vendredi 26 janvier 2007

Liberté, allégresse et…


  • 31 janvier 2007 : le Centre Georges Pompidou, alias Beaubourg, fête ses 30 ans.
  • 1er février 2007 : l'interdiction de fumer dans les lieux publics entre en vigueur.
Quel rapport entre ces deux dates ?

En 1977, j'avais à peine vingt ans. Diplômé de Sciences-Po au mois de juin, j'entrai en septembre en fac, à la Sorbonne, après quinze années de scolarité sérieuse et appliquée. Quelle sensation soudaine de liberté !

Le Centre Georges Pompidou fut probablement ma première émotion architecturale. La création de Renzo Piano et Richard Rogers me procura, dès la première visite, une allégresse insoupçonnée :
  • Allégresse de traverser le vaste parvis, animé par le spectacle de saltimbanques de tout poil;
  • Allégresse des couleurs, de la forme inédite du bâtiment;
  • Allégresse dans l'escalier mécanique transparent, tandis que l'on découvre le panorama parisien;
  • Allégresse d'avoir l'embarras du choix dans la Bibliothèque Publique d'Information (BPI) et d'y trouver tout – ou presque ! – gratuitement;
  • Allégresse de découvrir l'Art Moderne.
J'ai compris sur ce parvis que l'architecture qui tranche franchement avec son environnement ne le défigure pas – à la condition sine qua non d'être belle ! Or, Beaubourg est beau comme une toile de Kandinsky, au contraire des tours de la Défense ou, plus encore, de celle de Montparnasse, laides et prétentieuses.

À cette époque, fumer symbolisait une certaine liberté. Lorsque j'avais commencé à fumer, au Collège, mon image de bon élève s'était instantanément évanouie dans un nuage (de fumée), me faisant entrer dans le club des « mecs cool ». C'était ainsi, et la publicité n'était pas la dernière à le proclamer :

ci-contre : le fameux cow-boy Marlboro, qui proclamait « Come to where the flavor is » (il est, depuis, mort d'un cancer, justice est faite !)

En 1977, le bon élève fumait encore, venait d'entrer en Faculté, et se préparait à une année de « mauvais élève », en liberté.

Trente ans plus tard…
Trente ans plus tard, tout a changé. Fumer est devenu une infraction :
  • 68 euros d'amende si l'on fume dans un lieu public;
  • 180 euros d'amende si l'on jette un mégot sur les trottoirs parisiens (en attendant ceux des autres villes);
  • 1000 euros par an de taxes exceptionnelles sur le tabac pour le fumeur régulier moyen.
  • En prime, des menaces de morts « explicites » (comme disent les américains) sur les paquets de cigarettes.
Article 222-17 du Code Pénal : La menace de commettre un crime ou un délit contre les personnes […] est punie de six mois d'emprisonnement et de 7500 euros d'amende lorsqu'elle est, soit réitérée, soit matérialisée par un écrit, une image ou tout autre objet. La peine est portée à trois ans d'emprisonnement et à 45000 euros d'amende s'il s'agit d'une menace de mort.

Comme l'écrivait Hélène de Virieu dans le quotidien Libé : « Y a-t-il quelqu'un dans la salle qui pense que fumer est bon pour la santé ? Mais est-on obligé de ne faire que le bien ? »
L'hygiénisme exacerbé — quoique sélectif ! — de notre société transforme les conseils en menaces, le savoir-vivre en interdictions punissables d'amendes et, in fine, nous transforme en « clones neurasthéniques » (dixit la même Hélène de Virieu).

J'ai vu récemment le DVD du film Super Size Me, un documentaire américain dans lequel le réalisateur se filme durant un mois d'alimentation 100% MacDo. Le résultat est probant.
  • À quand l'interdiction de la malbouffe dans les lieux publics (écoles notamment) ?
  • À quand l'interdiction de consommer plus de 25 cl de vin par jour dans ces mêmes lieux publics ?
  • À quand… l'interdiction des excès, des défauts et de toutes les conduites à risques ?
À quand l'interdiction du Politiquement Correct ?

Avertissement solennel en post-scriptum :



Le mieux est de ne jamais commencer…

lundi 22 janvier 2007

Carnets de campagne (1)

France-Europe Express • France 3 - dimanche 21/01/2007
En écho avec la chronique qui précède, l'émission traitait de la fiscalité. Passionnant !

Alain Lambert m'a choqué par sa suffisance et sa mauvaise foi. Morceaux choisis :
  • L'impôt « de gauche » est une punition, l'impôt « de droite » une incitation. Bonjour la solidarité-punition !
  • La baisse du chômage est corellée à la baisse l'impôt sur le revenu : si c'était vrai, alors supprimons immédiatement l'IR -- si cela permet de rétablir le plein emploi, ne nous privons pas !
  • Doctement, ce monsieur explique que les « forces vives » sont découragées par l'impôt. Or, ceux-ci gagnent plus que les fameux 4000 euros évoqués par François Hollande-Lagaffe. À entendre M. Lambert, on devrait donc créer l'impôt dégressif : moins vous gagnez d'argent, moins vous êtes une « force vive » et donc... plus il faudrait vous taxer.
  • Enfin, la concurrence fiscale exige de baisser les impôts, explique-t-il avec un sourire satisfait. Au passage, je suis surpris de voir que l'Union Européenne veille jalousement sur tout ce qui « fausse » la concurrence... sauf les disparités fiscales, qui, elles, ne sont pas considérées comme « faussant » les règles du jeu. Etonnant !
En l'écoutant, je me suis souvenu de la formule de Raymond Barre : « la Droite n'a pas d'idées, elle n'a que des intérêts ».

Hervé Morin, pour l'UDF et François Bayrou, a émis trois idées intéressantes qu'il a été le seul à défendre :
  • Amélioration de l'efficacité de nos institutions en supprimant l'échelon départemental au profit des seules régions. C'est à mon avis une idée de bon sens. Il faudra d'ailleurs beaucoup de courage pour l'imposer aux caciques locaux. Mais, au moins, c'est une proposition intelligente.
  • Remplacement de l'actuel ISF, compliqué, mal vécu et bourré d'exonérations – un économiste invité, Jean-Paul Betbez, avait raison de le qualifier d'impôt « faux-derche »– par une imposition universelle à taux très bas (un pour mille) sur la totalité du patrimoine, quel qu'il soit. À peu près 1000 euros pour une « fortune » d'un million, voilà qui paraît sensé et raisonnable.
  • Réexamen des contributions sociales afin de combiner CSG et IR de façon plus juste et efficace, étude de report partiel des charges sociales du salaire vers la valeur ajoutée. Il faudra bien en effet qu'on en sorte un jour.
Christine Okrent invite désormais de « très petits » candidats, tels ce Jean-Marc Governatori qui a eu une remarque tout à fait intéressante, estimant que nous agissions toujours en aval et non en amont, en particulier dans le domaine de la Santé : nous aurions une politique « de la maladie » plutôt que de la santé, en négligeant la prévention. Cela me faisait penser à la médecine Chinoise, qui privilégie le rééquilibrage permament de l'état des patients, afin de prévenir les maladies -- un médecin acupuncteur chinois est d'autant plus coté qu'il n'a pas de malades, alors que chez nous c'est le contraire. Nous devrions y réfléchir...

J'ai été très déçu, voire gêné, pour Didier Migaud, représentant le PS. Attendant les résultats de la collecte d'idées en cours par Ségolène Royal, dont il est l'un des artisans avec DSK, il n'avait rien à annoncer, sauf une sorte de statu quo ménageant la chèvre et le chou. J'aurais attendu de sa part un vibrant plaidoyer en faveur de la solidarité sociale et fiscale. Rien.

Globalement, on entendait toujours la même rengaine sur le « travail qui doit payer » -- comme si les Français étaient doublement paresseux : une première fois en rechignant à travailler pour préférer le chômage (!) et une seconde fois en n'acceptant des promotions professionnelles que si aucun impôt supplémentaire ne les frappe. Belle conception ! D'ailleurs, tout le monde semblait estimer que les impôts frappaient exclusivement les « revenus du travail » -- justifiant ainsi leur injustice présumée -- oubliant que l'IR porte aussi sur les revenus mobiliers (actions, obligations...) et les revenus fonciers (locations de logements).

Serge July a conclu en rappelant le sondage commandé par l'émission, selon lequel, en gros, plus de la moitié des Français étaient d'accord pour augmenter les impôts des contribuables gagnant plus de 4000 euros nets mensuels. Alain Lambert a eu l'outrecuidance de répondre que c'était normal, car ceux-ci étaient « majoritaires » dans la population, ce qui « faussait » le sens du sondage. C'est ahurissant : j'avais cru comprendre que la Démocratie était le règne de la majorité. Eh bien non : en matière fiscale, il y a une dérogation (c'est probablement ce que l'on appelle l'autonomie du Droit Fiscal).

Je m'arrête là pour aller travailler, même si je suis totalement découragé par la perspective de payer des impôts.



Bibliographie : la révolution fiscale de Jack Lang (tout y est, Ségolène aurait dû le lire !) et Vive l'impôt de Liem Hoang Ngoc.