac torpilla cet effort dès 1976 !

1981 • Pour une surprise, ce fut une surprise !

Après un quart de siècle de règne sans partage de la droite, la gauche parvenait au pouvoir. Sans être un militant inconditionnel, j’étais persuadé que la France avait besoin d’un coup d’accélérateur. On fut servis avec un grand nombre de réformes importantes, dont certaines sont désormais définitivement installées dans notre paysage (à l'exception notable des nationalisations) :
  • abolition de la peine de mort,
  • décentralisation,
  • retraite à 60 ans et 5ème semaine de congés payés,
  • impôt sur les grandes fortunes,
  • libéralisation de l'audiovisuel,
  • politique culturelle rénovée (loi sur le prix unique du livre),
  • fin de la pénalisation de l’homosexualité, etc.
Il y eut malheureusement de graves soubresauts économiques, dont la gauche parvint néanmoins à se sortir en remportant une victoire contre l'inflation. Amère victoire, qui ne fut acquise qu'au prix d'une capitulation face au chômage…

1988 • Curieuse campagne.
Le suspense fut créé cette fois par le don incontestable de Chirac pour les campagnes, inversement proportionnel à son don de gouvernant d’ailleurs, qui lui permit de doubler Barre au finish. La victoire de Mitterrand, tout juste confirmée à l'Assemblée Nationale, donna naissance au gouvernement Rocard, qui fut à mon avis l’un des meilleurs de la Vème République.
Après son départ cependant, ce fut la Beresina…

1995 • Encore des surprises, avec un double suspense :
Chirac, parti de 12% dans les sondages, parvint une fois de plus à doubler son concurrent de premier tour : après Barre sept ans plus tôt, c'est au tour de l'ami de trente ans, Balladur. Le candidat du PS, un Jospin inattendu, créa la seconde surprise en arrivant en tête du premier tour. Mais la victoire chiraquienne tournera très vite au chaos, sans même d'état de grâce, pour se conclure dans la dissolution "ratée" de 1997 : un véritable Waterloo – n'en déplaise à son conseiller de l'époque, grand fan de Napoléon, Dominique de Villepin.

2002 • La surprise, on s’en souvient désormais !
Jamais campagne n’aura été aussi médiocre : petites phrases sans intérêt, obsession sécuritaire orchestrée par les médias, gaffes de Lionel Jospin qui, pourtant, avait assuré avec courage et efficacité 5 années de gouvernement.
Les français semblaient piaffer d’impatience, rêver d’un changement sans savoir lequel, au point de délaisser les deux sortants – « c’est d’un triste ! » – pour soit faire du « tourisme utopique » (avec tout de même 6 candidats à 4% et plus*), soit jouer le « coup de gueule » avec le Pen. Terrible résultat ! Une « non-élection » qui débouchera sur un quinquennat atone et aphone.

* On oublie un peu vite les résultats surprenants :
Bayrou 6,8%
Arlette Laguiller 5,7%
J.-P. Chevènement 5,3%
Noël Mamère 5,2%
Olivier Besancenot 4,2%
Jean Saint-Josse 4,2%
Soit un total de 32%, atteignant presque 50% avec les autres « petits candidats » !


2007 •
Alors, quelle(s) surprises(s) et quel suspens ?
La campagne semble bien partie pour créer des suprises, et se distingue par sa (relative) qualité, au-delà des polémiques sur la « démocratie d’opinion ».
Des surprises, il y en a déjà eu plusieurs :
  • La conquête de l’UMP par Sarkozy tout d’abord. Ce n’était pas gagné d’avance.
  • La conquête du PS par Ségolène Royal ensuite : les militants du PS semblent avoir été fascinés par la « nouveauté » de leur candidate, au risque de mettre à l’écart le candidat le plus compétent, mais moins glamour, je veux parler de DSK.
  • Une troisième surprise est en train de se produire : l’ascension surprenante de François Bayrou.
Les analystes le comparent à Chevènement en 2002. Cela me semble inexact pour plusieurs raisons :
  • En février 2002, Chevènement était déjà en phase descendante, Bayrou est dans une phase ascendante.
  • Le candidat « Républicain et souverainiste » s’était complètement égaré dans des alliances acrobatiques, voire scandaleuses, avec des transfuges d’une droite sinon extrême du moins peu recommandable.
  • Il était issu de la Gauche, alors que Bayrou est issu de la Droite.
L’avenir dira si cette surprise en appellera d’autres, comme la retombée de Bayrou dans les sondages ou, pire, une nouvelle sous-évaluation du vote le Pen. Mais je parierais plutôt sur des surprises relatives à l'obtention (ou à la non-obtention) des 500 signatures de parrainage…

Fantasmes et déceptions
La conclusion à tirer de ce thriller me semble être la suivante : les français sont accros aux présidentielles, au fantasme de l’Homme providentiel, car ils les font rêver. C'est rassurant en un sens, car cela manifeste un intérêt réel pour la politique. Mais qui dit rêves dit déceptions, et donc les innombrables alternances de ces trente dernières années. C’est pourquoi je « sens mal » la surenchère de promesses de Nicolas Sarkozy et, dans une moindre mesure, de Ségolène Royal. Je n’arrive pas à les croire, ni l’un, ni l’autre.

Une surprise chasse l'autre
Pour ne rien arranger, « une surprise chasse l’autre », dans une accélération médiatique vertigineuse : on a la sensation que les électeurs sont déjà lassés de l’énergie de Sarkozy et de la « féminitude » de Ségolène Royal, au point de commencer à regarder ailleurs.

Un outsider en curieuse posture
L’outsider Bayrou incarne un très curieux mélange : sa posture se veut « raisonnable et réaliste ». En ce sens, elle est prometteuse de moindres déceptions: on peut se demander en effet s’il ne vaut pas mieux élire quelqu’un qui promet peu avec des moyens réalistes que des candidats prêts à tout accorder, du remboursement des prothèses dentaires au doublement du budget du sport ! En même temps, l’espèce d’Union sacrée qu’il propose est, en elle-même, un véritable rêve, presque une utopie dans notre pays.
Deux ingrédients à même de provoquer la surprise, certes, mais aussi une terrible déception en cas d’échec : imaginez l’état d’esprit des électeurs, si, après avoir élu Bayrou, avoir envoyé au Parlement une majorité aussi favorable que possible à son programme, ils constatent que le gouvernement est paralysé par des conflits et des démissions en cascade, que leur restera-t-il comme solution pour venger leur déception ?

En ce sens, le pari de Bayrou est un « quitte ou double » redoutable…

dimanche 25 février 2007

François Cluzet : ne le dites à personne...

Séquence People !
Ne le dites à personne, mais, scoop parmi les scoops, j'étais avec François Cluzet en classe de première, en 1972-73. Oui, vous m'avez bien lu : ce même François Cluzet qui vient de recevoir le César du meilleur premier rôle hier soir.
Et alors, me direz-vous ? Aucun intérêt en soi ! Ah, ce fantasme de la célébrité qui nous saisit tous à un moment où à un autre, au point de croire que d'avoir côtoyé une future star fait rejaillir sur notre anonymat un peu de leur éclat… Et que dire de cet autre cliché, consistant à affirmer que « oui, je le savais : il était déjà un acteur né, c'était évident ! », et à me bombarder dénicheur de talents, grand clairvoyant devant l'éternel - je suis ô combien tenté de tomber dedans…

Premier public en première
En réalité, les quelque quarante élèves de cette classe de première furent son premier public, y compris votre serviteur.
François Cluzet arrivait au collège en moto, une 125 rutilante, ce qui lui conférait déjà un réel prestige. Extrait d'un de ses premiers rôles :
Ah, les mecs, vous devinerez jamais ! Samedi soir, je sortais d'une fête, avenue de Neuilly, [murmures admiratifs] j'étais complètement bourré - de la vodka, si, si, j'avais dû en siphonner une bouteille entière [Wouaaaah !] - alors j'ai roulé vite, pour que l'air frais me dessaoule. J'ai fait une pointe à 120-130 au démarrage d'un feu [exclamations dans le public] Mais rien à faire, j'ai dû m'arrêter pour vômir au pied d'un arbre… [Ôoooh…]

L'une de ses prestations favorites consistait à imiter l'indien à cheval, secoué par le galop, prélevant une flèche de son carquois, bandant son arc et décochant la flèche au professeur de français pendant qu'il écrivait au tableau. Le jeu consistait à terminer la scène avant que le prof', alerté par les éclats de rire, ne se retourne…

Cluzbu
Celui que nous surnommions Cluzbu se disait fils de millionnaire : son père, PDG d'une multitude de sociétés, « n'avait plus besoin de travailler », et lui avait donné, en guise d'argent de poche, une Carte Bleue (rarissime à l'époque). Il résidait dans le VIIème arrondissement parisien, quartier huppé s'il en est.

Premier premier rôle
Je n'avais - nous n'avions - absolument rien compris : il nous jouait son premier rôle. J'en ai eu la révélation 25 ans plus tard, en lisant une interview dans Libération (1999) : Oui, il habitait bien dans le VIIème, mais dans l'arrière-boutique d'une papeterie-presse, dont son père était le gérant…
Ce rôle-là valait déjà un César : celui du meilleur Premier rôle, au sens premier du terme !

Bravo, m'sieur Cluzbu : tu le mérites ton César, sincèrement - la filmographie ci-dessous indique quelques uns des films où tu apparais qui figurent parmi mes préférés. Quant au tout dernier, celui qui t'a valu cette récompense, je l'ai trouvé excellent.
Finalement, comme tout le monde, j'ai un jour rêvé d'être une star, mais… Ne le dis à personne !

Filmographie
Quelques rôles de François Cluzet que je me permets de vous recommander :
  • 1983 - L'été meurtrier, de Jean Becker, où il apparaît aux côtés d'Isabelle Adjani et Alain Souchon.
  • 1987 - Association de malfaiteurs, de Claude Zidi, (avec Christophe Malavoy et Jean-Pierre Bisson) une comédie qui se revoit avec plaisir, où il campe un PDG frimeur, capable de se faire flasher à 300 à l'heure au volant de sa Maserati pour se faire de la pub… (la 125 cm3 de l'avenue de Neuilly en mieux).
  • 1989 - Force majeure, un rôle sombre et subtil dans une réalisation de Pierre Jolivet, avec Patrick Bruel comme partenaire.
  • 1994 - L'enfer, de Claude Chabrol, un de ses plus beaux rôles, en tant que mari fou de jalousie d'Emmanuelle Béart.
  • 1997 - Rien ne va plus, un autre Chabrol, où il incarne le "pigeon" du couple d'escrocs Serrault-Huppert (un autre rôle de pigeon lui sera donné en 2006 dans Quatre étoiles, où ce sont cette fois Isabelle Carré et José Garcia qui le manipulent, et qui lui a d'ailleurs valu une autre nomination aux César 2007, dans la catégorie second rôle).
  • 2003 - Janis and John, de Samuel Benchetrit, où il campe un "sosie" de John Lennon, pince-sans-rire et désopilant, aux côtés d'une Marie Trintignant-Janis Joplin époustouflante.

jeudi 22 février 2007

Carnets de campagne (9) : un sondage important

On peut ne pas goûter les sondages.
Pourtant, ils contribuent au suspense d'une élection, même s'il ne faut pas leur accorder plus d'importance qu'ils n'en ont : illustrer l'évolution de l'opinion, sans préjuger du résultat final.

Les sondages de l'Institut CSA sont spécialement bien conçus, car ils intègrent l'abstention, qui, bien que difficile à estimer, n'en demeure pas moins capitale : à quoi bon, en effet, comptabiliser des intentions de votes… qui ne s'exprimeraient pas dans les urnes ?

Le dernier sondage publié est adroitement illustré par ce graphique (que j'évoque par ailleurs dans mon blog sur Excel, vous comprendrez pourquoi en allant le consulter) :



Vous identifierez facilement les candidat(e)s concerné(e)s par chaque courbe. Les histogrammes gris concernent l'asbtention. L'avenir dira ce qu'il en est de l'évolution spectaculaire des intentions de vote entre début janvier et cette fin février. Pour ma part, elle m'apparaît symptomatique et décisive, malgré les deux mois exactement qui nous séparent du premier tour.

Le dernier sondage semble montrer – je dis bien semble – que François Bayrou, après avoir mordu sur l'électorat du PS, attaque cette fois-ci celui de Nicolas Sarkozy. En effet, la courbe de Le Pen reste étale, tandis que celle du candidat de l'UDF se redresse à proportion de la chute de celle du candidat UMP. Je suis d'ailleurs assez surpris que cette observation soit aussi peu reprise dans les commentaires lus ici ou là. Mais peut-être me trompé-je !

Un joker interviendra bientôt dans la partie de cartes : les 500 signatures dont la collecte commence aujourd'hui. Elle déterminera les candidats effectivement en lice, ce qui occasionnera des modifications dans la structure des votes potentiels, dans des proportions variables selon que de Villiers, le Pen, Besancenot ou Voynet obtiendront ou non leurs 500 parrainages…

mardi 20 février 2007

Famille Présidentielle

En regardant J’ai une question à vous poser, lundi soir, j’ai été frappé par la symbolique familiale qui émanait de toute la campagne.

Geste maternel : quand Ségolène Royal s’est approchée de cet homme handicapé qui, au bord des larmes, ne parvenait pas à achever son intervention, et qu’elle l’a réconforté par un geste maternel, comment ne pas être touché ? Ce serait cynique de n’y voir que de la ‘com’.

Couple présidentiel : un intervenant a eu un lapsus révélateur splendide en s’adressant à la candidate en tant que madame Hollande ! On parle souvent du ‘couple de l’exécutif’ au sens figuré – Président et Premier ministre – voici que les Français semblent rêver d’être gouvernés par des parents – Maman Ségolène et Papa François…

Grand frère : si l’on continue à dérouler le fil conducteur, comment ne pas voir en Nicolas Sarkozy le grand frère qui morigène ses cadets ?
« Bouge-toi, lève-toi tôt, bosse dur, y compris le dimanche et tu seras sauvé, comme moi ! »

Père : François Bayrou, malgré son âge encore peu avancé, et à cause de son rôle dans le "civil", ressemble de plus en plus au père, raisonnable, mesuré, juste et incarnant la Loi. Ne dit-on pas « gérer ses affaires en bon père de famille » ? Or, exhorter les Français à ne pas dépenser plus qu’ils ne gagnent et à rembourser leurs dettes, n’est-ce pas dans la droite ligne de l’expression populaire ?

Mamy de choc : un peu plus tard dans la soirée, à Mots-Croisés, Arlette Laguiller m’est soudain apparue comme une mamy de choc, de retour pour la sixième fois, armée de son rouleau à pâtisserie pour assommer les « patrons », tout en secouant son petit-fils, Olivier.

Grand-père de la Nation : dans cette même émission, Yves Calvi a demandé à un des lieutenants de Jean-Marie le Pen, ce papy aigri, râleur et indécent, si 79 ans n’était pas un âge un peu avancé pour être président de la République. Je n’ai pu m’empêcher de songer à ce chef d’État que les Français avaient appelé à la rescousse, en désespoir de cause, lui donnant les pleins pouvoirs en 1940 alors qu’il avait… 84 ans. L’association d’idée m’a été d’autant plus suggérée que Le Pen avait récemment déclaré que l’Occupation n’avait pas été particulièrement inhumaine. Oui: il y a du « Travail, famille, patrie » dans cette campagne…

Humanité : c’est bien d’humanité, d’humanisme et de priorité à l’être humain dont nous ressentons tous un impérieux besoin depuis le lancement de cette campagne. Ségolène en "royale candidate" guérissant les écrouelles, François Bayrou en père raisonnable et économe, devront peut-être calmer les grands-parents infernaux, les enfants capricieux, Nicolas-je-veux et Olivier-il-faut, tout en n’hésitant pas à faire appel à Tante Dominique pour les aider en tant que vice-premier ministre écolo…

lundi 19 février 2007

Baromètre des Présidentielles (3)

Chose promise, chose due : voici la troisième édition de ce 'baromètre' très personnel des Présidentielles, mesurant avec une précision extrême l'évolution de l'échantillon représentatif de… mon opinion (!)



(Pour comparer avec le baromètre précédent, voir au 1er février).

Les évolutions sont sensibles :
  • François Bayrou dépasse (pour le moment) Ségolène Royal en atteignant 60%, tandis que la candidate du PS rétrograde de 55 à 50% (autrement dit, une chance sur deux). Le discours mesuré et cohérent du candidat UDF me fait meilleure impression que les 100 propositions du 'royal catalogue'.
  • Dominique Voynet m'impressionne par sa compétence et sa pugnacité (voir Ripostes du dimanche 18). Ce n'est pas un hasard si elle est médecin-spécialiste : en un sens, je trouve que c'est une excellente spécialiste de l'écologie, mais je crois que je voterai pour un (ou une) généraliste -- qui devra, à mon avis, savoir consulter la spécialiste le moment venu.
  • Nicolas Sarkozy baisse encore un peu dans mon estime. Je ne vois aucun fil conducteur dans son programme -- à part la 'démagogie lève-tôt' et l'anti-fiscalisme.
  • La Gauche dite 'anti-libérale' ne me convient pas : j'avais trouvé Jean-Claude Gayssot excellent comme ministre des transports et Marie-George Buffet très compétente comme ministre de la jeunesse et des sports. Pourquoi les communistes renient-ils le courage qu'ils avaient eu d'aller au charbon ?
  • Le Pen et de Villiers restent dans les tréfonds, leurs interventions me navrent. Y'en a assez des épouvantails, ce n'est plus drôle (mais le fut-ce un jour ? Non !)

vendredi 16 février 2007

Carnets de campagne (8) : à nous de juger Bayrou


En écoutant François Bayrou jeudi 15, dans l’émission À vous de juger, j’ai été favorablement impressionné par sa clarté, sa mesure et sa pédagogie (voir le site de France 2).

J’ai cependant déploré le ton quelque peu agressif d’Arlette Chabot lors de la séquence introductive. Elle m’avait habitué à plus de retenue.

Comme beaucoup de français je crois, je serais tenté de lui donner sa chance – une fois en un quart de siècle, pourquoi pas ? Il reste que de nombreuses incertitudes handicapent sa candidature.

Il est vrai que choisir un des deux « camps » peut sembler plus simple et plus sûr, tout en exposant à des déconvenues. Le risque est grand en effet que, contraints par leurs environnements d’opinion privilégiés, les candidats UMP et PS ne retombent dans le piège qui a entraîné les alternances des 25 dernières années : trop promettre et ensuite décevoir. François Bayrou n’est pas à l’abri, surtout si sa « majorité présidentielle » se révélait tellement instable et fragile qu’elle ne le condamne à des compromis minimalistes et, par là-même, tout aussi décevants.

Je veux z'et j'exige
Avez-vous remarqué que François Bayrou utilise la formule « je propose » et non « je veux », comme ses deux concurrents ? Ce détail sémantique est révélateur : comme je l’ai lu quelque part sur le Web, « je veux » fait plus penser au sale gosse capricieux qu’au volontarisme politique authentique…



Les plus
  • François Bayrou ne tombe pas dans la surenchère des promesses. Il fait des propositions sensées et parfois inattendues.
    Remplacer les cautions locatives par une assurance, modifier l’ISF en le généralisant à un taux modeste (1 pour 1000, soit 1000 euros pour un patrimoine d’un million d’euros), créer deux emplois « francs de charges » dans chaque entreprise… avec un fil conducteur : être réaliste tout en étant volontariste.
  • Il accepte d’aborder des sujets délicats comme les retraites, avec validation par référendum.
    Son idée de donner à chacun une évaluation précise de ses droits sous forme de « points universels » est excellente, car elle favorise la clarté. Il n’y a rien de pire que d’engager des réformes aussi difficiles sans que les français ne puissent en mesurer avec précision les enjeux.
  • Il est le seul à parler d’Europe, en s’adressant à la fois aux « ouïstes » et aux « nonistes ».
    Il est patent qu’occulter l’Europe est irresponsable. Sa proposition d’un nouveau texte approuvé par référendum est équilibrée, et préférable au projet de Sarkozy (un vote par le Parlement) ou à celui de Ségolène Royal, pour le moins attentiste.
  • Son attitude mesurée à l’égard des dépenses publiques.
    Notre pays dispose de services publics forts et de qualité. Je préfère pour ma part que l’on accepte des économies dans la fonction publique et que l’on sauve le système, plutôt que de « faire comme si » (Ségolène Royal) ou de prôner un quasi-démantèlement (Nicolas Sarkozy).
    En ce qui concerne la « dette », force est de reconnaître que, les années passant, nous n’avons pris la mesure du phénomène. Bayrou n’a pas renouvelé sa proposition de supprimer l’échelon départemental de nos Collectivités locales, et c’est dommage : il y aurait là un gisement d’économies par redéploiement de la fonction publique territoriale.

  • Sur l’endettement, ce qui n’était pas « grave » il y a quinze ans l’est devenu aujourd’hui. Ce problème doit être pris en compte sérieusement, même s’il est gênant au regard de l’habitude habituelle en campagne : faire des promesses.


Ci-dessus : François Bayrou dubitatif. Gilles Leclerc vient de lui demander quelle était, selon lui, la meilleure proposition de Nicolas Sarkozy.

Les moins

  • Les contours de son éventuelle majorité de gouvernement sont forcément flous.
    S’il était élu, a-t-il indiqué, il proposerait aux candidats-députés une estampille « majorité présidentielle » sans qu’ils aient à renoncer à leur étiquette partisane. Délicat !
    Quels mouvements observerait-on dans la paysage politique s’il était élu ? Il y a fort à parier que l’UMP pourrait se vider d’une partie de ses membres, en sens contraire des flux constatés en 2002. En revanche, des ralliements de socialistes semblent hypothétiques, sauf peut-être de la part de personnalités « indépendantes » comme Kouchner. De ce point de vue, on peut craindre que son centrisme penche plutôt à droite.
  • Durant l’émission, François Bayrou a refusé d’évoquer sa position de second tour s’il ne s’y trouvait pas. On le comprend. Mais, encore une fois, cette incertitude ne rassure pas. Dans la pratique, toutefois, il est probable que Ségolène Royal aurait plus besoin des voix centristes que Sarkozy, enclin à récupérer les voix du FN. L’exercice de politique-fiction est très délicat sur ce point.
  • Sur l’environnement, François Bayrou est resté muet jeudi soir. Est-ce parce que le sujet n’a pas été amené par les interventions des participants ? Ce point devra être précisé.
  • Enfin, comme le disait avec raison Alain Duhamel, sa posture « anti-système » est souvent malvenue, en contradiction avec son projet de rassemblement.
    Il est paradoxal de fustiger droite et gauche tout en leur proposant de travailler en commun. Il a d’ailleurs corrigé son attitude dans À vous de juger. La victimisation politique m’apparaît comme populiste et peu en harmonie avec sa personnalité mesurée.

jeudi 15 février 2007

Carnets de campagne (7) : se faire une opinion

L'une des raisons d'être de ces carnets de campagne est de formuler et de partager mes hésitations, mes interrogations, afin d'illustrer en "temps réel" (Ha, ha ! le joli terme informatico-technique) l'évolution de mes opinions...

Quelques citations d'articles de journaux nourrissent ma réflexion :
À vouloir aller dans le très concret, on crée des zones d'ombre sur le traitement global des problèmes. François Chérèque, Le Monde, 15 février, page 11.

Il est vrai que le côté "supermarché" de la politique commence à être horripilant. Les candidats se transforment peu à peu en camelots des promesses électorales. Ce n'est pas ce que j'attends…

Les cent propositions de Ségolène Royal pèchent lourdement par absence délibérée de tout chiffrage et surtout de tout financement précis. […] Restent les impôts et les prélèvements sociaux. Ségolène Royal n'en dit rien alors même que Dominique Strauss-Kahn lui avait, à sa propre demande, remis une note détaillée sur ce point. La candidate n'a pas voulu l'utiliser dans son discours. C'est donc plus qu'une lacune, une dérobade.
Alain Duhamel, Libération, 14 février, page 29.

On sait qu'Alain Duhamel ne porte pas dans son cœur la candidate du PS, qu'il avait oubliée de son livre "Les prétendants". Il n'a cependant pas tort – voir ma remarque sur la Révolution fiscale de Jack Lang que j'appelle de mes vœux pour reprendre une des formules préférées de l'ancien ministre de la culture.
L'originalité de la démarche de Ségolène Royal, son souhait de parler vrai et de changer la politique seraient réduits à néant si elle copiait son challenger de l'UMP en "balançant" des promesses en vrac sans parler de leur financement. Certes, il n'est pas trop tard, mais la récente démission d'Eric Besson est un signe fort alarmant…

Pour [les entreprises] qui recrutent sans difficulté, exonérer les heures supplémentaires de charges et d'impôts revient à privilégier les insiders, les salariés en place. On s'intéresse plus au salaire de ceux qui ont un emploi qu'à l'emploi de ceux qui n'en ont pas.
[La suppression des droits de succession] Cette mesure à 5 milliards d'euros n'est pas cohérente avec la volonté de revaloriser le travail.
Patrick Artus, économiste à la Caisse des Dépôts, Le Monde, 15 février, page 10.

Deux critiques fondées et imparables de la part d'un économiste de renom sur le programme de Nicolas Sarkozy, dont il trouve de surcroît qu'il « part un peu dans tous les sens sur le terrain fiscal. »

Difficile de se satisfaire de ces lacunes de la part des deux candidats principaux. De quoi écouter attentivement François Bayrou ce jeudi soir dans l'émission A vous de juger…

mercredi 14 février 2007

553 km/h sur rail

Le 12 février 2007, la SNCF a établi un nouveau record de vitesse sur rail en atteignant les 553 km/h avec une rame TGV.


Depuis le début du XXème siècle, la France et l'Allemagne ont alterné dans la compétition. Tous les records indiqués dans le graphique ci-dessus ont été réalisés avec du matériel à traction électrique, à l'exception de celui de 1931 (automotrice à hélice mue par un moteur thermique).
Les 331 km/h de 1955 ont fait date, et n'ont été dépassés qu'un quart de siècle plus tard par le TGV. L'ICE Allemand (équivalent du TGV français) a repris l'avantage le 1er mai 1988 (406,9 km/h) pour le perdre dès décembre de la même année.
Les ingénieurs eux-mêmes doutaient que l'on puisse atteindre les 500 km/h, ce fut pourtant le cas en 1990, avec les 515 km/h – l'objectif étant notamment d'aller au-delà des 300 miles.
Enfin, en ce début 2007, la SNCF a crevé le « mur » des 150 mètres secondes (540 km/h) en dépassant les 553 km/h. À cette vitesse, une rame parcourt plus de 9 kilomètres en une minute...

À quoi cela sert-il ?
  • À notre sécurité : des trains capables de rouler à 550 km/h ont les plus grandes chances de nous transporter en toute sécurité à 300 (bientôt 320 sur l'Est de la France);
  • À notre réputation : l'image de la SNCF, et de la France en tant qu'exportateur, ne peut qu'être mise en valeur par de tels exploits;
  • Au progrès technique : les retombées technologiques de tels records sont précieuses;
  • Last but not least, à faire taire les « pisse-froid » toujours prompts à déprécier notre entreprise ferroviaire, tout simplement parce qu'ils ne supportent pas qu'une entreprise publique soit performante : cela dérange leur schéma mental…
Pour plus de détails, voir l'article records de vitesse sur rail de Wikipédia, ainsi que cette vidéo sur DailyMotion.

lundi 12 février 2007

Carnets de campagne (6) : Ségolène Royal(e) ?

Inutile, je crois, d'ajouter de longs commentaires à ceux qui se sont déversés de partout !
Aussi me contenterais-je de quelques remarques personnelles.

Emotion : un serment sincère
Après presque une heure d'attente, je dois dire que j'ai été touché par l'émotion qui habitait la candidate lorsqu'elle a fait "serment" de prendre en main le problème des banlieues. Je l'ai crue sincère. Cela étant, elle n'a pas dit comment, ni avec quels moyens...
J'ai apprécié également l'attention qu'elle porte aux jeunes et, dans un autre domaine, à l'Afrique. Des positions généreuses et courageuses.

Lacunes et déception
Quelques lacunes m'ont frappé, causant une déception à la mesure de l'attente :
  • À part la mensualisation (idée simple et de bon sens) et une hausse de 5% des petites pensions, rien sur la réforme des retraites à laquelle on n'échappera pas. C'est affligeant.
  • L'introduction sur la fameuse "dette" était courageuse... mais elle n'a pas été suivie de considérations sur les moyens de la résorber, encore une fois, comme si parler de fiscalité (ma marotte, je le reconnais) lui semblait trop risqué.

Révolution fiscale
Et pourtant : si Ségolène Royal avait daigné prêter attention à ce qu'écrit l'un de ses conseillers, elle aurait eu exactement ce qu'il lui fallait. Le livre de Jack Lang existe, il suffisait de l'ouvrir ! Si elle avait annoncé, après avoir évoqué la dette, une "Révolution fiscale", et proposé Jack Lang comme futur ministre chargé de cette révolution, elle aurait coupé l'herbe sous le pied de ses contradicteurs. Une occasion manquée !

Décentralisation
Je ne partage pas le "régionalisme" exacerbé de Ségolène Royal. Il y a là un paradoxe : elle fustige la "bureaucratie" parisienne, ainsi que les maires qui ne respectent pas la loi SRU...
  • Or, la décentralisation à tout-va accroit la bureaucratie, en multipliant les Collectivités intervenantes (il faudrait au moins supprimer l'échelon Départemental).
  • Par ailleurs, les problèmes des quotas de logements sociaux non respectés montrent que trop de pouvoir local nuit à la solidarité.
  • Le repli régional est à mon avis une erreur : l'Europe est notre nouvelle "nation". Aussi, la nation Française doit-elle devenir la nouvelle "région", en garantissant l'Egalité dans tout le pays. Ce serait en outre un excellent moyen de réconcilier les souverainistes et les fédéralistes!
Des éléphants (mo)roses
Regardant sur LCP la retransmission du discours, j'ai été atterré de voir Fabius, Lang, Aubry & co la mine sombre, n'applaudissant pas. Quelle mauvaise image ! Comment le PS gagnera-t-il si ses personnalités les plus expérimentées se croisent les bras ? La Guerre des Roses n'a pas fini de causer des "dommages collatéraux" (abominable expression Politiquement Correcte que j'emploie à dessein par dérision).

dimanche 11 février 2007

Les Drus : ils sont sortis !

Les deux alpinistes Martial Dumas et Jean-Yves Fredriksen sont sortis de la face Ouest des Drus la semaine dernière, après une semaine d'ascension. Nous attendons tous un topo avec impatience !

Pour plus de renseignements, voyez :
À suivre...

samedi 10 février 2007

Timbres Poste

En attendant que notre Marianne-Ségolène fasse sa déclaration programmatique, une petite anecdote personnelle minime et néanmoins amusante...



En rangeant de vieux papiers, un timbre a pris son envol et a atterri sur le tapis. Selon toute vraisemblance, il date du début des années 70 – probablement de 1971 ou 1972. Sa valeur faciale de 50 centimes est un amusant clin d'œil au temps qui passe : aujourd'hui, le même timbre vaut aussi 50 centimes (54 exactement), mais des centimes d'euros. En quelques 35 ans donc, le prix du timbre est devenu équivalent dans notre nouvelle monnaie à ce qu'il valait dans l'ancienne...

Les indices d'inflation le confirment d'ailleurs. Voyez à ce propos le site très documenté l'inflation en France, qui propose une 'calculette' en ligne de conversion à travers les années. Il est toujours étonnant de constater que nos références monétaires ont du mal à s'actualiser avec le temps – en témoignent les polémiques récentes sur l'indice des prix à la consommation.

Je ne saurais trop vous recommander à nouveau * le petit logiciel iPoste, d'Eric Reboux – si toutefois vous utilisez un Macintosh sous Mac OS X.
* Voir mon message du 20 janvier.

jeudi 8 février 2007

Carnets de campagne (5) : Columbo mène l'enquête...

Un peu d'humour ne nuit pas, en cette époque frileuse où les caricatures peuvent vous conduire devant le tribunal.

Cette parodie est tirée du site segoland.canalblog.com
qui propose des dizaines d'images détournées du même genre.

De quoi s'amuser un peu en attendant le 11 février !

mercredi 7 février 2007

Haro sur les z'impôts ?

En écho au message publié le 20 janvier, je cite avec plaisir l'appel lancé par le site Alternatives économiques, dont la lecture me ravit (j'ai surligné certains passages) :
Nous, soussignés, assujettis à l’impôt sur le revenu, et pour certains d’entre nous, à l’impôt de solidarité sur la fortune, considérons ces prélèvements comme légitimes et sommes fiers d’apporter ainsi notre contribution aux dépenses publiques nécessaires au progrès, à la cohésion sociale et à la sécurité de la nation. Nous considérons également qu’un impôt progressif sur les successions est le corollaire indispensable des libertés économiques offertes par l’économie de marché. Le marché est facteur de progrès parce qu’il permet à l’esprit d’entreprise de s’exprimer. Mais les inégalités qu’il engendre sont mortifères pour la démocratie si aucune limite n’est mise à la transmission héréditaire de la richesse. Celle-ci doit être acquise par le travail, par le talent, et non par le simple fait d’avoir hérité de ses parents. Une société où le pouvoir économique se transmet par héritage, est une société condamnée à une croissance lente, où les rentiers l’emportent sur les créateurs et où travail et mérite perdent toute valeur.
L’Etat doit bien sûr savoir se réformer. Augmenter les impôts n’est pas une fin en soi et la liberté de chacun passe par la libre disposition d’une large part du fruit de son travail. Mais voir des candidats à la magistrature suprême proposer des mesures démagogiques en matière fiscale et justifier la sécession sociale des plus riches nous consterne. Car nos revenus ne proviennent pas seulement de notre talent personnel. Ils ont été acquis par notre travail, mais celui-ci ne porterait pas ses fruits sans le stock d’infrastructures, d’innovations, de savoir-faire, de goût d’entreprendre, de lien social, qui nous a été transmis par les générations qui nous ont précédés. C’est cet héritage commun qu’il nous revient de préserver et de développer en priorité afin d’assurer la qualité actuelle et future de notre vie individuelle et collective. Ce qui passe par un niveau élevé de dépenses publiques. Ces dépenses ne sont pas seulement un coût, elles sont aussi un investissement, gage à la fois de justice et de dynamisme. C’est pourquoi nous consentons à l’impôt et récusons des baisses de la fiscalité dont la contrepartie serait l’insuffisance des moyens donnés à la protection sociale des plus pauvres, à l’éducation, à la recherche, à la santé, au logement ou encore à l’environnement.

Je crois qu'un tel texte mérite une signature...

Carnets de campagne (4) : j'ai une question à vous poser

Lundi 5 février, première édition de la nouvelle formule politique de TF1, inaugurée par le candidat de l'UMP : j'ai une question à vous poser.

En tant que « télé-spectateur », force est de reconnaître que la prestation de Nicolas Sarkozy soutenait l'intérêt. Adoptant un ton direct, quitte à plaisanter (à l'américaine), restant deux heures debout face à une sorte d'hémicycle de citoyens, le candidat a répondu avec brio aux questions concrètes posées par les participants.

Une fois le petit écran éteint, la nuit porte conseil...
A posteriori, ce qui m'a frappé est le paradoxe suivant : à force de reprocher aux personnalités politiques d'être trop éloignées des préoccupations des français, les voici devenus tellement concrets et proches de ces préoccupations que la campagne commence à ressembler à une permanence de député dans sa circonscription. Ainsi, Nicolas Sarkozy a-t-il été jusqu'à proposer à l'un des intervenants de le voir après l'émission afin de régler avec lui son problème personnel. Tant mieux pour l'intéressé… et tant pis pour les autres qui n'ont pas eu la chance d'être sélectionnés par TF1.
La ressemblance avec un hémicycle n'est pas un hasard : l'inconscient cathodique de TF1 nous soufflait le message suivant : « un panel de français est bien plus représentatif qu'une Assemblée de parlementaires. » En outre, l'effacement de PPDA, qui était à peine animateur et plus du tout journaliste, montrait bien son renoncement implicite à toute contribution au débat.

Science-fiction
J'avais imaginé il y a quelques mois ce que pourraient être les institutions politiques du futur : le Parlement serait remplacé par un panel permanent d'un millier de citoyens, soigneusement choisis afin de représenter toutes les composantes de la société. Or, c'est à cela que ressemblait celui de lundi soir : religions, ethnies, classes sociales, métiers, statuts, chaque « communauté » au sens large était représentée. Et chacune clamait : 60 millions de français, et moi, et moi, et moi ?
Une nouvelle de science-fiction, lue il y a très longtemps, imaginait que la technique des sondages d'opinion avait considérablement évolué, au point que l'échantillon parfaitement représentatif des français se limitait à un unique individu. Le jour venu pour les élections, celui-ci était seul à se prononcer, et le pays tout entier était suspendu à ses lèvres, attendant sa décision !

Ségo et Sarko en libre-service
Tout comme Laurent Joffrin (à Mots-croisés un peu plus tard dans la soirée), j'ai été frappé par la ressemblance entre cette émission et les débats participatifs de Ségolène Royal. La différence est que ceux de la candidate socialiste ne sont pas retransmis en direct et sont beaucoup plus nombreux. Il n'empêche : je me demande si les français ne vont pas regretter, in fine, que les candidats à la présidence de la République se contentent de leur proposer un catalogue de mesures, certes concrètes, mais sans aucun fil conducteur, tout en occultant les questions plus délicates, en particulier l'Europe et l'international. Tout cela commence à ressembler à un supermarché de la politique : on défile dans les rayons et on se sert. Du coup, chaque mesure concrète étant examinée en dehors de tout contexte, la démagogie est inévitable :
  • Qu'allez-vous faire pour le logement ? Je veux construire 600000 logements sociaux (pourquoi pas un million d'ailleurs ?)
  • Qu'allez-vous faire pour mon emprunt immobilier ? Je veux que les intérêts d'emprunts soient déductibles des impôts.
  • Qu'allez-vous faire pour mes impôts ? Je veux réduire l'impôt sur le revenu qui pénalise le travail.
  • Qu'allez-vous faire pour mes prothèses dentaires ? Je veux que les prothèses dentaires soient remboursées à 50% désormais.
  • Qu'allez-vous faire pour mes courses le dimanche ? Je veux que les commerces puissent ouvrir le dimanche (et comment ferais-je mes courses le dimanche si je travaille ? La question reste posée).
  • Qu'allez-vous faire pour mes charges sociales qui sont trop lourdes ? Je veux que les charges sociales soient réduites sensiblement.
  • On se demande même si les candidats ne vont pas distribuer à la foule ravie des billets de 100 euros à la volée…
Il n'empêche que Nicolas Sarkozy a réalisé une excellente prestation, et semble bien parti dans sa course pour l'Elysée. J'espère seulement que la campagne nous offrira aussi des débats de fond plus intelligents. Je suis souvent exaspéré par cette fâcheuse habitude qu'ont les médias de refuser tout discours un peu sophistiqué sous prétexte que « là, les français ne comprennent pas », comme si nous étions tous des crétins…

Mots-croisés
Ah, heureusement qu'il y a cette émission ! Quelques notes :
  • Jean-Marc Ayrault a été d'une mauvaise foi insigne à l'égard du représentant de Bayrou, utilisant une figure de rhétorique classique : sentant qu'on lui reprochait l'absence de programme de sa candidate, il a contre-attaqué en estimant que Bayrou ne proposait rien, ce qui est pour le moins culotté ! De même, Yves Salesse (représentant de Bové) a indiqué avoir « passé des heures » sur le site de Bayrou sans trouver trace de son programme. Ce pauvre homme doit être « mou de la souris » et avoir quelques peines à cliquer (il suffit d'aller voir cette page).
  • Laurent Joffrin, ébouriffé et bougon, a secoué tout ce petit monde, notamment en relevant l'analogie entre les débats participatifs et l'émission de TF1 (cf. supra). La direction de Libé le fait ressembler de plus en plus à Serge July !
  • J'ai apprécié les remarques du directeur de Marianne et de Catherine Ney à propos de l'attitude des médias et des hommes politiques à l'égard de Ségolène Royal, rappelant furieusement les attaques contre Edith Cresson lorsqu'elle était Premier ministre. Dès que Ségolène Royal ose une opinion un peu marquée, on la qualifie de « bourde » tandis que les autres candidats ne subissent jamais ce reproche. De surcroît, les attaques contre la candidate du PS viennent aussi et surtout de son propre parti. Les éléphants attaquent la petite souris dont ils ont peur. J'estime aujourd'hui que c'est son plus important handicap. Si des personnalités comme Jospin (!), DSK, Fabius, Aubry, voire Hollande, ne font pas bloc avec leur candidate, alors tous les « trous d'air » sont envisageables !

jeudi 1 février 2007

Carnets de campagne (3) : le mérite

Comment mesurer le mérite ?
La question semble obséder tous les compétiteurs. Quel étalon trouver pour placer chacun sur l'échelle de sa valeur ?
La réponse est délicate, et pourtant elle reçoit des réponses simplistes.
Nos sociétés ont mis au point un mérite-étalon universel : l'argent.
C'est clair et net : plus vous avez d'argent, plus votre mérite est grand.
Dans ces conditions, la notion même d'impôt est absurde : pourquoi vous prendre une partie de votre mérite ?
Heureusement, on s'interroge parfois sur l'exactitude de cette mesure. Ne faudrait-il pas, en effet, la corriger des variations saisonnières – pardon, des variations du hasard des injustices ? C'est l'objet de l'impôt redistributif et des politiques publiques. Le tout est de les « calibrer » – j'allais écrire de les « étalonner » – correctement.
Prenons l'exemple du cinéma.
On sait que, notamment aux USA, un acteur ou une actrice tête d'affiche bénéficient de rémunérations gigantesques. À ceux qui les trouvent trop élevées, on répond que, sans l'acteur ou l'actrice en question, le film n'attirerait que peu de spectateurs. Le mérite de la star est donc total. D'ailleurs, faut-il seulement rémunérer les autres personnes qui travaillent sur le film ? Sans la star, le film vaudrait zéro… aussi leur travail, et donc leur mérite, valent zéro. Je pousse volontairement la démonstration dans ses retranchements. Mais je crains que, dans cette campagne présidentielle, les slogans ne soient poussés, eux aussi, dans des retranchements hasardeux.

À suivre…

Les Drus, montagne fantastique

Cette montagne que l'on appelle « les » Drus en raison de ses deux sommets, proches l'un de l'autre, domine la Mer de glace, dans la Vallée de Chamonix. C'est l'un des plus beaux édifices alpins qui soient. Malheureusement, leur face Ouest a été marquée par des éboulements spectaculaires durant la dernière décennie…

Ci-dessus : la « trace de l'éboulement » est bien visible sur la partie droite. Le granit, « bronzé » par des siècles d'exposition au soleil et aux intempéries, est au contraire gris clair lorsqu'il vient d'être découvert.
L'histoire de la face Ouest est consultable sur l'encyclopédie Wikipédia : votre serviteur a contribué à cet article, y insérant notamment l'une de ses photos.
Ces jours-ci, deux alpinistes sont partis gravir la paroi redevenue vierge des suites des éboulements. La tentation est grande, en effet, d'inscrire une « première » sur ce nouveau terrain, nonobstant les risques considérables que présente une zone encore instable. Déjà, au tout début de l'année 1998, un alpiniste russe, Valery Babanov, avait escaladé la zone éboulée, inaugurant une voie nouvelle que personne ne devait jamais reprendre – et pour cause, puisqu'elle sera effacée quelques années plus tard !
Martial Dumas et Jean Yves Fredriksen sont partis le 28 janvier, chargés d'un matériel conséquent. Leur aventure est suivie en direct sur le merveilleux site TV Moutain.

Ci-dessus : fasciné par l'histoire de l'alpinisme, j'avais imaginé le tracé de trois itinéraires fictifs dans cette zone de la face Ouest, l'une d'entre elles étant baptisée « On peut toujours rêver ».
Martial Dumas et Jean Yves Fredriksen sont en train de tenter de faire de ce rêve une réalité ! Qu'ils reçoivent ici la marque sincère de ma profonde admiration…